Léglise Notre-Dame des Victoires au Sablon. (), ou simplement l'église Notre-Dame du Sablon (), est un édifice religieux catholique situé en bordure du Sablon à Bruxelles.
L'arrivée en 1348 d'une Vierge miraculeuse dont le culte et la procession appelée Ommegang allaient bientôt supplanter la dévotion et la procession à saint Michel allait donner à cette église un rôle majeur dans la vie sociale bruxelloise.
Historique Construction d'une chapelle vignette|gauche|Maquette sous la rosace du transept sud représentant la translation de la statue miraculeuse en 1348 En 1304, l'Hôpital Saint-Jean cède au Grand Serment des arbalétriers une partie du cimétière que l'hôpital possédait depuis quatre ans au Sablon pour y construire une petite chapelle dédiée à la vierge, les travaux pour cette première bâtisse se terminent en 1318.
Elle portait en latin le nom de Capella Beatae Mariae super Zabulum.
La renommée de ce modeste sanctuaire crut lorsqu'y fut transportée en 1348 une statuette miraculeuse de la vierge. Selon la tradition, cette statuette aurait été amenée d'Anvers par une certaine Béatrice Soetkens. La renommée de la statuette attira les dévots et grâce aux offrandes qui affluaient, les arbalétriers purent construire un nouveau sanctuaire au .
Construction d'un nouveau sanctuaire La progression de ce chantier long de près d'un siècle est mal connue, à cause de la disparition des archives des arbalétriers. Le chœur était achevé en 1435, comme l'attestent des peintures murales portant cette date. Le transept nord était sans doute achevé vers 1450, et l'on travaillait au transept sud et aux cinq premières travées de la nef. Les travaux s'interrompirent au cours de la période d'instabilité politique qui suivit la mort de Charles le Téméraire en 1477. Ils reprirent à la fin du siècle et la nef comporta finalement sept travées dont les deux dernières auraient dû être surmontées d'une tour qui ne fut jamais construite. Le sacrarium, un petit édifice construit en hors-d'œuvre derrière le chœur, date de 1549.
Saccage par les calvinistes En 1512-1515, la guilde des maçons et des charpentiers a offert à l'église l'œuvre de Bernard van Orley, Le Retable de saint Thomas et saint Matthieu (panneau de chêne, signé, ), conservé aujourd'hui au Kunsthistorisches Museum de Vienne..
À la fin du , l'église fut saccagée par les calvinistes. C'est alors que fut détruite la statue de la Vierge apportée par Béatrice Soetkens..
Adjonction de deux chapelles et d'un jubé vignette|Vue de l'église en 1612 par Remigio Cantagallina. À la fin de sa vie, un maitre général des postes de la famille Tassis (soit François le vieux., soit François le jeune.), dont l'hôtel se trouvait quasiment en face de l'église, fait construire près du chœur une chapelle sépulcrale pour lui et ses descendants. Ceux-ci, connus comme famille de Tour et Taxis ou Thurn und Taxis, la développent et en ajoutent une autre, ce qui donne la chapelle Sainte-Ursule au nord du chœur (1651-1676), commencée par l'architecte Luc Fayd'herbe et terminée par Vincent Anthony, et la chapelle Saint-Marcou au sud du chœur (1690). Un jubé de marbre auquel on accède par un escalier sis dans l'angle du transept et du chœur, du côté de la chapelle de Saint-Marcou, est édifié par Léonard I de Tassis (1521-1612) ; démoli à la fin du , ce jubé sera remplacé par une balustrade à fuseaux de cuivre, elle-même ôtée en 1756.
