Betje Wolff, ou encore Elizabeth Bekker de son nom de jeune fille, auteure néerlandaise, née à Flessingue le et morte à La Haye le , a donné, en néerlandais, plusieurs romans qui se distinguent par l'intérêt et par la vérité des mœurs et des caractères ; Cornelia Wildschut et Abraham Blankaart sont devenus populairesBouillet, .. Biographie vignette|Une fontaine érigée en 1884 à Flessingue, ville natale de Betje Wolff, en hommage aux écrivaines Wolff et Deken.

vignette|Portrait de Lucretia Wilhelmina van Merken, gravé par Reinier Vinkeles en 1792 d'après un dessin de Hendrik Pothoven. Dans le recueil (Réflexions sur le plaisir), Betje Wolff suivit les traces de son idole Van Merken.

vignette|Portrait de Guillaume V d'Orange-Nassau (vers 1770) par Johann Georg Ziesenis. En 1773, lors de sa visite à Beemster, le stathouder prononça des paroles élogieuses à l'égard de Betje Wolff.

vignette|Cornelis Loosjes figure sur la liste des membres de la communauté mennonite de Haarlem. Il était le mentor littéraire de Betje Wolff.

vignette|Portrait de Petrus Burmannus Secundus (1759), gravé par Jacobus Houbraken d'après Jan Maurits Quinkhard. Burmannus, le chef de file du groupe de Santhorst prit ses distances avec Betje Wolff.vignette|Miniature sur ivoire d'Aagje Deken. Après le décès de son mari, Betje Wolff allait cohabiter avec Deken.vignette|La maison qu'habitaient Betje Wolff et Aagje Deken dans la Rechtestraat 40 à De Rijp.vignette|Le pavillon de thé de Betje Wolff et d'Aagje Deken à Beverwijk. vignette|Double portrait des écrivaines Betje Wolff et Aagje Deken d'Antoine Cardon d'après Willem Neering, paru comme frontispice des (Fables), publiées en 1784. vignette|La Correspondance de Betje Wolff et d'Aagje Deken (1983), une sculpture de Jan Haas au Nieuwendijk à Flessingue. vignette|Page de titre du de la traduction française d'après la du fameux roman de Betje Wolff et Aagje Deken, sous le titre Histoire de mademoiselle Sara Burgerhart ; publiée en forme de lettres, traduction jadis attribuée à Isabelle de Charrière et actuellement à H. Rieu, publiée à Lausanne en 1787, chez François Grasset & CompVerbij-Schillings, Découverte des lettres néerlandaises / [exposition numérique de l'université de Leyde]..vignette|Le château de Corcelles. À Trévoux, Betje Wolff et Aagje Deken habitaient cette maison de campagne. vignette|Plaque en souvenir du séjour des écrivaines Betje Wolff et Aagje Deken à Trévoux, place du Palais.

1738 - 1758 : enfance et éducation Ses parents, Jan Bekker en Johanna Boudrie, des bourgeois aisés de Flessingue, passaient les étés dans leur maison de campagne (Toujours bien), près de West-SouburgKnappert, ..

Des enfants de cette famille réformée orthodoxe de marchands, qui poursuivait la vieille tradition patriotique, elle était la petite tardillonne. Elizabeth (« Betje ») reçut néanmoins une éducation moderne. Elle aurait eu un caractère vif et sérieux, choisissant parfois de briller en société, tandis qu'à d'autres moments, elle aurait préféré la solitude et les réflexions religieusesAltena, ..

Sa mère mourut lorsque Betje eut atteint l'âge de treize ans. Puis, son père, bienveillant, la négligeant et la gâtant à la fois, lui donna libre cours de sorte qu'elle pût s'adonner, sans retenue, à sa passion pour la lecture et la poésie ainsi qu'à son avidité d'apprendreRomein et Romein-Verschoot, ..

Le , elle se fut enlever, à l'âge d'à peine dix-sept ans, par un porte-étendard réformé de 24 ans, Matthijs Gargon. La fuite aventureuse dura une nuit et eut un effet contraire : la possibilité d'un engagement ou d'un mariage avec Gargon, qui était démuni, devint exclue. En outre, les deux furent placés sous la censure du consistoire.

