Le Rallye Monte-Carlo 1982 ( Rallye Monte-Carlo), disputé du 16 au , est la centième manche du championnat du monde des rallyes (WRC) courue depuis 1973, et la première manche du championnat du monde des rallyes 1982.
Contexte avant la course Le championnat du monde
Ayant succédé en 1973 au championnat international des marques (en vigueur de 1970 à 1972), le championnat du monde des rallyes se dispute sur un maximum de treize manches, comprenant les plus célèbres épreuves routières internationales, telles le Rallye Monte-Carlo, le Safari ou le RAC Rally. Depuis 1979, le championnat des constructeurs a été doublé d'un championnat pilotes, ce dernier remplaçant l'éphémère Coupe des conducteurs, organisée à seulement deux reprises en 1977 et 1978. Si le calendrier 1982 intègre treize manches pour l'attribution du titre de champion du monde des pilotes, seules onze d'entre elles sont sélectives pour le championnat des marques, le Rallye de Suède et le Rallye de Côte d'Ivoire en étant exclus.
thumb|right|alt=Talbot Lotus|Titrées en 1981, les Talbot Lotus ne seront plus officiellement présentes cette saison. 1982 marque l'introduction de la nouvelle réglementation en matière d’homologation des voitures de rallye, avec les catégories suivantes : Groupe N : voitures de grande production de série, ayant au minimum quatre places, fabriquées à au moins 5000 exemplaires en douze mois consécutifs ; modifications très limitées par rapport au modèle de série (bougies, amortisseurs). Groupe A : voitures de tourisme de grande production, fabriquées à au moins 5000 exemplaires en douze mois consécutifs, avec possibilité de modifications des pièces d'origine ; poids minimum fonction de la cylindrée. Groupe B : voitures de grand tourisme, fabriquées à au moins 200 exemplaires en douze mois consécutifs, avec possibilité de modifications des pièces d'origine (extension d'homologation portant sur 10% de la production). Les élargisseurs d'aile rapportés sont interdits.
La réglementation ayant été finalisée tardivement, les anciens modèles du Groupe 2 (voitures de tourisme spéciales) et du Groupe 4 (voitures de grand tourisme spéciales) sont autorisés pour la saison 1982. Les modèles homologués précédemment en Groupe 3 (voitures de grand tourisme de série) peuvent être homologués en Groupe B (avec toutefois limitation à 10 pouces de la largeur maximale des pneus) et ceux du précédent Groupe 1 (voitures de tourisme de série) en Groupe A. En ce début de saison, aucun constructeur n'a achevé la réalisation spécifique d'un modèle de Groupe B ; Citroën a construit 200 exemplaires de sa version compétition de la Visa (la Visa Trophée), qui vient tout juste d'être homologuée dans cette catégorie, mais ce modèle de moins de 1300 cm³ a été élaboré pour la formule de promotion de la marque et non dans l'optique du championnat du monde. La première vraie Groupe B en cours de réalisation est la Lancia Rally 037, un modèle dont les débuts sont attendus au printemps. Aussi le championnat va-t-il une dernière fois se jouer avec les voitures du Groupe 4, les deux principaux protagonistes étant Audi, avec sa redoutable Quattro à traction intégrale, et Opel avec sa classique Ascona 400, moins puissante mais très polyvalente et parfaitement au point. Hannu Mikkola et Walter Röhrl sont les fers de lance respectifs des deux marques allemandes. Championne du monde 1981 avec sa Sunbeam Lotus, la marque franco-britannique Talbot n’a pas reconduit son programme rallye cette saison.
L'épreuve
À l'origine du terme « rallye » dans le sport automobile, le « Monte-Carlo » fut créé en 1911, sous la férule d'Antony Noghès et de René Léon. Cette épreuve hivernale acquit rapidement ses lettres de noblesse, incitant les grands constructeurs à s'y affronter pour promouvoir les qualités routières de leurs modèles sur un parcours jugé difficile. Au cours des années, la régularité fit progressivement place à la performance pure et, dès 1968, ses organisateurs adoptèrent le classement 'scratch', principalement basé sur les résultats des secteurs chronométrés. À l'exception de l'année 1974 où son déroulement fut interdit, le Rallye Monte-Carlo constitue depuis 1973 la manche inaugurale du championnat du monde. Avec quatre succès acquis sur Lancia entre 1972 et 1977, l'Italien Sandro Munari y détient le record de victoires.
