thumb|Val-Saint-Lambert, La coupe des neuf Provinces, vase monumental en cristal clair taillé (1894)Il fut produit pour l'Exposition universelle de 1894 à Anvers, nécessita deux années de travail, occupa vingt personnes, pèse 200 kg pour 2,25 m de haut. Il est composé de 82 éléments et on le doit à Léon Ledru (Paris - Liège )|200 px
Les cristalleries du Val-Saint-Lambert furent créées en 1826 sur le site d'une ancienne abbaye à Seraing, près de Liège, en Belgique. De renommée mondiale, elles connurent une production intense et de grande qualité.
Depuis 2018, l'entreprise est majoritairement détenue par l'entrepreneur George Arthur Forrest.
Histoire du site L'abbaye du Val-Saint-Lambert fut créée au début du par des moines cisterciens au confluent du ruisseau de Villencourt et de la Meuse. Ils y observèrent la Règle de saint Benoît jusqu'à la Révolution, époque à laquelle ils furent chassés et leurs biens confisquésLe , l'ordre est définitivement supprimé et les biens sont nationalisés.. Le domaine appartint alors à Jean-François Deneef, dernier bourgmestre de Seraing lors du royaume uni des Pays-Bas, jusqu'en 1825. Il y installa une filature mécanique de lin qui ne connut pas le succès. En 1825, le Val Saint-Lambert changea de propriétaires dans l'intention d'y installer une cristallerie.
Historique de la cristallerie Migration de Vonêche et installation À la suite de la chute de Napoléon à Waterloo, Aimé-Gabriel d'Artigues (1773-1848), propriétaire de la Verrerie impériale et royale de Vonêche qui écoulait une grande partie de sa production en France, connaît des difficultés financières, l'avenir du commerce du luxe ne s'annonce guère brillant. Son principal commanditaire, Louis XVIII accepte de l'aider, mais lui impose une installation en France s'il veut continuer à exporter sans taxe un quota défini de cristal. Aimé-Gabriel fait le choix de réoccuper la verrerie sainte Anne à BaccaratIl peut être considéré comme le fondateur des Cristallerie de Baccarat. Il délaisse son entreprise de Vonêche pour la sauver.
Un de ses anciens collaborateurs, promu son fondé de pouvoir à Vonêche en 1822, François Kemlin (1784-1855) lui propose alors, en , de racheter les installations de Vonêche pour . Irascible, d'Artigues l'aurait démis sur le champ de son poste d'administrateur et de fondé de pouvoirKemlin n'en demeure pas moins un des directeurs techniques, employés de l'entreprise. Il en possède même quelques parts, certes, réduites.. Après quelques vaines tentatives de réconciliation, François Kemlin participe en 1826 à la création d'une entreprise concurrente à Seraing. Le site du Val saint Lambert est propice : le combustible charbonneux ou bois de chauffe est abondant, il y a des carrières de calcaire non loin, la région est active dans la métallurgie (ferreux et non ferreux), il sera facile de s'y procurer le plomb nécessaire à la fabrication du cristal et, enfin, la bourgeoisie de Liège en lente voie de prospérité apparaît de plus en plus avide d'objets de luxe.
Kemlin a emmené avec lui son fidèle compagnon, Auguste Lelièvre (1796-1869) et, au départ, une centaine d'ouvriers de Vonêche. La société bénéficie d'importants soutiens financiers de la part de Guillaume d'Orange et du Baron Joseph de Bonaert. Le départ est donc rapide. En , le premier four (à bois) est allumé, il comporte de . Le , la société anonyme des Verreries et Établissements du Val Saint-Lambert est créée. Kemlin en sera le directeur général jusqu'en 1838 (date à laquelle il quitte le Val pour fonder une nouvelle glacerie dans le Hainaut, à l'abbaye d'Oignies (Aiseau-Presles)), il est alors remplacé par Lelièvre qui a jusque-là occupé le poste de directeur technique.
Les premières décennies
Rapidement, les fours à bois sont remplacés par des fours plus performants au charbon. Au départ, la production ne se distingue pas par son originalité, le Val Saint-Lambert produit des bouteilles, du verre à vitre et petit à petit, de la gobeleterie commune en demi-cristal. En 1836, la Société générale de Belgique rachète l'entreprise et Léopold I devient un actionnaire important. En 1839, le catalogue est imprimé en cinq langues, ses produits sont exportés dans le monde entier. Une chaudière à vapeur est installée pour actionner les tours des tailleurs. On produit des pièces soufflées dans des moules fermés puis des pressées, ce qui permet d'imiter les articles taillés mais à moindre coût. En 1843, des services qui deviendront célèbres apparaissent. L'entreprise investit aussi dans le social : maisons, école, infirmerie sont créées. VSL participe à l'Exposition des Produits de l'Industrie Belge à Bruxelles de 1841. La recherche technique est grande, on pratique la taille riche, des procédés de coloration, l'inclusion de filigranes.
En 1848, rien ne va plus, l'Europe est en pleine agitation. L'exportation étant devenue difficile, voire impossible, le Val Saint-Lambert doit alors ralentir sa production, il fait travailler ses fours et son personnel en alternance. Le chiffre d'affaires est divisé par trois.
Dans les années 1850, la production reprend de plus belle. Le chiffre d'affaires triple par rapport à celui de 1839. De nouvelles innovations techniques sont apportées (par exemple, la gravure à l'acide en 57), notamment avec l'arrivée d'un nouveau directeur, Jules Deprez en 1863. Un four Boëtius (four à gaz alimenté par un gazogène) est installé en 1870.
