Pot-Bouille est un roman d’Émile Zola publié en 1882, le dixième de la série Les Rougon-Macquart. Le héros, Octave Mouret, arrive à Paris et s'installe dans un immeuble bourgeois récent. Il recherche une maîtresse qui l'aide à s'élever socialement. Il rencontre peu à peu la plupart des habitants qui, sous les dehors d'une bonne morale, ont des relations hors mariage, entretiennent des maîtresses, concluent des mariages d'argent, se déchirent pour des héritages et abandonnent leurs enfants. C'est à cette « cuisine », aussi peu ragoûtante qu’un médiocre brouet, que fait référence le titre : le mot « pot-bouille » désignait au , en langage familier, la cuisine ordinaire des ménages, dans un sens proche de l'actuel « ». Par l'ironie, Zola montre en effet l’envers du décor d’un grand immeuble parisien où, derrière un luxe de façade, les comportements sont vils.
Pot-Bouille paraît d'abord sous forme de feuilleton dans Le Gaulois entre le et le . A la une du , Guy de Maupassant écrit un article, « L'adultère », sur le roman. La publication en un volume chez Georges Charpentier, annoncée dans le Journal général de l'imprimerie et de la librairie du pour la fin Journal général de l'imprimerie et de la librairie, , sér., 1882, , ., simplement pour mars dans le numéro du Journal général de l'imprimerie et de la librairie, , sér., 1882, , ., est, le , repoussée aux premiers jours d'avrilJournal général de l'imprimerie et de la librairie, , sér., 1882, , p. 323., pour avoir finalement lieu le , au moment où le feuilleton se termineJournal général de l'imprimerie et de la librairie, , sér., 1882, , p. 594..
L'un des personnages, initialement nommé « Duverdy », présenté comme conseiller à la cour d'appel et chevalier de la Légion d'honneur, a dû être rebaptisé « Duveyrier » dans le version définitive du roman après le procès intenté à Zola par Charles Duverdy, avocat à la cour d'appel de Paris et chevalier de la Légion d'honneurPierre Marotte, « Commentaires », in Émile Zola, Pot-Bouille, Paris, 1984, ..
Thèmes abordés Un immeuble et ses habitants Octave Mouret emménage à Paris, rue de Choiseul, au quatrième étage d'un immeuble bourgeois. Il est accueilli par et Campardon, chez qui il sera en pension. Il a déjà des rentes et de l'argent à placer et trouve rapidement une place de commis dans le magasin des Hédouin, Au bonheur des Dames. Il fait rapidement la connaissance des principaux habitants de l'immeuble et repère déjà les femmes qui lui plaisent et pourraient l'aider à se faire une meilleure situation (chapitre I).
Il rencontre les Josserand, famille composée d'un père effacé ; d'une mère tyrannique et cupide, dont la seule préoccupation est de marier ses filles Hortense et Berthe, qui ont déjà plus de 20 ans ; de leur fils Léon, souvent absent et en couple avec Dambreville ; et de Saturnin, l'autre fils, fou et violent. Les Josserand vivent au-dessus de leurs moyens et la mère enseigne à ses filles comment aguicher les hommes pour qu'ils les demandent en mariage. Un dîner est organisé pour faire boire le frère de Josserand, Narcisse Bachelard, afin qu'il apporte aux filles une dot de , mais il se dérobe (chapitres II et III).
Mariage et adultères Octave cherche une maîtresse. Il admet l'impossibilité d'avoir une aventure avec sa patronne, Hédouin. Il est ensuite rejeté par Valérie Vabre et se tourne vers Marie Pichon, sa voisine de palier, qui ne pourra pourtant pas l'aider à s'élever socialement (chapitre IV). Il est ensuite invité, avec la majorité des habitants de l'immeuble, à la fête des Duveyrier. Il y rencontre Vabre, propriétaire de l'immeuble, et ses trois enfants : Clotilde, épouse Duveyrier ; Théophile, le mari de Valérie ; et Auguste, gérant du magasin de soie du rez-de-chaussée. Berthe profite du concert donné par Clotilde pour s'isoler avec Auguste. On ne sait pas s'il commet sur elle un attouchement ou si elle le piège, mais, en criant « Vous me faites mal ! », elle scelle son mariage avec lui (chapitre V). Octave rencontre Trublot, son ami célibataire, à l'étage des bonnes car il couche avec certaines d'entre elles. Octave découvre alors la cour intérieure, qui donne sur les cuisines de tout l'immeuble, où les bonnes se racontent crûment, d'une fenêtre à l'autre, les ragots de l'immeuble (chapitre VI). Octave est reçu par Clarisse, la maîtresse qu'entretient Duveyrier (chapitre VII).
