L'indigotier, indigo des teinturiers ou indigo des Indes (Indigofera tinctoria), est une espèce de plantes à fleurs de la famille des Fabacées. C'est un arbuste des régions chaudes dont les feuilles sont utilisées pour la préparation de la teinture d'indigo.

La culture de l'indigotier s'est répandue dans les régions tropicales et tempérées de l'Asie, de l'Amérique et de l'Afrique. Son habitat originel reste cependant incertain, tant sa culture est ancienne car voilà plus de que la plante est exploitée en Inde, au Proche-Orient et en Égypte.

Pour répondre à la demande croissante de teinture indigo de leur industrie textile en plein développement, les Européens entreprirent la culture d'indigo à grande échelle dans leurs colonies du Nouveau Monde et d'Asie (Inde, Java). L'indigo, originaire d'Orient, traversa ainsi l'Atlantique, ruina au passage la culture du pastel en Europe, puis dans un mouvement de balancier, retourna en Asie, avant de disparaître avec l'arrivée des teintures synthétiques. vignette|Indigofera tinctoria en Guadeloupe. vignette|Indigofera tinctoria, inflorescence au Jardin des Plantes de Paris. vignette|Indigofera tinctoria.

Étymologie Linné a décrit l'indigotier en 1753 sous le nom de Indigofera tinctoria..

Son nom générique Indigofera s'analyse en indigo, dérivant du grec Ἰνδικός (Indikós) et du latin indicus « de l'Inde » (faisant allusion au pays d'où les Gréco-romains l'importaient), et du suffixe latin -fer « qui porte ». L'épithète spécifique tinctoria signifie en latin « qui sert à teindre, tinctorial ».

Le terme dindigo est lui-même beaucoup plus ancien que Linné puisqu'il remonte à l'Antiquité gréco-latine où Pline signalait que le pigment coloré pourpre, « indicum... vient d'Inde »H. N. livre XXXV, 46..

Description Indigofera tinctoria est un arbuste touffu, de de haut, à l'état sauvage en Asie mais pouvant atteindre deux mètres pour les formes issues des cultures. Il peut être annuel, bisannuel ou vivace, en fonction du climat. Les jeunes rameaux sont couverts d'une pubescence blanche, formée de poils apprimés, blanchâtres (trichomes en T). Les poils sont moins denses, plus fins et moins persistants que pour Indigofera suffriticosa.

La feuille imparipennée comporte de neuf à treize folioles. Les folioles sont opposées, obovales à elliptiques, jusqu'à , à poils clairsemés en dessous. Le pétiole et le rachis ( de long) sont couverts de poils apprimés et creusés d'un sillon sur la face supérieure. Les stipules sont petites (), étroitement triangulaires.

Les racèmes sessiles, de , émergent aux aisselles des feuilles (rac. axillaires). Chaque fleur bisexuée, zygomorphe, papillionacées, comporte : un pédicelle de de long ; un calice de (une coupe à cinq dents) ; une corolle de de long, formée d'un étendard (pétale supérieur) de deux ailes (pétales latéraux) et une carène (deux pétales inférieurs soudés) ; l'étendard ovale est rose blanchâtre avec des veines rougeâtres, les ailes sont à onglet très court, rosées, plus courtes que l'étendard, la carène est pourvue d'éperons latéraux, roses à rouges ; dix étamines de de long, l'étamine supérieure libre, les neuf autres soudées entre elles autour de l'ovaire (diadelphe) ; ovaire supère, à carpelle unique, 1-loculaire, avec un long style.

Le fruit est une gousse linéaire de de long, droite ou légèrement incurvée vers l'apex et d'environ de large, brune à maturité, renfermant de sept à douze graines avec un léger étranglement entre les graines. Les graines d'environ sont rhombiques en section transversale.

Distribution L'origine de l'indigotier est incertaine. Avec Linné, certains auteurs supposent qu'il pourrait s'agir de l'Inde (Jansen et Cardon, Delange).

Flora of Pakistan le dit distribué en Asie méridionale : Pakistan (Punjab, Sind), Inde, Ceylan, Birmanie, Thailande, Indochine, Indonésie, Philippines et Malaisie. Pour GRIN, il est indigène en Afrique, Asie tempérée et tropicale, Australie.