La concurrence s'intensifie, des événements internationaux nuisent aux exportations (Guerre de Sécession, la guerre franco-prussienne de 1870).
L'Exposition universelle de 1878 à Paris, provoque un renouveau artistique. Jules Deprez, grand voyageur, crée des représentations dans le monde entier. Le c'est l'acquisition des établissements des Verreries Namuroises et l'indépendance par rapport à la Société générale. En 1880, le Val occupe et produit par jour, c'est-à-dire cinquante millions par an. vignette|Verseuse d'eau par Charles Graffart (1924-1925). Cristal clair doublé jaune et triplé aurore soufflé. En 1889, après la mort inopinée de Jules Deprez, c'est Henri Lepersonne qui reprend la direction, puis Georges Deprez (fils de Jules), en 1894. L'entreprise continue d'être à la pointe de la modernité : éclairage électrique, magasins, salle d'exposition, usine à gaz, voie de chemin de fer menée jusqu'à la fabrique…
Le Val Saint Lambert et l'Art nouveau Alors qu'en France, et particulièrement en Lorraine, le monde de la verrerie connait de nombreux changements stylistiques et techniques, grâce à l'impulsion d'artistes comme Émile Gallé, des artistes prestigieux travaillent au Val-Saint-Lambert. Gustave Serrurier-Bovy crée quelques pièces, où s'associent le cristal et le laiton, tandis que de 1906 à 1907, les frères Müller, qui ont été apprentis dans l'atelier de Gallé, réalisent de nombreuses pièces dont les décors sont travaillés à l'acide fluorhydrique.
thumb|upright Au début du , ce sont plus de qui sont fabriqués par jour ; 90 % de la production est exportée. y travaillent, et, en 1904, le catalogue reprend de services de table.
Mais la Première Guerre mondiale vient interrompre la production en plein essor. Au lendemain de l'Armistice, les fours sont rallumés et la production redémarre tant bien que mal. En 1921 — année de création du Parti communiste de Belgique — on assiste à la première grève.
La prospérité et la période Art déco Dans les années 1920 apparaît la galvanoplastie. Le centenaire de l'entreprise est fêté en grande pompe les 26 et . Le prince et futur roi Léopold III est présent et de nombreux ouvriers sont décorés. Charles Graffart crée avec l'aval de la direction des cristallerie ses propres modèles dont des pièces uniques qu'il est autorisé à signer. Félix Matagne crée des décors singuliers et plus particulièrement dans la gravure au jet de sable. Modeste Denoël crée avec Lucien Petignot créent de 1920 à 1928 une série particulière qu'ils appellent Fluoval. Joseph Simon (1874-1960) conçoit de nombreux modèles présentés lors de l'Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de Paris en 1925 pour lesquelles il reçoit une médaille d'orNotices explicatives, Exposition Art Déco et Modernisme (1925-1939), Val-Saint-Lambert, musée des Beaux-Arts de Charleroi, 2026..
Le directeur, à cette époque, est Marcel Fraipont. vignette|Vases Saint-Malo par Lucien Petignot et Modeste Denoël (1926), cristal urane doublé fuchsia soufflé. Luxval vignette|Jardinières par Joseph Simon,(1926), Cristal urane. Dans les années 1930, le verre de luxe est en crise. La mécanisation et l'automatisation font une entrée en force dans le verre commun. C'est à cette époque qu'apparait la lignée Luxval.
Au début des années 1930, les conséquences du krach de Wall Street se font ressentir sur l’économie mondiale, et touchent également la manufacture du Val-Saint-Lambert. Les objets en cristal taillé, plus chers à la réalisation, s’écoulent moins bien. De plus, la production de verre moulé prend une importance considérable en Tchécoslovaquie, où la main d’œuvre est très bon marché, et plait au public européen. Ainsi, dans un souci de satisfaire ces nombreux clients, et sous l’influence de René Delvenne et Charles Graffart (1893-1967), alors respectivement professeur à l’école de dessin de l’entreprise et maître-graveur indépendant, la ligne Luxval est lancée. Bien que les objets en verre moulé soient déjà présents dans de nombreux catalogues antérieurs (dès 1904), et que certaines pièces de style Art déco, également en verre moulé, étaient déjà produites dès 1925, la première liste de tarifications de la gamme Luxval est émise le . Le catalogue dit « de 1935 » est complété par des pièces supplémentaires en 1938. Toute production confondue, cristal et semi-cristal, le client a désormais le choix entre services différents.
En plein dans l’ère Art déco, la gamme Luxval en reprend les thèmes principaux : la faune (antilope, perruche, mouettes) et la flore (maïs, cyclamen, primevère), le sport (football, jeux olympiques), le tout dans une logique graphique de géométrie et d’épurement. De plus, les coloris choisis sont également à la mode, à savoir les pastels (rose, olive, ambre), l’améthyste, le noir et l’opalescent, dans la lignée des Lalique et Sabino. Mais l’engouement pour le Luxval ne sera que de courte durée : même si le Val Saint-Lambert n'a pas trop à souffrir de la Seconde Guerre mondiale, il conserve ses ouvriers qui échappent à la déportation. L’arrivée de la guerre l’arrête en plein essor, et à son lendemain, les tendances stylistiques évoluent rapidement, au profit du cristal étiré, demandant également moins de travail que le cristal taillé. La lignée Luxval purement Art déco continue d’être produite jusque dans les années 1950, moment où le catalogue est réduit. Enfin, c’est dans les années 1960 que la production Luxval s’arrête, avec comme dernières pièces, les services en verre moulé incolore dépourvus de caractère (« Ecailles », « Eclat », « Côtes plates »).
Le déclin