Le mariage de Berthe Josserand et d'Auguste Vabre, auquel presque tous les habitants de l'immeuble sont conviés, est troublé par Théophile Vabre. Il a trouvé dans les affaires de Valérie un billet doux ; pendant la messe, il accuse publiquement Octave, qui se défend en montrant que son écriture est bien différente de celle du billet (chapitre VIII).
Incapable de séduire Hédouin, sa patronne du Bonheur des Dames, Octave démissionne et est embauché chez Auguste et Berthe Vabre. Il apprend que sa voisine Marie est enceinte de lui. Gasparine, la maîtresse de Campardon, emménage chez lui avec l'accord de sa femme (chapitre IX). Un peu plus tard, le père Vabre meurt. Après l'enterrement, auquel presque tout l'immeuble assiste, les héritiers apprennent qu'il ne laisse que des dettes, contractées par sa manie de l'agiotage, et se déchirent (chapitres X et XI).
Comme sa mère avant elle, Berthe malmène son mari et exige toujours plus d'argent pour son entretien. Octave se rapproche d'elle, lui offre des cadeaux, puis consomme la relation. Berthe achète le silence de Rachel, sa domestique, quand elle se rend chez Octave. Mais la bonne a vendu la mèche au mari, qui monte chez Octave. Berthe s'enfuit, erre dans l'escalier et est recueillie par Marie (chapitres XII à XIV). Le lendemain, Auguste fait le tour de Paris en fiacre à la recherche de Duveyrier, qu'il veut comme témoin de son duel contre Octave. Avec Bachelard, il découvre que la maîtresse d'Alphonse Duveyrier est partie avec les meubles. Exténué par une nuit blanche et par les affres des uns et des autres, Auguste renonce au duel. Berthe retourne vivre chez ses parents ; son père est malade (chapitres XV et XVI).
Triomphe de l'hypocrisie Plusieurs mois plus tard, Josserand meurt. Octave a réintégré Au bonheur des Dames. Hédouin, veuve depuis huit mois, le demande alors en mariage pour gérer avec elle les affaires. Auguste, lui, est ruiné : le Bonheur des Dames lui fait trop de concurrence. Quant à Duveyrier, il a retrouvé Clarisse, l'entretient à nouveau, mais souffre du mépris qu'elle lui voue et de ses infidélités. Humilié par sa maîtresse et par le dégout que sa femme lui porte, il décide de se suicider, mais échoue. L'abbé Mauduit, conduit à son chevet, est désespéré de la déchéance morale de la société (chapitre XVII). L'hypocrisie bourgeoise parvient finalement à couvrir tous les scandales : Auguste reprend Berthe ; Adèle, la bonne des Josserand, accouche seule en pleine nuit et abandonne son bébé sans être vue ; Octave et Caroline Hédouin se marient ; les fêtes chez les Duveyrier continuent (chapitre XVIII).
