vignette|Une page du papyrus Ebers.
Le papyrus Ebers est l'un des plus anciens traités médicaux connus : il est daté du , pendant le règne d'.
C'est le texte le plus important permettant d'approcher la médecine de l'Égypte antique. Il se présente comme une liste de recettes de remèdes avec indication succincte de l'affection à traiter. Il est d'interprétation difficile, car des termes médicaux restent énigmatiques et la plupart des substances n'ont pas été identifiées.
Il est le plus souvent considéré comme l'émergence d'une pensée médicale et pharmacologique dans un univers religieux ou magique.
Découverte, traductions et conservation vignette|La première photographie du Ramesséum, par Francis Frith, vers 1857. Le papyrus Ebers fait partie d'une trouvaille clandestine dans des circonstances mal connues. Il s'agirait probablement d'un coffre ou d'une petite bibliothèque provenant du Ramesséum, et qui contenait aussi le papyrus Edwin Smith et le papyrus mathématique Rhind.
En 1862, à Louxor, le lot se retrouve en possession d'Edwin Smith qui garde pour lui le papyrus Smith, et revend les deux autres.
Le papyrus Ebers fut acquis au début de l'année 1873 par Georg Moritz Ebers à Louxor, en Égypte, . Auparavant, le papyrus avait appartenu à Todrus Bulos (décédé en 1898), agent consulaire de la Confédération de l'Allemagne du Nord. Après son acquisition, le papyrus fut intégré aux collections de la Bibliothèque universitaire de Leipzig et publié en 1875 par Ebers dans une édition fac-similé en deux volumes, accompagnée de commentaires et d'un glossaire égyptien-latin.
Premières traductions En 1890, Heinrich Joachim, médecin de Berlin, en donne une traduction allemande plutôt controversée : Papyros Ebers. Das älteste Buch über Heilkunde.
En 1937, publie une nouvelle traduction, cherchant à donner des identifications précises aux noms des maladies, de plantes et de minéraux utilisés.
De 1954 à 1963, sous la direction de Hermann Grapow, le papyrus Ebers fait partie de la grande édition allemande des textes égyptiens de médecine en huit volumes, le Grundrisse der Medizin der alten Ägypter (titre souvent abrégé en français en Grundriss).
La première traduction française (traduction partielle) est celle de Gustave Lefebvre, qui en donne des extraits, dans son Essai sur la médecine égyptienne de l'époque pharaonique (1956).
En 1987, publie une nouvelle traduction anglaise.
Conservation À Leipzig, au , le manuscrit Ebers est découpé en vingt-neuf pièces pour être placées en sous-verre. Une transcription de l'écriture hiératique en hiéroglyphes est publiée en 1913, par Walter Wreszinski, c'est à cette édition que l'on doit la division des cent-dix pages du manuscrit original en numérotées.
vignette|Le papyrus Ebers. Timbre-poste de la RDA.
Le manuscrit original est complet, en parfait état, et rédigé en hiératique d'une qualité exceptionnelle, et facilement lisible du début à la fin.
Lors de la Seconde Guerre mondiale, le manuscrit est protégé dans le trésor de la Deutsche Bank de Leipzig, puis déplacé et mis à l'abri au Château de Rochlitz (Rochlitz, à soixante kilomètres au sud-est de Leipzig). Selon un témoignage anonyme publié en 1951, lorsque le manuscrit a été retrouvé en 1945, il ne se trouvait pas à l'intérieur du château, mais caché dans le chenil sous un tas d'immondices. Dix-sept pages sur cent-dix ont été perdues et quatre sont endommagées (bris du sous-verre de protection).
Le papyrus Ebers est toujours conservé à la bibliothèque universitaire de LeipzigConsultation en ligne du papyrus sur le site du Papyrus-Projekt, projet papyrologique des universités de Halle - Iéna - Leipzig, qui datent également ce papyrus du .. Comme pour tous les papyrus, les plus grandes menaces sont l'excès de lumière et d'humidité.
C'est l'un des plus longs documents écrits retrouvés de l'Égypte antique : le rouleau représente cent-dix pages (colonnes), il est long d'une vingtaine de mètres sur trente centimètres de large, en quarante-huit feuillets de quarante centimètres de long environ, collés de telle façon que le bord droit d'un feuillet recouvre le bord gauche de l'autre, le texte se lisant de droite à gauche.
