La noblesse de robe est, dans la France d'Ancien Régime, l'ensemble des hommes nobles qui occupent une fonction de gouvernement . Ces hommes sont principalement, mais pas seulement, des , des , puisque leurs études à l'Université les ont habilités à porter , la toge.
L'histoire de la noblesse de robe s'étend sur trois siècles, durant lesquels les rivalités, voire les luttes, sont permanentes entre eux, au sein de la société d'ordres qu'est la France d'Ancien Régime, où deux régions ou villes, fussent-elles voisines, peuvent régir des privilèges et des charges différents.
Noblesse de robe et noblesss de cloche Différente de la noblesse de robe, la noblesse de cloche, est celle des anoblis et des nobles titulaires de fonctions municipales dans certaines villes du royaume comme les capitouls de Toulouse et les échevins de Paris.
Origine de l'expression Jusqu'au , les commentateurs parlent de « noblesse politique » ou « noblesse civile », expressions empruntées à Aristote, avançant alors l'idée que . Les premières occurrences de l'expression « noblesse de robe » apparaissent au début du , vraisemblablement sous la plume d'Étienne Pasquier. Elle témoigne, selon les historiens, de la consécration d'une division des tâches entre les robins, chargés des missions administratives ou judiciaires, et les nobles dont le prestige et la légitimité reposent sur l'exercice des fonctions militaires ou diplomatiques.
Durant la première moitié du , l'expression reste encore peu usitée, les contemporains utilisant plutôt les termes « gens de robe », « gens de robe longue ou de robe courte » ou encore « la robe ». Elle circonscrit alors les contours d'un état rattaché à des fonctions précises, puis caractérise progressivement un groupe nobiliaire qui s'oppose, à la fin du , à celui de l'épée.
Noblesse de robe et noblesse d'épée Si l'expression de commence à s'opposer à celle, apparue plus tardivement, de , dans le dernier quart du , sous le règne de Louis XIV, ses origines sont antérieures.
Aux et , les frontières de la noblesse se caractérisent encore par leur fluidité et leur indétermination juridique. Les vertus guerrières (port de l'épée, blessures reçues au combat...) sont certes mises au premier plan, mais l'accession à la noblesse peut prendre des voies alternatives, notamment en menant une vie de (selon l'expression d'Olivier de La Marche) sur une seigneurie durant plusieurs générations. Au tournant des et , prédomine encore très majoritairement sur les définitions juridiques de la noblesse. Durant les guerres de Religion, le petit groupe social des magistrats des tribunaux les plus importants commence cependant à acquérir une identité propre et des débats nourris émergent alors sur les mérites comparés des hommes de loi et des hommes de guerre, les premiers contestant la prééminence aux seconds.
La reconnaissance de la vénalité des charges en 1604, avec l'instauration de la paulette par Henri IV, semble jouer en faveur des officiers, qui peuvent transmettre leur charge de manière héréditaire. Elle est à ce titre fortement contestée par la noblesse seigneuriale, qui en demande sans succès l'abolition lors des états généraux de 1614.
Selon l'historien Élie Haddad, il faut attendre néanmoins la seconde moitié du pour qu'émerge et se cristallise la dichotomie noblesse de robe / noblesse d'épée au sein du . Celle-ci s'inscrit dans un contexte de contrôle d'accès à la noblesse par le pouvoir louis-quatorzien, sous l'égide de Colbert. La définition de la noblesse qui s'impose alors en France résulte d'un compromis entre noblesse de service (centrée sur les fonctions de justice ou de finance, issue directement de la volonté royale, pouvant être accordée ou retirée) et noblesse lignagère (centrée sur la carrière des armes ou, dans une moindre mesure, par la diplomatie, découlant de l'ancienneté et du sang, et jugée à ce double titre plus prestigieuse). De fait, jusqu'à la fin de l'Ancien régime, le statut symbolique des charges de la noblesse de robe fut en France toujours inférieur à celui de la noblesse d'épée.
L'opposition entre noblesse de robe et noblesse d'épée n'est pas toutefois tranchée et il n'est pas rare de voir le fils cadet d'un noble de robe entrer dans l'armée quand son frère aîné succède à l'office paternel. Certaines familles de robe ont réussi à s'agréger à la noblesse d'épée et en ont adopté le comportement. Le comportement du maréchal de Belle-Île, descendant du célèbre Fouquet, est à cet égard particulièrement éloquent. A contrario, on rencontre, dans les cités flamandes par exemple, des familles patriciennes ayant quitté leur état de chevalerie pour s'adonner au négoce, et anoblies formellement par l'acquisition d'offices à partir du .
