L'élection présidentielle péruvienne de 2021 a lieu les et afin d'élire pour cinq ans le président de la République et ses vice-présidents. Des élections législatives ont lieu le même jour que le premier tour.
Depuis les élections générales de 2016, le pays a connu une instabilité politique chronique, avec notamment quatre présidents de la République successifs et une dissolution du Congrès. Le vote intervient durant la pandémie de Covid-19 et dans un contexte de forte défiance de la population envers les institutions, notamment en raison d'une corruption endémique.
Les élections législatives donnent lieu à un parlement particulièrement éclaté, aucun des dix partis remportant des sièges ne recueillant plus de 14 % des suffrages exprimés.
Le scrutin présidentiel voit les candidats de gauche radicale Pedro Castillo et de droite radicale Keiko Fujimori se qualifier pour le second tour. Après dix jours de décompte, les résultats définitifs donnent le premier vainqueur avec 50,13 % des suffrages exprimés. Il s’agit de la troisième fois consécutive que Keiko Fujimori est battue au second tour d’une élection présidentielle par une marge très étroite.
Contexte
Instabilité politique
Démission de Kuczynski vignette|gauche|redresse=0.6|Pedro Pablo Kuczynski, vainqueur de justesse de la présidentielle de 2016, est contraint à la démission en . vignette|gauche|redresse=0.6|Martín Vizcarra, président de à .
Lors des élections présidentielle et législatives de 2016, le libéral Pedro Pablo Kuczynski (PPK) l'emporte au second tour avec seulement 50,12 % des voix, tandis que le parti Force populaire de son opposante Keiko Fujimori obtient la majorité absolue au Congrès de la République, le parlement du Pérou.
Le président Kuczynski est rapidement confronté à des affaires de corruption qui provoquent la démission de plusieurs de ses conseillers.. Il est lui-même mis en cause, de même que Keiko Fujimori, dans l'affaire dite Odebrecht du nom de l'entreprise brésilienne accusée de corruption dans plusieurs pays du continent sud-américain« Pérou: menacé de destitution, le président Kuczynski se défend au Parlement », sur news.yahoo.com.. Le , alors qu'une large majorité de la population souhaite son départ forcé du pouvoir, le Congrès ne vote pas sa destitution, à la surprise générale.. Le président Kuczynski gracie ensuite l'ancien président Alberto Fujimori, ce qu'il s'était engagé à ne pas faire durant la campagne présidentielle ; président autoritaire de 1990 à 2000 ayant dû fuir le pays, Fujimori était emprisonné pour des tueries perpétrées sous prétexte d'opérations de contre-guérilla. Kuczynski est alors soupçonné d'avoir monnayé cette grâce en échange d’un vote contre sa destitution auprès de députés de l'opposition fujimoriste.
Si la grâce est finalement cassée par la justice le , la perte de confiance envers le président est sévère. Les ministres de la Culture et de la Défense démissionnent, tandis que plusieurs députés quittent le parti au pouvoir. Enfin, l'opposition rend publiques des vidéos attestant de l’achat des voix de plusieurs députés lors du vote.. Une seconde procédure de destitution est entre-temps lancée, pour un vote prévu le . Assuré de perdre, Kuczynski démissionne la veille..
Présidence de Vizcarra En tant que premier vice-président, Martín Vizcarra succède à Pedro Pablo Kuczynski. Il se lance dans un vaste programme de réforme des institutions, avec notamment le référendum de décembre 2018, qui réforme la magistrature, le financement des partis et interdit la réélection immédiate des parlementaires, ainsi que dans un programme de lutte contre la corruption. En raison de ses réformes, ses relations avec le Congrès se dégradent rapidement. Face à la crise, il décide de dissoudre le parlement.
Les élections législatives de sont marquées par un fort recul des fujimoristes, qui perdent la majorité absolue au profit de plusieurs partis principalement centristes, composant un parlement sans majorité mais avec lesquels Vizcarra est jugé plus à même de composer pour poursuivre ses réformes...
Crise de novembre 2020 vignette|gauche|redresse=0.6|Manuel Merino, président de la République du au .
Accusant Vizcarra de manipulation de témoins dans une enquête pour des soupçons de corruption, le nouveau Congrès ouvre une procédure de destitution à son encontre en , mais celle-ci n’aboutit pas.. La justice annonce le mois suivant l’ouverture d'une enquête pour corruption, qui ne commencera ses travaux qu'après le départ du pouvoir de Martin Vizcarra, celui-ci étant couvert par l'immunité présidentielle.. Une nouvelle procédure de destitution est enclenchée en novembre à la suite de témoignages de plusieurs hommes d’affaires, qui affirment avoir versé en 2014 des pots-de-vin à Martín Vizcarra, alors gouverneur de la région de Moquegua, en échange de contrats pour des travaux publics. Vizcarra est finalement destitué le avec pour, 19 contre et 4 abstentions..
vignette|Manifestations contre la destitution de Vizcarra (Lima, ). Le , la fonction de président de la République revient à Manuel Merino, président du Congrès qui promet un gouvernement de transition consensuel et appelle à l'union nationale.. Cette situation provoque des manifestations de grande ampleur , notamment parce que Vizcarra était devenu très populaire pour sa lutte affichée contre la corruption... Merino n'est par ailleurs pas reconnu par la majorité des gouvernements voisins, la décision du parlement de destituer Vizcarra sur la base d'accusations couvertes par l’immunité présidentielle étant jugée inconstitutionnelle.. Alors que trois personnes sont tuées lors d'un rassemblement brutalement réprimée par la police le ., Merino démissionne le ...
