Miriam Van Waters ( - ) est une réformatrice du monde carcéral américaine du , dont les méthodes sont inspirées par son éducation d'épiscopalienne impliquée dans le mouvement de l'Évangile social. Au cours de sa carrière de pénologue, qui dure de 1914 à 1957, elle est surintendante de trois prisons : la Frazier Detention Home, un établissement mixte, à Portland, Oregon ; le Los Angeles County Juvenile Hall pour les filles et le Massachusetts Correctional Institution à Framingham (alors appelé Massachusetts Reformatory for Women). Pendant son séjour en Californie, Van Waters crée une école expérimentale de réinsertion, El Retiro, pour les filles de 14 à . Dans chaque cas, Van Waters développe des programmes qui favorisent l'éducation, le travail, les loisirs et le sens de la communauté plutôt que les méthodes punitives d'incarcération.

Les compétences de Van Waters en matière de prise de parole en public, sa manière affirmée et son charisme attirent l'attention médiatique sur ses méthodes, et elle est soutenue financièrement par des philanthropes, dont , qui aide à payer pour El Retiro et pour les congés dont elle a besoin pour rédiger deux livres, Youth in Conflict (1925) et Parents on Probation (1927).

Une autre philanthrope riche, , la soutient financièrement et émotionnellement du milieu des années 1920 jusqu'à sa propre mort en 1967. Eleanor Roosevelt et Felix Frankfurter font partie des nombreux admirateurs et partisans politiques de Van Waters, mais ses méthodes attirent la colère des opposants qui les considèrent trop indulgentes et inefficaces. L'opposition reçue à Los Angeles conduit à son départ de Californie en 1932 et à un procès très médiatisé dans le Massachusetts après qu'elle est licenciée en tant que surintendante de Framingham en . Réintégrée en mars, elle dirige le centre de correction jusqu'en 1957. Après sa retraite, elle reste dans la ville de Framingham jusqu'à sa mort en 1974.

Enfance et éducation Miriam Van Waters naît à Greensburg, en Pennsylvanie. Ses parents, George Browne (1865-1934) et Maude Vosburg (1866-1948) Van Waters, sont issus respectivement de familles de la classe moyenne de Rensselaer Falls et de DuBois. Après avoir étudié à Oberlin College, George fréquente Bexley Hall, un séminaire épiscopal dont il reçoit un diplôme de divinité en 1883. En 1884, à DuBois, il rencontre et épouse Maud. Leur premier enfant, Rachel, naît en 1885, l'année où la famille déménage à Greensburg. Rachel y meurt à l'âge de et, la même année, Miriam naît. En 1891, la famille déménage à nouveau, George étant nommé recteur de l'église épiscopale St. David à Portland, Oregon.

Fille aînée d'une mère malade, Miriam Van Waters sert de figure maternelle à sa fratrie. Elle aide sa mère à faire le ménage et à prendre soin de ses trois frères et sœurs plus jeunes, trois d'entre eux en vie en 1896 et un autre né en 1905. Sa mère, en mauvaise santé, se retire souvent sur la côte de l'Oregon ou au domicile de ses parents en Pennsylvanie, laissant Miriam Van Waters responsable du ménage.

Au cours de ces années de croissance, elle est fortement influencée par l'amour de son père pour les livres et l'érudition, sa participation au mouvement de l'Évangile social et son utilisation du presbytère comme une sorte de maison ouverte à tous. Elle fréquente St. Helen's Hall, une école épiscopale de filles, pour ses études secondaires, et en est diplômée en 1904. Restant à St. Helen's pendant une autre année en tant qu'étudiante, elle quitte Portland pour l'université de l'Oregon à Eugene en 1905. Elle se spécialise d'abord en philosophie et elle est diplômée en 1910 avec une maîtrise en psychologie. Trois ans plus tard, à l'université Clark de Worcester, au Massachusetts, elle obtient un doctorat en anthropologie.

Éducation universitaire : 1905–1913 L'université compte environ . Sa thèse de fin d'études est intitulée . Elle rejoint le club de débat féminin et devient rédactrice en chef de l'Oregon Monthly, un journal littéraire étudiant dont Louise Bryant est l'une des contributrices. Van Waters la publie tout en critiquant ses habitudes vulgaires : la boisson, la cigarette et ses vêtements provocants.

Lors de sa maîtrise, elle se spécialise en psychologie et est assistante d'un de ses enseignants, Henry Sheldon. Sa thèse étudie le matérialisme philosophique et le progrès social. En 1910, elle reçoit une bourse de l'université Clark à Worcester pour y faire son doctorat en psychologie sous la direction de G. Stanley Hall.

Van Waters admire l'intellect de Hall et son utilisation de données quantitatives, mais refuse de le suivre dans son étude de la génétique en tant que composante de la psychologie de l'adolescent. Elle préfère l'approche interventionniste des réformateurs sociaux, en particulier Jane Addams, dans la vie des adolescents en difficulté. Au cours de sa troisième année à Clark, elle se met finalement sous la direction d'Alexander Chamberlain, un anthropologue qui favorise les explications culturelles plutôt que génétiques pour le comportement des adolescents. La thèse de Van Waters, , est influencée par les de Chamberlain et par ses propres observations sur la délinquance juvénile à Boston et dans sa ville natale, Portland. Elle est diplômée de Clark en 1913 avec un doctorat en anthropologie.