Les titres et les quantités sont écrits à l'encre rouge, le reste en noir. L'auteur est inconnu, mais le texte apparait comme rédigé par un scribe unique et hautement qualifié. Il n'y a pas d'espace entre les mots (usage habituel), peu de fautes, et quelques mots manquants (oubliés) ont été ajoutés en marge, leur emplacement dans le texte étant indiqué par un X en rouge.
C'est l'ouvrage médical le plus important de l'Égypte ancienne, car il s'agit d'un guide présentant l'ensemble de la pathologie pour un médecin dans sa pratique quotidienne, avec les prescriptions correspondantes. .
Datation Le papyrus Ebers rassemble des textes de dates et d'origines différentes, que l'on peut répartir en groupes réunissant plusieurs paragraphes successifs. Il apparait comme une compilation de textes plus anciens à laquelle s'ajoutent de « nouvelles recettes ». Ce qui représente une longue tradition de connaissances empiriques et d'observations.
Il aurait été rédigé principalement au , vers 1550 av. J.-C., ou pendant le règne d'Voir page 19 in The Egyptians, Barbara Watterson, Blackwell Publishers, 1997.Voir page 690 in Encyclopaedia of the history of science, technology, and medicine in non-Western Cultures, Helaine Selin, Kluwer Academic Publishers, 1997.Voir page 41 in The experience of ancient Egypt, Ann Rosalie David, Routlegde, 2000.. Certains égyptologues donnent des dates plus récentes et citent plutôt le règne d' au ou (date variable selon les égyptologues)1408 av. J.-C. selon Claire Lalouette, Thèbes ou la naissance d'un Empire, Champs Flammarion, 1995, , .1390 av. J.-C. selon Nicolas Grimal, Histoire de l'Égypte ancienne, Le Livre de poche Références-Arthème Fayard, 1988 , ..
En outre, le papyrus Ebers contient des informations sur la date de succession de au trône de l'Égypte. succède à son père vers 1304 ou 1279 - 1278Les dates sont situées avant notre ère. La date est variable selon la façon dont on interprète la date sothiaque de ce papyrus.
La datation la plus récente se fonde sur le style d'écriture, la comparaison avec d'autres manuscrits similaires, et sur la présence d'un calendrier au verso mentionnant la neuvième année du règne d' (dernier quart du ). Une datation par le carbone 14, réalisée en 2014, confirme ces données (autour de -1500).
Contenu Le papyrus Ebers contient exactement (recettes organisées en paragraphes de Eb.1 à Eb. 877). Il ne se présente pas comme un traité au sens moderne, mais plutôt comme un formulaire (liste de prescriptions) où les maladies sont le plus souvent nommées, ou décrites avec concision, plutôt que diagnostiquées.
Il comporte un prologue (Eb.1 à Eb.3) de formules magiques de protection ayant pour but de protéger le médecin des démons qui causent les maladies.
À partir d'Eb.4, commence la somme médicale proprement dite, que l'on peut répartir en trente-trois groupes, chaque groupe se composant d'une liste de recettes pour une même affection, ou un même genre d'affections. Dans l'exposé qui suit, l'expression « grand groupe » peut signifier aussi bien la longueur du texte, que son importance pour l'approche de la médecine égyptienne.
vignette|Le papyrus Ebers, page ou colonne 41 (Eb. 204 à 206).
Le grand groupe 1 (Eb.4 à 187) concerne les maladies de l'intérieur du corps, nomme les principales causes et les recettes correspondantes. On y trouve les diarrhées, la vermine intestinale, douleurs et brûlures à la défécation.
Le grand groupe 2 (Eb. 188 à Eb. 220) est consacré aux maladies de « l'entrée/ouverture de l'intérieur-ib », c'est-à-dire aux départs de l'ensemble des conduits du corps réunissant les organes (comme les entrées aéro-digestives).
Le groupe 3 (Eb. 221 à Eb. 241) concerne les maladies associées au cœur-haty ; groupe 4 (Eb.242 à Eb. 260) les onguents protecteurs et les maladies de la tête ; groupe 5 (Eb. 261 à Eb. 283) les affections de l'urine ; groupe 6 (Eb. 284 à Eb. 293) concerne l'alimentation.
