Jean Monnet, né le à Cognac (Charente). et mort le à Bazoches-sur-Guyonne (Yvelines), est un haut fonctionnaire français, banquier international, promoteur de l'atlantisme et du libre-échange. Europhile convaincu et acteur majeur de l'intégration et de la construction européennes, il est considéré comme l'un des .
Il a été, dès sa création en 1919, l'un des principaux promoteurs de la Société des Nations dont il est le secrétaire général adjoint, organisant à ce titre la Conférence financière de Bruxelles de . Agent d'influence au service de la France, puis de l'Angleterre auprès des États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale, il propose en 1940 le projet d'Union franco-britannique.
Il devient ensuite l'un des artisans de la planification française au moment du plan Marshall, en tant que premier commissaire au Plan de 1946 à 1952. Monnet a contribué à la déclaration Schuman de 1950, au rapprochement franco-allemand et à la création de la Communauté européenne du charbon et de l'acier, dont il fut le premier président de la Haute Autorité de 1952 à 1955. Il a aussi promu la coopération industrielle internationale. Il est un des principaux fondateurs de la Communauté économique européenne (traité de Rome de 1957) et du Marché commun européen (1968). Ceux-ci sont les prédécesseurs de l'Union européenne.
Jean Monnet est fait citoyen d'honneur de l'Europe en 1976 et est inhumé au Panthéon, à Paris, en 1988.
Biographie Enfance et formation gauche|vignette|redresse|Lieu de naissance de Jean Monnet, à Cognac. Jean Monnet naît le à Cognac (Charente) au 9, rue Neuve des Remparts, dans une famille bourgeoise. de tradition catholique propriétaire d'une entreprise de négoce international.. de cognac.
vignette|Publicité pour le « Cognac Monnet » (1927). Sa formation est essentiellement due aux conversations qu'il écoute, dès l'enfance, à la table familiale entre son père et ses clients étrangers, sur le commerce du cognac, un des premiers secteurs français à être très internationalisé.
Il interrompt ses études avant son baccalauréat, à , pour travailler dans l'entreprise familiale.
À , il s'installe à Londres. et voyage plusieurs fois en Amérique du Nord. pour l'entreprise familiale. Il en tire une parfaite maîtrise de l'anglais, une très bonne connaissance des Anglo-Saxons et de l’optimisation de l’affrètement maritime : les exportateurs de cognac utilisaient au maximum les capacités de fret des bateaux et veillaient à les charger au retour pour diminuer les coûts.
Première Guerre mondiale En 1914, après la bataille de la Marne, à peine âgé de et fort de son expérience d'affréteur maritime, réformé pour raisons de santé, Jean Monnet obtient un entretien avec le président du Conseil, René Viviani, replié à Bordeaux. Lui décrivant le gâchis que représente l'utilisation désordonnée des marines marchandes française et britannique, il lui explique la nécessité de créer un pôle maritime franco-britannique, pour optimiser les transports et approvionnements en vivres, munitions et matières premières, et réussit à le convaincre.
En effet, les navires français ou anglais partaient vides pour les États-Unis pour revenir pleins, et inversement. Sous l'impulsion du ministre du Commerce, Étienne Clémentel, il participe ainsi à la délégation du ministère du Commerce à Londres.
À cette fin, il est nommé responsable de la coordination des ressources alliées, sous le statut de haut fonctionnaire interallié en 1916 pendant toute la durée restante de la Première Guerre mondiale. Il est confirmé dans ses fonctions par Georges Clemenceau..
En , sous la pression des Américains, la commission de coordination économique interalliée prend fin.
Entre-deux-guerres Fondation de la Société des Nations En 1919, Jean Monnet est un des artisans de la création de la Société des Nations., organisation dont il est nommé numéro deux. À ce titre, il effectue des missions en Haute-Silésie, pour surveiller le plébiscite qui se déroule dans cette région, dans l’Empire Allemand, en Autriche, en Pologne et en Roumanie. En 1920, il est appelé au poste de secrétaire général adjoint. de la nouvelle organisation internationale.
