Le Lehi (acronyme hébreu pour Lohamei Herut Israël, « Combattants pour la liberté d’Israël », לח"י - לוחמי חירות ישראל) est un groupe paramilitaire et terroriste sioniste actif entre 1940 et 1948, fondé par Avraham Stern en dissidence du parti révisionniste après la mort de Jabotinsky. Son objectif déclaré était d’expulser les autorités britanniques de Palestine par la violence, de permettre l’immigration sans restriction des Juifs et la formation d’un État juif.

L’organisation commet de nombreux attentats contre les Britanniques, de 1941 à 1948, puis contre les Arabes de Palestine, en 1947 et 1948, ainsi que l'assassinat en 1948 de Folke Bernadotte qui avait pour mission de mettre en place le Plan de partage de la Palestine.

Les autorités britanniques ont nommé ce groupe Stern gang (la bande ou le groupe Stern), en référence au nom de son premier dirigeant Avraham Stern. Le terme Stern group, en français groupe Stern, fut également employé dans les années 1940, et reste une dénomination fréquemment utilisée.

Après la mort de Stern en , l’organisation fut dirigée par un triumvirat dont faisait partie Yitzhak Shamir, futur Premier ministre israélien, Israël Eldad et Nathan Yolin Mor, jusqu’à sa dissolution en par les autorités israéliennes, conséquence de l'assassinat du comte Bernadotte, médiateur spécial des Nations Unies en Palestine et du colonel français Sérot, chef des observateurs des Nations Unies. La nouvelle direction réorienta l’idéologie de l’organisation dans un sens se voulant « anti-impérialiste » et en soutien de l'Union soviétiqueWalter Laqueur : Le sionisme, t. II, éd. Gallimard, Tel, 1994, .

Dans son combat contre les Britanniques, le groupe tente sans succès des contacts en 1941 avec l’Italie fasciste et avec l’Allemagne nazieWalter Laqueur : Le sionisme, t. II, & suiv., éd. Gallimard, Tel, 1994 afin de permettre aux Juifs européens d'immigrer en Eretz-Israël, et pour ce faire n'hésitait pas à se présenter aux yeux des Allemands comme « étroitement lié aux mouvements totalitaires européens, par sa conception du monde et ses structuresLa première publication du texte, en allemand, se trouve, en appendice ndeg. 11, dans le livre de David Yisraeli : Le Problème palestinien dans la politique allemande, de 1889 à 1945, Bar Ilan university, Ramat Gan. Israël, 1974, . Le texte original vient des archives du ministère des affaires étrangères allemandes (rapport du 11/01/41 adressé à l’ambassade du Reich à Ankara par les contacts allemands du Stern au Liban. Le rapport se trouve dans le dossier « Commission d’armistice franco-italienne », parce que Rudolf Rözer, un des deux contacts allemands du Lehi, travaillait dans cette commission). ». Le Lehi considérait le combat contre l’ennemi britannique, immédiat, comme prioritaire par rapport à celui contre le nazisme, et se proposait de combattre l’empire britannique de l’intérieurHistoire de la droite israélienne, .Daniel Levine, David Raziel, the Man and the Legend, Gefen Publishing House, 1991, ..

Idéologies

On distingue deux périodes dans la définition par le Lehi de son idéologie.

Idéologie : de la création du Lehi (1940) à la mort de Stern (1942)

Sous la direction d’Avraham Stern, le Lehi a été clairement un groupe d’extrême droite, dont les membres (mais pas tous) étaient pour une bonne partie influencés par le fascisme italien. L’influence politique originelle de Stern se situe au sein du groupe des Birionim, un groupe de sympathisants fascistes agissant en marge du parti de la droite sioniste, le parti révisionniste, au début des années 1930Voir à ce sujet le chapitre La tentation fasciste et les Birionim (1928-1933).

