vignette|La première « Marche nationale pour les droits et les libertés des homosexuels et des lesbiennes », organisée le 4 avril 1981 à Paris par le Comité d'urgence anti-répression homosexuelle (CUARH).
La communauté LGBTI en France, dont l'histoire est aussi ancienne que le pays, est diverse : les vécus lesbiens, gays, bisexuels, trans et intersexes, s'ils se recoupent en grande partie ne se superposant pas. Ils sont aussi marqués par d'autres facteurs, en particulier le racisme et la classe sociale. Cette diversité se retrouve dans les productions artistiques et revendications politiques.
Classée européen sur 49 en termes de libertés et de droits des personnes LGBT par l'ILGA-Europe en 2024, la situation légale et sociale en France est hétérogène : si le mariage pour tous y est reconnu en 2013 et que les associations LGBT sont libres de s'exprimer, la France promeut cependant les opérations chirurgicales sur les enfants intersexes sans nécessité médicale, conserve un parcours de changement de genre basé sur la pathologisation plutôt que l'autodétermination et prévoit peu de protection pour les demandeurs d'asile LGBT. Malgré une acceptation sociale en hausse, les personnes LGBT continuent d'être la cible de discriminations et de violences.
Histoire
Les personnes LGBT en France sont historiquement l'objet d'une forte condamnation juridique et religieuse, pouvant aller jusqu'à la mort. Ces discriminations affectent plus les personnes du tiers état que de l'aristocratie. La Révolution française met fin à la criminalisation des pratiques homosexuelles. Mais sous les Empires, la répression prend une autre forme : policière et discrète sous le règne de Napoléon , elle se double d'une condamnation médicale sous celui de Napoléon III. Cette répression n'empêche pas l'émergence d'une sociabilité et d'une culture homosexuelle et travestie dès la fin du , en particulier à Paris. Cette relative liberté ne s'étend pas aux colonies, où la France maintient un ordre sexuel au service de l'ordre colonial.
Durant la Seconde Guerre mondiale, l'Alsace-Moselle est annexée par l'Allemagne nazie ; il s'ensuit de nouvelles discriminations, voire la déportation des homosexuels de ce territoire. La communauté LGBT française se structure tout au long du , avec la distinction entre travestissement et transidentité dans les années 1960, accompagnée de la création d'associations spécifiques et des premières revendications et manifestations politiques dans les années 1970. Celles-ci aboutiront à la création de la marche des fiertés en France, ainsi qu'à des apports théoriques de premier plan au féminisme lesbien international, grâce à la pensée de Monique Wittig.
Si les LGBT de France obtiennent la fin du fichage des homosexuels et de la discrimination sur la majorité sexuelle en 1982, la fin du est surtout marquée par l'épidémie de sida. Il faut attendre 1999 pour la création du PACS puis 2013 pour l'ouverture du mariage entre personnes de même sexe.
Démographie
Définitions, entre pratiques, attirances et identité
Les études sociologiques portant sur les personnes LGBT en France se heurtent à plusieurs problèmes : tout d'abord, il est difficile de distinguer simplement les personnes LGBT des cis-hétérosexuelles : cette distinction se fait soit par autodéclaration des répondants, soit en distinguant les personnes ayant déjà eu une relation sexuelle avec une personne du même sexe des autres, soit en distinguant les personnes vivant en couple avec une personne du même sexe des autres. Chaque distinction amène à ses biais qu'il est difficile de corriger statistiquement pour avoir un échantillon représentatif car le pourcentage de personnes LGBT dans la population n'est pas connu, et varie suivant la distinction utilisée.
Comme pour d'autres pays, les frontières entre, premièrement, les identités hétérosexuelles, bisexuelles et gay et lesbiennes ; deuxièmement, les personnes attirées uniquement ou majoritairement par les personnes de leur sexe, celles attirées uniquement ou majoritairement par celles de l'autre sexes, et celles attirées par les deux ; et troisièmement, celles qui ont eu des relations sexuelles avec uniquement des hommes, uniquement des femmes, ou les deux, ne correspondent pas toujours. Ainsi, 17 % des femmes homosexuelles et 9 % des hommes déclarent être attirés autant par les deux sexes, et 58 % des femmes bisexuelles et 47 % des hommes bisexuels, surtout par le sexe opposé.
Partenaires sexuels
Vie conjugale Lors des enquêtes sociologiques effectuées sur la base déclarative, une proportion plus forte de personnes LGBT que dans la population générale déclare être célibataire. Les couples gays ou lesbiens sont proportionnellement plus nombreux à vivre dans deux logements, par rapport aux couples femme-hommeWilfried Rault, « La distance, une composante plus fréquente des relations conjugales et familiales des gays et des lesbiennes ? », La famille à distance, Paris, INED, Questions de populations, 2018, vol. 2.. L'écart d'âge entre conjoints est aussi plus important, les rencontres amoureuses ayant moins de chance de se faire dans des groupes d'âge homogènes, en particulier les études, que pour les couples femme-homme.
En 2011, la répartition géographique des couples non-mariés de personnes de même sexe diffère sensiblement de celle des couples homme-femme : sous-représentés dans les communes de moins de , ils sont sur-représentés dans les villes de plus de et l'agglomération parisienne, avec une très forte sur-représentation des couples gays dans l'agglomération parisienne et des couples lesbiens dans les villes hors-Paris. Les différences s'estompent en regardant les mariages sur la période 2013-2017, mis à part la surreprésentation des couples gays en agglomération parisienne. Les couples gays et lesbiens résident aussi beaucoup plus fréquemment dans un autre département que celui de leurs parents, à l'exception des couples de femmes avec enfants. La présence d'enfants, ainsi que les plus faibles revenus des couples lesbiens par rapport aux couples gays, fait que celles-ci s'installent plus fréquemment dans des lieux où l'immobilier est moins cher, en particulier la grande couronne parisienne.
