Le terme de goy ou goï (héb. , « nation ») apparaît dans la Torah afin de désigner une nation ou un peuple extérieurs, mais il est également utilisé pour parler du peuple juif dans l'expression goy kadosh « peuple saint ».
Le pluriel du mot goy est « goyim » ou « goym » ou « goys »Petit Larousse, 2010 et est admis dans des dictionnaires français depuis les années 1980. Le terme présent dans le Grand Dictionnaire encyclopédique Larousse de 1985, figure avec une connotation péjorative.
Le sens du terme a évolué selon les époques, l'usage biblique du terme n'étant ainsi ni celui du Talmud, ni celui de la période contemporaine selon Geoffroy Wigoder, directeur du Dictionnaire encyclopédique du judaïsme, Les éditions du Cerf, 1993.
Étymologie
La première référence à ce mot est biblique : dans la Genèse (10:5), le pluriel goyim () est employé pour désigner les nations, plus souvent non israélites. Il peut être utilisé pour désigner Israël, notamment lorsque Dieu promet à Abraham de faire de sa descendance un « grand peuple » (goy gadol - Gen. 12:2) et à Israël de devenir une nation sainte (goy kadosh — Exode 19:6).
Le Dictionnaire encyclopédique du judaïsme donne au mot « goy » la signification de « gentils », du latin gentiles, c'est-à-dire de non-Juifs et stricto sensu de nation.
Les goyim dans la Bible hébraïque Le terme goy apparaît plus de 550 fois dans le Tanakh, la Bible hébraïque. Il se réfère le plus souvent au peuple d'Israël dans les premiers livres puis, moins souvent et en particulier dans les derniers livres, aux autres peuples non israélites : par exemple, avec le sens de « peuple, nation » (Genèse 10:32), le sens de « peuple d'Israël » (Exode 19:6), le sens de « peuples non-juifs » (Nombres 23:9), etc.. La première mention du mot goy en lien avec les Israélites apparaît dans Genèse 12:2 , lorsque Dieu promet à Abraham que sa descendance formera un goy gadol (une « grande nation »).
La traduction parfois adoptée en français est de parler des serviteurs pour désigner les nations non juives. La mention de goyim dans Genèse 14:1 n'est généralement pas traduite, et désigne, selon certains, le peuple antique des GutisGoiim dans l’.
Qu'il soit au singulier, ou au pluriel, le mot goy renvoie toujours à une collectivité, jamais à des individus. Des non-Israélites ou non-Juifs comme Ruth, Laban ou Abimelekh sont désignés en fonction de leur pays d'appartenance. Le terme désignant un étranger n'est pas goy mais nokhriPar exemple dans le livre des Rois 7:43, également traduit par « esclave » ou « impur ».
Les goyim dans le Nouveau Testament Le terme goyim est calqué en grec, tant dans la Septante que dans le Nouveau Testament, selon le terme ethnè, qui a le même double sens. Il signifie la plupart du temps, d'après le contexte, les « non Juifs »Xavier Léon-Dufour, Dictionnaire du Nouveau Testament, , Paris, Seuil, 1975, 385 (article « Nations »).
Les goyim dans le Talmud Les Talmuds sont compilés à une époque où les Juifs avaient perdu leur autonomie politique et territoriale. Ils étaient en contact fréquent avec des Gentils, d'où l'importance que ceux-ci tiennent dans ces sommes de tradition rabbinique. Le mot goy désigne désormais non seulement les nations, mais aussi les individus ; il acquiert même la forme féminine, goyaT.B. Sanhédrin 82a. Quant au rôle des goyim ou leur représentation aux yeux des Sages,
En effet, selon Yer. Nedarim 9:4, le principe le plus important de la Torah est « Ceci est le livre des générations d'Adam etcGenèse 5:1. » Il n'y a qu'un homme, dont descend toute l'humanité, enfants d'Israël comme ceux des 70 nationsSelon la tradition rabbinique, les nations sont au nombre de 70, d'après Genèse 10. Chacune possède son langage propre (cf. Rachi sur Deutéronome 32:8), raison pour laquelle Dieu possède 70 Noms..
