Le Parti national fasciste (, PNF) était le parti politique italien qui représentait l'idéologie fasciste. Fondé le par Benito Mussolini, il trouve ses origines dans les faisceaux italiens de combat, créés en alors que le royaume d'Italie est en proie à des troubles économiques et sociaux, liés à la sortie de la Première Guerre mondiale. Entre 1919 et 1921, ces faisceaux font régner en Italie une agitation dirigée essentiellement contre le Parti socialiste italien (PSI), ses militants et ses organisations. dresse le bilan, présenté dans un tableau, de cette agitation..

En 1921, lors de sa création, ce parti se place, en termes de programme, à l'opposé du programme des faisceaux, dont il est le continuateur : étatiste (il prône un rôle massif de l'État dans la sphère économique et sociale) et nationaliste en 1919, ce programme est libéral et expansionniste en 1921 (il défend la thèse d'un État réduit à sa plus simple expression dans la sphère économique). Au cours de l'année qui suit, il achève de ruiner l'organisation du PSI et contrôle de plus en plus de territoires en Italie, bénéficiant de la complicité active et passive de l’administration et de l'armée.

À la suite de la marche sur Rome d', Mussolini est nommé chef du gouvernement par le roi Victor-Emmanuel III. Après l'affaire Matteotti de 1924, il fait voter les « lois fascistissimes » et instaure un régime autoritaire, dirigé par le Grand Conseil du fascisme dont il prend la tête. Le Parti fasciste, seul parti autorisé, quadrille la société par de nombreuses organisations, et se fond dans l'État. À la fin des années 1930, l'Italie devient de plus en plus soumise à l'Allemagne nazie, faisant voter les lois raciales fascistes en . Le PNF est interdit dans les jours qui suivent l'arrestation de Mussolini le , alors que l'Italie se trouve dans une situation militaire sans issue, conséquences des défaites militaires successives essuyées par l'Italie pendant la Seconde Guerre mondiale, en Grèce, en URSS, en Afrique et en Sicile. Le , un commando allemand le fait évader ; Mussolini proclame alors la République, renouant ainsi avec le squadrisme républicain ; le Parti national fasciste renaît alors sous le nom Parti fasciste républicain (, PFR) lors du congrès de Vérone d'.

Après la guerre et l'interdiction du PNF et de son avatar républicain, les nostalgiques italiens du fascisme se regroupent dans le Mouvement social italien (MSI), plus proche du fascisme républicain que du fascisme de la période 1922-1943.

Préalable : Mussolini et l'organisation des faisceaux

Longtemps hostile à la transformation des faisceaux en parti, Mussolini envisage, au cours de l'été 1921, de s'appuyer sur un parti pour la conquête du pouvoir. Il voit le parti comme un facteur de discipline, dans son éditorial du , rédigé dans le contexte de négociation du pacte de pacification du , signé par des représentants du conseil national des faisceaux, du PSI, des groupes parlementaires fasciste et socialiste, de la CGL et le président de la chambre.. Les membres des faisceaux, les ras locaux, s'y opposent, groupés autour de Dino Grandi, et organisent durant le mois d'août une virulente campagne interne contre Mussolini et le pacte de pacification.

Dès le , Mussolini publie dans son journal un manifeste en faveur de la création d'un parti fasciste, avec tout ce que cela comporte en termes de programme qu'il compare néanmoins à des « dogmes et préjugés dépassés par le flot ininterrompu des faits ».

Mais, au cours du début de l'année 1921, sa position évolue, dans le contexte de crise à laquelle doit faire face le mouvement fasciste autour du pacte de pacification.

Les débuts 1921-1922

Le contexte de la création du Parti national fasciste

thumb|Drapeau fasciste italien au début des années 1920. Le symbole sur le drapeau est les faisceaux.

Au cours de l'été 1921, les escouades fascistes se retrouvent alors, pour la première fois de leur histoire, face à une amorce de riposte organisée, aussi bien de la part du gouvernement italien que des organisations socialistes. En effet, alors que celles-ci jouissaient d'une impunité dans leurs raids contre les structures du PSI et de la CGL (bourses du travail, coopératives, sièges locaux du parti et des syndicats affiliés…), elles trouvent face à elle durant l'été 1921 un gouvernement, dirigé par Ivanoe Bonomi, décidé à mettre un terme, ou au minimum des limites, à l'activisme des squadristes..

Le symbole de cette nouvelle politique de l'État est l'épisode de la fusillade de Sarzana, en Toscane, au cours de laquelle douze soldats mettent en fuite cinq cents fascistes toscans, rendus agressifs par des pourparlers trop longs à leur goût. À la suite de cette déroute, la population se tourne contre les fascistes et leur fait la chasse.. Des militants communistes et anarchistes formèrent les Arditi del Popolo (soldats du peuple), capables de repousser les fascistes. Le dirigeant fasciste Giacomo Banchelli reconnut que les escadrons fascistes ne « savaient pas comment se défendre » quand les gens contre-attaquaient. Durant la même période, les faisceaux doivent composer avec une action de l'État dirigée en partie contre lui ; cette action prend plusieurs formes : restrictions du commerce des armes, des déplacements en camions et voitures, échanges de coups de feu avec l'armée et la police.. Cela provoqua une brève crise au sein du parti, qui vit Mussolini démissionner de l'exécutif fasciste au prétexte qu'il était « déprimé »A. Rossi, The rise of italian fascism, Methuen, page 82.