En , la toute jeune organisation publie ses thèses, sous la forme de 18 « principes de la renaissance (Ikarei ha'Tehiya)Des versions en anglais du texte peuvent être lues ici : Lehi (sur la Wikipedia anglophone) ou Save Israel. ». On y indique en particulier que : les frontières d’un État juif doivent aller du Nil à l’Euphrate (de l’Égypte à l’Irak). Cette terre sera « conquise sur les étrangers par le glaive ». La revendication d’un État sur une forte partie du Moyen-Orient se fait en référence à la Bible (Genèse 15-18). Cependant, dans la pratique, la revendication du Lehi porte ensuite essentiellement sur la Palestine et la Transjordanie (Jordanie actuelle) ; le « Troisième royaume d’Israël » y sera rétabli (cette phrase est modifiée en ) ; les exilés juifs se rassembleront dans le nouvel État ; le temple de Jérusalem sera reconstruit (le Stern regroupe essentiellement des laïcs. Le temple est ici plus un symbole national que religieux. La majorité des Haredim (ultra orthodoxes) est d’ailleurs hostile à une telle reconstruction, considérant qu’elle est l’apanage du Messie) ; les populations arabes doivent partir du nouvel État : « le problème des étrangers sera résolu par un échange de populationLes 18 « principes de la renaissance » ont été d’abord publiés en novembre 1940 dans le bulletin de l’organisation, puis avec quelques modifications dans le bulletin de février 1941. Dans cette nouvelle version, le terme « Troisième royaume d’Israël » est par exemple devenu « royaume d’Israël ». D’après Marius Schattner, il s’agissait de ne pas évoquer le troisième Reich. Les contacts avec celui-ci n’étaient pas assumés publiquement. ».

Dans un autre de ses textes, le Lehi indique que le monde est divisé « entre races combattantes et dominatrices d’une part, et races faibles et dégénérées de l’autre ». Les Hébreux doivent retrouver leurs vertus « guerrières et colonisatrices » de l’AntiquitéHistoire de la droite israélienne, ..

thumb|Lettre de la mission allemande au Liban envoyant les propositions du Lehi à l’ambassade allemande d’Ankara - Pour une transcription allemande et une traduction anglaise, voir ici. Quelques semaines après la publication des « principes de la renaissance », en , la direction du Lehi adresse (via son représentant, Naftali Loubentchik) un nouveau texte aux représentants allemands au Liban, proposant une collaboration contre l’Angleterre, et exposant l’orientation idéologique du Lehi. Le Lehi se présente ici sous le nom de NMO (National Military Organization) ou Irgoun, qu’il venait de quitter. Le Lehi, contrairement à l’Irgoun, était en effet une organisation armée encore inconnue. Le texte fut remis à , spécialiste de l’Orient au ministère allemand des affaires étrangères, et au capitaine de réserve Rudolf Rözer, des renseignements allemands, qui furent les deux interlocuteurs du Stern.

Il ressort des discours des dirigeants de l’État national-socialiste allemand qu’un prérequis de l’Ordre nouveau en Europe requiert une solution radicale de la question juive à travers une évacuation (Judenreines Europa).

L’évacuation des masses juives de l’Europe est la pré-condition pour résoudre la question juive ; mais cela ne pourra être rendu possible et total que grâce à l’installation de ces masses dans le foyer du peuple juif, en Palestine, et à travers l’établissement d’un État juif dans ses frontières historiques.

La résolution définitive par ce moyen du problème juif et la libération du peuple juif, c’est l’objectif de l’activité politique et des longues années de lutte du mouvement pour la liberté d’Israël, l’Organisation militaire nationale (Irgoun Tzvaï Leumi) en Palestine.

La NMO, connaissant la position bienveillante du gouvernement du Reich envers l’activité sioniste à l’intérieur de l’Allemagne, et les plans sionistes d’émigration estime que :

Il pourrait exister des intérêts communs entre l’instauration d’un ordre nouveau en Europe en conformité avec la conception allemande, et les véritables aspirations du peuple juif telles qu’elles sont incarnées par le NMO. La coopération entre l’Allemagne nouvelle et une nation hébraïque rénovée (Völkisch Nationalen Hebraertum) serait possible et, L’établissement de l’État juif historique sur une base nationale et totalitaire, lié par un traité au Reich allemand, pourrait contribuer à maintenir et à renforcer la future position de pouvoir de l’Allemagne au Proche-Orient.

