L'île de Skye, en écossais , est l'île la plus vaste et la plus au nord de l'archipel des Hébrides intérieures en Écosse. Elle se situe dans les mers intérieures de la côte ouest de l'Écosse. Elle est bordée plus précisément par la mer des Hébrides au sud, The Little Minch à l'ouest et The Minch au nord. L'île fait partie du council area de Highland.
Toponymie thumb|Drapeau de l'île, adopté en 2020. Le nom de Skye serait issu du vieux norrois Skið (« ski ») qui est une altération d'un mot picte noté dans des sources romaines Scitis (Ravenna Cosmography) et Scetis (sur la carte de Ptolémée). Sgiath en gaélique signifie « ailé ».
L'île est parfois nommée Eilean a' Cheò, ce qui, en gaélique écossais, signifie « l'île des Brumes ». Ce surnom a été créé par le révérend J. A. Mac Cullough, recteur de l'église de Saint Columba de Portree au , dans son livre The Misty Isle of Skye (1819).
Certaines légendes associent également l'île au personnage mythique de Scáthach.
Géographie
Aspect général Avec ses , Skye est la deuxième île la plus vaste d'Écosse après l'île appelée Lewis et Harris. L'île ne se trouve, en son point le plus près, qu'à de l'île de Grande-Bretagne à laquelle elle est reliée depuis 1995 par un pont entre Kyleakin et Kyle of Lochalsh.
Elle possède un relief des plus escarpés avec la chaîne du Cuillin, qui tirerait son nom de celui du héros irlandais Cúchulainn. Un volcanisme ancien marque le relief, notamment sur la partie nord de l'île (Quiraing, Old Man of Storr).
La côte sud-ouest de l'île est constituée d'une série de péninsules : Sleat dans le sud, Strathaird, Minginish, Duirinish et Waternish dans l'ouest et Trotternish dans le nord.
Skye est entourée d'autres petites îles dont South Rona, Raasay, Scalpay et Soay.
Cuillin La chaîne montagneuse du Cuillin, qui culmine à au dessus de la mer, se divise en deux groupes de montagnes. Le Cuillin Noir, qui tire son nom du basalte et du gabbro le composant, occupe la partie centrale de l'île. Uniquement accessible aux alpinistes et aux randonneurs expérimentés, il compte douze munros parmi ses sommets. Moins hauts, les sommets du Cuillin Rouge du sud de l'île sont constituées de roches granitiques ; ils sont plus arrondis et sont tapissés d'herbe sur la majeure partie de leurs pentes. La splendeur de ses paysages fait du Cuillin la curiosité la plus célèbre de l'île de Skye.
Chaîne de Storr D'origine volcanique, ce massif occupe la péninsule de Trotternish, dans le nord de l'île. La ligne de crêtes s'étend depuis le Quiraing au nord jusqu'à l'Old Man of Storr au sud, près du petit port oriental de Portree, sur une longueur d'environ trente kilomètres.
Le Quiraing est une série de pics acérés sur le versant est du massif ; quelques kilomètres plus au sud, au bord de la mer, se trouvent les falaises de Kilt Rock, dont les orgues de basalte hautes de évoquent les plis d'un kilt.
Climat La double influence de l'océan Atlantique et du Gulf Stream génère un climat océanique doux ; la neige atteint rarement le niveau de la mer, et le gel est moins fréquent que dans le reste de l'Écosse. Les pluies atteignent en général une moyenne annuelle de , comme dans l'ensemble de l'ouest de l'Écosse.
Le vent, fréquent, est un facteur empêchant le développement de la végétation ; les péninsules de Trotternish et Waternish y sont particulièrement exposées, alors que Sleat, dans le sud, est relativement abritée.
Mois Jan Fev Mar Avr Mai Jui Jul Aoû Sep Oct Nov Dec AnnéeTemp. max. moy. / °C 6,5 6,6 8,1 9,6 12,4 14,3 15,4 15,7 14,2 11,5 9,1 7,6 10,9Temp. min. moy. / °C 2,4 2,2 3,3 4,3 6,5 8,7 10,4 10,7 9,4 7,2 5,1 3,6 6,2Précipitations moyennes / mm 148 100 82 86 73 85 97 112 128 152 143 142 1350à Duntulm, île de Skye. Source : Derek Cooper, Skye. Law Book Co of Australasia. . . Averages for rainfall are for 1916-50, temperature 1931-60.
