Le bombardement de Haïphong, aussi appelé massacre de Haïphong Pablo de Orellana, The Road to Vietnam: America, France, Britain, and the First Vietnam War, Bloomsbury Publishing, 20 février 2020, . ou incident de HaïphongRémi Kauffer, « Les terribles conséquences de l'incident de Haïphong », Le Point, 15 décembre 2011., est une action militaire entreprise par l'Armée française contre le Vietminh le à Haïphong au Vietnam.

Le bilan humain est lourd : les estimations oscillent entre 300 et morts, principalement des civils, étant l'estimation la plus reprise. Le massacre provoque le début de la guerre d'Indochine avec la bataille de Hanoï en .

Contexte Lorsqu'en à Hanoï, Hô Chi Minh, fondateur du Parti communiste vietnamien, proclame l'indépendance de la république démocratique du Vietnam à la suite de la révolution d'Août, la politique française hésite entre la reconquête ou la conciliation. Le voyage d'Hô Chi Minh en France (été 1946) permet d'envisager un compromis. Mais chaque camp se prépare à l'affrontement« Le bombardement de Haïphong », Historia..

Le , les Français reprennent le service des douanes alors que cela devait être négocié. L'état-major français, sur place, obéissant aux ordres de l'amiral Georges Thierry d'Argenlieu, promu vice-amiral d'escadre en , multiplie les provocations.

À Haïphong, le , les Vietnamiens s'opposent au contrôle douanier par les Français d'une jonque qui fait de la contrebande en tirant sur les Français faisant 23 morts"The Haiphong incident". World History. 2015. Hammer, Ellen (1954). The Struggle for Indochina. Stanford, California: Stanford University Press. pp. 182.. L'affrontement dégénère ; des coups de feu éclatent immédiatement sur terre entre militaires français et nationalistes vietnamiens faisant des victimes des deux côtes. Mais un cessez-le-feu est déclaré : on revient au statu quo ante bellum.

L'objectif est de profiter de la situation pour améliorer la position française et mettre un terme à l'indépendance que le Vietnam était en train d'acquérir.

Le bombardement vignette|L'aviso sur lequel navigue Henri Martin. Le 1946 à , un ultimatum de trois quarts d'heure est adressé aux Vietnamiens et l'offensive terrestre française commence sur Haïphong. Lorsqu'elle rencontre une résistance, le colonel Debès, sur les instructions du général Valluy qui lui a demandé « de donner une dure leçon à ceux qui nous ont traitreusement attaqués », ordonne à la marine de bombarder. Trois avisosYves Benot, Massacres coloniaux : 1944-1950 : la et la mise au pas des colonies françaises, chapitre 4 : « Le bombardement de Haïphong », La Découverte, 2013., les , et , détruisent les paillotes avec des obus de 138 et de 152Georgette Elgey, Histoire de la : la République des illusions (1945-1951), Fayard, 2014..

Henri Martin, qui était à bord de l'aviso , prétend que le croiseur Suffren a participé à l'opération, allégation discutée, reprise cependant dans plusieurs ouvragesMaurice Vaïsse, L'Armée française dans la guerre d'Indochine (1946-1954) : adaptation ou inadaptation, 2000, ..

Les tirs visent des civils qui fuient les combats, que les marins français ont peut-être pris pour des combattants à l'assaut selon Paul Mus. Les quartiers chinois et vietnamiens sont complètement détruits.

Bilan D'après Paul Mus, conseiller politique de Leclerc, citant l'amiral Robert Battet qui a mené l’enquête huit jours après, le nombre de morts se chiffre à , estimation la plus reprise « Haiphong, Shelling of », Encyclopedia of the Vietnam War: A Political, Social, and Military History. Ed. Spencer C. Tucker, Santa Barbara: ABC-CLIO, 2011. Credo Reference. Web. 17 Feb. 2016., principalement des civils. Le général Valluy estime quant à lui qu'il y a eu . L'historienne Georgette Elgey estime le chiffre de « peut-être excessif » puisqu'il représente 10 % de la population de la ville, mais « qu'il n'en reste pas moins que jamais au cours d'un quelconque incident franco-vietnamien le nombre de victimes n'avait atteint une ampleur comparable ».

Le Viêt-Minh a estimé entre et le nombre de tués. Les services de renseignement français ont également diffusé secrètement ce chiffre dans l’intention de montrer que l’État communiste vietnamien ne pouvait pas protéger sa population de l’armée française. Dans une lettre de , Ho Chi Minh fait état d’environ morts lors de l’incident dans les combats. Le consul américain a fait état d’environ mortsStein Tonnesson, Vietnam 1946: How the War Began Berkeley, 2010, p. 122–125.

Selon l'historien Thomas Vaisset, les estimations oscillent entre 300 et morts

Conséquences Selon l’historien Anthony James Joes, après « cet acte barbare et stupide » il n'est plus question de « paternalisme français » mais d'une vraie guerre pour se maintenir au pouvoir. Malgré ses proportions, ce bombardement tragique ne marque pas, dans les faits, le début de la guerre d'Indochine. C'est officiellement le qui marque le début de la guerre d’Indochine, quand les milices viêt-minh répliquent à Hanoï Anthony James Joes, Victorious Insurgencies: Four Rebellions that Shaped Our World, University Press of Kentucky, 2010, .. Suites Les suites du bombardement de Haïphong ont été au cœur de l'affaire Henri Martin, une affaire judiciaire qui s'est déroulée en France de 1949 à 1953, du nom d'Henri Martin, un jeune marin communiste, témoin oculaire des événements de fin 1946, innocenté par le tribunal d'une accusation de sabotage du porte-avions Dixmude dans la rade de Toulon, mais condamné à cinq ans de prison pour avoir distribué à partir de 1949 des tracts témoignant contre la guerre d'Indochine et gracié après trois ans derrière les barreaux, après une campagne dans l'opinion.

Bibliographie

Notes et références

Haïphong Catégorie:Opération militaire française Catégorie:Guerre d'Indochine Catégorie:Invasion au Vietnam Haiphong Catégorie:Massacre au Vietnam Catégorie:Crime de guerre de la France