220px|Les Valachies (ou Romanies populaires) à la fin de l'Empire romain
En français, le mot valachie, prononcéLa prononciation française valaquie pour le nom écrit valachie provient de l'origine allemande (walachei) de ce nom, comme dans le cas de Jean-Sébastien Bach prononcé en français Bacq. et parfois écrit « valaquie », est une dénomination polysémique, pouvant être : un nom commun (désignant des communautés populaires romanophones de l'Europe du Sud-Est) ; un nom propre désignant l'un ou l'autre des pays traditionnels ou des États gouvernés par la noblesse roumaine.
Cet article traite du nom commun ; pour le nom propre, voir Valachie (région), Valachie intérieure, Bogdano-Valachie, Hongro-Valachie, Morlaquie, Valaquie morave et Valaques.
Origine Le mot walach tire son origine de l'ancien germanique walh qui signifie « locuteur d'une langue celtique ou latine » et qui lui-même viendrait du nom d'un peuple celte : les Volques. Walach désignait aussi des Celtes : les Welsh des Anglo-Saxons, les Walhs des Francs. Le « W » germanique donne un G dur en français : Welsh a donné « Galles » (Pays de…) et Walh : « Gaule », que les lettrés ont rapproché de la Gallia romaine. Le patronyme d'origine flamande De Gaulle signifie aussi « le non-germain ». Selon R. RohlfsDictionnaire étymologique P.U.F., Paris, 1950, "Walh" aurait également donné Galles (pour Wales), pays Gallo et Gaule en français d'oïl, car dans cette langue le wa initial et le alh donnent respectivement ga (wardan = garder, waidanjan = gagner) et aule (salh = saule) : Gaule ne viendrait donc pas du latin savant Gallia qui en français courant aurait donné "Geaille" (car les latins ga initial et li devant voyelle donnent en langue d'oïl respectivement ja ou gea comme dans galbinum = jaune, gaiium = geai ou gabatam = jatte, et ill comme dans alium = ail ou filiam = fille). Ce mot aurait également donné les mots Wallon et Wallonie dont la région fut l'une des zones frontières entre les anciens territoires Celtes et Germaniques (voir l'Histoire du terme Wallon et l'Histoire du terme Valaque).
Spécificité Historiquement, il ne faut pas confondre les (ϐλαχίες, nom communSelon les historiens Nicolae Iorga, Teodor Capidan, Constantin Giurescu : Histoire des Roumains, ed. de l'Académie Roumaine ; Petre Ș. Năsturel : Études d'Histoire médiévale, Inst. d'Histoire "Nicolae Iorga", vol. XVI, 1998 et Ion Nistor : L'origine des Romans des Balkans et les valachies d'Épire et de Thessalie, annales de l'Académie roumaine, série 3, tome 2, mém. 7, Bucarest 1944, une « romanie populaire » n'est pas un État, mais une communauté rurale autonome qui peut être slavo-roumaine durant une période de son évolution, et se trouver dans l'obédience d'un État plus structuré comme la principauté de Galicie-Volhynie ; environ une vingtaine de « valachies » ou « romanies populaires » ont pu se succéder au fil du temps. Au sud du Danube (cf. Stelian Brezeanu, Palaiovlachoi - Stari Vlah - A medieval Balkan history and toponymy, Istituto Romeno’s Publications) ce sont les communautés de la Megali Valacheia de Thessalie citée par Théophane le Confesseur, Georges Cédrène et Jean Skylitzès, la Mikri Valacheia d'Acarnanie citée par Jean Apokaukos, celles de la « Morlaquie » dalmate, celles des Vlašina, Vlašić, Vlahina, Stari Vlah et Romanija Planina dans l'ancienne Yougoslavie, et peut-être les régions du Măcin (Jupân Demetrios, Vicina) aux bouches du Danube ou encore celles appelées Skorta en Béotie et en Arcadie (voir ); le mot signifie „courte”, „raccourci” en aroumain et il y a aussi une possible étymologie slave méridionale : шкодра-chkorda signifiant „ombreuse”, „sombre” ; dans la Skorta arcadienne, on trouve des toponymes comme Vlacho Raphti sur l'Alphée et Vlacho-Kerasia aux sources de l'Eurote ; on y trouve aussi des toponymes comme Arvanito-Kerasia même s'il n'y a plus d'albanophones, et des toponymes avec le "a" préposé au "r", typique de la langue aroumaine, comme Arachova (radical slave Rakhova). Au nord du Danube, ce sont les communautés de la « Valaquie morave » (Moravsko Valaško) à l'est de l'actuelle République tchèque, celles de Morlaquie et les « pays » (țări