Paul Marguerite de La Charlonie, né à Paris le 18 avril 1844 et mort à Laon le est un ingénieur, industriel et collectionneur d'antiquités françaisBiographie. de la Belle-Époque. Imprégné de culture classique, ses voyages autour de la Méditerranée et les cours d'archéologie qu'il suit à l'École du Louvre nourrissent sa passion pour les antiquités grecques. Cet intérêt l'amène à rassembler une importante collection de 1604 objets archéologiques, aujourd'hui conservée au musée d'Art et d'Archéologie de Laon (Aisne).
Enfance
Naissance Joseph-Eugène-Paul Marguerite, dit Paul Marguerite de La Charlonie, né le 18 avril 1844 dans le 5ᵉ arrondissement de Paris, est issu d’une famille de la petite bourgeoisie parisienneArchives de la ville de Paris, État civil reconstitué (-1859), Acte des naissances, 5Mi1 557,18/04/1844.. Il est le cadet d’Armand Anasthas Albert Marguerite (1842-1915). Ses parents, Louis Eugène Marguerite (1807-1900), marchand de laine originaire de Rouen, et Justine Zénaïde Delacharlonny (1814-1877), issue d’une famille de marchands de draps de Saint-Quentin, se marient le 3 avril 1837.
La famille Marguerite s’installe rue de Paradis-au-Marais (actuelle rue des Francs-Bourgeois), au cœur du quartier industriel du Marais à Paris. Issus d’une ancienne lignée de commerçants, les Marguerite profitent du déclin de l’aristocratie dans le quartier après la Révolution française, qui favorise l’installation de nombreux artisans et négociants dans les immeubles anciens du MaraisCOLLET Louise, La collection d'antiques de Paul Marguerite de La Charlonie (1844-1921). Mémoire de recherche, École du Louvre, sous la direction de Louise Détrez, juin 2020..
Scolarité vignette|Lycée Charlemagne Paul Marguerite de La Charlonie et son frère aîné, Albert, reçoivent leur première instruction chez les Frères des Écoles chrétiennes à Paris, institution reconnue pour la rigueur morale et doctrinale de son enseignement. Dans ses souvenirs, il se décrit comme un enfant « calme, réfléchi, plus plongé dans les livres, dès que j'ai su lire, que dans les jeux agités... Je me souviens avoir passé de longues heures entre les genoux de mon bisaïeul (qui était né en 1763 sous Louis XV et qui me racontait des [histoires] du temps passé) »Archives du Musée d’Art et d’Archéologie du Pays de Laon, Livre de copies de lettres, Lettre du 16/05/1921 de Paul Marguerite de la Charlonie à Paul Huet..vignette|École centrale des Arts et Manufactures (1929)|289x289pxIl poursuit ensuite ses études au lycée Charlemagne, établissement parisien réputé, où il suit les cours classiques des humanités. En 1862, à l’âge de dix-huit ans, il obtient une double distinction au baccalauréat ès lettres et ès sciences. L’année suivante, Paul Marguerite de La Charlonie se présente au concours d’entrée à l’École polytechnique, auquel il échoue. Il qualifiera plus tard cet échec de décisif dans l’orientation de sa carrière :
« Je m’étais épuisé à travailler jusque 4 heures du matin la veille de l’examen [...]. Saisi d’une angoisse devant ma mauvaise chance, je ne pus que balbutier. Aujourd’hui, je suis enchanté de cet échec qui m’a permis de suivre une carrière pour laquelle j’étais bien plus faitArchives du Musée d’Art et d’Archéologie du Pays de Laon, Livre de copies de lettres, Lettre du 8/02/1920, de Paul Marguerite de La Charlonie à Jeanne Clinchard.. »
En 1863, il intègre l’École impériale centrale des Arts et Manufactures, alors située dans le quartier du MaraisArchives Nationales, site de Pierrefitte-sur-Seine, École centrale Paris : archives papier (1820-2016), 20170270/1-20170270/3251, procès-verbal d’admission, 1863.. L’établissement a pour objectif de former des ingénieurs capables de maîtriser le développement de l’industrie et de l’entreprise. Après quatre années d’études, il en sort septième de la promotion 1867, dans la spécialité mécaniqueArchives Nationales, site de Pierrefitte-sur-Seine, Registre de promotion de l’École impériale centrale des arts et manufactures, 1867..
