Fernand Nault (né Fernand-Noël Boissonneault à Montréal le , et mort à Montréal le ) est un danseur et chorégraphe québécois.

Biographie

Il a étudié la danse auprès de Maurice Lacasse Morenoff et à Londres, New York, Paris. Il a notamment été danseur, maître de ballet pour la compagnie et directeur pédagogique à l'American Ballet Theatre de New York dans les années 1940, où il demeure pendant 21 ans. C'est en 1965 qu'il s'est joint aux Grands Ballets Canadiens en tant que codirecteur artistique et chorégraphe attitré. Il a entre autres chorégraphié La Fille mal gardée, Danses concertantes, Symphonie de psaumes, Liberté tempérée, La Scouine, Les Sept Péchés capitaux, Casse-noisette, Carmina Burana et Tommy. Ces trois derniers ont fait sa renommée : Carmina Burana lors de sa programmation à l'Expo 67 à Montréal ; quant à Tommy, il s'agit du ballet rock sur la musique du groupe britannique The Who.

Il collaborera également avec l'École supérieure de ballet du Québec en tant que maître de ballet, et créera des chorégraphies pour le Washington Ballet, le Ballet Federation of Philippines, l'Atlanta Ballet, le Ballet national de Corée et l'Alberta Ballet.

Marie Beaulieu, professeure à l'UQAM, le mentionne d'ailleurs dans sa thèse de doctorat :

Il est décédé le des suites de la maladie de ParkinsonLe chorégraphe Fernand Nault meurt à 85 ans, journal Le Soleil, Québec, jeudi 28 décembre 2006, p. A4.. Il est mort le lendemain d'une des représentations de Casse-Noisette, une de ses réalisations, présentée chaque année à Montréal dans le temps de Noël.

Le fonds d'archives de Fernand Nault est conservé au centre d'archives de Montréal de Bibliothèque et Archives nationales du QuébecFonds Fernand Nault (P738) - Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ)..

Débuts en tant que danseur Pendant son enfance Fernand Nault habite à Montréal avec sa famille. Leur maison est sur la rue Iberville dans "le faubourg à m'lasse", c'est-à-dire dans un secteur se trouvant entre deux quartiers : Hochelaga et le Vieux-Montréal. Il grandit avec sa sœur ainée Margot, sa mère Eugénie et fréquente au primaire l'école Meilleur. Ses premières leçons de danse sont des leçons de claquettes avec Raoul Leblanc, un fleuriste, payé cinq dollars pour dix leçons. M. Nault devient livreur puis serveur dès ses treize ans car son père vient de mourir. Avec sa sœur, ils doivent donc assurer les finances de leur famille.

Sa sœur et lui vont ensemble prendre des cours de danse au studio Morenoff. Dû à la générosité d'une de ses tantes, il s'inscrit à des cours de ballets.

Il fait ses débuts sur scène au sein des Variétés lyriques, troupe d’opérette très en vogue à Montréal (1936-1955) dont Maurice Lacasse-Morenoff (1906-1993) est le chorégraphe attitré.

Fernand Nault est connu sous les noms de scène d'Igor Latasscof et de Bill Watson pour des questions d'anonymat et de litiges familiaux. Il fait son service militaire obligatoire au début des années quarante et vit deux ans dans les différentes bases de Sorel, Québec, Valcartier et Gaspé. Il est affecté à la surveillance des côtes canadiennes.

Une fois revenu à la vie civile autour de 1943, il poursuit ses études en danse avec Elisabeth Leese (1916-1962) à Montréal.

La carrière professionnelle de M. Nault commence réellement lorsqu'en 1944 il remplace Todd Bolender (1914-2006), danseur de l'American Ballet Theatre (ABT), dans Pétrouchka alors qu'il s'était blessé lors d'une série de spectacles que vient donner l'ABT au Théâtre St-Denis.