À moins de , en , il est le principal organisateur de la Conférence financière internationale de Bruxelles (1920)., reconnaissant que la déflation après la guerre pourrait avoir des répercussions désastreuses sur l'économie mondiale.
Banquier aux États-Unis et mariage Démissionnaire en pour rejoindre l'entreprise de commerce d'alcool de son père en grande difficulté à cause de la Prohibition (1919-1933), Jean Monnet redresse la situation en convainquant son père Jean-Gabriel d'échanger ses vieilles eaux-de-vie contre une plus grande quantité d'eaux-de-vie jeunes plus en phase avec la demande du marché. Il se rend plusieurs fois au Canada et particulièrement à Montréal pour vendre les stocks de Cognac. Il établit également des dépôts de stocks à Saint-Pierre-et-Miquelon plaque tournante du trafic en Amérique du Nord..
Travaillant entre les États-Unis et la France, il s'engage dans une carrière d'homme d'affaires et de financier international.
Monnet déménage en Amérique, pour accepter un partenariat avec Blair & Co.., une banque new-yorkaise qui fusionne avec Bank of America en 1929 pour former Bancamerica-Blair Corporation, société appartenant à Transamerica Corporation.
vignette|Jean Monnet et Silvia de Bondini vers 1934. En , il rencontre Silvia de Bondini (1907-1982), une peintre italienne, à Paris lors d'un dîner qu'il donne dans son appartement de la rue de Condé... Elle a , lui 41. Récemment mariée à Francesco Giannini, un employé italien de la Banque Blair (dont Jean Monnet était le représentant pour l'Europe) et fervente catholique., elle ne peut divorcer du fait de la loi italienne. Après cinq ans de procédure en Italie visant à obtenir un divorce, Jean Monnet, arrivé pour l’occasion de Chine via le Transsibérien, l'épouse le à Moscou. L'idée d'un mariage à Moscou leur a été suggérée par Ludwik Rajchman, considéré comme le fondateur de l'UNICEF, que Monnet a rencontré pendant ses fonctions à la Société des Nations (et lié à l'ambassadeur soviétique en Chine, Bogomolov).
Il semble que les ambassadeurs américain et français à Moscou, William C. Bullitt et , ont également joué un rôle dans l'opération. Silvia de Bondini prend en effet au préalable, et grâce aux relations de son mari, la citoyenneté soviétique afin de profiter d'une loi soviétique permettant le divorce unilatéral de son mari italien. Elle prend ensuite la nationalité française le . Jean Monnet parle de son mariage comme de « la plus belle opération de sa carrière ». Un jugement en leur faveur relatif à la garde d'Anna, leur fille née en 1931 alors que Silvia est encore mariée à Francesco Giannini, a lieu en 1937 à New York, mais il n'est pas reconnu dans tous les pays.
La famille Monnet rentre en France pour s'installer à Houjarray en 1945 avec leurs deux filles, Anna née en 1931, et Marianne née en 1941 à Washington DC..
Le directeur de cabinet de Monnet à la CECA, Georges Berthoin, a déclaré. à son sujet :
Leur mariage dure en tout et ils ont deux filles : Anna en dont le père légal reste à l'époque Francesco Giannini, et Marianne en 1941.. Ils sont mariés religieusement près de quarante ans plus tard à Lourdes par l’évêque du lieu, Henri Donze, après la mort de Francesco Giannini en 1974. Silvia meurt à Rome en et est enterrée à Bazoches-sur-Guyonne..
