Le Pont de la rivière Kwaï () est un film de guerre britannico-américain de David Lean, sorti en 1957. C'est l'adaptation du roman du même nom (1952) de l'écrivain Pierre Boulle.
Plus gros succès commercial de l'année 1957, le film reçoit une critique globalement élogieuse de la part de la presse. Il reçoit par ailleurs de nombreuses distinctions, dont huit nominations aux Oscars en 1958, obtenant finalement sept récompenses dont l'Oscar du meilleur film, celui du meilleur réalisateur et celui du meilleur acteur pour Alec Guinness.
Synopsis thumb|Bande annonce du film. Durant la Seconde Guerre mondiale, au cours de l'expansion de l'Empire japonais en Extrême-Orient, le colonel Saïto est le commandant d'un camp japonais de prisonniers de guerre en Thaïlande, perdu au beau milieu de la jungle.
Saïto reçoit un nouveau groupe de prisonniers, un bataillon britannique commandé par le colonel Nicholson. Il doit aussi faire construire un pont (faisant partie de la « voie ferrée de la mort » reliant Bangkok et Rangoun) en passant au-dessus de la rivière Kwaï avec une échéance impérative : le pont doit être terminé avant le passage d'un train d'importance stratégique.
Pour arriver à ses fins, le colonel Saïto décide de mettre à l'ouvrage ses prisonniers ; il exige du colonel Nicholson que même les officiers britanniques se mettent au travail. Mais Nicholson refuse ce dernier point, non conforme à la convention de Genève de 1929 sur les prisonniers de guerre. En répression, Saïto le brime sévèrement, mettant à l'épreuve sa résistance physique en l’enfermant dans une cellule minuscule, , espérant ainsi le forcer à céder. Mais le Britannique résiste, par principe, restant stoïque malgré les sévices subis. Tenant tête à ses geôliers, Nicholson inspire alors une grande admiration à ses hommes.
Mais Nicholson voit aussi l'effet de la détention sur les militaires dont il est responsable : forcés de participer à la construction du pont, les prisonniers exécutent mal ce travail de manière volontaire, et se livrent à du sabotage. Nicholson parvient à trouver un accord avec Saïto : le pont, mal conçu, sera reconstruit sous son commandement et suivant ses plans. Nicholson met au travail ses officiers et, constatant que le temps manque, convainc même les malades et les blessés de participer, allant ainsi au-delà de la demande initiale de Saïto. L'ouvrage à réaliser, et le but commun à atteindre par les Britanniques ont un effet très positif sur le moral des prisonniers : Nicholson a trouvé le moyen de remettre de l'ordre chez ses subordonnés et de leur donner un sentiment positif de fierté pour le travail accompli, alors qu'ils sont vaincus et prisonniers.
En parallèle, un détenu américain, le commandant Shears, est parvenu à s'enfuir du camp. Il fait part aux Alliés de la construction du pont. Inquiets, ceux-ci décident de renvoyer l'ancien prisonnier avec un commando pour plastiquer le pont, conscients qu'il faut à tout prix empêcher sa réalisation. Dans un premier temps, Shears refuse de retourner dans l'enfer duquel il s'est échappé ; mais il est rattrapé par son passé : ayant usurpé son identité et son grade lors du naufrage de son bâtiment, il est démasqué et contraint d'accepter la mission, qui sera menée sous les ordres du major Warden.
Lors de la nuit précédant le passage du train, le commando arrive sur place et installe discrètement les explosifs sur le pont. L'ouvrage a été achevé la veille par les Britanniques, qui célèbrent l’événement dans le camp de prisonniers. Le commando attend ensuite l'aube, dans le but de faire sauter le pont lorsque le train y passera.
En attendant le passage du convoi, les deux colonels du camp vivent des moments opposés : le colonel Saïto se prépare à se donner le seppuku, préférant se suicider plutôt que de devoir le pont aux prisonniers britanniques ; dans le même temps, le colonel Nicholson, allant faire une visite d'inspection sur le pont, aperçoit le dispositif de destruction du commando, le niveau de la rivière ayant baissé durant la nuit.