Le groupe 7 (Eb. 294 à Eb. 304) est destiné à lutter contre les setet (êtres pathogènes circulants dans les conduits du corps) ; groupe 8 (Eb. 305 à Eb. 325) contre la sécrétion-seryt qui cause la toux ; groupe 9 (Eb. 326 à Eb. 335) contre les parasites-gehou responsables d'essouflements.
Le grand groupe 10 (Eb. 336 à Eb. 431) concerne les maladies des yeux.
Le groupe 11 (Eb. 432 à Eb. 436) concerne les morsures ; groupe 12 (Eb. 437 à Eb. 476) les soins capillaires ; groupe 13 (Eb. 477 à Eb. 481) les maladies du foie ; groupe 14 (Eb. 482 à Eb. 514) les brûlures, coups et cicatrices ; groupe 15 (Eb. 515 à Eb. 542) les plaies et hémorragies.
Le groupe 16 (Eb. 543 à Eb. 550) traite des formations et sécrétions pathologiques ; groupe 17 (Eb.551 à Eb. 555) des abcès-benout ; groupe 18 (Eb.556 à Eb. 591) des gonflements-chefout ; groupe 19 (Eb. 592 à Eb. 602) du sang qui mange et des substances qui rongent.
Le groupe 20 (Eb. 603 à Eb. 615) est consacré aux affections des jambes ; groupe 21 (Eb. 616 à Eb. 626) des doigts et des orteils.
Le grand groupe 22 (Eb. 627 à Eb. 696) concerne les conduits-met.
Le groupe 23 (Eb. 697 à Eb. 704) traite des affections de la langue ; groupe 24 (Eb. 705 à Eb. 738) de la peau et de la superficie du corps ; groupe 25 (Eb. 739 à Eb. 749) des dents.
Le groupe 26 (Eb. 750 à Eb. 756) traite des maladies pestilentielles et démons ; groupe 27 (Eb. 757 à Eb. 760) de l'atteinte du côté droit par la substance-rouyt ; groupe 28 (Eb. 761 à Eb. 763) atteintes par l'exsudat-rech.
Le groupe 29 (Eb. 764 à Eb. 782) traite des atteintes des oreilles.
Le groupe 30 (Eb. 783 à Eb. 839) est consacré aux remèdes pour la femme.
Le groupe 31 (Eb. 840 à Eb. 853) concerne les remèdes pour la maison (se protéger des animaux indésirables).
Le grand groupe 32 (Eb. 854 à Eb. 856) se compose du « Traité du cœur » et du traité sur les oukhedou (substances pathogènes circulantes).
Le grand groupe 33 (Eb. 857 à Eb. 877) représente le « Traité des tumeurs ».
Protections magiques Le prologue du papyrus Ebers comporte plusieurs rituels de protection. Il s'agit d'invocations ou de prières à réciter avant de toucher le malade, de mettre en place une médication, un pansement, ou d'enlever ce pansement. vignette|Horus et Seth, dieux opposés et complémentaires Ces textes sont rédigés à la première personne, ils ont été interprétés comme à prononcer par le patient ou par le médecin au nom du patient, mais selon Bardinet, ils étaient prononcés par le médecin pour sa propre protection.
Le médecin invoque des dieux protecteurs, principalement Rê, Isis et Horus, contre des forces maléfiques (démons) ou contraires (le dieu Seth). Selon Bardinet, le médecin cherche à s'identifier de façon magique à Horus dans sa lutte mythique contre Seth, en s'adressant directement à Isis, mère protectrice d'Horus..
Le malade est lui-même assimilé aussi à Horus, mais à Horus enfant incapable de se défendre, alors que le médecin est Horus adulte et agissant. Le médecin et son malade sont donc proches et combattent ensemble. Selon le Grundriss, le médecin est le substitut magique du patient, Bardinet est en désaccord avec cette interprétation, car .
Des rituels magiques se retrouvent dans d'autres parties du papyrus, notamment lors de situations difficiles ou dangereuses. Ces prières se réfèrent à des combats mythiques, répétés chaque jour, comme ceux de l'équipage de la barque solaire. Le médecin peut aussi être agressif, lançant des imprécations contre les démons et êtres maléfiques pour désorganiser leur monde néfaste.
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