Les personnages Immeuble de la rue de Choiseul Zola associe étroitement les personnages aux lieux qu'ils habitent, les étages et les types de logement bien sûr, mais aussi les pièces des maisons : , ordonne ainsi Josserand à sa domestique, Adèle. Rez-de-chaussée magasin de soie géré par Auguste Vabre. et Gourd, concierges. Entresol Auguste Vabre. étage Théophile Vabre, sa femme Valérie (fille de et Louhette) et leur fils Camille. Alphonse Duveyrier, sa femme Clotilde (fille de M. Vabre), leur fils Gustave, 16 ans (le plus souvent en pension), et Vabre, le père de Clotilde, propriétaire de l’immeuble. Alphonse Duveyrier devient, à la mort de Vabre, le nouveau propriétaire de l’immeuble. étage Monsieur inconnu , sa femme et leurs deux enfants. On sait très peu de cette famille, détestée de tous car ils ne . L'homme publie un livre révélant les déboires des hommes influents de Paris, dont Duveyrier, ce qui ajoute encore à la haine que les locataires portent à cette famille. Gourd, le concierge, dit à son sujet : C'est le reflet de ce que Zola a subiAccusations d'immoralité de Zola à propos de L'Assommoir ou de Nana.. Plus tard : Auguste Vabre avec sa femme Berthe (fille des Josserand) et le frère de celle-ci, Saturnin Josserand. étage Juzeur. un locataire inconnu. Achille Campardon, sa femme Rose (fille de et Domergue, et amie des parents d'Octave) et leur fille Angèle, 14 ans. Plus tard, Gasparine (la cousine de Rose et maîtresse d’Achille) s’installe avec eux. étage Octave Mouret (fils de François Mouret et Marthe Rougon). Jules Pichon, sa femme Marie (fille de et Vuillaume) et leur fille Lilitte. Un autre enfant, issu de la relation avec Octave, naît au cours du roman. Josserand et sa femme Éléonore (sœur de Bachelard) avec trois de leurs quatre enfants : Hortense, Berthe et Saturnin. La mère règne en tyran, terrorisant mari et domestique. Son unique ambition : marier ses filles, en trouvant pour elles de bons partis. Pour cela, elle les entraîne à « la chasse aux maris », leur expliquant que l’amour est secondaire, les hommes étant par nature foncièrement méprisables. Saturnin, fou et violent, est interné dans un asile par deux fois dans le roman. vignette|alt=une femme en tablier blanc prépare à manger. Elle est assise devant une fenêtre, dans une pièce en soupente à tomettes. À côté d'elle, un panier de légumes ; suspendu à une poutre, un jambon.|Asta Nørregaard, Intérieur de cuisine française, 1881. étage (l’étage des domestiques) Lisa et Victoire (domestiques chez les Campardon) ; Hippolyte, Clémence et Julie (domestiques chez les Duveyrier) ; Louise (domestique chez Juzeur) ; Adèle (domestique chez les Josserand) ; Françoise (domestique chez Théophile et Valérie Vabre) ; Rachel (domestique chez Auguste et Berthe Vabre). Les domestiques communiquent librement entre elles, à l'abri des oreilles des bourgeois, par les fenêtres des cuisines des différents appartements, qui donnent toutes sur une cour intérieure,
Autres personnages Narcisse Bachelard, frère d’Éléonore Josserand. Il est riche, et sa sœur essaie vainement de lui soutirer une dot pour Berthe, qui est sa filleule. Il préfère entretenir Fanny Menu, dite Fifi, qui vit chez sa tante ; à la fin du roman, elle épouse Gueulin. Gueulin, neveu de Narcisse Bachelard. Léon Josserand, fils de et Josserand, et sa maîtresse Dambreville ; à la fin du roman, il épouse Raymonde, la nièce de Dambreville. Clarisse Bocquet, maîtresse de M. Duveyrier ; Théodore, son professeur de piano et amant. Caroline Hédouin (née Deleuze), mariée à Charles Hédouin, propriétaires de la boutique Au bonheur des Dames. Après la mort de son mari, elle épouse Octave Mouret. Le Juillerat. L'abbé Mauduit. La mère Pérou, vieille femme employée et exploitée par M. Gourd. Hector Trublot, jeune homme professant le mépris du mariage et des amours bourgeoises, adepte des amours avec les domestiques. Verdier, amant d'Hortense Josserand.
Résumé Octave arrive dans un riche immeuble parisien (rue de Choiseul) et découvre le ménage chez qui il va vivre, celui de M. et Campardon. Octave fait la rencontre de la bourgeoisie de Paris, du luxe de ses habitations et de son excellence morale (chapitre 1).
On entre chez les Josserand et on découvre leurs misères (chapitre 2) : matrimoniale : la mère fait tous les salons pour marier ses filles ; économique : leur train de vie coûteux pour maintenir leur rang les force à rogner sur certaines dépenses, notamment sur la nourriture ; morale : la mère enseigne à ses filles à aguicher les hommes pour qu'ils les épousent ; familiale : les époux se disputent au sujet de la famille de chacun, Josserand est tyrannique et son mari un faible, sans volonté.