Dénomination « Notre-Dame des Victoires » Ce n'est qu'à partir du qu'on trouve une trace écrite du nom « Notre-Dame des Victoires » parce que le peuple croyait qu'elle avait été fondée pour célébrer la victoire du duc Jean à la bataille de WorringenL'abbé Hyacinthe De Bruyn écrit en effet dans son ouvrage Origine de l'église Notre-Dame au Sablon à Bruxelles : « Nous affirmons d'autre part, contrairement à l'assertion de quelques auteurs, que jamais, avant le dix huitième siècle, aucun écrivain, quel qu'il soit, n'a attribué l'origine de Notre-Dame, au Sablon, au glorieux fait d'armes de 1288... Quelle est donc l'origine de la version si généralement admise à partir du siècle, et attribuant la fondation de l'église de Notre-Dame, au Sablon, à la bataille de Woeringen ? Cette origine trouve sa source dans la fausse application d'un fait. Molanus, Miraeus et après eux Wichmans, Butkens, Van Gestel, Leroy et d'autres attribuent à la victoire de Woeringen l'origine, non pas de l'église de Notre-Dame, au Sablon, mais de l'Ommegang, qui se faisait annuellement par les soins des préposés de cette église, le dimanche avant la Pentecôte. À partir du , des auteurs confondant l'église avec son cortège traditionnel, ont appliqué l'origine de l'une à l'autre. Cette substitution a donné lieu à la version qui nous occupe. Nous ferons cependant remarquer que longtemps avant d'être consacrée par les écrits des auteurs, cette version était généralement admise par le peuple. Ce qui le prouve, c'est la dénomination de Notre-Dame de Victoire, de la Victoire ou des Victoires, que nous trouvons souvent attribuée à l'église, à partir du commencement du . Nous ne rencontrons, il est vrai, cette dénomination pour la première fois qu'à la date du 8 mai 1716, dans un acte du Souverain Pontife Clément XI octroyant des indulgences ; mais nous ne croyons pas nous tromper en faisant remonter l'origine aux dernières années du . En l'année 1688, on célébra, avec une pompe tout extraordinaire, le quatre-centième anniversaire de la bataille de Woeringen. L'Ommegang qui eut lieu à cette occasion surpassa tous ses précédents. Il contribua puissamment, croyons-nous, à suggérer au peuple l'idée de rattacher l'église à la victoire du duc Jean I. ».. En fait, cette croyance était erronée, contrairement à la référence à la bataille de Lépante en 1571, qui est établie..
Révolution française Sous le régime français, l'église fut épargnée par le zèle anti-religieux des révolutionnaires, son curé ayant accepté de prêter serment à la République. Elle fut néanmoins fermée pendant quelques années, puis rendue au culte sous Napoléon , comme succursale de l'église Notre-Dame de la Chapelle.
Restauration de l'église vignette|Entre la démolition des maisons et la transformation de la façade. Peu après le percement du dernier tronçon de la rue de la Régence en 1872, on dégagea l'église des bâtiments qui la parasitaient du côté de la nouvelle artère ainsi que du côté de la rue Bodenbroek et de la rue des Sablons. L'église dégagée de sa gangue apparut tellement délabrée qu'on entreprit immédiatement des travaux de restauration. Les premiers travaux furent confiés dès 1870 à l'architecte Auguste Schoy.
Ce dernier propose un projet de restaurations tellement radical que la Commission des Monuments refusa d'abord d'y donner son aval, parce qu'elle le trouvait fantaisiste.. Schoy se limita donc à des travaux plus modestes : remise en état des bas-côtés du côté de la rue de la Régence, réouverture de la fenêtre en arc brisé de la façade de la rue des Sablons, bouchée au pour l'installation d'orgues, et remplacement de la rosace du portail nord par une fenêtre en arc brisé.
Le chantier fut ensuite confié à Jules-Jacques Van Ysendyck et ensuite à son fils Maurice. Jules-Jacques Van Ysendyck était un émule d'Eugène Viollet-le-Duc et mena les travaux conformément au principe d'unité de style de ce dernier. De 1895 à 1912, en six campagnes de travaux, lui et son fils créèrent un monument qui n'avait jamais existé, en y ajoutant des clochetons, des pinacles, des balustrades ajourées, en couvrant les collatéraux par des batières perpendiculaires à la place de la batière continue parallèle à la nef et en construisant des arcs-boutants munis de pinacles.
De 1917 à 1937, l'architecte François Malfait dirige la mise en place de 57 statues provenant de 27 sculpteurs différents.
Intérieur et mobilier vignette|redresse|Sacrarium.
Le chœur Le chœur est éclairé par onze lancettes de quelque quatorze mètres de haut séparées par des piliers fasciculés.
