Gustave Le Bon, né le à Nogent-le-Rotrou et mort le à Marnes-la-Coquette, est un médecin, anthropologue, psychologue social et sociologue français.

Polygraphe, intervenant dans des domaines variés, il est l'auteur de 43 ouvrages en 60 ans, traduits en une dizaine de langues de son vivant et plusieurs fois réédités entre 1890 et 1920, dans lesquels il aborde, parmi d'autres sujets, le désordre comportemental et la psychologie des foulesHess Rémi, « Le Bon Gustave (1841-1931) », dans : Jacqueline Barus-Michel éd., Vocabulaire de psychosociologie. Références et positions. Toulouse, ERES, « Questions de société », 2016, . DOI : 10.3917/eres.barus.2016.01.0539. URL : https://www.cairn.info/vocabulaire-de-psychosociologie--9782749229829-page-539.htm. Déjà à son époque même où la méthode devient importante, son « amateurisme » gênait ses contemporains tels que Durkheim, sans que cela ait vraiment d’influence sur son début de carrière.

Gustave Le Bon admet des différences au niveau des stades de développement des civilisations, et soutient la théorie du biologiste darwinien allemand Ernst Haeckel (1834-1919).. Il consacre un gros volume illustré à la Civilisation des Arabes.. Après une mission aux Indes, il publie, en 1887, un autre ouvrage majeur, Les Civilisations de l’Inde. Psychologie des foules marqua un tournant dans la carrière du « célèbre docteur. ». Cette œuvre, parue en 1895, reste la plus célèbre aujourd’hui.

« Dès qu'une personne rejoint un groupe, son QI diminue considérablement. Afin d'être reconnus, les individus sont prêts à abandonner le bien et le mal et à utiliser leur QI en échange d'un sentiment d'appartenance qui lui permet de se sentir plus en sécurité ».

Biographie Jeunesse et famille Né en 1841 à Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir), où son père, Jean Marie Charles Le Bon, est conservateur des hypothèques, Charles Marie Gustave Le Bon fait ses études au lycée de Tours. Il entre ensuite à la faculté de médecine de Paris, mais en sort sans avoir obtenu son diplôme..

Années 1860 et 1870 Il parcourt l’Europe, l'Asie et l'Afrique du Nord entre les années 1860 et 1880.. Il écrit des récits de voyage, des ouvrages d’archéologie et d’anthropologie sur les civilisations de l’Orient et participe au comité d'organisation des expositions universelles.

En 1879, il fait son entrée remarquée au sein de la Société d'anthropologie de Paris qui lui décerne l’année suivante le prix Godard pour son mémoire « Recherches anatomiques et mathématiques sur les lois de variation du volume du cerveau et sur leur relation avec l’intelligence ».. En 1888, il démissionne et rompt tout contact avec cette société.

Années 1880 et 1890 Son premier grand succès de librairie en sciences sociales est la publication en 1894 des Lois psychologiques de l'évolution des peuples, ouvrage qui se réfère aux lois de l'évolution darwinienne en les étendant de la physiologie à la psycho-sociologie.

thumb|left|Le Bon en 1929. L'année suivante, il écrit Psychologie des foulesLivre dont se servait le plus Lénine à la fin de sa vie (in Boris Bajanov, Bajanov révèle Staline, Gallimard, coll. « L'Air du Temps », 107)., dont se réclamera MussoliniMussolini s'est revendiqué comme lecteur de la Psychologie des foules de Gustave Le Bon ; dans une interview du 9 juin 1926, Mussolini déclare : «J’ai lu toute l’œuvre de Gustave Le Bon ; et je ne sais pas combien de fois j’ai relu sa Psychologie des foules. C’est une œuvre capitale, à laquelle je reviens souvent, encore aujourd’hui», Olivier Bosc, « Gustave Le Bon, un mythe du xxe siècle ? », Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle, 2010/1 (n° 28), p. 101-120., lire en ligne.

Le Bon participe par la suite activement à la vie intellectuelle française.

