Marie Josèphe Rose de Tascher de La Pagerie, dite Joséphine de Beauharnais, née le aux Trois-Îlets en Martinique et morte le au château de Malmaison à Rueil-Malmaison, est la première épouse de l’empereur Napoléon de 1796 à 1809. À ce titre, elle est impératrice des Français de 1804 à 1809 et reine d'Italie de 1805 à 1809.
Joséphine naît d'une famille de békés dans une grande plantation de la Martinique. Elle arrive en métropole après son mariage avec Alexandre de Beauharnais, victime de la Révolution française, exécuté pendant la Terreur. Durant cette période, Joséphine est emprisonnée plusieurs mois. Fréquentant les salons parisiens, elle rencontre le général Bonaparte qui la rebaptise Joséphine et avec qui elle se remarie. Ce second mariage lui permet de devenir impératrice après la proclamation du Premier Empire. Elle se heurte à l'hostilité de sa belle-famille, attisée par son incapacité à engendrer un héritier. Napoléon divorce d'elle en 1809. Elle se retire dans son domaine de Malmaison.
Malgré son mariage stérile avec Napoléon, Joséphine a une importante postérité grâce aux enfants de son premier mariage. À travers eux, notamment via sa fille Hortense de Beauharnais, elle est la grand-mère de l'empereur Napoléon III, qui règne sur la France de 1852 à 1870, durant le Second Empire.
Dénomination « Joséphine de Beauharnais » n’a été appelée ainsi que durant les cinq dernières années de sa vie, après son divorce d’avec Napoléon. Du temps de son mariage avec Alexandre de Beauharnais, elle se prénomme Marie Josèphe Rose. C'est Napoléon qui lui donne le prénom de Joséphine. Ainsi, les feuilles ultraroyalistes annonceront la mort de . Elle n’a donc porté le nom de « Joséphine de Beauharnais » qu’en reprenant son nom de veuve après son divorce, tout en conservant le prénom sous lequel elle s’était fait connaître en tant qu’impératrice. On pourrait donc aussi bien parler de « Joséphine Bonaparte », « Rose de Tascher », « Rose Tascher de La Pagerie » ou « Rose de Beauharnais »..
Biographie Naissance et jeunesse en Martinique thumb|left|Le musée de la Pagerie aux Trois-Îlets, installé dans l'ancienne cuisine de l'habitation coloniale des Tascher. Marie Josèphe Rose de Tascher de La Pagerie naît le dans l'habitation sucrière (plantation) de ses parents, la Petite Guinée, située dans la paroisse du Cul-de-sac-à-vaches, dans l'actuelle commune des Trois-Îlets, en Martinique. Elle est la fille aînée de Joseph-Gaspard de Tascher de La Pagerie et de Rose Claire des Vergers de SannoisDeux autres filles naissent de leur union : Catherine-Désirée en 1764 et Marie-Françoise en 1766..
Joseph-Gaspard est le fils aîné du seigneur de La Pagerie, Gaspard-Joseph, venu s'installer en Martinique en 1726 pour y faire fortune dans le commerce du sucre. Né sur l'île, Joseph-Gaspard rentre en métropole en 1751 et officie pendant quatre ans à Versailles en tant que page de la dauphine Marie-Josèphe de Saxe, avant de servir dans les armes. De son côté, Rose des Vergers de Sannois est la fille unique d'une famille de planteurs, fondateurs de la propriété de la Petite Guinée en 1730. Ce vaste domaine, bien que ne faisant pas partie des plus grandes exploitations martiniquaises, s'étend sur près de et exploite plus de valides en 1751..
C'est là que grandit Marie-Josèphe-Rose. Elle est baptisée plus d'un mois après sa naissance, le , en l'église Notre-Dame-de-la-Bonne-Délivrance.Registre des baptêmes (1763) de la paroisse Notre-Dame de la Bonne-Délivrance aux Trois-Îlets, Archives nationales d'outre-mer.. La famille loge dans un confort rudimentaire dans le bâtiment même de leur sucrerie après qu'un cyclone a dévasté leur maison principale en 1766. C'est sa mère qui s'occupe principalement de la gestion du domaine, tandis que son père, nostalgique de ses années en métropole, préfère côtoyer la bonne société de Fort-Royal et mener une vie de plaisirs. Durant sa jeunesse, Marie-Josèphe-Rose, affectueusement surnommée « Yeyette » par ses parents, reçoit les soins de sa nourrice, Gertrude, avant d'être envoyée à l'âge de dix ans avec sa sœur cadette, Catherine-Désirée, chez les sœurs de la Providence à Fort-Royal.