Histoire Préhistoire et période picte
Sur certains sites de Skye, on trouve des traces de chasseurs remontant au Mésolithique. Par exemple, le site d'An Corran, dont les habitants semblent avoir été en contact avec la communauté de Sand dans l'Applecross, sur la côte nord-ouest de l'Écosse. Des vestiges de la présence des peuples Pictes — brochs et duns — sont toujours visibles sur l'île.
Période celte La première mention connue de l'île de Skye figure dans la Géographie de Ptolémée, sous le nom de Sketis. L'île est placée de manière erronée entre la Norvège et le Caithness.
On sait peu de choses de l'histoire des peuples des Hébrides avant le , étant donné que, comme le reste de l'Écosse, ils n'avaient pas d'écriture. Les premiers témoignages écrits sur ces îles apparaissent avec saint Colomban, au . Ce moine irlandais introduisit le premier le christianisme dans les îles, et y fonda plusieurs églises. Saint Colomban visita Skye vers l'année 585 ; deux îlots de Skye portent toujours le nom de Eileann Chalium Chille (« île de Saint Colomban » en gaélique écossais), l'un au bord du loch Snizort et l'autre à Penifiler, près de Portree, la capitale. La baie de Portree portait d'ailleurs autrefois le nom de loch de saint Colomban Saint Colomban..
Domination norvégienne
Dès avant le , les Norvégiens commencèrent à s'installer aux Hébrides et à les dominer. Ces îles étaient connues sous le nom de Suðreyar ou îles du sud en vieux norrois. La domination norvégienne des Hébrides fut formalisée en 1098 quand Edgar d'Écosse reconnut les prétentions de Magnus III de Norvège. La reconnaissance écossaise de la souveraineté de Magnus III sur les îles suivit la conquête par les Norvégiens des îles Orcades, des Hébrides et de l'île de Man au cours d'une rapide campagne menée cette même année contre les divers chefs locaux norvégiens qui contrôlaient ces îles. Magnus III soumit les Normands qui s'étaient emparés de ces îles des siècles auparavant et les unifia sous son contrôle royal direct.
Lors des premiers raids vikings, une partie des conquérants s'est établie sur l'ensemble des îles des Hébrides, formant, après brassage avec la population native de Gaels, les Gall-Gaell. Une culture issue de la fusion des traditions nordiques et gaéliques a ainsi vu le jour ; Skye, de même que les îles de Harris et Lewis et Iona, est ainsi mentionnée dans les sagas.
Skye est alors partie intégrante du royaume des Îles, regroupant Man et les Hébrides. Somerled s'empara des Hébrides intérieures, se titrant rì Innse Gall à partir de 1156. De culture celto-normande, le royaume des Hébrides, qui regroupait les Hébrides intérieures, vit alors le jour. Bien que les souverains soient d'origine écossaise, le royaume était toujours rattaché au giron viking.
Domination écossaise En 1262 eut lieu un raid écossais sur Skye, ce qui amena le roi de Norvège Håkon IV à se rendre en Écosse afin de régler l'affaire. Vers la fin de l'année 1263, Håkon fit voile vers l'Écosse avec une armée d'invasion forte de et de . La flotte norvégienne essuya des tempêtes près des côtes écossaises, et il fallut transporter quarante navires par voie de terre jusqu'au loch Lomond. Finalement eut lieu une petite escarmouche à la bataille de Largs, dans laquelle les Norvégiens et leurs alliés de Man commandés par Magnus III de Man n'obtinrent qu'un léger avantage tactique sur les Écossais commandés par Alexander Stewart. Après la bataille, le mauvais temps obligea la flotte norvégienne et mannoise à se retirer vers les Orcades. À son arrivée à Kirkwall, Håkon, malade et fatigué, décida de passer l'hiver dans le palais de l'évêque Heinrkr pour reprendre sa campagne l'été suivant. Ses plans furent cependant déjoués lorsqu'il mourut en décembre.