Au-dessous des lancettes se trouvent des arcatures trilobées peintes. Ces peintures représentant des saints ont été exécutées par Julien Van der Plaetsen en 1867, s'inspirant librement des restes de peinture originaux, retrouvés en 1859 lorsqu'on retira le badigeon qui les cachait.
Elles étaient accompagnées du nom du donateur, un membre du lignage des Clutinc et une date (1435) qui permet d'affirmer que cette partie de l'église était alors achevée. Sous ces peintures figurent de petits panneaux historiés. Dans les écoinçons des arcatures ont soigneusement été sculptées de petites scènes bibliques, malheureusement difficiles à voir. Le maître-autel néogothique date de 1884. Le chœur est très lumineux grâce à ses verrières. Celles de l'abside ont été réalisées par le Brugeois en 1864-1865. Quant à celles des deux travées droites, elles sont dues à Louis-Charles Crespin et au maître-verrier Florent-Prosper Colpaert. Elles datent de 1934 et sont consacrées aux confréries de Saint-Hubert et de Sainte-Wivine et aux chevaliers du Saint-Sépulcre.
Les chapelles baroques vignette|redresse|Portail de la chapelle Sainte Ursule. vignette|redresse|Vitrail. Le chœur est encadré par deux chapelles baroques. Au nord la chapelle Sainte-Ursule est la chapelle sépulcrale des Tour et Taxis, maîtres généraux des postes à partir du . Elle fut commandée à Lucas Faydherbe par Lamoral II de Tour et Taxis. Le portail d'entrée est surmonté par un ensemble statuaire impressionnant: deux statues allégoriques représentant la Constance et la Vertu encadrent deux putti portant une inscription. Au-dessus des putti trône un buste de Sainte Ursule dû au ciseau de Gabriel de Grupello. L'intérieur est divisé en deux parties de forme octogonale éclairées chacune par un dôme. Dans la première, la statuaire en marbre blanc se détache sur un fond noir. vignette|gauche|Monument funéraire de Lamoral II de Tour et Taxis. Le monument funéraire du commanditaire a été sculpté par Mathieu van Beveren : un groupe allégorique en marbre blanc se composant de la Vertu, du Temps et de la Renommée, accompagnés d'un groupe d'anges se détache sur le fond noir. Le monument funéraire de son épouse, Anne-Françoise-Eugénie de Hornes, lui fait face. La deuxième partie est dominée par une statue de Sainte Ursule sculptée par Jérôme Duquesnoy le Jeune. Autour, deux génies symbolisant la Mort et la Vie par Grupello; dans des niches une allégorie de la Vérité par Jean van Delen et une allégorie de l'Espérance par Grupello. Sous la chapelle se trouve le caveau familial des Tour et Taxis. Lors de son ouverture en 1928, on y a retrouvé les ossements et les cercueils de dix-neuf membres de la famille, perturbés lors de la révolution française. Ils furent alors réunis dans un seul sarcophage..
Au sud, la chapelle Saint-Marcou, qui fait pendant à celle de Sainte-Ursule, a également été commandée par les Tour et Taxis. Son ordonnance est la même. Le portail d'entrée est surmonté d'une statue de saint Marcou accompagnée de la date « 1690 ». L'intérieur en faux marbre de couleur est décoré de diverses statues. Les verrières au-dessus de ces deux chapelles proviennent de fragments de vitraux anciens, datés de 1545, réunis à cet endroit par Samuel Coucke en 1861.. Au moment que sa coupole est rendue étanche, en l'an 2000, l'état de conservation de la chapelle est très mauvais à cause d'infiltrations d'eau régulières et de l'utilisation d'un chauffage à air pulsé.
Le transept Les bras du transept sont décorés de deux registres d'arcatures surmontées d'une frise de feuilles de chou. Le portail du croisillon nord est surmonté d'une fenêtre, décorée d'une verrière de Crespin et Colpaert (1947) représentant l'arbre de Jessé. tandis que celui du croisillon sud est surmonté d'une grande rosace, avec en son centre une Sedes sapientiae non attribuée.