Qu'on la nomme Rose ou Joséphine, elle triche durant toute sa vie sur la date de sa naissance pour se rajeunir. Les almanachs impériaux indiqueront tous les ans la date du . Sa fille, la reine Hortense, continuera à maintenir cette fiction..
De son enfance martiniquaise, la future impératrice garda un caractère correspondant à l'image que se faisaient les Métropolitains des Créoles : paresseux, sensuel et capricieux. Elle joua beaucoup de cette image. Son habitude de manger du sirop de canne à sucre détériora précocement ses dents, ce qui la poussa à adopter un demi-sourire fermé qui lui donnait un air énigmatique..
Mariage avec Alexandre de Beauharnais vignette|redresse|gauche|Le général de Beauharnais, premier époux de Joséphine. Marie-Euphémie-Désirée, la sœur de Joseph-Gaspard de Tascher de La Pagerie, vit en métropole avec le marquis François de BeauharnaisIl s'agit d'une relation extra-conjugale puisque Marie-Euphémie-Désirée est mariée avec Alexis Renaudin depuis 1759.. Elle projette de marier le fils de ce dernier, Alexandre de Beauharnais, avec une des filles de Joseph-Gaspard. Comme les Tascher de La Pagerie, la famille de Beauharnais est installée aux Antilles où elle possède également plantations et esclaves. Le choix se porte d'abord sur Catherine-Désirée, mais lorsque la demande de mariage parvient en Martinique à la fin de l'année 1777, cette dernière est morte de la tuberculose le précédent, à l'âge de . Alexandre de Beauharnais accepte alors la main de la seconde. Conduite par son père en métropole, Marie-Josèphe-Rose quitte son île natale à la fin du mois d', à bord de la flûte Isle de France. Le mariage est célébré le à Noisy-le-Grand par l'abbé Durand. Elle a 16 ans, lui 18. Durant le trajet vers la France et jusqu'à la fin de sa vie, Marie-Josèphe-Rose est accompagnée d'Euphémie, domestique dévouée et supposée demi-sœur « mulâtresse », pour laquelle elle gardera toujours une grande affection..
Le jeune couple s'installe à Paris, dans l'hôtel privé du marquis de Beauharnais, rue Thévenot, avant de louer un appartement rue Neuve Saint-Charles. Marie-Josèphe-Rose, désormais vicomtesse, jouit d'une aisance qu'elle n'a encore jamais connue. Très vite, il apparaît que les deux époux ne s'entendent pas. Alexandre est régulièrement absent : quand il n'est pas en garnison avec son régiment, à Brest puis à Verdun, il séjourne chez son ancien précepteur, Antoine Patricol, à La Roche-Guyon. Si Joséphine se plaint de la rareté de la correspondance qu'entretient son mari, ce dernier lui reproche un certain manque d'éducation. Pour autant, la naissance de leur premier enfant, prénommé Eugène, le , semble rapprocher le couple mais après quelques semaines de vie commune, Alexandre s'éloigne de nouveau. Joséphine confie Eugène à Euphémie, qui devient sa gouvernante.