Rosella Hightower (1920-2008) le remarque pendant une classe de maître offerte par l'ABT et Sir Anton Dolin (1904-1983) lui fait passer une audition. Il danse dans Pétrouchka le soir même.

Fernand-Noël Boissonneault devient Fernand Nault après avoir dansé dans Pétrouchka. Le directeur administratif de l'ABT lui propose un contrat de six semaines, ce qui marquera le début d'une association de 21 ans avec l'ABT.

Carrière à l'American Ballet Theatre (ABT) Fernand Nault incarne le rôle d’Alias dans Billy the Kid (1938), une chorégraphie de Eugene Loring (1911-1982), l’un des premiers ballets aux États-Unis à trouver intégralement son inspiration dans la culture américaine et à rencontrer un très large succès populaire. Il incarnera aussi les rôles d’Hilarion, l’amoureux évincé dans Giselle (1841), chorégraphie de Jules Perrot (1810-1892) et Jean Coralli (1779-1854), la gouvernante dans le Bal des cadets (1940), une création de David Lichine (1910-1972) et Mère Simone dans La Fille mal gardée (1786 ou 1789), créé par Jean Dauberval (1742-1806).

Il étudie avec la maitresse de ballet de l’ABT Margaret Craske (1892-1990) et Pierre Vladiminoff (1893-1970) pour peaufiner ses habiletés techniques tandis que Matt Mattox (1921-2013) l’initie au jazz. La troupe complète une première tournée européenne en 1950 et devient la première compagnie américaine à se produire en Union soviétique, ce qui permettra à M. Nault d’enseigner à l’École du Kirov et celle du Bolshoi dans le cadre de leurs activités en Russie.

Il participe aux ateliers chorégraphiques de l’ABT avec des collègues comme John Butler (1920-1993), Robert Joffrey (1930-1988) et Anna Sokolow (1910-2000). Il présente The Encounter (1957) sur une musique de Cesar Franck (1822-1890) et Bitter Rainbow (1964) sur celle de Nelson Keyes (1928-1987).

Le Louisville Civic Ballet, dans le Kentucky, et le Denver Civic Ballet, au Colorado, le sollicitent pour assurer la direction artistique à titre d’invité et de chorégraphe résident, rôle qu’il assume dès 1959 aux deux endroits. Il travaillera sur sa première version de Carmina Burana (en 1962, avec le Louisville Civic Ballet pour le Kentucky Opera) et sa version du ballet Casse-Noisette avec les deux compagnies.

Influences chorégraphiques En rejoignant l’ABT en 1944, Fernand Nault déménage à New York où il habitera pendant 21 ans. M. Nault est interprète dans Billy the Kid (1938) de l’ABT, pièce qui illustre une nation jeune, égalitaire et pleine d’enthousiasme à travers l’énergie de la gent masculine mais aussi valorise la vie nord-américaine et sa richesse. Le ballet des années 1940 reflète l’inventivité nécessaire au développement des thèmes américains et celle d’une esthétique qui lui est associée.

Sur le plan esthétique, M. Nault rencontre les orientations de George Balanchine, arrivé à New York en 1933, qui développe une approche abstraite (non narrative). Qualifié par les experts de tendance néo-classique, le chorégraphe en est le chef de file. Le même phénomène est observé en Angleterre avec Antony Tudor (1908-1987) et Frederick Ashton (1904-1988) qui développent le genre dans un esprit semblable. Les deux chorégraphes vont exercer leur savoir-faire des deux côtés de l’Atlantique, notamment au NYCB, dès 1948. Ce qui est qualifié de ballet néo-classique subit aussi des incursions du jazz et de la « modern dance ».