Années 1900 En 1902, il crée la Bibliothèque de philosophie scientifique chez Flammarion, qui est un vrai succès d'édition, avec plus de 220 titres publiés et plus de deux millions de livres vendus à la mort de Le Bon en 1931. À partir de 1902 il organise une série de « déjeuners du mercredi : Réunions initiées en 1882-1883 sous l'appellation de « Banquet des XX » et se déroulant le dernier vendredi de chaque mois. » auxquels sont conviées des personnalités telles que Henri. et Raymond Poincaré, Paul Valéry, Émile Picard, Camille Saint-Saëns, Marie Bonaparte, Aristide Briand, Henri Bergson, etc. Il convie également à ces déjeuners la comtesse Greffulhe, icône de la Belle-Époque et inspiratrice de Proust pour À la recherche du temps perdu, avec qui il entretient une correspondance aussi abondante que familière..

Fin de vie thumb|redresse|Tombe de Gustave Le Bon au cimetière du Père-Lachaise (division 89). Il meurt le 13 décembre 1931 à l'âge de 90 ans à Paris, ville dans laquelle il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise ( division).

Psychologie des foules Gustave le Bon a étudié l'influence du déterminisme social et sociologique pour expliquer des comportements sociaux humains.

Dès ses premiers ouvrages, notamment La Vie, physiologie humaine appliquée à l'hygiène et à la médecine et L'Homme et les sociétés, leurs origines et leur histoire, Gustave le Bon recherche les causes des actions des hommes. Il détermine plusieurs causes : les causes biologiques, les causes émotionnelles, les causes rationnelles, les causes collectives et les causes mystiques. Cette analyse de la psychologie humaine va lui permettre d’interpréter des événements historiques et des faits divers restés jusque-là irrationnels et incompréhensibles.

D’une part, à une époque où la méthode devient importante, son « amateurisme » gêne ses contemporains tels que Emile Durkheim, sans réelle incidence sur son début de carrière.

En 1895, il publie son œuvre principale, Psychologie des foules, en s'inspirant des théories de la suggestion et l'imitation de Gabriel Tarde. En comparaison, sa théorie des comportements collectifs est plus ambivalente : selon Gustave Le Bon, les foules peuvent être manipulées et ont une capacité destructrice. Dans un même temps, elles sont aussi un moyen pour mener des changements politiques et sociaux..

À partir de grands événements historiques, il décrit l'action des hommes par le seul fait qu'ils sont en groupe. Les principes qu'il expose dans cet ouvrage formeront les bases d'une nouvelle discipline scientifique : la psychologie sociale. Dans cet ouvrage, il expose une idée fondamentale : les foules sont composées d'asociaux et sont potentiellement « criminelles » comme le pensait Tarde, mais aussi capables d'amour, de sacrifice, d'héroïsme.

Influence

Les idées contenues dans Psychologie des foules jouèrent un rôle important au début du . Si les figures majeures du totalitarisme, Mussolini, Hitler, Staline et Mao, passent pour s'être inspirés (ou plus exactement, avoir détourné les principes) de Gustave Le Bonin Stéphane Courtois, Les Logiques totalitaires en Europe, Éditions du Rocher, 2006, chapitre VIII page 211, chapitre IX page 223., beaucoup de républicains – Roosevelt, Clemenceau, Poincaré, Churchill, de Gaulle, etc. – y ont également puisé des leçons. Gustave Le Bon a pu être considéré comme « le maître des propagandistes du XXe siècle » ; toutefois, selon le sociologue Benoît Marpeau, l'ouvrage n'a pas la rigueur et la précision d'un système de propagande.