1758 - 1777 : l'épouse d'un prédicateur Lorsqu'elle n'avait que 21 ans, elle épousa Adriaan Wolff, un prédicateur du Beemster et veuf âgé de 52 ans ; par son mariage, conclu le et précédé d'une correspondance intensive de quelques mois, elle put échapper au milieu hypocrite et médisant de Flessingue. Décisif pour le choix du partenaire étaient sans doute des considérations pratiques. Elle-même qualifiait cette union de « mariage philosophique ». En présence de tiers, elle prenait ses distances par rapport à son mari. Lorsqu'en 1772, Wolff défendait par écrit sa femme déconsidérée, elle accepta ce soutien avec gratitude. Son respect pour son mari allant croissant, elle honorera en lui le bon prédicant, orthodoxe dans la doctrine et tolérant dans la pratique. Les portraits qu'elle brossait de dignes ministres dans ses romans tardifs semblent être un hommage rendu à sa mémoire. Ce mariage ne le satisfaisant cependant pas en ce qui concerne le côté affectif, elle compensait par l'amitié et par la littérature.

Au cours de son enfance, elle avait lu beaucoup de littérature contemporaine. À l'âge de seize ans, elle se fit représenter de façon voyante avec l’ (Essai sur l'homme) d'Alexander Pope dans la main gauche. Dans le Beemster, Betje trouvait à peine l'occasion de se tenir au courant des développements littéraires : les compagnies de lecture et les bibliothèques faisaient défaut, et elle ne disposait pas d'assez de ressources propres. Elle essaya de briser l'isolement au Beemster par la publication de ses premiers essais en poésie : en 1763, elle entama le recueil (Réflexions sur le plaisir), où, dans un style poétique élevé, de façon ambitieuse, elle suivit les traces de son idole Lucretia Wilhelmina van Merken. contient de la poésie contemplative, philosophique et morale, où la question de la poursuite du bonheur et de la sagesse est traitée de façon conventionnelle.

Ses (Réflexions sur l'état de droit, 1765), qui contiennent une fois de plus de la poésie élevée et philosophique, prouvent que sa force ne résidait pas dans la contemplation. Mieux réussies étaient ses descriptions directes et satiriques. Dans la préface de ce livre, sûre de soi et en même temps pleine de dérision, elle défend la cause des femmes. Dans ce recueil, elle s'appuie fortement sur la profession de foi chrétienne dans la révélation.

À ce recueil, elle ajouta un éloge à son beau-frère Ewaldus Hollebeek à l'occasion de sa nomination comme professeur à Leyde le . (La Nouvelle Chanson marinière en l'honneur de Guillaume V, 1766). Dans (Le Vieillard, 1767-1769), elle émit des discours, signés du nom de Silviana ; en 1770, elle traduisit en néerlandais An Essay on the Life of Jesus Christ de William Craig comme (La Vie de Jésus-Christ), travail qui ne laissait plus aucun doute sur la nature libérale de ses opinions religieuses.

Avec la critique littéraire, elle était en froid toute sa vie. Sensible aux commentaires critiques, elle ne se laissait pourtant pas entamer par elles ; vulnérable, elle provoqua une critique de plus en plus dure. Elle trouva une compensation dans des amitiés personnelles avec, parmi d'autres, l'avocat amstellodamois Herman Noordkerk et son mentor littéraire et ami de cœur Cornelis Loosjes, pasteur mennonite et fondateur des (Exercices littéraires patriotiques, 1761-1876), ainsi qu'avec de nombreuses jeunes filles sensibles à la littérature. Ces amitiés turbulentes mais, certes, jamais de nature érotique, étaient rarement de longue durée.