Séparation et retour en Martinique Dans le même temps, Joséphine s'immisce peu à peu dans la société aristocratique parisienne et fréquente les salons. Alors que son mari, et la tante de celui-ci, Fanny de Beauharnais, sont très actifs au sein des loges parisiennes, elle est à son tour initiée en franc-maçonnerie, au sein de la loge de la Triple Lumière. De retour auprès de sa femme au mois de , Alexandre s'embarque quatre mois plus tard pour la Martinique. Son ancienne maîtresse, madame de LongpréNée Laure de Girardin., effectue ce voyage avec lui et tous deux entretiennent une nouvelle relation. En métropole, Joséphine entame une deuxième grossesse, pour donner naissance à Hortense le . Furieux en apprenant la nouvelle, Alexandre doute de sa paternité et accuse Joséphine d'adultère. À son retour en France à l'automne suivant, il oblige Joséphine à quitter le domicile conjugal et la contraint d'entrer au couvent, à l'abbaye de Penthemont, tandis que leurs enfants sont confiés à une nourrice. Refusant son sort, elle dépose plainte auprès de Louis Joron, conseiller du roi et commissaire au Châtelet de Paris. Défendue par maître Moreau de Bussy, elle gagne son procès le . Alexandre est condamné par le prévôt de Paris à verser une pension à sa femme pour l'éducation de ses enfants, mais il fait enlever Eugène le , ce qui entraîne une nouvelle plainte de Joséphine. Par l'intermédiaire de sa tante, Marie-Euphémie-Désirée, un compromis est signé devant notaire le suivant par les deux époux. Alexandre reconnaît ses torts et accorde à sa femme une pension annuelle de , tout en lui laissant la garde définitive d'Hortense et celle d'Eugène jusqu'à ses cinq ans.
À sa sortie du couvent, Joséphine s'installe à Fontainebleau chez sa tante et son beau-père, le marquis de Beauharnais, où elle réside pendant trois ans avec Hortense et Euphémie. On prétend qu'elle suit les chasses du roi Louis XVI et les beaux cavaliers qui y participent : le comte de Crenay, le duc de Lorge ou le chevalier de Coigny. Elle connaît alors des difficultés financières car Alexandre ne lui verse pas régulièrement sa pension, mais ses parents lui viennent en aide en lui faisant parvenir des lettres de change depuis la Martinique. En , Joséphine et Hortense sont accueillies dans l'hôtel parisien du banquier suisse Jean-Jacques RougemontEugène est alors retourné vivre chez son père..
Sans argent et sans position sociale établie malgré une aisance certaine dans les relations mondaines, Joséphine choisit de retrouver sa terre natale et voir si elle peut améliorer sa situation qui reste très préoccupanteDion A., Joséphine, femme et impératrice, Dossier de l'art , mars 2014, 14-27.. Elle s'embarque avec sa fille et Euphémie à destination des Antilles françaises en . Pendant près de trois ans, elles n'y ont pas d'habitation fixe tandis que Joséphine gagne en influence dans la société martiniquaise.
Barras, exilé à Bruxelles par Napoléon en 1801, écrit perfidement dans ses Mémoires que, pendant ce séjour, la jeune femme libre et aurait donné naissance à une fille naturelle, ces rumeurs servant par la suite à Alexandre de Beauharnais de motif à sa rupture avec Rose..
Emprisonnement sous la Révolution vignette|gauche|La cocarde représentant Rose et sa fille Hortense, musée de la Révolution française. Tandis que la Révolution française éclate en 1789, les émeutes atteignent la Martinique l'année suivante. L'oncle de Joséphine, envoyé pour parlementer avec des rebelles qui se sont emparés du fort Bourbon, est notamment pris en otage et fait prisonnier. Fort-Royal est peu à peu encerclée et Joséphine, Hortense et Euphémie parviennent à s'enfuir pour s'embarquer sur la frégate la Sensible. Après avoir accosté à Toulon en , elles rejoignent leur tante à Fontainebleau. Très actif depuis le début de la Révolution, Alexandre de Beauharnais a acquis une certaine position dans la vie politique du royaume. Élu député de la noblesse aux états généraux en 1789, il appartient à la minorité des membres de son ordre qui soutiennent les réformes. Président des jacobins après la mort de Mirabeau, il est ensuite élu à la présidence de l'Assemblée constituante, le , et joue un rôle de premier plan au moment de la fuite à Varennes. Tout en restant séparée de lui, Joséphine s'affiche alors comme son épouse et joue de sa position pour élargir le cercle de ses relations. Elle se rapproche alors de personnalités issues de milieux très variés voire opposés : Joséphine fréquente aussi bien les amis de son mari, comme le marquis de La Fayette ou le marquis de Caulaincourt, que les constituants de gauche, notamment par l'intermédiaire de Charlotte de Robespierre, ou encore des personnalités des milieux contre-révolutionnaires comme Michelle de Bonneuil. Très à l'aise dans les salons, elle cherche alors à entretenir des réseaux sans toutefois s'engager.