Le parcours thumb|right|alt=Aix-les-Bains|Comme l'année précédente, le vrai départ sera donné d'Aix-les-Bains, après l'étape préliminaire du parcours de concentration. départ : (choix entre huit villes de départ) arrivée : à Monaco remise des prix : à Monaco distance : de 3928 km à 4141 km (selon ville de départ), dont 747,91 km sur 32 épreuves spéciales (34 épreuves initialement prévues, pour un total de 798,41 km chronométrés) surface : asphalte (conditions hivernales) Parcours divisé en quatre étapes : parcours de concentration, parcours de classement, parcours commun et parcours finalRevue Sport Auto n°240 - janvier 1982
Parcours de concentration huit parcours possibles, de 1074 à 1344 km, du 24 au : Itinéraire de Bad Homburg (1344 km) : Bad Homburg - Munich - Innsbruck - Trente - Brescia - Aoste - Tunnel du Mont-Blanc - Seyssel - Ruffieux - Aix-les-Bains Itinéraire de Barcelone (1210 km) : Barcelone - Gironella - Andorre-la-Vieille - Béziers - Alès - Labégude - Ambert - Feurs - Seyssel - Ruffieux - Aix-les-Bains Itinéraire de La Haye (1135 km) : La Haye - Solingen - Trèves - Pont-à-Mousson - Langres - Moirans-en-Montagne - Bourg-en-Bresse - Ceyzériat - Seyssel - Ruffieux - Aix-les-Bains Itinéraire de Lausanne (1221 km) : Lausanne - Pontarlier - Moirans-en-Montagne - Ambérieu-en-Bugey - Grenoble - Vaison-la-Romaine - Carpentras - Alès - Labégude - Ambert - Feurs - Seyssel - Ruffieux - Aix-les-Bains Itinéraire de Londres (1138 km) : Londres - Douvres - Calais - Reims - Stenay - Langres - Moirans-en-Montagne - Bourg-en-Bresse - Ceyzériat - Seyssel - Ruffieux - Aix-les-Bains Itinéraire de Monte-Carlo (1182 km) : Monte-Carlo - Draguignan - Rians - Apt - Saint-Hippolyte-du-Fort - Les Vans - Labégude - Ambert - Feurs - Seyssel - Ruffieux - Aix-les-Bains Itinéraire de Paris (1131 km) : Paris - Nanterre - Soissons - Château-Thierry - Pont-Sainte-Marie - Morains - Reims - Stenay - Langres - Moirans-en-Montagne - Bourg-en-Bresse - Ceyzériat - Seyssel - Ruffieux - Aix-les-Bains Itinéraire de Rome (1189 km) : Rome - Rieti - Pérouse - Arezzo - Florence - Parme - Brescia - Aoste - Tunnel du Mont-Blanc - Seyssel - Ruffieux - Aix-les-Bains
Note : neuf itinéraires étaient initialement prévus, mais celui de Wrocław (1575 km) a été annulé, faute de participants.
Parcours de classement Aix-les-Bains - Chambéry - Uriage - La Mure - Chorges - Sisteron - Barrême - Castellane - Lantosque - Monaco, 715 km, du 17 au 9 épreuves spéciales, 193,18 km (10 épreuves initialement prévues, pour un total de 222,08 km)
Parcours commun Monaco - Puget-Théniers - Castellane - Chateau-Arnoux - Sisteron - Gap - Clelles - Pont-en-Royans - Saint-Agrève - Antraigues - Vals-les-Bains - Privas - Saint-Nazaire-le-Désert - Sisteron - Digne - Puget-Théniers - Monaco, 1476 km, du 19 au 13 épreuves spéciales, 349,28 km (14 épreuves initialement prévues, pour un total de 370,88 km)
Parcours final Monaco - Puget-Théniers - Castellane - Digne - Castellane - Gréolières - Monaco, 606 km, du 21 au 10 épreuves spéciales, 205,45 km
Les forces en présence thumb|right|alt=Audi Quattro|Parmi les favorites de l'épreuve figurent les trois Audi Quattro officielles ; ici celle de Michèle Mouton, entre les Porsche 911 Alméras de Fréquelin et de Waldegård. Sur les 300 équipages engagés, seulement 299 prendront le départ, à la suite d'un forfait de dernière minute.