Paul Marguerite, Marguerite-Delacharlonny ou Marguerite de La Charlonie ? Paul Marguerite de La Charlonie, d’abord connu sous le nom de Paul Marguerite, adopte dès 1868 le patronyme Delacharlonny, celui de sa mère, dans le cadre de ses activités industrielles. Ce choix, à la fois hommage familial et stratégie sociale, s’explique par le prestige commercial associé à cette famille de négociants en étoffes établie à Saint-Quentin et Noyon.
Son nom d’origine, « Marguerite », lui cause une gêne durable en raison des confusions de genre qu’il suscite. Il précise dans son testament que son nom complet doit être écrit « Paul Marguerite-de La Charlonie » afin d’éviter toute ambiguïté. Dans la vie publique, il signe généralement « Paul Marguerite de La Charlonie » ou « M. de La Charlonie », tout en conservant l’usage de « Marguerite » dans ses documents officiels.
Cette dualité nominale engendre des variations orthographiques entre « Delacharlonny » et « de La Charlonie ». Il justifie finalement la forme « de La Charlonie » par la mention d’un Jean de La Charlonie, né à Paris en 1670, citée dans un acte ancien aujourd’hui disparu.
L’évolution du nom remonte au siècle : Jean-Jacques de La Charlonie, marchand de toiles à Saint-Quentin, en modifie la graphie en « Delacharlonny » vers 1752 pour distinguer son activité commerciale d’une appartenance noble jugée inappropriée. Paul Marguerite attribue à tort cette transformation à son grand-père, alors qu’elle revient à son arrière-grand-père.
Cette adaptation du nom s’inscrit dans un phénomène social plus large de la bourgeoisie du siècle, où l’ajout de particules ou la référence à des familles anciennes visent à renforcer le prestige social. Autour de lui, plusieurs proches suivent ce modèle, comme Hélène Craponne, devenue « Helen de Craponne », ou Alexandre Dubois Delarue, qui signe « Dubois de La Rüe ». Toutefois, chez Marguerite de La Charlonie, cette évolution traduit moins une recherche d’apparat qu’une volonté d’affirmation intellectuelle et morale.
Chef d'entreprise vignette|463x463px|Affiche de vente par adjudication de l'usine d'Urcel en 1865.
Acquisition de l'usine Saint-Charles d'Urcel En 1867, à la suite de l’obtention de son diplôme d’ingénieur, Paul Marguerite de La Charlonie s’engage dans la voie du progrès industriel et technique promue sous le Second Empire. Son insertion professionnelle se concrétise rapidement grâce à son père, Louis Eugène Marguerite, qui acquiert dès 1865, par adjudication publique, une fabrique d’alun et une briqueterie situées à Urcel, près de Laon (Aisne)La collection de Paul Marguerite de la Charlonie (1844–1921) au musée de Laon 1937–1987, [Exposition, Laon, Musée d’Art et d’Archéologie du Pays de Laon, janvier-mars 1988], sous la direction de Caroline Jorrand, Laon, 1988, p.6-7.. À cette époque, le village compte environ 630 habitants, principalement ouvriers, vignerons et cultivateurs.
L’établissement, connu sous le nom d’usine Saint-Charles, est cédé par les frères André Hurier (1804-1885) et Charles-Léon Hurier (1813-1904), industriels originaires de Saint-Quentin et cousins de la famille Delacharlonny. Des liens commerciaux existaient vraisemblablement entre les deux familles, l’alun étant utilisé comme fixateur de couleur pour les étoffes et la laine. vignette|270x270px|Cendrière du Domaine de Mailly par Urcel (Aisne), Chantier de manipulation, 1907. L’usine Saint-Charles s’inscrit dans une tradition industrielle ancienne, remontant au siècle. Des gisements de lignite pyriteuse, appelés localement « cendres noires », sont découverts vers 1770 dans les bois d’Urcel. Leur traitement permet la production de sulfate de fer et de sulfate d’alumine, deux composés essentiels à la chimie industrielle, à la teinture et à la fabrication d’encre. La première exploitation à visée industrielle est autorisée par le Conseil du roi en 1786 à un entrepreneur anglais, Édouard Chamberlain. L’établissement passe ensuite aux frères Moreau d’Olibon, puis à plusieurs propriétaires successifs avant d’être repris, vers 1825, par les frères Hurier, qui en assurent la gestion pendant près de quarante ans.