Il retourne à la politique internationale et, en tant que financier international, joue un rôle important dans les politiques de reprise économique de plusieurs pays d'Europe centrale et orientale. En , le ministre des Finances chinois invite Jean Monnet à présider un comité non politique Est-Ouest en Chine chargé du développement de l'économie chinoise. Pendant son séjour en Chine, la tâche de Monnet consiste à associer des capitaux chinois à des sociétés étrangères et conduit à l'inauguration officielle de la Société chinoise de financement du développement (CDFC) ainsi qu'à la réorganisation des chemins de fer chinois..
En 1935, alors qu'il se trouve encore à Shanghai, Monnet devint partenaire commercial de George Murnane. (ancien collègue de Monnet à la Transamerica), dans la société Monnet, Murnane & Co. Murnane était lié à des industriels et financiers : la famille Wallenberg en Suède, la famille Bosch en Allemagne, les Solvay et Boël en Belgique, ainsi que John Foster Dulles, André Meyer et la famille Rockefeller aux États-Unis.
Seconde Guerre mondiale Projet de fusion entre la France et le Royaume-Uni En 1938, William Bullitt, ambassadeur des États-Unis en France proposa au président du conseil Édouard Daladier de désigner Monnet comme intermédiaire avec le président Roosevelt pour arranger la commande et la livraisons d'avions militaires américains à la France qui souffrait d'un grave déficit dans ce domaine. Au début de la Seconde Guerre mondiale, après l'entrée en guerre en , Monnet fut amené à présider, dès , le comité de coordination basé à Londres et visant à mettre en commun les capacités de production de la France et du Royaume-Uni en vue de préparer et de coordonner l'effort d'armement.
Lorsque Winston Churchill est nommé premier ministre du Royaume-Uni le , Jean Monnet arrive à le convaincre, dans une note intitulée Anglo-French unity, de l'intérêt d'un projet, voté par la Chambre des communes, d'union franco-britannique immédiate, avec un seul Parlement et une seule armée, pour renforcer la France et le Royaume-Uni face à l'Allemagne. Le général Charles de Gaulle essaie de convaincre Paul Reynaud, le président du Conseil, de signer le traité pour cette union. Le , ce dernier déclare au téléphone à Churchill : , et le lendemain le général Gamelin donne l'ordre de repli aux forces françaises qui se battent en Belgique, et le Paul Reynaud annonce à la radio la nomination du maréchal Pétain au poste de vice-président du Conseil.
Le , les troupes allemandes entrent à Paris.. Le , de Gaulle, en mission à Londres, dicte lui-même au téléphone le texte de la note à Paul Reynaud.. Churchill et de Gaulle voient dans ce projet « une ultime manifestation de solidarité franco-britannique et un simple argument donné aux ministres français pour qu’ils s’en aillent à Alger continuer la guerre ».. Le même jour, de Gaulle arrive à Bordeaux., apprend que Paul Reynaud s'est démis de ses fonctions le soir-même et que Philippe Pétain est devenu président du Conseil.
Le soir du , Jean Monnet reçoit à son domicile londonien le général de Gaulle., qui prépare son appel radiodiffusé du lendemain. Jean Monnet coopère momentanément avec lui, pour tenter de maintenir le gouvernement de la France aux côtés des Alliés. Néanmoins, il refuse de s'associer à lui pour le lancement de la France libre à laquelle il n'adhère jamais.. Monnet croit qu'il est plus efficace de coopérer à la victoire des Alliés en entrant au service du gouvernement britannique et c'est ce qu'il fait.
Paradoxalement, de Gaulle et Monnet, quoique très différents, ont immédiatement la même analyse sur la nature mondiale de la guerre et sur son issue victorieuse.
Livraisons d'armes C’est donc tout à fait indépendamment de De Gaulle que Monnet écrit le à Churchill et à Pétain pour démissionner de ses précédentes fonctions et se mettre à la disposition du gouvernement britannique. Churchill demande alors à Monnet de remplir pour le Royaume-Uni les mêmes fonctions que celle qu’il occupait pour le Comité de coordination franco-britannique. Son titre officiel est « vice-président du British Supply Council ».