ou ținuturi en roumain et Vlachföldek en hongrois) à majorité roumanophone de Transylvanie, Moldavie et Valachie (jadis respectivement cartographiées « Valachie intérieure », « Bogdano-Valachie » et « Hongro-Valachie ») qualifiés de voïvodats, caneats ou jupanats selon les sources, dans les pays d'Oaș, du Maramureș, de Crasna, Lăpuș, Năsăud, Gurghiu, Bihor, Montana, Amlaș, Cibin, Făgăraș et Zărnești en Transylvanie, de Strășineț, Baia (Mulda), Soroca, Hansca, Bârlad et Tințu (Tigheciu) en Moldavie, de Severin, Motru, Jaleș, Gilort, Lotru, Argeș et Muscel en Valachie.) avec les régions historiques de Roumanie (Μολδοβλαχικές ηγεμονίες / χώρες, noms propresMircea Cociu (ed.) L'Espace historique de la Roumanie, éd. Militaire, Bucarest 1993, , p. 11.), ni avec les (ϐαλαχάδες beaucoup plus tardives, communautés hellénophones musulmanes dont l'étymologie remonte au nom AllahF. W. Hasluck, Christianity and Islam under the Sultans, Oxford 1929.). Pour qu’un pays traditionnel ou une soit une , il faut qu’il se soit gouverné de manière autonome par une noblesse roumaine selon le ()En Transylvanie, par exemple, les joupans , orthodoxes, gouvernent leurs communautés selon le garanti par la charte des privilèges de 1383 (cf. János Mihályi de l’université de Budapest, Máramarosi diplomák a XIV és XV századbol (Chartes de Marmatie des ), Sighet, 1900, et suiv., et Alexandru Filipașcu de l’université de Cluj : L’ancienneté des Roumains de Marmatie (en français), éd. du Centre d’études et de recherches transylvaines de l'Université "Ferdinand I-er" de Sibiu, Bibliotheca rerum Transsilvaniae, 1945, à 33) mais après la révolte de Bobâlna (1437-38), la charte est révoquée et les joupans doivent choisir entre d’une part la perte de leurs privilèges et la chute dans le servage, ou d’autre part leur intégration, par passage au catholicisme, dans la noblesse hongroise, avec le titre d’ispán (comte) ; ceux qui refusent l’alternative passent en Moldavie et Valachie où, se mêlant aux Coumans, ils s'intègrent à la noblesse locale, les boyards.. Par exemple : bien que son nom ait une étymologie roumaine et qu'historiquement une partie de ses habitants soit de souche roumaine, le Pays de la Bârsa (roumain : Țara Bârsei) n'est pas une car elle fut d'abord un fief de l'ordre Teutonique de 1211 à 1225 ; même chose pour le pays de Călata qui est une région ethnographique hongroise même si elle comporte une importante population roumaine ; au Maramureș, si le voïvodat de Marmatie est bien une (il était gouverné selon le jusqu'au ), son successeur le comté du Maramureș ne l'est pas, puisqu'il s'agit d'une division administrative hongroise ; parmi les trois grands voïvodats peuplés de roumanophones : la Transylvanie, la Moldavie et la Valachie (nom propre), le premier étant gouverné selon des lois hongroises et allemandes, ne peut pas être qualifié de , tandis que les deux autres peuvent l'être.
Définition gauche|vignette|En 1265 certaines valachies étaient intégrées au Regnum Bulgarorum et Valachorum (bleu clair) sur le bas-Danube, une autre se trouvait en Thessalie (bleu foncé). gauche|vignette|Les régions ethnographiques roumaines en Transylvanie (rose), Maramureș (bleu), Satu Mare (vert), Sălaj, Bihor et Zărand (jaune) et Banat (violet).
Aujourd'hui le nom peut désigner en français deux réalités, l'une historique (valachie, nom commun), l'autre géographique actuelle (Valachie, nom propre)Les toponymes Valachia, Valaquia, Velacia, Valacchia, Wallachia, Wolokia, Valachie, Valaquie, Vlaquie, Blaquie avec les ethnonymes correspondants et des mentions pré- ou post-posées comme major, minor, alba, nigra, secunda, tertia, interior, Bogdano-, Moldo-, Hongro- ou Ungro, figurent dans des ouvrages cartographiques anciens comme Theatrum Orbis Terrarum d'Abraham Ortelius (1570), Atlas sive Cosmographicae... de Gerhaart De Kremer (« Mercator », Amsterdam 1628), Atlas Blaeu Van der Hem de Willem Janszoon (Amsterdam 1650), Atlas Novus de Johannes Janssonius (Amsterdam 1657) et de Frederik de Wit (Amsterdam 1668) ou encore dans les ouvrages de Vincenzo Coronelli comme l’Isolario : voir « Muzeul Național al Hărților și Cărții Vechi » sur ..