Pour Jean-Baptiste Decherf, Charles de Gaulle emprunte dans son livre Le Fil de l'épée des éléments des thèses de Le Bon, tendant notamment à considérer la suggestion comme le fait élémentaire et irréductible expliquant tous les mystères de la domination. « Pour de Gaulle comme pour Le Bon, la magie du social tient en un mot : le prestige »

Sigmund Freud, malgré un certain nombre de réserves, indiqua que « par l’accent qu’elle met sur le rôle inconscient de la vie psychique, la psychologie de M. Le Bon se rapproche considérablement de la nôtre. » Dans son ouvrage Psychologie collective et analyse du moi, paru en 1920, Freud s’appuie, entre autres, sur une lecture critique de Psychologie des foules. Il y mentionne les travaux de Le Bon notamment sur « les modifications du Moi lorsqu’il est au sein d’un groupe agissant. »

En 2009, Psychologie des foules est choisi par Le Monde et Flammarion comme l'un des « 20 livres qui ont changé le monde ».. Dans la préface à cette édition, Mathieu Kojascha écarte l’idée que l’ouvrage ait pu faire le lit du fascisme et conclut :

Ses découvertes lui permirent par ailleurs d'avertir, dans un article intitulé De l’évolution de l’Europe vers diverses formes de dictature dès 1924, du fait que la montée du fascisme en Italie n'était pas un phénomène isolé mais risquait au contraire de s’étendre, par le même mécanisme d’un meneur de foules prenant, à la faveur d’événements violents, les rênes du pouvoir et les confisquant ensuite à son seul profit. .

Redécouverte à l'époque moderne

Gustave Le Bon a été redécouvert en France grâce à Serge Moscovici lors du cinquantenaire de la mort du sociologue en 1981 avec L'Âge des foules qui traite des précurseurs de la psychologie sociale, à savoir Gustave Le Bon, Gabriel Tarde et Sigmund Freud. Pour Moscovici, Le Bon (en qui il voit le « Machiavel des sociétés de masse ») est celui qui, le premier, a saisi l'importance du rôle (potentiellement destructeur) des masses dans le processus historique et en a esquissé la typologie.

En 1977, Catherine Rouvier, après son mémoire soutenu en 1976 avec Roger-Gérard Schwartzenberg à l'université de Paris 2 Panthéon Assas sur « La personnalisation du pouvoir en France de 1875 à 1958 » faisait porter ses recherches en histoire sur la psychologie politique sur Le Bon et montrait que ce dernier était en réalité mal compris car victime d'une confusion courante entre masses et foules.

En effet, l'apport de Le Bon à la psychologie sociale ne concerne nullement les masses — concept très général peu susceptible d'une approche expérimentale. Son véritable sujet d'étude est la foule, définie comme une réunion momentanée d'individus soumis à une émotion forte à la suite d'un événement et/ou d'un discours ou d'une image provoquant la peur, la haine, ou, au contraire, l'enthousiasme et l'amour. Ces découvertes de le Bon s'inscrivent en effet clairement dans le débat qui agite les historiens du sur les causes de la violence et du caractère subit des révolutions, celle de 1789, bien sûr, mais aussi celles de 1830, 1848 et 1870. Cela est donc bien distinct de ce qui sera développé plus tard par Wilhelm Reich, par exemple sur « la psychologie de masses du fascisme ».

L'état de suggestibilité de la foule est très précisément décrit par ce médecin passionné par les expériences en tout genre, de Charcot sur la guérison de l'hystérie par l'hypnose à la Salpetrière ainsi que par la technique (au départ fondée sur l'hypnose) de la guérison des névroses par Sigmund Freud, avec lequel il correspondit grâce à leur amie commune Marie Bonaparte.

Le concept de horde chez Freud est, du reste, à rapprocher — mais non à confondre — avec celui de foule chez Le Bon. Dans les deux cas, est décrit le phénomène du meneur, qui est celui qui va répondre à l'expectative du groupe, foule ou horde. Mais tandis que la horde est un groupe soumis en permanence aux directives de son chef, la foule n'est éminemment suggestible et donc vulnérable à tout mot d'ordre exprimé avec force que pendant le temps que dure l'excitation due à l'évènement — ou à la mise en scène fictive d'un évènement.

L'intérêt majeur de cette théorie, dite de la « psychologie des foules », est précisément d'introduire, dès la fin du , dans la réflexion politique le concept de plus en plus utilisé en ce début de de quotient émotionnel.

Comme beaucoup de savants provenant des sciences de la nature, il a émis sans précautions oratoires des idées sur la psychologie collective qui parurent choquantes :