Pour la percée poétique, il fallait attendre la publication de la grande épopée Walcheren (1769), dans laquelle des scènes de genre, des histoires locales et des idées politiques et éclairées se réunissent, et où la réflexion fait place à la description. À part le respect général, Walcheren lui procura des admirateurs haut placés en Zélande, ce que Betje, tellement diffamée dans ces régions, perçut comme une réhabilitation. Elle s'attaqua à la « profession de foi religieuse inaltérable de SanthorstAltena, . » - lieu où se trouvait la maison de campagne de son ami le professeur BurmannusKnappert, . - dans (1772), ce qui ne fut pas apprécié par la faction orthodoxe. Entre 1772 et 1777, elle acquit une grande renommée, mais se fit aussi des ennemis lorsqu'elle critiquait l'intolérance des « fins » orthodoxes dans des vers satiriques. La dure attaque compromit toutefois le parti de la liberté et de tolérance de Santhorst, dont Betje prit la défense. Petrus Burmannus Secundus, le chef de file du groupe de Santhorst, prit alors ses distances avec cet avocat trop zélé. Dans ces circonstances difficiles, se retrouvant abandonnée par des âmes sœurs, elle obtint toutefois le soutien de son mari. Son (Le Menuet et la Perruque du ministre, 1772) fit accroître sa renommée ; dans ce récit satirique en vers, l'orthodoxie étroite devint pour la énième fois l'objet de la risée. Sa défense fanatique de la tolérance fit de Betje une célébrité nationale, à l'égard de qui même le stathouder Guillaume d'Orange-Nassau, lors de sa visite à Beemster en 1773, prononça des paroles élogieuses.

Une fois arrivée à la célébrité nationale, la poétesse ne put que devenir l'objet de toutes sortes de rumeurs, qui vinrent aux oreilles d'Aagje Deken à Amsterdam. En 1776, Aagje écrivit à ce sujet une lettre sévère à Betje Wolff, âgée de trois ans de plus qu’elle, où, cependant, retentait tant de sympathie que Betje put surmonter son indignation initiale pour répondre par une lettre franche et amicale. L'amitié qui en résulta s'avéra d'une signification décisive pour la carrière littéraire et pour la vie de BetjeAltena, ..

1777 - 1804 : un partenariat littéraire De Rijp - Beverwijk Après le décès du mari de Betje, survenu le , les amies allaient vivre sous le même toit, et toutes deux se mirent à écrire, créant de multiples œuvres collectives auxquelles elles devaient par la suite leur popularité. En , Wolff et Deken déménagèrent pour s'installer à De Rijp (Graft-De Rijp, un village de l'actuelle province de Hollande-Septentrionale).

Bien qu’ayant des caractères opposés, Betje Wolff et Aagje Deken, partageant plus ou moins la même vision critique et sarcastique du monde, ont pu devenir les coauteures de plusieurs ouvrages. Et plus important encore, elles étaient dotées d'un grand talent littéraire. Les deux étaient des observatrices implacables et possédaient un style d'écriture aussi fort que précis. Dans un nombre de romans sous forme de correspondance et conçus en plusieurs volumes, qui connaîtront un succès retentissant, elles décrivaient les Pays-Bas à la fin du et dépeignaient la bourgeoisie néerlandaise. Il est difficile d'établir l'apport de chacune des deux auteures à leurs ouvrages, mais elles ne pouvaient sans doute pas se passer l'une de l'autre, www.literatuurgeschiedenis.org..

Leurs plus grands succès furent les romans épistolaires Historie van mejuffrouw Sara Burgerhart (Histoire de mademoiselle Sara Burgerhart, 1782) et (Histoire de monsieur Guillaume Vivant, 1784-1785). En 1782, elles s'établirent à Beverwijk, une ville de l'actuelle province de Hollande-Septentrionale.

Wolff et Deken écrivaient sur l'éducation, qui devait non seulement éclairer leurs semblables, mais aussi promouvoir le sentiment patriotique pour engendrer la solidarité nationale, indispensable à la reprise économique et à l'essor culturel de la nation.

Un héritage permit à Aagje Deken d'acquérir un domaine modeste, (Désir d'être à l'ombre), à Beverwijk, où les amies atteignirent le sommet de leur carrière littéraire. Dans le jardin se trouvait un petit ermitage de roseaux, une cabane de jardin où les dames pouvaient se retirer pour écrire leurs ouvrages. Le premier fruit de leur collaboration fut (Chansons économiques, 1781), de simples chansons visant à encourager la classe laborieuse, qui pouvait lire que le travail acharné est en fait une sorte de patriotisme. Avec ces chansons, parues en trois volumes, elles poursuivaient donc un dessein à la fois éducatif, économique et patriotique. Ce type de message est diffusé par toutes leurs autres œuvres ; à travers leurs romans, les écrivaines offraient à leurs lecteurs un moyen de réfléchir sur des questions telles que l'éducation, le patriotisme et l'utilité ou l'inutilité de la religion.