Titre de noblesse Dans sa majeure partie, la noblesse de robe est constituée de descendants de personnes qui ont acquis à titre onéreux un office anoblissant dans les finances ou la justice. Ces offices, ou charges, sont en pratique transmissibles et vendables librement, même si cela n'a été officialisé par l'édit de la Paulette. Cette transmission des offices, souvent de père en fils, favorise une conscience de groupe très forte. Ainsi, les membres des parlements, l'élite de la noblesse de robe, bien que souvent nobles de longue date, revendiquent hautement leur place dans l'État face à la noblesse d'épée.
Si à l'origine la noblesse de robe est assez accessible grâce à la vénalité des offices, elle a tendance à se fermer à partir du , les descendants d'anoblis refusant l'entrée de roturiers dans leur groupe. Cette exclusion a permis la création d'une nouvelle classe sociale; la bourgeoisie de robe. Les créations massives d'offices effectuées par la monarchie, toujours à la recherche de rentrées d'argent, ont fait naître des protestations du côté de la noblesse de robe.
Parmi les familles de la noblesse de robe les plus connues subsistant de nos jours, on peut citer les familles de Montesquieu, d'Ormesson, de Nicolaï, de Maupeou, Feydeau, de Francqueville, de Lanafoërt-Chapelain L'officier, de Doat, de Sabail, Mailhes, Meaudre, Colbert, etc.
Débats sociologiques Lucien Goldmann, dans le chapitre VI de son livre Le Dieu caché, chapitre intitulé « Jansénisme et noblesse de robe », défend la thèse selon laquelle le jansénisme serait l'idéologie de la noblesse de robe. René Pommier, dans son article Jansénisme et noblesse de robe ?, conteste cette thèse en donnant quatre objections fondamentales. La thèse de Lucien Goldmann est que le jansénisme est l'expression d'un mécontentement face à la monarchie centralisatrice. Face à la hausse de pouvoir des commissaires royaux au détriment des officiers (de recrutement bourgeois), ces derniers auraient pratiqué un « retrait critique du monde » de plus en plus contestataire. René Taveneaux modère la vision de Goldmann influencée par le marxisme et préfère parler de « terrain de rencontre » entre jansénisme et bourgeoisie, arguant que le bourgeois est un homme libre sous l'Ancien Régime, détaché de la hiérarchie seigneuriale, et que cette situation favorable à l'individualisme a pu, chez certains, s'associer facilement avec la morale janséniste, qui préfère l'épanouissement de la vie intérieure aux fastes de la liturgie tridentine, et une réforme morale exigeante plutôt qu'une distribution trop accessible des sacrements. L'assise essentiellement urbaine du jansénisme permet également cette rencontre entre jansénisme et bourgeoisie parlementaire.
Notes et références Notes
Références
Bibliographie
Frédéric Bluche, article "Vénalité des offices", Encyclopédia Universalis.
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Gérard Ferreyrolles, Goldmann visionnaire in Chroniques de Port-Royal, 49, Port-Royal au miroir du , Paris, bibliothèque Mazarine, 2000, p.71 et sq.
Lucien Goldmann, Le Dieu caché. Étude sur la vision tragique dans les Pensées de Pascal et dans le théâtre de Racine, Gallimard, Paris, 1955.
René Pommier, Jansénisme et noblesse de robe?, in Papers on French Seventeenth Century Literature, 1995, , repris dans Études sur le dix-septième siècle, Eurédit, 2006; ou à lire sur son site officiel
Alain Rey (dir.), Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert, Paris, 1998.
Storez-Brancourt, Isabelle. « Des “estats” à l’État : la pensée des juristes modernes face au pouvoir nobiliaire (1600-1789) ». In L’invention de la décentralisation : Noblesse et pouvoirs intermédiaires en France et en Europe xviie-xixe siècle, édité par Roger Baury et Marie-Laure Legay, 49‑65. Histoire et civilisations. Villeneuve-d’Ascq: Presses universitaires du Septentrion, 2019. http://books.openedition.org/septentrion/40953. René Taveneaux, Jansénisme et politique, Armand Colin, 1965.
Voir aussi
Lord juridique Noblesse française Table des rangs
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