Occupant une surface d’environ dix hectares, l’usine comprend deux pôles principaux : une fabrique d’alun et une briqueterie. Son implantation présente plusieurs avantages : la proximité immédiate des matières premières (cendres noires et terres réfractaires), situées sur la propriété ou sur des terrains attenants dotés de droits d’extraction, ainsi qu’un accès direct à la route impériale (Paris-Maubeuge) et à la gare de Chailvet, distante de moins de deux kilomètres. De la modernisation à la fermeture de l'usine Saint-Charles vignette|294x294px|L'usine Saint-Charles d'Urcel. À partir de 1874, Paul Marguerite de La Charlonie prend la direction définitive de l’usine Saint-Charles d’Urcel et entreprend une vaste modernisation industrielle. Inspiré par les travaux du chimiste Eusèbe Gris, il met au point un engrais à base de sulfate de fer (couperose verte), qu’il produit à grande échelle selon un procédé d’oxydation et de cristallisation des pyrites. Ce fertilisant, diffusé à bas coût, rencontre un succès national, relayé dans la presse agricole et scientifique (Journal d’agriculture pratique, Revue des industries agricoles, Annales de chimie et de physique).
Ses produits sont récompensés par des médailles d’or et de bronze aux Expositions universelles de 1878 et 1889, et l’entreprise atteint une production de plus de 270 tonnes de sulfate de fer en mars 1893COLLET Louise, La collection d'antiques de Paul Marguerite de La Charlonie (1844-1921). Mémoire de recherche, École du Louvre, sous la direction de Louise Détrez, juin 2020. Annexe I, figure 14.. Parallèlement, Marguerite transforme le site en exploitation mixte combinant usine, ferme expérimentale et résidence patronale dotée de bureaux, laboratoire, orangerie et logements ouvriers. Il s’investit aussi dans la vie locale en devenant conseiller municipal d’Urcel en 1874Arch. dép. de l’Aisne, Conseil municipal,FRAD002_E_DEPOT_0443_1D1 - Urcel 1874, 1874..
À la fin du siècle, l’« affaire Hurier » devient une source majeure de conflit : Paul Marguerite de La Charlonie estime avoir été lésé lors de l’achat de l’usine par les frères Hurier, alors jugée moins rentable que prévu. Malgré plusieurs tentatives, il renonce à toute poursuite judiciaire. En 1898, il doit encore près de 6 700 francs aux anciens propriétaires et reconnaît l’échec de son entreprise. La fermeture de l’usine est engagée en 1901, suivie de la vente du matériel et de la cessation définitive d’activité en 1903, marquant la fin de sa carrière industrielle.
Tirant les leçons de cette expérience, Paul Marguerite de La Charlonie décide d'instaurer, en 1913, un legs de 5 000 francs à destination des élèves de l'École centrale des Arts et Manufactures, afin de leur permettre de consulter un juriste avant la signature de tout contrat d'engagement. Un autre legs de 5 000 francs est attribué à la caisse de secours des Amis des sciences (versé en 1930)Archives du Musée d’Art et d’Archéologie du Pays de Laon, Dossier Généalogie, Enveloppe Copie des plis cachetés à l’Académie des sciences. Legs Paul Marguerite de la Charlonie, Testament du 12 mars 1902..
Idées politiques et religieuses
Idées politiques Dans sa jeunesse, Paul Marguerite de La Charlonie adhère aux idées républicaines, comme nombre d’ingénieurs formés sous le Second Empire. En 1873, il se décrit encore comme un « vieux républicain », mais son adhésion relève davantage du conformisme que d’un engagement profondArchives du Musée d’Art et d’Archéologie du Pays de Laon, Carnet de voyage en Angleterre, Récit de voyage en Angleterre, 1873, septième journée..