Après la démission de Manuel Merino, Francisco Sagasti est élu président du Congrès et devient chef de l’État le ..
Corruption et discrédit des institutions vignette|redresse=0.7|Le président de la République sortant, Francisco Sagasti.
La classe politique péruvienne souffre d'un large discrédit auprès de l'opinion publique en raison des affaires de corruption impliquant un grand nombre de personnalités, dont six anciens présidents et quatre des candidats à l'élection présidentielle de 2021.. D'après le Washington Post, ce ne serait pas uniquement la classe politique mais l’ensemble des élites qui seraient déconsidérées. L'étude de l'Institut National de Statistique et d'Informatique (INEI) pour l'année 2020 montre que l’Église, les partis politiques, le Congrès, les milieux d'affaires et les médias suscitent tous la défiance de la population..
Pandémie de Covid-19 et crise économique
Une crise sanitaire majeure liée à la maladie à coronavirus 2019 commence au Pérou le , lorsqu'un premier cas est confirmé par les autorités. La pandémie et les restrictions sanitaires adoptées provoquent de nombreux problèmes sociaux alors que le Pérou est confronté à un ralentissement économique depuis plusieurs années.. En 2021, plus de 30 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et près de 70 % travaille dans l’économie informelle..
En , Pedro Cateriano, nommé le mois précédent président du Conseil des ministres, n'obtient pas la confiance du Congrès, qui lui reproche sa mauvaise gestion de la crise..
Au moment du second tour de l’élection présidentielle, après que le bilan a été revu très significativement à la hausse, quelque sont relevés, ce qui constitue le plus haut nombre de décès au monde en proportion de la population..
Système électoral Le président de la République est élu au scrutin uninominal majoritaire à deux tours pour un mandat de cinq ans non renouvelable de manière consécutive. Est élu le candidat qui recueille la majorité absolue des votes valides au premier tour. À défaut, les deux candidats arrivés en tête au premier tour s'affrontent lors d'un second, et celui recueillant le plus de voix est déclaré élu.
Chaque candidat à la présidence se présente avec deux colistiers qui deviennent premiers et second vice présidents en cas de victoire, le premier ayant pour seule réelle fonction de mener le mandat du président élu à son terme si celui-ci en est empêché, et le second à remplacer le premier en cas d'incapacité. La passation de pouvoir a lieu le , jour de l'indépendance du Pérou de l'Espagne, devenu depuis fête nationale..
La Constitution péruvienne tend vers l'organisation simultanée des élections législatives et présidentielle. De même qu'un président ne pouvant terminer son mandat est remplacé par son vice-président jusqu'au terme de son mandat, un congrès dissout de manière anticipée voit celui suivant assurer la durée restante du mandat de la législature initiale. Des élections générales réunissant présidentielle et législatives sont ainsi organisées comme prévu en 2021, cinq ans après les précédentes..
Campagne Premier tour Tendances politiques des candidats Dix-huit candidats prennent part au premier tour de l’élection présidentielle. Parmi eux, dix sont orientés à droite ou au centre droit de l’échiquier politique, quatre à gauche ou au centre gauche, un au centre et trois sont nationalistes. Les positionnements idéologiques importent généralement moins que la personnalité des candidats..
Sondages et indécision des électeurs À la fin de la campagne, le premier tour de scrutin est jugé très imprévisible et marqué par une forte dispersion des voix. Six candidats sont donnés au coude-à-coude en mars- : Yonhy Lescano (7-15 %), George Forsyth (6-13 %), Rafael López Aliaga (5-12 %), Verónika Mendoza (5-11 %), Keiko Fujimori (5-10 %) et Hernando de Soto (4-10 %). Par ailleurs, une forte proportion d'électeurs se déclare indécise.
Principaux candidats Pedro Castillo vignette|redresse|Pedro Castillo, candidat du parti de gauche radicale Pérou libre.
Instituteur, novice en politique, Pedro Castillo se fait connaître en 2017 lorsqu'il prend la tête d'un mouvement de grève d’enseignants. Choisi par une assemblée nationale des représentants des professeurs pour être leur candidat à l'élection présidentielle de 2021, il choisit de représenter le parti marxiste-léniniste Pérou libre, dont il n'est alors pas membre... Il s'enregistre par la suite comme membre du parti le , sept mois avant la présidentielle... Arborant un chapeau de paille typique de la région du Cajamarca, il bénéficie d'une image d'enseignant pauvre intègre, en opposition à une élite riche et corrompue..
Il choisit Dina Boluarte et Vladimir Cerrón pour la vice-présidence. Or, ce dernier, secrétaire général de Pérou libre, purge une peine de prison pour corruption, ce qui entraîne l’invalidation de sa candidature.. ; pour autant, son influence et la possibilité qu’il soit nommé ministre sont évoquées...
Classé à gauche ou à l'extrême gauche et accusé par la droite de sympathies pour le Sentier lumineux, Castillo mêle socialisme sur le plan économique et conservatisme sur le plan sociétal. Il met l’accent sur la lutte contre la pauvreté et un investissement massif dans l'éducation, la santé et l'agriculture, tout en promettant de conserver l'interdiction partielle de l'avortement, de sortir de la Convention américaine des droits de l'homme pour rétablir la peine de mort et de s'opposer à la légalisation du mariage entre personnes de même sexe, citant la Bible...