Sa couronne passa à son fils Magnus VI de Norvège, qui jugea que faire la paix avec les Écossais était plus important que de maintenir les possessions norvégiennes sur les îles à l'ouest de l'Écosse et en mer d'Irlande. Le traité de Perth de 1266 laissa les Hébrides et l'île de Man à l'Écosse pour et un tribut annuel de . L'Écosse confirmait en même temps la souveraineté norvégienne sur les îles Shetland et les Orcades. Cependant le contrôle de Man par les Écossais ne devint effectif qu'après la défaite des Mannois et de leur dernier roi norvégien, Godfred Magnuson de Man, à la bataille du Ronaldsway en 1275.
À partir de 1438, l'île fut sous la domination des seigneurs des Îles, les plus grands possesseurs terriens et les plus puissants seigneurs des îles Britanniques après les rois d'Angleterre et d'Écosse lors de leur apogée.
Rébellions jacobites L'île a servi de refuge lors des rébellions jacobites, comme une bonne partie du littoral occidental de l'Écosse. Les chefs de clan écossais, vivant sur leurs terres pour protéger une communauté aux liens souvent familiaux, sont morts durant ces rébellions ou ont été déportés après les combats.
Époque des Clearances
À l'époque des , une partie des chefs de clans survivants des rébellions jacobites qui avaient vendu les troupeaux du clan, à bon prix, pour financer la guerre, se sont transformés en propriétaires terriens décidant d'évincer leurs paysans pour faire place nette à l'installation et la circulation de grands troupeaux de moutons, introduits dès 1732 dans l'île de Skye.
Culture
Culture gaélique De toutes les îles des Hébrides intérieures, Skye est celle qui a le plus de liens avec les Hébrides extérieures : la moitié de sa population parle le gaélique. Beaucoup d'habitants sont protestants et observent le sabbat chrétien.
C'est à Skye que se trouve le Sabhal Mòr Ostaig, un collège gaélique renommé. Celui-ci abrite chaque année le Fèis an Eilean, un festival consacré à la musique et à la culture gaélique.
Écrivains et poètes
Après son voyage à travers les Hébrides, Samuel Johnson a publié ses impressions de voyage sous le titre A Journey to the Western Islands of Scotland (1775). Attiré en Écosse par un puissant intérêt pour sa culture originelle, Johnson a craint d'être venu « trop tard » en 1773. L'Écosse avait engagé une série de changements radicaux, et, si Johnson a vu des hommes portant le kilt et jouant la cornemuse, les traditions guerrières, la civilisation des clans avaient déjà été brisées par les répressions ayant suivi la bataille de Culloden en 1745. Ce récit de voyage constitue cependant un portrait unique de la société de l'époque, par une analyse approfondie de l'économie, de la culture, de la religion, de la langue et des coutumes de la région.
Sorley MacLean (1911-1996), l'un des poètes écossais les plus éminents du , a abordé Skye et son histoire d'un point de vue historiquement plus engagé que Johnson. Ses travaux dans le champ de la poésie gaélique, à une époque où peu d'auteurs de renom utilisaient le gaélique dans leurs œuvres, a créé sa réputation de père de la renaissance du gaélique écossais. Ses poèmes abordaient en gaélique les crimes du , et ont modernisé et redonné de l'énergie à la langue, esquissant des analogies claires entre les tragédies de l'exil et du génocide culturel des Clearances des Highlands du , et les crimes contemporains perpétrés dans les pays du Biafra et du Rwanda.
Musique L'île a une forte tradition dans la musique celtique et tous les ans, le Isle of Skye Music Festival rend hommage à la musique traditionnelle. Le musicien écossais Mylo est né à Skye et y retourne régulièrement. Le groupe de rock Runrig en est également originaire. Le groupe de musique celtique électronique Niteworks est aussi originaire de Skye.
Châteaux Skye possède aussi un riche patrimoine constitué de châteaux et de monuments anciens.
Le château de Dunvegan, à Waternish, est le fief des MacLeods depuis le . Il est ouvert aux visiteurs, qui peuvent découvrir certains objets attachés au clan.
Le château d'Armadale, sur la péninsule de Sleat, abritait autrefois le siège du clan Donald. Aujourd'hui en ruines, il n'est plus habité ; toutefois, les jardins abritent le clan Donald Center, un important musée consacré à la culture des Hébrides et à l'histoire écossaise.