Jeanine Áñez Chávez, née le à Trinidad (département du Beni en Bolivie), est une femme d'État bolivienne, présidente de l'État du au .
Élue seconde vice-présidente de la Chambre des sénateurs en 2015, elle assure de manière contestée, en raison de cette dernière fonction, la présidence de l'État à partir du , à la suite des démissions controversées d'Evo Morales et des autres potentiels successeurs prévus avant elle dans l’ordre constitutionnel.
Durant son mandat, elle fait face à des critiques sur sa gestion du pays et sur la question des libertés, ainsi qu'à la pandémie de Covid-19 et ses conséquences économiques. S'étant engagée lors de sa prise de pouvoir à ne pas se présenter, elle retire dans la foulée sa candidature à l’élection présidentielle de 2020. Le Mouvement vers le socialisme (MAS) revient ensuite au pouvoir avec l’élection de Luis Arce.
En 2021, elle est arrêtée et placée en détention provisoire pour et , dans le cadre de sa prise de pouvoir de 2019. Reconnue coupable d'avoir organisé un coup d'État contre Evo Morales et d'avoir accédé au pouvoir de manière inconstitutionnelle, elle est condamnée à dix ans de prison en 2022. Elle est libérée en 2025.
Situation personnelle Naissance et formation Née le à Trinidad., Jeanine Áñez Chávez est titulaire d'une licence en droit. Elle est directrice de la chaîne de télévision, Totalvision..
Vie privée Divorcée, elle est mère de deux enfants.. Elle est mariée à Héctor Hernando Hincapié Carvajal, un homme politique colombien qui a des liens historiques avec des groupes paramilitaires colombiens..
Parcours politique
Sénatrice du Beni vignette|gauche|redresse|Jeanine Áñez en 2016. Adhérente au Pouvoir démocratique social, au PPB-CN puis au Mouvement démocrate social, elle est membre de l'Assemblée constituante de 2006 à 2007, puis élue sénatrice pour le département du Beni aux élections de 2009 et réélue à celles de 2014.
Vice-présidente de la Chambre des sénateurs Le , elle devient seconde vice-présidente de la Chambre des sénateursPosesionaron a las directivas de las Cámaras de Senadores y Diputados de la Asamblea Legislativa Plurinacional, site de la Présidence de l'Assemblée législative plurinationale], 19 janvier 2015.. Elle se fait régulièrement remarquer par des déclarations discriminantes, voire teintées de racisme, envers les indigènes, dont elle assimile les rituels au satanisme, notamment sur Twitter. Plusieurs de ses tweets sont ensuite effacés.. Elle qualifie également Evo Morales de et s'oppose au projet de celui-ci de construire une route à travers le territoire indigène et parc national Isiboro-Sécure (finalement retiré).
Elle s'engage pour la lutte contre les violences faites aux femmes et la prévention des féminicides.
Présidente de l'État Crise post-électorale de 2019
Elle accède à la présidence de l'État après la démission du président Evo Morales et de ses successeurs constitutionnels, soit le vice-président Álvaro García Linera et le président de la Chambre des députés Víctor BordaRulers, 10 novembre 2019.. Le premier vice-président de la Chambre des sénateurs, Rubén Medinaceli, démissionne également. La présidente du Sénat, Adriana Salvatierra, deuxième dans l'ordre de succession après le vice-président de l'État, affirme cependant ne pas avoir démissionné et avoir été empêchée d’accéder au Parlement.. Dans ces circonstances mouvementées, Jeanine Áñez, deuxième vice-présidente de la Chambre des sénateurs, avise être la successeure d'Evo MoralesJeanine Añez podría ser la Presidenta del país, YouTube, journal télévisé de Bolivisión, minute 0:40, 10 novembre 2012.. En l'absence de ses deux supérieurs à cette chambre, Áñez justifie son accession à la présidence de cette chambre pour ensuite pouvoir automatiquement aspirer à la succession de la présidence de l'État.