Pour Mussolini, ces épisodes relativisent la capacité opérationnelle réelle des faisceaux. Ainsi, il entrevoit alors la nécessité de s'emparer des leviers politiques que donne l'État à ceux qui les contrôlent.. En outre, depuis le début de l'année 1921, Mussolini doit concilier la gestion de faisceaux de moins en moins maniables avec un groupe parlementaire plus conservateur, ce qui crée une opposition composite à sa politique ; la séance royale, inaugurant la nouvelle chambre, constitue le premier écueil que doit traverser le PNF (et sa représentation parlementaire) : y participer ou non ? Les conservateurs, élus sur la liste fasciste (agrariens, monarchistes…), répondent positivement, Mussolini, appuyé sur les faisceaux, s'y oppose..

Dans ce contexte, le , une trêve, le pacte de pacification, est signée pour rétablir la paix intérieure entre les représentants des faisceaux et les représentants du PSI et de ses organisations sous la présidence du président de la chambre, et aux fins de Mussolini, pour lui permettre d'arriver au pouvoir. Ce dernier mène donc une active campagne dans son journal pour tenter de l'imposer aux faisceaux, avec un succès très mitigé.. Ce changement de cap politique de Mussolini rencontre l'opposition des meneurs les plus actifs du fascisme agraire, regroupés autour de Dino Grandi ce qui provoque une rébellion des fascistes d’Émilie et de la vallée du Pô à l'encontre de Mussolini.. Pour reprendre les faisceaux en main, et dans une perspective de conquête du pouvoir, Mussolini, dans un article paru dans le , le , pose donc la question du devenir politique de ces groupements : .

Enfin, à l'automne 1921, les faisceaux regroupent inscrits répartis dans faisceaux, soit 10 fois plus d'inscrits qu'en 1920. Un recensement interne demandé par le secrétariat fait apparaître le caractère disparate du mouvement squadriste : 60 % sont des membres actifs recrutés parmi les membres de la bourgeoisie agrarienne (propriétaire exploitant une main d’œuvre salariée), des indépendants (commerçants, professions libérales), des employés et des étudiants. ; les 40 % restants sont pour la plupart d'anciens permanents socialistes, actifs dans les bourses du travail et les coopératives (détruites sous les coups de l'offensive fasciste) et des chômeurs.

La création d'un parti, le Parti national fasciste (en abrégé PNF), est donc le fruit d'un compromis, dans le contexte du pacte de pacification, entre les squadristes, tenants de la poursuite des actions violentes hors légalité, et les membres du groupe parlementaire fasciste élu en 1921, plus favorable à la prise du pouvoir par la voie légale. Mais ce compromis est fragile et repose en réalité sur un modus vivendi entre Grandi, représentant du fascisme agrarien, et Mussolini.. Ces désaccords portent sur les moyens et sur le programme, Grandi souhaitant s'appuyer dans la rédaction de ce document sur la constitution du Quarnaro.

Le Congrès fondateur Le congrès fondateur du Parti national fasciste se tient à Rome, entre le 7 et Sauf indication contraire, tout le paragraphe est tiré de .. Il prend l'allure d'une parade militaire, coorganisée par Mussolini et ses opposants, regroupés autour de Dino Grandi.

Le premier jour du congrès, les deux groupes, l'un autour de Mussolini, l'autre de Grandi, s'étaient comptés, réservant leurs applaudissements aux orateurs. Durant ce congrès, deux fascismes s'opposent : le fascisme parlementaire, regroupé autour de Mussolini et des députés nouvellement élus, favorable au pacte de pacification et défenseur d'une certaine normalisation du fascisme, et le fascisme squadriste, regroupé autour de Grandi, marqué par l'épisode de Fiume et le syndicalisme révolutionnaire, dont il est issu.

Le deuxième jour a lieu la réconciliation entre Mussolini et Grandi à la tribune, dans un contexte de paix blanche : Mussolini a évité un vote qui l'aurait sûrement mis en minorité et Grandi a évacué le pacte de pacification signé durant l'été.

Mais ce congrès s'avère inefficace tant les contradictions sont grandes au sein du mouvement fasciste, ce qui aboutit à un gouffre entre les déclarations et les positions effectives, entre les invocations et les actions. L'un Grandi, allié aux agrariens, s'affiche partisan de la mise en place d'un Etat dans lequel les syndicats, et donc la CGL, joueraient un grand rôle ; l'autre, Mussolini, « libéral en économie », selon ses propres mots, affirme défendre une alliance de gouvernement avec la direction de la CGL. Mais ces positions ne masquent pas la réalité de l'action fasciste, dont les objectifs sont précisément l'écrasement de la CGL. Il y a là un gouffre que certains congressistes pointent du doigt sans pour autant être entendus par leurs collègues.

Malgré ces contradictions, la « parade militaire »Selon le mot de . que se révèle être ce congrès semble combler d'aise les congressistes, qui souhaitaient en réalité voir la réconciliation de Mussolini et de Grandi aux dépens du pacte de pacification.

En réalité, le congrès a plus été une occasion pour les différentes composantes du mouvement fasciste de leurs limites respectives : Mussolini est le seul au sein du mouvement fasciste à pouvoir prétendre à la présidence du Conseil, mais, sans les escouades squadristes, il n'est rien ; Grandi et ses soutiens prennent conscience des limites politiques et géographiques de leurs actions.

Le programme du PNF L'élaboration d'un nouveau programme, lors du congrès de 1921, est le fruit d'une maturation qui dure durant toute l'année 1920 : en effet, dès le mois de , Mussolini préconise le retour à un État manchesterien.. Ce changement de position (il défendait encore au début de l'année le rôle de l'État dans l'économie italienne) est lié en partie à la situation internationale marquée par l'échec de la vague révolutionnaire consécutive à la révolution d'Octobre ; ainsi, dans son journal, il défend l'idée que « l'avenir sera capitaliste »Mussolini cité par ..