Les couples gays qui se marient le font tardivement, avec une moyenne d'âge de au moment du mariage, tandis que les couples lesbiens se mariant le font en moyenne à , soit quasiment comme les couples femme-homme (). Une explication avancée est la différence d'intérêt du mariage suivant les couples : pour les gays, ce serait essentiellement des questions de protection juridique du conjoint en cas de décès de l'un d'eux, alors que pour les lesbiennes, la question de la filiation est prépondérante.
Pyramide des âges La proportion de personnes en couple homosexuel est plus élevée parmi les jeunes générations, c'est-à-dire celles nées après 1966 ; cela résulte d'une hostilité moindre de ces classes d'âges à l'homosexualité.
Niveau de diplôme et catégorie professionnelle
Les personnes LGBT sont proportionnellement plus diplômées, en particulier en deuxième et troisième cycle universitaire, que la population générale ; cette différence est très marquée pour les générations nées avant 1965 et moins pour les plus jeunes. Cela s'explique à la fois par une moins grande homophobie dans les milieux aisés, qui rend plus facile d'y assumer son homosexualité, mais aussi d'une stratégie consciente d'élèves et d'étudiants se sachant LGBT et qui s'investissent fortement dans leurs études afin de vivre dans un milieu qu'ils perçoivent comme plus ouvert. Les personnes LGBT nées dans un milieu social populaire ou de classe moyenne ont ainsi une plus grande mobilité sociale que le reste de ces classes sociales.
Sociologie
Communautés L, G, B, T, I
Lesbiennes vignette|Affiche d'Henri de Toulouse-Lautrec montrant Yvette Guilbert en compagnie de Cha-U-Kao, 1892. Rijksmuseum.
L'émergence d'une vie culturelle lesbienne française se fait à la fin du , avec la création de cafés, salons et cabarets où les femmes pouvaient se rencontrer. Au début du , les salons littéraires permettent l'émergence d'une littérature lesbienne française et francophone, qui se développe entre les deux guerres mondiales.
La Libération, et son idéologie viriliste, provoque une recrudescence de la censure envers l'expression du lesbianisme et de l'homosexualité, mais les années 1960 et 1970 voient l'arriver de l'âge d'or de la pensée lesbienne française : d'abord à cheval entre les mouvements féministes et homosexuels, celle-ci s'autonomise grâce au travail de lesbiennes féministes telles que Monique Wittig.
Les années 1980 voient l'explosion de revues lesbiennes et des évènements communautaires, tels que le festival de cinéma Cineffable. Il s'agit aussi de l'époque de la structuration d'un mouvement lesbien à l'échelle nationale via la création de la Coordination lesbienne en France. Celle-ci forge dans les années 1990 le concept de lesbophobie pour parler de l'oppression spécifique des lesbiennes, qui n'est pas la simple addition de l'homophobie et du sexisme. Si la visibilité spécifiquement lesbienne s'efface dans les années 1990 et le début du en faveur de revendications LGBT, tels que le PACS ou l'ouverture du mariage aux couples de même sexe, le militantisme spécifiquement lesbien renaît à la fin des années 2010 avec une mobilisation politique aboutissant à l'ouverture de la procréation assistée aux couples lesbiens en 2021 et l'organisation de marches lesbiennes en 2020.
Gays
Personnes bisexuelles
Les personnes bisexuelles en France ont à faire face à l'invisibilisation de leur orientation sexuelle..
L'association Bi'Cause est créée en https://bicause.fr/lassociation-bicause/presentation/ Page « Présentation » sur le site de l'association]. Page consultée le 15 octobre 2017. pour défendre les droits des personnes bisexuelles et pansexuelles en France. Une journée de la bisexualité est célébrée en France depuis 2007 le .
En 2013, pour la première fois en France, l'association SOS Homophobie publie dans son rapport annuel une rubrique sur la biphobie avec des statistiques issues des signalements reçusRapport sur l'homophobie 2013, SOS Homophobie. Cette publication est suivie d'une enquête plus complète réalisée en 2015. Le , SOS homophobie, Bi’Cause, le MAG jeunes gais, lesbiennes, bi et trans et Act Up-Paris lancent la première enquête associative en ligne autour de la bisexualité.. Les résultats sont publiés en 2015... Le , les mêmes associations, auxquelles s'associe FierEs, lancent la première enquête associative en ligne autour de la biphobie...
Transidentité
Intersexuation vignette|Drapeaux intersexes et trans à l'ExisTransInter de 2017. Les mouvements intersexes et trans sont fortement liés en France.
La situation des personnes intersexes en France se caractérise par une emprise forte du corps médical, préconisant aux parents d'opérer leurs enfants dès le constat de leur intersexuation effectué, et de par la suite leur cacher la nature de ces interventions.
Ce statu quo est remis en cause par le mouvement politique intersexe, et plus particulièrement le Collectif intersexe activiste, branche française de l'organisation internationale des intersexes. L'ExistransInter est l'un des moments forts du militantisme intersexe.
La visibilité de l'intersexuation s’accroît au cours du , notamment par la diffusion en France d'œuvres étrangères comme le film argentin XXY ou françaises comme la série télévisée Chair tendreBohuon Anaïs, 2012, Le Test de féminité dans les compétitions sportive : une histoire classée X ?, Donnemarie-Dontilly, Éditions iXe.
Communautés religieuses