Investiture et débuts vignette|Jeanine Áñez lors de son investiture (). Le , elle annonce la convocation prochaine d'une nouvelle élection présidentielle, de façon qu'un nouveau président prenne ses fonctions d'ici le , comme prévu. La séance parlementaire destinée à fixer la date de la présidentielle a lieu le . Conformément à la Constitution de l'État, la séance est suspendue pour cause de quorum non atteint : les parlementaires du Mouvement vers le socialisme (MAS) ne se sont donc présentés en invoquant l'absence de conditions garantissant leur sécurité sur les lieux et en considération que cette assemblée était illégale. Elle se déclare plus tard responsable de la présidence de l'État, arguant de la nécessité de ne pas laisser le pays sans gouvernement et la nécessité de pacifier le pays. Evo Morales dénonce alors .
Considérant la succession présidentielle comme étant ipso facto, le Tribunal constitutionnel plurinational valide l'accession de Jeanine Áñez à la présidence de l'État dans un communiqué publié le Tribunal Constitucional de Bolivia avala posesión de Añez como presidenta interina, El Universal, 12 novembre 2019., en s'appuyant sur la jurisprudence de 2001 relative à la démission d'Hugo Banzer Suárez. Cependant, la Constitution de 2009 stipule que la démission du président doit être validée ou rejetée par le Parlement avant de devenir effective, et bien qu'en vertu du règlement intérieur du Sénat, le vice-président assure ipso facto l'intérim à la tête de cette chambre parlementaire, il n'est pas clair s'il peut exercer les fonctions de président de l'État. Enfin, la déclaration du Tribunal constitutionnel plurinational n'a pas de valeur juridique puisqu'il s'agit d'un simple communiqué, d'ailleurs contesté par un membre de l'institution en .. Son accession au pouvoir est ainsi contestée, des spécialistes estimant que les deux chambres parlementaires auraient dû élire leurs nouveaux présidents, et que la séance de ratification de la démission ne peut pas se tenir sans quorum. Cependant, la Constitution est floue et ne précise pas si une démission doit être acceptée par le Parlement pour devenir effective..
Jeanine Áñez entre dans le palais présidentiel en tenant une Bible, déclarant : « La Bible est de retour dans le palais », puis prête serment dans la foulée. L'Assemblée législative plurinationale, où le MAS détient la majorité parlementaire, tente d'invalider son investiture. Elle reçoit également le soutien des opposants Carlos Mesa et Luis Fernando Camacho. Elle devient la deuxième femme à la tête du pays, après Lidia Gueiler Tejada..
À son entrée en fonction, Jeanine Áñez décide de ne pas gouverner à partir de la résidence officielle du gouvernement, la Casa Grande del Pueblo, construite durant la présidence d'Evo Morales. Elle choisit plutôt de s’installer au Palacio Quemado, résidence officielle de l'État bolivien jusqu'en 2018..
Politique intérieure vignette|gauche|Jeanine Áñez, le . Jeanine Áñez promet un gouvernement de transition et déclare que les élections auront lieu lorsque les conditions seraient réunies. Le , elle change le chef de l'armée. Elle forme un nouveau gouvernement, limité aux fonctions régaliennes, notamment des Finances, de l'Intérieur et de la Défense. La composition de ce gouvernement ne comprend pas de ministre indigène alors que le ministère des Affaires étrangères leur était traditionnellement dévolu..
L'ancien président Evo Morales est aussitôt poursuivi par la justice pour « terrorisme » et « génocide ». Le ministre de l’Intérieur, Arturo Murillo, promet la « chasse » et la « persécution » de tous les membres du gouvernement Morales.
Elle se montre favorable à l'usage du wiphala comme emblème national, mesure instituée par Evo Morales. Les programmes télévisés publics en langues indigènes sont en revanche supprimés.
