Le chanvre est une des premières plantes domestiquées par l'homme, au Néolithique, probablement en Asie. Il a ensuite accompagné migrations et conquêtes pour se répandre sur tous les continents.

Néolithique Des traces archéologiques de son utilisation ancienne par l'homme ont d'abord été trouvées en Chine, dans l'un des foyers de la révolution agricole néolithique. Les fouilles du site néolithique de Xianrendong (dans le Jiangxi), daté de ont ainsi livré de la céramique, certains pots décorés de fibres spiralées de chanvre Peter S. Bellwood. First Farmers - The Origins of Agricultural Societies. Blackwell Publishing, 2005, . Puis d'autres traces ont été trouvées de l'Europe au Japon, plus anciennes encore. L'origine géographique du chanvre n'est pas certaine : plaines de l'Asie centrale dans le secteur du lac Baïkal pour certains, région moyenne du fleuve Jaune en Chine pour d'autres, ou encore contreforts indiens de l'Himalaya. Plusieurs études archébotaniques récentes suggèrent son apparition dans certains foyers préhistoriques au même moment, à la fois au Japon et en Europe de l'Est entre il y a environ et Barras, Colin (2016) Founders of Western civilisation were prehistoric dope dealers Daily news, 7 juillet 2016 ; Vegetation History and Archaeobotany, DOI: 10.1007/s00334-016-0579-6 .

Il s'agirait donc d'une des premières plantes domestiquées par l'homme, probablement tout à la fois pour ses fibres solides, ses graines oléagineuses nourrissantes et les propriétés médicinales de sa résine Sula Benet. Early Diffusion and Folk Uses of Hemp. Dans Cannabis and Culture. Ed. Vera Rubin. Chicago : Mouton Publishers, 1975, ..

Les données paléobotaniques récentes, basées sur les collectes de pollen, fruits et fibres de cannabis dans les fouilles archéologiques montrent que durant un court laps de temps, à la fin de la dernière ère glaciaire, deux groupes humains ont commencé à cultiver et utiliser, indépendamment, une nouvelle plante, le cannabis. Une étude archéologique du cannabis a aussi mis en relation une intensification de la consommation en Asie orientale, avec la montée du commerce transcontinental au tout début de l'âge du bronze, il y a environ 5000 ans.

Le chanvre pourrait avoir été domestiqué en plus d'un endroit, et favorisé par les changements sociaux et techniques caractérisant l'aube de l'âge du bronze, sans que l'on puisse actuellement savoir cependant, si cet engouement était lié à ses propriétés psychoactives, mais quelques auteurs chercheurs ont suggéré que la découverte de graines brûlées dans plusieurs sites archéologiques peut laisser penser que fumer du cannabis peut être en certaines occasions spéciales comme des fêtes ou certains rituels) était pratiqué par certains hommes préhistoriques et que cette pratique a pu se répandre en Eurasie.

Selon Barney Warf (Université du Kansas à Lawrence), les historiens grecs rapportent que les Scythes (pasteurs et nomades de la période qui a suivi l'Age du Bronze, venus des steppes d'Europe centrale, qui ont succédé aux Yamnaya utilisaient régulièrement du cannabis comme une drogue.

Antiquité

En Égypte antique, on trouve une trace écrite de l'utilisation médicinale du chanvre. Ainsi le papyrus Ebers (rédigé 1500 ans av. J.-C.) mentionne l'utilisation d'huile de chènevisBardinet, Thierry. Les papyrus médicaux de l’Égypte pharaonique. Fayard (5 avril 1995), partie II : Traduction intégrale et commentaire. pour soigner les inflammations vaginales (formule , , lignes 7-8).

En Chine, le plus ancien traité de matière médicale (Shennong bencao jing), compilé aux alentours du début de notre ère, mentionne le cannabisSaveur acide, équilibrée. Traite principalement les sept lésions, désinhibe les cinq viscères zang, précipite le sang et refroidit le qi. En prendre trop, nous donne l'aspect de fantôme et nous fait courir en tous sens. En prendre longtemps, nous fait communiquer avec la brillance de l'esprit, allège le corps. 味辛平。主五劳七伤,利五藏,下血,寒气,多食,令人见鬼狂走。久服,通神明,轻身。一名麻勃。麻子,味甘平,主补中益气,肥健不老神仙。生川谷。 (maben 麻贲, actuellement dama 大麻). Il est classé dans les drogues de catégorie supérieure destinées à prolonger la vie ("alléger le corps" comme celui d'un Immortel chevauchant les nuages).