La région géographique de Valachie en Roumanie actuelle (en roumain : Țara Românească), composée de l'Olténie et de la Munténie ;
Ce que les historiens nomment une « romanie populaire » c'est-à-dire une communauté romanophone restée sans couverture politique romaine après le retrait des légions face aux Germains : il y en eut de nombreuses entre la Mer du Nord (île de Walcheren aux Pays-Bas) et la Mer Noire (pays « valaques », c'est-à-dire roumanophones) en passant par les Ardennes (Wallons), les Vosges d'Alsace (Welche) et le Jura suisse (Welsches), les Alpes bavaroises (Walchenthal, Walchengau, Walchensee), les Carpates (« Valachie morave » en Moravie tchèque, Vlachfölds en Hongrie), les monts Dinariques (Romanija Planina, Vlašina', Vlašic en Bosnie ; Stari Vlah en Serbie ; « Morlaquie » en Dalmatie) et dans les montagnes des Balkans (Vlahina, Vlashina, Vlachoklissoura)Stelian Brezeanu, Palaiovlachoi - Stari Vlah - A medieval Balkan history and toponymy, Istituto Romeno’s Publications, ed. GeoCities 2006 sur .. Les habitants de ces « valachies » qui s'auto-désignaient comme Romans, Romanches, Ladini, Armâni, Aromâni, Cipani, Cinçari, Grãmușteni, Fãrșeroți, Rãmãni, Rumâni, Aromâni et Rumâni ont donné les mots modernes « Aroumains » et « Roumains », qui ont remplacé le terme antérieur « Valaques » devenu archaïque. Entre les « valachies » du bassin du bas-Danube se sont, aux , intercalées des « sklavinies » slavesJordanès, dans son œuvre Getica note par exemple : „… Sclavini a civitate nova et sclavino rumunense et lacu qui appellantur Mursianus…” in : De rebus Geticis citant le manuscrit de Vienne ; même si et sclavino rumunense est une interpolation du comme cela a été supposé, elle n'en est pas moins significative.. Ces sklavinies étaient, comme les valachies, des structures sociales agro-pastorales similaires à celles des anciens Germains, Baltes, Illyriens et ThracesKarol Modzelewski, L'Europe des barbares : Germains et Slaves face aux héritiers de Rome, traduit par Isabelle Macor-Filarska et Agata Kozak, Aubier-Flammarion, 2006 ..
Les « valachies » historiques du bas-Danube et des Balkans sont mentionnées dans les sources anciennes pour les distinguer des « sklavinies » qui s'y multiplient à partir du Populations valaques ou « valachies » sont mentionnées dans des chroniques byzantines telles celles de Théophane le Confesseur, Théophylacte Simocatta, , Anne Comnène, Jean Skylitzès, Georges Cédrène, Cécaumène ou Jean Apokaukos, arabes comme celes d'Aboul Féda ou de Rashid al-Din, occidentales comme Geoffroi de Villehardouin ou Robert de Clari, hongroises comme la Gesta Hungarorum ou les diplômes du roi Béla IV : mentions anciennes :-- les valachies blanches - en Mésie au ;-- les valachies noires (« Morlaques », ou Μαβρο-βλάχοι) - dans l'espace ex-yougoslave au ;-- la Grande valachie (Μεγάλη βλαχία) - en Macédoine et Thessalie au ;-- la Petite valachie (Μικρή βλαχία) - en Acarnanie au ;-- le regnum Bulgarorum et Blachorum (« Royaume des Bulgares et des Valaques » appelé "second royaume/empire Bulgare" par les historiens modernes) dans les actuelles Bulgarie et Roumanie méridionale aux ; mentions plus récentes (ces principautés danubiennes ont duré jusqu'au ) :-- la principauté de Valachie ou « Hongro-Valachie » au , issue de l'émigration des chefs des Vlachfölds de Hongrie vers le Danube, qui a fusionné avec la principauté de Moldavie pour former la Roumanie en 1859 ;-- la principauté de Moldavie ou « Bogdano-Valachie » au , qui a fusionné avec la principauté de principauté de Valachie pour former la Roumanie en 1859.