Elle déclare qu'en cas de retour dans le pays, son prédécesseur serait poursuivi pour fraudes électorales et pour corruption. Elle a auparavant déclaré que celui-ci n'était pas éligible à un quatrième mandat. Elle met par ailleurs en doute la possibilité pour le Mouvement vers le socialisme (MAS) de participer aux prochaines élections.
Par la suite, des ministres émettent le souhait de réformer le pays, avant de convoquer de nouvelles élections. Le , elle annonce la convocation prochaines de nouvelles élections générales.. Pour ce faire, elle présente au Parlement un projet de loi destiné à annuler les résultats des élections législatives et présidentielle, et à renouveler la composition du Tribunal suprême électoral, qui devra fixer la date des élections.. Le , le Sénat approuve cette mesure et l'interdiction pour un individu ayant déjà effectué un deuxième mandat d’en faire un troisième., ainsi qu'une loi d'amnistie pour Morales , une dernière mesure que la présidente rejette.. La Chambre des députés adopte quelques heures plus tard ce projet de loi.. Jeanine Áñez promulgue le texte le .. Celui-ci prévoit que le scrutin puisse se tenir d'ici ..
vignette|Jeanine Áñez prononçant un discours le . Le , le Parlement adopte la loi amnistie pour les autorités sortantes au sujet du processus électoral, Áñez menaçant toujours d'apposer son veto à cette loi.. Le , elle annonce l'émission d'un mandat d'arrêt à l'encontre de son prédécesseur.. Début janvier, son gouvernement annonce l’ouverture de 600 enquêtes pour corruption. L'ensemble des anciens membres du gouvernement d'Evo Morales sont visés par ces enquêtes, de même que d'anciens hauts fonctionnaires et dirigeants d'entreprises publiques. En , l’ONG Human Rights Watch accuse le nouveau gouvernement de persécutions politiques par manipulation de la justice à l'égard de l'ancien président..
En quelques mois, les dépenses de l’État bolivien en importation d’armes pour équiper la police sont multipliées par 18 par rapport à l'année 2019.
Mesures économiques Son gouvernement adopte une politique favorable aux intérêts de l’industrie agroalimentaire, libéralisant dès des exportations de produits agro-industriels et favorisant le défrichage forestier. Un décret présidentiel adopté en autorise l’entrée de plusieurs semences transgéniques dans le pays.. Par ailleurs, le gouvernement autorise une hausse des taux d’intérêt bancaires et réduit le taux d’imposition des grandes entreprises. En juin, le gouvernement offre de nouvelles terres au secteur agro-exportateur et, pour faire face aux conséquences économiques causées par la pandémie de Covid-19, mobilise 600 millions de dollars issus des fonds publics pour rembourser les dettes de grandes entreprises privées (dont l’un des principaux bénéficiaires est le ministre de l’Économie Branko Marinkovic).
La volonté du pouvoir de privatiser des grandes entreprises se heurte cependant à la résistance du Sénat. Le projet de restitution des actions de l’entreprise publique d’électricité Elfec (nationalisée en 2010) à un ancien actionnaire privé, la Cooperativa de Teléfonos de Cochabamba, suscite des tensions au sein même du gouvernement et conduit à la démission de trois ministres.
Le pays est en butte à des difficultés financières en raison de la pandémie de Covid-19 et son gouvernement est pointé du doigt pour sa gestion de la crise. Le gouvernement déclare l'état de calamité publique pour pouvoir contracter un prêt d'urgence de la banque centrale..
Politique étrangère vignette|Jeanine Áñez échangeant avec le diplomate américain David Hale. Après sa prise de fonction, elle reçoit la reconnaissance des États-Unis et de la Russie, qui qualifie cependant son accession au pouvoir de . De son côté, son gouvernement reconnaît l'opposant vénézuélien Juan Guaidó comme président du Venezuela. Elle décide ensuite de l'expulsion du personnel vénézuélien de l'ambassade du Venezuela à La Paz.
Elle annonce également le retrait de l'Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA).
Plus de de la mission de coopération médicale cubaine en Bolivie sont invités à quitter le pays dans les plus brefs délais.