Du fait de ces considérations, le NMO en Palestine, sous la condition que soient reconnues les aspirations nationales susmentionnées du mouvement pour la liberté d’Israël par le Reich allemand, offre de prendre une part active à la guerre aux côtés de l’Allemagne.[…]

La coopération du mouvement pour la liberté d’Israël irait dans le sens de l’un des récents discours du Chancelier du Reich allemand, dans lesquels Monsieur Hitler soulignait qu’il utiliserait toute forme de coalitions dans le but d’isoler l’Angleterre et de la battre.[…]

L’attitude pro-britannique de l’organisation révisionniste en Palestine […] a mené à l’automne de cette année à une coupure complète entre elle et le NMO, ainsi qu’à la scission au sein du mouvement révisionniste qui a suivi.[…]

Le NMO est étroitement lié avec les mouvements totalitaires européens par sa structure et sa conception du monde […].

Idéologie : après la mort de Stern - 1943-1948

Après la mort de Stern en , et surtout à partir de sa réorganisation fin 1943, le Lehi regroupe les ultranationalistes juifs les plus radicaux, couvrant désormais un large éventail politique. Il existe à partir de 1944 quatre sensibilités bien identifiées : une sensibilité restée proche de la droite sioniste révisionniste traditionnelle, avec des gens comme Yitzhak Shamir ; une sensibilité fidèle au Lehi d’extrême-droite, avec des gens comme Israël Eldad ; une sensibilité ultra-nationaliste mais pro-soviétique, autour de Nathan Yalin Mor ; une sensibilité « cananéenne », ultra-nationaliste, mais prônant la rupture avec le judaïsme et le développement d’une identité nationale « hébraïque » néo-païenne.

Au-delà de ses sensibilités, le Lehi adopte fin 1943 début 1944, sous l’influence de Yalin Mor, un vocabulaire « anti-impérialiste » et pro-soviétique très éloigné de ses origines. « Le Lehi se perçoit [maintenant] comme un mouvement « révolutionnaire » qui, contrairement à l’Irgoun, a coupé toutes ses attaches avec la droite révisionnisteHistoire de la droite israélienne, ».

Un point n’a pas changé, cependant : la référence positive au terrorisme. Sans être permanentes, les professions de foi terroristes ne sont pas rares au Lehi : « Le NMO, dont les activités terroristes ont commencé dès l’automne de l’année 1936, est devenu, après la publication du livre blanc britannique, particulièrement influent à l’été 1939 grâce à l’intensification réussie de son activité terroriste et au sabotage des intérêts britanniques », ou « les actes terroristes stimulent l’imagination populaire, réveillent les énergies dormantes, donnent une impulsion au mouvement révolutionnaireTexte publié à l’été 1943 dans le du journal clandestin du mouvement : Ha'Hazit (Le front), et repris dans Front de combat hébreu, périodique en français du Lehi, en mai-juin 1944. Cité aussi par Histoire de la droite israélienne, . ». Par ces revendications, le Lehi s’inscrit dans une certaine tradition révolutionnaire russe, comme celle de la Narodnaïa Volia (la volonté du peuple) et des nihilistes, chez qui le terme de « terrorisme », compris comme « terreur contre les ennemis du peuple », est positif. L’un des inspirateurs d’Avraham Stern, Abba Ahiméir, avait écrit en 1926 un « livre des sicaires », où il se livrait à une apologie du terrorisme individuel.

Aux origines du Lehi

S’il se crée en , le Lehi n’apparaît pas par hasard. Il est le produit de la situation politique des années 1930.

La tentation fasciste et les Birionim thumb|Abba Ahiméir, Uri Zvi Greenberg et Yehoshua Yevin, au début des années 1930. thumb|left|Zeev Vladimir Jabotinsky