Sa culture comme plante tinctoriale l'a répandu partout dans le domaine tropical, subtropical et tempéré chaud. Il a été introduit et s'est naturalisé en Amérique et en Chine (pour l'Afrique, les avis divergent).

Aux Antilles françaises, où il s'est naturalisé, on le rencontre sur le littoral sec, le bord des routes, sur les décombres. Il est en fleur de mai à juillet puis de novembre à mars. Introduit anciennement à La Réunion et à l'île Maurice, il persiste localement dans les fourrés secs et les savanes de Maurice. La culture de l'indigotier a débuté à La Réunion en 1734. Synonymie Pour Tropicos., sont considérés comme synonymes d'Indigofera tinctoria les noms suivants : Anila tinctoria (L.) Kuntze Anila tinctoria (L.) Kuntze var. normalis Kuntze Indigofera indica Lam. Indigofera sumatrana Gaertn. The Plant List répertorie les synonymes suivantsPlant List (avec un degré de confiance élevé) : Indigofera bergii Vatke Indigofera cinerascens DC. Indigofera houer Forssk. Indigofera indica Lam. Indigofera oligophylla Baker Indigofera orthocarpa (DC.) O.Berg & C.F.Schmidt Indigofera sumatrana Gaertn. Indigofera tinctoria Blanco

Analyse chimique Composés d’intérêts pharmacologiques L'analyse des métabolites secondaires d'extrait de feuilles dIndigofera tinctoria indique la présence de flavonoïdes, saponines, tanins, quinones, terpénoïdes et composés phénoliques. La présence d'alcaloïde n'a pas été détectée. Les extraits méthanoliques ont une activité antimicrobienne, antioxydante et cytotoxique. Précurseurs de l'indigo Les plantes tinctoriale à indigo comme l'indigotier Indigofera tinctoria (ou le pastel Isatis tinctoria en Europe et la renouée des teinturiers Polygonum tinctorium en Asie Orientale) ne contiennent pas de pigments colorants directement transposables par le bain de teinture mais seulement des précurseurs de ceux-ci.

Le précurseur du pigment colorant de couleur indigo de Indigofera tinctoria est l'indican (indoxyle β-D-glucoside) alors que la molécule colorante est l'indigotine, aussi appelée indigo, au risque d’ambiguïté.

Dans les textes anciens, le terme « indigo » désignait la matière colorante extraite des feuilles de l'indigotier et ne s'appliquait pas aux teintures bleues extraites du pastel des teinturiers (nommées guèdes, waides dans le Nord, pastels dans le Sud) ou d'autres plantes tinctoriales. On sait maintenant grâce aux analyses chimiques, que la couleur bleue des teintures extraites des plantes tinctoriales (comme l'indigotier, le pastel, la renouée des teinturiers, l'indigo d'Assam (Strobilanthes cusia) ou la liane à indigo, Philenoptera cyanescens), est due à une seule et même molécule, nommée indigotine ou indigo. Ce qui différenciait les différentes teintures était dû à des impuretés de nature différente. Le pastel donnait un bleu pâle et l'indigo un bleu foncé. Actuellement, les textes scientifiques (en anglais) emploient le terme indigo presque exclusivement pour désigner la molécule chimique d'indigotine. Rappelons qu'outre les valeurs de « teinture extraite de l'indigotier » et « indigotine », le terme indigo a les acceptions d'« indigotier » et de « couleur bleu-indigo ».