Perdant tout à fait de vue que la construction du pont sert l'ennemi, dans une guerre qui dépasse les enjeux locaux, le colonel Nicholson prévient Saïto et provoque la réaction du commando qui affronte alors les soldats japonais. Les hommes du commando trouvent tous la mort, à l'exception du major Warden qui, blessé au pied durant le voyage, couvre ses hommes en hauteur avec un mortier. Quand Shears traverse à la nage la rivière pour se rendre là où se trouve le boîtier de commande des explosifs, il est abattu par les Japonais. Reconnaissant Shears, Nicholson s'exclame alors : « Qu'est-ce que j'ai fait ? »
Mais, peu après, Nicholson est mortellement blessé par l'explosion d'un des obus de mortier tiré par Warden sur les soldats japonais. Dans ses derniers instants, Nicholson retrouve sa lucidité et, dans un dernier souffle déclenche de lui-même l'explosion du pont, son corps tombant sur le boîtier de commande des explosifs, au moment même où le train franchit le pont. Témoin du carnage, le médecin britannique Clipton, voyant la scène depuis le camp de prisonniers, secoue la tête en marmonnant, « La folie, la folie... ».
Fiche technique vignette|Une autre affiche américaine du film figurant William Holden.
Titre original : Titre français : Le Pont de la rivière Kwaï Réalisation : David Lean Scénario : Carl Foreman et Michael Wilson (originellement non crédités), David LeanBeyond the Epic: The Life & Films of David Lean, 459., Norman Spencer et Calder Willingham (non crédités), d'après le roman du même nom de Pierre Boulle Musique : Malcolm Arnold Direction artistique : Donald M. Ashton Costumes : John Wilson-Apperson Photographie : Jack Hildyard Montage : Peter Taylor Production : Sam Spiegel Sociétés de production : Horizon Pictures Société de distribution : Columbia Pictures Budget : Pays de production : Format Fiche et spécifications technique du film sur IMDb (pages consultées le 26 février 2010). : couleurs (Technicolor) - 2,55:1 (CinemaScope) - copies mono (RCA Sound Recording) et stéréo 4 pistes magnétiques - Genre : guerre Durée : 161 minutes Dates de sortie Dates de sortie du film sur IMDb (page consultée le 26 février 2010). : Royaume-Uni : (avant-première mondiale à Londres) France : (avant-première à Paris) ; (sortie nationale) États-Unis : (avant-première à New York) ; (avant-première à Los Angeles) Belgique : Affiches : Georges Kerfyser, Jean Mascii (France)
Distribution vignette|redresse|Dessin d'Alec Guinness réalisé à l'occasion de sa victoire à l'Oscar du meilleur acteur en 1958 pour ce film. William Holden (VF : Marc Cassot) : le commandant (commander) Shears Alec Guinness (VF : Gérard Férat) : le colonel Nicholson James Donald (VF : Jacques Beauchey) : le commandant (major) Clipton, médecin britannique du camp Jack Hawkins (VF : Claude Péran) : le commandant (major) Warden Geoffrey Horne : le lieutenant Joyce Sessue Hayakawa (VF : Serge Nadaud) : le colonel Saïto André Morell (VF : Pierre Morin) : le colonel Green Peter Williams (VF : Marc Valbel) : le capitaine Reeves John Boxer : le commandant (major) Hughes Percy Herbert (VF : Jean Clarieux) : le caporal Grogan Harold Goodwin : Baker Ann Sears (VF : Paule Emanuele) : l'infirmière Henry Okawa : le capitaine Kanematsu Keiichiro Katsumoto : le lieutenant Miura M. R. B. Chakrabandhu : Yai
Production Sauf mention contraire ou complémentaire, cette section est issue du documentaire Laurent Bouzereau, The Making of « The Bridge on the River Kwai », disponible sur le second disque de l'édition collector DVD..
Genèse vignette|redresse=1|Pont sur la rivière Kwaï à Kanchanaburi, anciennement la « voie ferrée de la mort » qui a inspiré le roman de Pierre Boulle.