À la même époque, dans le domaine gréco-latin, le médecin botaniste grec Dioscorides décrit dans De Materia Medica (), un kannabis emeros (femelle), identifié comme le Cannabis sativa :

Le cannabis était connu des Scythes, pour lesquels l'historien grec Hérodote (450 av. J.-C.) témoigne d'un usage courant en tant que textile. Il y décrit au même titre des séances de fumigation collective. Les Scythes dressaient de petites tentes de laine serrée où ils organisaient des bains de vapeur à partir de fleurs de chanvre brulées dans un vase contenant des pierres rougies qui entraînaient la confusion des participantsHérodote, texte établi et traduit par Legrand P. E., Histoires (livre IV), Melpomène. Collection des Universités de France, Les Belles Lettres, Paris, 1985. §73-74. Le professeur Sergueï Ivanovitch Roudenko, archéologue soviétique, a confirmé l'utilisation courante du cannabis par les Scythes avec la découverte en 1929 sur le site de Pazyryk d'un chaudron de bronze rempli de graines de chanvre carbonisées, ainsi que des vêtements de chanvre et des encensoirs métalliquesSerguei. I. Rudenko, Frozen tombs of Siberia : the Pazyryk burials of Iron Age horsemen, Berkeley, University of California Press, 1970 . Ces peuplades nomades, qui ne pratiquaient pas l'agriculture, ont probablement joué un rôle dans la diffusion du chanvre, à travers leurs migrations dans les steppes eurasiennes. Le chanvre est en effet une plante rudérale, qui colonise les habitats anthropisés (perturbés par l'homme). Elle est écologiquement adaptée aux milieux ouverts (donc ensoleillés), aux sols riches en azote (à cause des déjections des troupeaux), caractéristiques des abords de campementsChouvy, Pierre-Arnaud. « Le pavot à opium et l'homme : Origines géographiques et premières diffusions d'un cultivar ». Annales de Géographie, (mars-avril 2001), ..

Depuis l’Antiquité, les peuples germaniques cultivaient également le chanvre dont les fibres servaient à la fabrication de vêtements et de cordes pour les bateaux. Ainsi, à Eisenberg dans le Thuringe, des fouilles archéologiques ont mis au jour des semis de chanvre à côté de poteries datant de 5500 av. J.-C. Sur l'éventualité d'un usage aromatique et herboristique du chanvre par les peuples germaniques, la découverte de la plus ancienne pipe du monde dans un tombeau datant de l'âge de bronze (1500 av. J.-C.), à Bad Abbach (Bavière) laisse ouverte l'hypothèse d'un usage psychotrope par inhalation de fuméeMatthias Broeckers, Cannabis, AT Verlag, oct. 2002, 224 p.. On sait également que jusqu'en 1516 et la promulgation de la « loi de pureté » Reinheitsgebot, influencée par les prescriptions de la moniale Hildegarde de Bingen qui a favorisé l'usage unique du houblon dans l'aromatisation de la bière, de nombreuses plantes aromatiques et médicinales composaient les recettes des bières de l'Antiquité et du Moyen Âge. Il est fort probable que le chanvre ait été utilisé comme gruit, aux côtés d'autres plantes locales : achillée millefeuille, ivraie enivrante, myrte des marais, lédon des marais, marjolaine, trèfle d'eau, armoise, germandrée, genêt à balais, jusquiame, sauge des boisStephen Harrod Buhner, Sacred and herbal healing beers: the secrets of Ancient fermentation, Siris Books, oct. 1998, ..

Dans l'Empire romain, on retrouve la trace du chanvre dans plusieurs écrits, comme ceux de Pline l'Ancien. Celui-ci y consacre un paragraphe dans son Histoire naturelle (livre XIX traitant de la culture du lin et de l'horticulture), XIX, LVI. Quatre espèces de ferulacées. Le chanvre. où il donne de précieux conseils en matière de choix variétal, date de semis, de récolte, etc. Galien met en gardeGalien. De simplicium medicamentorum temperamentis ac facultatibus. Édition Kuhn (volume XII), VI. 54 contre cette plante : « Certains mangent les graines frites avec des sucreries. J’appelle sucrerie les nourritures servies au dessert pour inciter à boire. Les graines apportent une sensation de chaleur et si consommées en grandes quantités, affectent la tête en lui envoyant des vapeurs chaudes et toxiques ». Au , les Romains vont introduire la culture du chanvre en Gaule avec celle du seigle, de la gesse et de la vesce. La fouille archéologique de la villa de Saint-Romain de Jalionas (Isère) met ainsi à jour plusieurs aires de rouissage du chanvre. Le plant de chanvre doit en effet subir une décomposition partielle afin que le ciment pectique et les fibres ligneuses se désolidarisent des fibres de cellulose. L'immersion des pieds dans l'eau permet d'accélérer ce processus. D'autres découvertes archéologiques, aussi bien dans la région de MarseilleR. Boyer, Étude d’une corde en chanvre, in : Buxo R., Chabal L., Roux J.-C., Toiture et restes carbonisés d’une maison incendiée dans l’habitat de Lattes au s. av. n. è., in Py (dir.) « Architecture et urbanisme de Lattes antique », Lattara, 9, 1996, . que dans le Sud-OuestLaurent Bouby, Le chanvre (Cannabis sativa L.) : une plante cultivée à la fin de l'âge du fer en France du Sud-Ouest, Compte-rendu Académie des Sciences Palévol, vol. 1, , 2002, . (site de Al Poux dans le Lot) laissent cependant supposer que le chanvre était cultivé et utilisé en Gaule bien avant la romanisation.

En Chine, l'époque des Han occidentaux, au le grand chirurgien Hua Tuo réalise des opérations sous anesthésie par usage médical du chanvre. Le terme chinois pour anesthésie (麻醉 : má zuì) est d'ailleurs composé de l'idéogramme qui désigne le chanvre, suivi de celui qui signifie l'ivresse.