Les goyim et le salut Étrangers au peuple juif, les goyim ne sont pas pour autant dispensés de leur part dans le monde à venir. N'ayant pas reçu la Torah, ils ne sont pas astreints au joug de ses mitzvot (prescriptions), qu'une tradition rabbinique évalue à 613. La même tradition rabbinique déduit de deux versets de la parashat No'ahGenèse 9:4-6 seulement sept prescriptions les concernant, énoncées dans le TalmudT.B. Sanhédrin 56b : L'obligation d'établir des tribunaux ; L'interdiction de blasphémer ; L'interdiction de l'idolâtrie ; L'interdiction des unions illicites (adultère, inceste, homosexualité, zoophilie, etc.) ; L'interdiction de l'assassinat ; L'interdiction du vol ; L'interdiction d’arracher un membre d'un animal vivant.
Ces sept prescriptions, appelées lois noahides, passent pour être l'alliance contractée par Dieu avec le patriarche Noé et ses fils. Elles sont donc pour le judaïsme les plus générales et les plus anciennes et sont supposées s'appliquer à l'ensemble de l'humanité, puisque celle-ci tout entière descend, selon la Bible, de Noé. Les enfants d'Israël en sont une branche apparue postérieurement et choisie par Dieu pour recevoir Sa Loi, ainsi que ses commandements plus nombreux.
Le hassid oumot haolam, « juste parmi les nationsT.B. Baba Bathra 15b » est le non-juif/goy qui respecte ces sept lois noa'hides et a donc sa part au monde à venircf. Moïse Maïmonide, Hilkhot melakhim 8:11, quand les Juifs doivent en observer 613. Dieu est supposé avoir un attachement particulier pour Son peuple, et Sa miséricorde compense la difficulté de Le servir selon Sa loi.
Accusations chrétiennes Au Moyen Âge, chrétiens et Juifs convertis au christianisme lancent des accusations envers le Talmud au cours de disputations publiques, disant y trouver des passages démontrant le rejet inhérent au judaïsme envers les goyim. Certaines reviennent de façon récurrentes : que, dans le Talmud, les goyim sont exclus du genre humain et traités d'animaux ; qu'il est interdit, sous peine de mort, d'enseigner aux goys le Talmud ; que les Juifs ont juré une guerre éternelle aux chrétiens ; qu'ils remercient Dieu tous les jours de ne pas les avoir faits goyim.
La première de ces accusations, qui connaîtra une grande longévité puisqu'elle figure encore dans le procès de Mendel Beilis, accusé de crime rituel, au , repose sur une citation de Keritot 6b, réitérée dans Yebamot 61a : « Vous êtes nommés adam (homme), et les nations (goyim) du monde ne sont pas nommées adam ».
Ce passage du Talmud rapproche en fait deux versets bibliques, Lévitique 18:5 qui porte le terme ha-adam, c'est-à-dire « l'homme » en général et Ézéchiel 3/fr4:31, dans lequel figure adam, c'est-à-dire, selon le Talmud, Adam, la lignée messianique qui descend du premier homme au fils de l'Homme, seule soumise à l'ensemble des lois de la TorahLéon Askénazi, Leçons sur la Torah, 256-257, éd. Albin Michel 2007, col. Spiritualités vivantes 227, .L'accusation chrétienne se base donc sur une traduction identique de deux termes différents, ha-adam et adam, qui se lit « Vous êtes nommés adam (homme), et les nations du monde ne sont pas nommées ha-adam » (la lignée messianique soumise à la Halakha). C'est d'ailleurs en conséquence de cette exonération des règles de la Halakha qu'il était de coutume parmi les Juifs d'employer des Gentils qui accomplissaient les tâches interdites aux Juifs le Shabath, dans la mesure où ils ne sont pas soumis aux restrictions juives, comme allumer ce jour-là un feu, bien que cet usage fût stricto sensu déconseillé par le Talmud. Ces gentils étaient appelés goy chel chabbath ou selon une appellation yiddisch plus courante shabbes goy, (« goy du Shabath ») et de nombreux rabbins rédigèrent des responsa en faveur du maintien de cet usageResponsum de Mordekhaï ben Hillel, .