Carl Foreman, le scénariste du Train sifflera trois fois (High Noon) qui était accusé d'être communiste, Foreman quitte Hollywood pour l'Angleterre, découvre pour le compte d'Alexander Korda un livre sorti en 1952 appelé Le Pont de la rivière KwaïFilm and Politics in America: A Social Tradition, 176.Beyond the Epic: The Life & Films of David Lean, 224.. Il y adapte en scénario ce livre écrit par le Français Pierre Boulle mais Korda n'est pas intéressé à cause de l'ambiguïté du personnage central, le colonel Nicholson, qui pousse ses hommes à aider malgré eux les Japonais à la mise en place de « la voie de la mort ».
Carl Foreman rencontre alors le producteur à succès Sam Spiegel qui est en pleine promotion de Sur les quais (On the Waterfront). Enthousiasmé par le scénario, le producteur décide de prendre en main le projet. Après avoir d'abord pensé à des réalisateurs comme Carol Reed ou Fred Zinnemann, Spiegel envoie le livre de Boulle à David LeanBeyond the Epic: The Life & Films of David Lean, 225., alors sur le tournage de Vacances à Venise (Summertime) avec Katharine Hepburn, et part à Paris pour tenter d'obtenir les droits d'adaptation. L'auteur et son éditeur sont alors surpris de voir quelqu'un s'intéresser à ce livre.
David Lean, ayant besoin d'argent depuis qu'il s'est séparé de sa femme, accepte une rencontre avec Carl Foreman et Sam Spiegel à New York. À la suite de cet entretien, il impose à Spiegel de le laisser reprendre le scénario qu'il trouve épouvantable, s'il veut le voir réaliser le film. Le , le producteur accepte et Lean signe alors un contrat avec la société de Spiegel, Horizon Pictures, qui est elle-même liée par contrat avec la Columbia Pictures qui doit distribuer et financer le filmBeyond the Epic: The Life & Films of David Lean, 226..
Scénario Peu satisfait par le scénario de Carl Foreman, David Lean reprend le travail avec Norman Spencer, son producteur associé sur ses trois derniers filmsBeyond the Epic: The Life & Films of David Lean, 229.. Cette association déplaît d'ailleurs à Sam Spiegel qui est peu enclin à partager la production du futur film avec une autre personneBeyond the Epic: The Life & Films of David Lean, 229 et 230.. Norman devient alors le « simple » assistant de David LeanBeyond the Epic: The Life & Films of David Lean, 230.. Des tensions apparaissent entre Lean et Foreman, les deux hommes ne s'entendant pas sur certains points du script original. Sam Spiegel dira plus tard que c'est à la suite de ces frictions que le scénario s'est le plus amélioré.
La Columbia, octroyant un budget de 2,8 millions de dollars pour faire le filmBeyond the Epic: The Life & Films of David Lean, 244., impose qu'une vedette américaine soit intégrée à la distribution. Cette condition est alors une contrainte importante, car le livre de Pierre Boulle ne parle que de l'histoire du colonel Nicholson et de ses hommes dans le camp de prisonniers. C'est ainsi que le scénario est retravaillé pour intégrer l'unité de commandos américains au lieu de Britanniques. Carl Foreman développe alors le personnage de Shears, un soldat qui a réussi à s'évader du camp et qui y est finalement renvoyé pour une mission.
Alors que David Lean part à Ceylan (l'actuel Sri Lanka) pour finir son adaptation du livre, Sam Spiegel engage de son côté un nouveau scénariste pour retravailler l'histoire, Calder WillinghamBeyond the Epic: The Life & Films of David Lean, 231.. Willingham est alors le scénariste du film de guerre pacifiste de Stanley Kubrick, Les Sentiers de la gloire (Paths of Glory). Malheureusement pour ce dernier, David Lean le déteste aussitôt et il finit par quitter le projet au bout de deux semaines. Pour le remplacer, Sam Spiegel engage Michael Wilson, un autre scénariste présent sur la liste noire des sympathisants communistes de Hollywood. Wilson travaille alors sur le scénario final jusqu'à quelques jours du début du tournage.