Carrière sur la côte ouest Portland : 1914–1917 Après un court contrat avec la Boston Children's Aid Society (BCAS) en tant qu' pour des filles adolescentes en attente de procès, Van Waters commence à travailler à Portland. Elle y déménage en 1914 pour devenir superintendante de la Frazer Detention Home, dont l'état de délabrement inquiète la cour juvénile du comté de Multnomah. La maison de détention accueille des adolescents des deux genres qui sont mal nourris, peu soignés, et jamais occupés ; ils sont soumis à des châtiments corporels. Dès son arrivée, Van Waters recrute des médecins bénévoles et un psychologue bénévole, embauche une infirmière, améliore les menus, fait ouvrir une bibliothèque et fait faire du nettoyage, de la peinture et du jardinage aux jeunes. Elle interdit de plus les châtiments corporels. Son travail à Frazer s'arrête brusquement fin 1914, quand l'épuisement se transforme en tuberculose et l'empêche de continuer.

Il lui faut trois ans de convalescence, d'abord dans une propriété appartenant à sa famille près de Cannon Beach, puis en tant que patiente hospitalisée et plus tard en ambulatoire au sanatorium Pottenger près de Pasadena. Pendant ces années, elle fait des essais pour devenir autrice de fiction, de non-fiction et de poésie, sans succès. Malgré ses problèmes de santé, elle passe et réussit un examen de la fonction publique en Californie, puis postule pour devenir surintendante au Los Angeles County Juvenile Hall, un centre de détention pour filles. Elle l'intègre en .

Los Angeles : 1917–1931 Aidée par de nombreuses autres réformatrices, elle travaille à modifier le centre de détention pour y inclure les soins de santé, un accompagnement et une évaluation psychologiques, l'amélioration de l'alimentation, des loisirs et d'autres services sociaux. En 1919, elle fonde El Retiro, une école expérimentale pour les filles âgées de 14 à , choisies parmi les prisonnières du Juvenile Hall. L'école, dont les portes sont maintenues ouvertes et se situant dans un cadre rural à l'extérieur de Los Angeles, favorise l'éducation, le travail et les loisirs plutôt que l'incarcération et la punition comme antidotes à la délinquance juvénile. Selon la journaliste Adela Rogers St. Johns, El Retiro contraste fortement avec les prisons pour femmes et enfants du début du siècle, où les conditions sont encore « répugnantes, fétides et médiévales ». Après avoir rencontré la réformatrice sociale à la Hull House de Jane Addam en 1921, Van Waters promeut l'idée d'un à Los Angeles pour les femmes diplômées d'El Retiro qui ont besoin d'un endroit sûr où habiter pendant leur recherche d'emploi. En partie financée par la philanthrope de Chicago , la maison de transition ouvre ses portes plus tard en 1921 et, pendant le reste de la décennie, accueille plusieurs centaines de jeunes femmes, chacune séjournant en moyenne quatre mois. De 1920 à 1929, Van Waters, succédant à , travaille auprès du tribunal et préside les audiences sur des affaires impliquant des enfants de moins de .

Selon l'historienne , l'avancement professionnel de Van Waters dans le système de justice pour mineurs de Los Angeles dans les années 1920 dépend en partie de son charisme personnel et de ses compétences en matière de prise de parole en public, en partie d'un réseau de professionnels universitaires, juridiques et des services sociaux, et en partie des réseaux de réforme concrétisés par les clubs de femmes comme le . Van Walters donne des conférences fréquentes sur la protection de l'enfance et la justice pour mineurs dans ces clubs, auprès d'associations de parents d'élèves et de groupes religieux de protection sociale, et a écrit une série d'articles sur le tribunal pour mineurs pour le Evening Herald.

Entre 1917 et 1927, Van Waters vit avec d'autres femmes dans un complexe résidentiel connu sous le nom de . Parmi les résidentes à long terme, on compte sa sœur Rebekah, ses amies de longue date Sara Fisher et Elizabeth (Bess) Woods, et Shontz. On compte aussi, à plus court terme, des philanthropes tels que Dummer, des réformatrices, dont Grace Abbott, Edith Abbott et Sophonisba Breckinridge ; le psychiatre Adolf Meyer et le réformateur des prisons se rendent à la colonie lors d'une visite à Los Angeles. Shontz convainc Dummer d'accorder une subvention à Van Waters pour lui permettre d'entreprendre une enquête nationale sur les établissements pénitentiaires pour femmes à travers les États-Unis : prenant un congé de son travail à Los Angeles, Van Waters commence l'enquête à la fin de 1920. Les résultats sont publiés en 1922 sous le titre dans The Survey, un journal de premier plan destiné à la protection sociale. Financée par Dummer, Van Waters prend d'autres congés dans les années 1920 pour promouvoir largement ses idées sur la protection de l'enfance et la réforme des prisons, citant El Retiro comme modèle.

Avec l'aide de Dummer, elle écrit un autre livre, Youth in Conflict (1925), détaillant ses théories sur la délinquance juvénile et les soutenant avec des exemples tirés de procès réels. Le livre obtient un accueil positif et de bons chiffres de vente, et établit la réputation nationale de Van Waters. En 1926, Felix Frankfurter, professeur à la Harvard Law School et plus tard juge à la Cour suprême, est impressionné par le livre de Van Waters et lui demande de gérer la section de la Harvard Crime Survey sur la délinquance juvénile. En 1928, elle termine son deuxième livre, Parents on Probation, qui réitère ses affirmations selon lesquelles la délinquance juvénile est causée par des familles dans lesquelles les enfants manquent d'attention et de modèles positifs. En 1929, elle est élue présidente de la National Conference of Social Work, devenant la première femme de l'Ouest des États-Unis à être nommée à ce poste.