M. Nault intègre les caractéristiques du ballet néo-classique : il s’agit de travailler à « montrer » la musique, donc d’être capable de pourvoir, à travers le corps, ses nuances et ses accents. Les bras se déploient avec davantage de liberté que le respect des positions du ballet académique travaillant avec des lignes courbes ou hachurées dans toutes les directions. Le tronc devient mobile, les pieds sont fléchis et les jambes parallèles. On valorise les hautes extensions des jambes, les portées acrobatiques et les effets de groupe qui déploient la perspective tridimensionnelle sur scène. Sur le plan technique, la virtuosité se développe mais en même temps on aspire à une forme d’intériorité et d’appropriation du mouvement de façon plus personnelle. La précision du geste est la règle qui reflète la norme de qualité à atteindre.

Ainsi, les tendances de création de M. Nault et ses influences se dessinent : il élabore des spectacles à grand déploiement (influence de la comédie musicale), reste méticuleux et insistant sur la précision et la perfection du mouvement en lien avec la partition musicale (celle de Balanchine). Il aborde le côté traditionnel du ballet mais aussi des expérimentations stylistiques. Son adaptation esthétique à l’orientation thématique de chaque œuvre, ainsi que ses exigences musicales sont des priorités comme celles d’accompagner les danseurs dans les défis associés aux changements stylistiques du répertoire. Il conçoit des fresques chorégraphiques imposantes. Sa création incite une génération de jeunes hommes à embrasser la carrière de danseur.

Doté d’une formation et d’une influence américaine, il est appelé à participer à la vie artistique de plusieurs compagnies de danse sur ce territoire, autant comme chorégraphe que comme directeur artistique ou enseignant. Il aborde plusieurs genres différents : le répertoire du ballet académique, le ballet néo-classique et le jazz/contemporain.

Carrière aux Grands Ballets Canadiens M. Nault a chorégraphié 31 œuvres pour les GBC et a fourni ses créations à plus de 14 compagnies de danse aux États-Unis et en Asie.

Inspiration du ballet académique Ses versions de La Fille mal gardée et de Casse-Noisette sont emblématiques dans le parcours de la compagnie.

La Fille mal gardée La première chorégraphie de ce ballet, montée pour les GBC, est élaborée par Edward Caton (1900-1981) en 1961 et sera revue par M. Nault en 1970.

Fernand Nault décide d’adapter sa propre version du ballet créé en 1959 pour le Joffrey Ballet et lui donne une dimension canadienne. L’intrigue est campée au Québec avec une héroïne issue d’une région rurale. La production a de nouveaux décors (Robert Prévost, 1927-1982) : « Les décors sont peints sur des rideaux que l’on tire à volonté selon les lieux désirés » et de nouveaux costumes « de François Barbeau (1935-2016) qui n’ont rien de typiquement canadien pour les profanes ».

Pour célébrer les 20 ans de la compagnie des GBC, la proposition de M. Nault est reprise. Dans les rôles comiques, Il s’est réservé une participation; sa version fait appel à des artistes de grande expérience puisque Ludmilla Chiriaeff et Geneviève Salbaing (1922-2016), alors directrice des Ballets-Jazz de Montréal apparaissent également sur scène.

Plusieurs autres compagnies se sont intéressées à la version de La Fille mal gardée de M. Nault : le Chicago Ballet (1979), Le Ballet of Philipines, Manille (1980), le Washington Ballet (1986), Atlanta Ballet (1987) et le Kansas City Ballet (2004).

Casse-noisette Casse-Noisette est l’œuvre du chorégraphe qui a traversé le temps jusqu’à aujourd’hui. Elle trône en haut du palmarès de longévité d’une œuvre chorégraphique présentée en continu au Canada. Sa version a été créée au départ pour le Louisville Civic Ballet en 1960. M. Nault a complété par la suite la chorégraphie du corps de ballet et des différents pas de deux au Colorado Concert Ballet. Il ajuste et finalise le tout pour les GBC en 1964. Chiriaeff rappelle que « M. Nault – tout seul - l’avait réalisé en trois semaines et demi en travaillant de 9 h le matin à 10 h du soir (avec les enfants compris). »Mémo adressé par Ludmilla Chiriaeff envoyé à Brian Macdonald, BANQ, FALC.