La seconde accusation (interdiction sous peine de mort d'enseigner le Talmud aux gentils) est basée sur la sentence d'un Sage dans Sanhédrin 59a, « un Goy qui étudie la Torah et un Juif qui l'y aide devraient être mis à mort. » Outre le fait qu'il n'y est pas question du Talmud mais de la Torah, il ne s'agit pas d'une décision mais d'une discussion entre deux collègues, dont le second (auquel le Talmud donne raison) rétorque qu'« un Goy qui étudie la Torah est comme un Grand-Prêtre » (Cohen gadol). Les apologues du Talmud enseignent ailleurs que la Torah fut proposée aux 70 nations (goyim), avant Israël, la nation juiveT.B. Avoda Zara 2b, et que les commandements furent enseignés en 70 languesT.B. Shabbat 88b, ceci afin de souligner l'universalité de son message.
La troisième accusation (les Juifs auraient juré une guerre éternelle aux chrétiens) est basée sur la sentence « c'est une règle connue, qu'Esaü hait JacobRabbi Shimon bar Yohaï, Sifri sur Behaalotekha siman 9 ». Or, Esaü est allégoriquement associé à Rome. Les chrétiens inversaient donc la sentence. En disant que Rome (la chrétienté) haïssait Jacob (le peuple juif), les Juifs voulaient justifier leur haine de Rome (la chrétienté). On peut cependant remarquer que l'accusation implique une inversion de la phrase, et surtout que la Rome de celle-ci est la capitale de l'Empire romain païen, et pas celle de la chrétienté. En effet, le Sage à l'origine de cet enseignement vécut en , à l'époque où Rome venait de détruire la Judée et expulser la grand nombre de ses haitants juifs après l'insurrection de Bar KokhbaHeinrich Grätz, Histoire des Juifs ; c'est donc la Rome de Hadrien, ses généraux et successeurs qu'il visait. En outre, le commentaire de Deutéronome 16:20 par Rabbenou Be'haye précise que « la Torah exige du juif qu'il applique le même niveau de droiture envers les goyim qu'à l'égard de ses frères juifs ».
La quatrième accusation (les Juifs remercient Dieu tous les jours de ne pas les avoir faits goyim) est basée sur la bénédiction du matin chèlo assani goy (Qui ne m'as pas fait goy) qui fut rédigée aux temps où goyim était synonyme de « païens » et « priaient un Dieu qui ne sauve pasIsaïe 45:20. ».
Ainsi que l'explique un rabbin conservative, , bien qu'au , Rachi doive rappeler aux Juifs que les Goyim ne sont plus des païens. Cette méfiance envers les païens n'exclut pas que ceux-ci puissent être détenteurs de grands savoirsMidrach Eikha Rabbati 2:17, ni qu'il y ait des hommes justes et pieux dans ces nationsT.B Baba Batra 15 b, et que tous les justes, Juifs et gentils, ont leur part au monde à venir.
Les Goyim dans la littérature rabbinique Le Sefer Hassidim, écrit au enseigne : « Si un Juif tente de tuer un non-Juif, aide le. » Et, selon le commentaire du Or Ha'hayimsur Nombres, 8:2, datant du , les 70 nations sont la clé de la symbolique de la Menorah : « Les sept chandelles de la Menorah [dans le Beit Hamiqdach] correspondent aux nations des gentils, qui sont au nombre de 70. Chacune [des chandelles] fait allusion à dix [nations]. Ceci fait allusion au fait qu'elles brillent toutes face à la [chandelle] occidentale, qui correspond au peuple juif. »
Juda Halevi, se demandant ce qui a valu aux enfants d'Israël leur élection divine, en conclut à une prédisposition innée des Juifs à la prophétie.
L'opinion de Juda Halevi fut suivie par de nombreux rabbinscheela.org, responsa19985 & 20181, mais combattue par d'autres, dont Moïse Maïmonide et des rabbins modernes , qui pensent au contraire qu'Abraham ne fut élu qu'à la suite de ses recherches intenses sur la véritécheela.org responsum 19985. De plus, elle fut largement abandonnée, à l'exception de certains haredim, après la Shoah.
Emploi du mot goy en yiddish
Stéréotypes