Le tableau ci-dessous schématique des principales réactions effectuées lors de la préparation de la teinture d'indigo puis lors de la teinture de cuve à l'indigo devrait permettre de mieux comprendre ces procédures exposées. {| border="1" cellpadding="3" cellspacing="0" align="center" class="wikitable" |- | colspan="2" align="center" |Travail du planteur dans l'indigoterie : hydrolyse et oxydation |- |width=55% |L'indican (indoxyle β-D-glucoside) présent dans les feuilles de l'indigotier, est le précurseur du pigment d'indigotine. L'extraction du pigment coloré se faisait aux Antilles, par le traitement de la matière végétale dans une série de trois bassins (la trempoire, la batterie et le reposoir, voir section suivante). |align="center"|150pxIndican |- |Lhydrolyse de l'indican en indoxyle et glucose : indican → indoxyle + glucoseL'indoxyle existe en équilibre entre les formes cétone et énol. L'indican, présent dans les vacuoles des feuilles, est libéré lors du broyage et de la macération-fermentation. Il entre ensuite en contact avec une enzyme hydrolisante logée dans les chloroplastes. L'indoxyle est incolore et soluble dans l'eau. Cette étape est réalisée dans la trempoire. |align="center"|170px + 110pxIndoxyle en équilibre céto-énolique + glucose |- |L’oxydation en présence d'air de l'indoxyle conduit à la formation d'indigo(tine) : indoxyle + indoxyle + → indigotine + 2Cette étape est réalisée dans la batterie où on bat le liquide pour l'oxygéner. |align="center"| 200pxIndigotine |- | colspan="2" align="center" |Travail du teinturier : la teinture de cuve réalise une réduction puis une oxydation |- |Réduction : l'indigo, le pigment coloré, étant insoluble, il faut d'abord le réduire en leuco-indigo, une forme jaune pâle et hydrosoluble :indigo → leuco-indigoLa méthode traditionnelle (ou cuve naturelle), longue et compliquée à mettre en œuvre, utilise de l'urine fermentée, du glucose etc. La méthode chimique, rapide mais polluante, utilise un puissant réducteur chimique comme l'hydrosulfite de sodium. Les fibres végétales ou animales trempées dans le bain ressortent jaune verdâtre. |align="center"|200pxLeuco-indigo |- |Loxydation du leuco-indigo redonne de l'indigo, le beau pigment bleu.leuco-indigo → indigo Cette opération se fait spontanément à l'air, lorsqu'on suspend le tissu imprégné de teinture. |align="center"| 200pxIndigo(tine)

Usages Plante tinctoriale

En raison de sa couleur attrayante, l'indigo a tenu une place importante dans de nombreuses civilisations. Actuellement encore, l'indigo reste la teinture végétale la plus importante en Afrique occidentale, mais il y est extrait d'une autre plante, la liane à indigo, Philenoptera cyanescens, ou de P. laxiflora. Extraction de la teinture d'indigo à partir des rameaux l'indigotier thumb|upright=1.33|Esclaves travaillant dans une indigoterie (Jean-Baptiste du Tertre, Hist. gén.des Antilles, 1667) : 6 réservoir d'eau claire, 7 trempoire, 8 batterie, 9 reposoir. thumb|upright=0.32|Indoxyle

La méthode traditionnelle permet l'extraction de l'indican des feuilles sans usage de produits chimiques. Elle utilise la fermentation des feuilles pour libérer l'indoxyle qui est soluble dans l'eau puis l'oxygénation à l'air de celui-ci en pigment indigo.

Aux Antilles au , les installations de production d'indigo (ou indigoteries) étaient constituées d'au moins trois bassins, disposés en marche d'escalier.. Une alimentation en eau par un ruisseau d'eau claire (ou un puits), permet de remplir d'eau le bassin supérieur (7, la trempoire). Les indigotiers coupés avant la floraison y sont mis à macérer de 6 à 20 heures. Une fermentation se produit qui dégage une odeur extrêmement nauséabonde mais qui permet néanmoins l'hydrolyse de l'indican (indoxyle β-D glucoside) en indoxyle et en glucose. En ouvrant une bonde, on laisse le liquide qui a solubilisé l'indoxyle s'écouler dans le second bassin (8, la batterie). On ajoute de la chaux à ce liquide de couleur jaune verdâtre et on l'agite pour faciliter oxygénation. Les molécules d'indoxyle se dimérisent (se lient deux par deux) pour former l'indigo (ou indigotine), le pigment insoluble d'une belle couleur bleue. Tout l'art de l'indigotier est d'évaluer la durée exacte de ce processus d'oxydation : trop court, le bassin perd du pigment, trop long, la teinture est altérée et se noircit. Pour récupérer le pigment bleu qui va précipiter au fond, on laisse s'écouler le mélange dans le troisième bassin (9, le reposoir), au fond duquel s'ouvre une petite cuve ovale qui récupère l'indigo alors que le liquide est évacué. La bouillie récupérée est mise à égoutter dans des sacs de toile puis à sécher dans des petits caissons en bois pour obtenir des blocs d'indigo prêts à l'exportation.