Audi Audi Sport a engagé trois coupés Quattro groupe 4 pour Hannu Mikkola, Michèle Mouton et Michele Cinotto. Elles sont équipées d'un moteur cinq cylindres de 2144 cm3 à injection directe, suralimenté par un turbo-compresseur KKK, en position longitudinale avant. Elle dispose d'une transmission intégrale permanente, comprenant un différentiel central placé juste derrière la boîte de vitesses à cinq rapports. Malgré son poids élevé (1180 kg), la Quattro s'avère quasiment imbattable sur terrain glissant, grâce à sa motricité exceptionnelle et sa puissance de l'ordre de 310 chevaux. Les voitures de Mikkola et de Mouton sont chaussées de pneus Kleber, celle de Cinotto de pneus PirelliRevue Auto hebdo - 21 janvier 1982. Outre les trois équipages officiels, qui disposent chacun de trois ouvreurs, huit pilotes indépendants s'alignent sur des Audi Quattro privées, dont Jean-Pierre Malcher et Guy Chasseuil.
Opel L'équipe Opel-Rothmans aligne deux Ascona 400 groupe 4 (1050 kg, moteur quatre cylindres de 2420 cm3 développé chez Cosworth, 260 chevaux) pour Walter Röhrl et Jochi Kleint. Cinq ouvreurs sont chargés d'adapter les notes en fonction de l'évolution de l'état des routes. Les Opel utilisent des pneus Michelin.
Porsche La société Alméras Frères a préparé trois Porsche 911 SC groupe 4, deux aux couleurs Esso pour Jean-Luc Thérier et Guy Fréquelin, la troisième, aux couleurs Éminence, étant confiée à Björn Waldegård. Leur moteur six cylindres de trois litres refroidi par air, monté en porte-à-faux arrière, développe plus de trois cents chevaux. Les Porsche 911 Alméras pèsent moins de 1100 kg et sont équipées de pneus Michelin. L'équipe a aussi engagé une 924 GTS (homologuée en Groupe B) pour Jürgen Barth. De nombreux pilotes indépendants s'alignent sur des 911, tel Jean-Pierre Ballet sur une ancienne Groupe 4 ré-homologuée en Groupe B. Également attendu sur une 911 SC groupe 4 préparée par Meznarie, Bernard Béguin a finalement dû déclarer forfait, faute de budget.
Renault thumb|right|alt=Renault 5 turbo|Victorieux en 1981, Jean Ragnotti et sa Renault 5 Turbo ne seront pas au départ cette année, mais malgré l'absence de Renault Sport la marque française sera très largement représentée. Victorieuse en 1981 avec Jean Ragnotti, l'équipe Renault Sport n'a pas reconduit sa participation en 1982, craignant la trop grande domination des Audi Quattro face aux Renault 5 Turbo dans les conditions hivernales. La marque est cependant représentée grâce notamment aux initiatives privées de la concession de Galtier de Grenoble, du préparateur Sodemo de Magny-Cours, de Carrefour-Nice qui assurent les présences respectives de Bruno Saby, Dany Snobeck et Philippe Touren sur des R5 Turbo groupe 4 en version compétition client (900 kg, moteur quatre cylindres placé en position centrale arrière de 1397 cm3 à injection Bosch K-Jetronic, suralimenté par un turbocompresseur Garrett T3, 200 chevaux). Tous trois utilisent des pneumatiques Michelin.
Ferrari Charles Pozzi, l'importateur français de la marque italienne, engage une Ferrari 308 GTB groupe 4 (980 kg, moteur central arrière V8 de trois litres de cylindrée, 310 chevaux) pour son pilote Jean-Claude Andruet. Cette berlinette est équipée de pneus MichelinRevue Sport Auto n°241 - février 1982.
Mazda La filiale suisse du constructeur japonais a engagé deux modestes Mazda 323 groupe A (1300 cm3, 82 chevaux). Elles sont aux mains d'Alain Beauchef et d'Achim Warmbold, ce dernier bénéficiant d'un différentiel autobloquant et d'une boîte de vitesses à rapports rapprochés.
Citroën Sept Visa Trophée, tout juste homologuées en Groupe B, sont au départ aux mains de pilotes indépendants, dont Alain Coppier et Christian Dorche.
Déroulement de la course Parcours de concentration