Claire de Coëtnempren de Kersaint, née le - Note. Sur l'acte de baptême le prénom n'a pas encore été donné. Il est écrit une fille anonyme de Kersaint de Coetnempren. Elle est née et ondoyée le 27 février 1777. Il s'agit de la seule Kersaint de Coetnempren se trouvant dans la table décennale de la paroisse Saint-Louis de Brest de 1759-1791. à Brest et morte le à Nice est une écrivaine française. Devenue par mariage duchesse de DurasNom qu'il est séant de prononcer (dura). en 1797, elle est couramment appelée Claire de Duras ou Madame de Duras.

Fille d'un officier de marine guillotiné comme girondin en 1793 et d'une Française de Martinique, elle vit à l'étranger (États-Unis, Martinique (sous occupation anglaise), Royaume-Uni) de 1794 à 1800. Sous le règne de Napoléon (1800-1815), elle vit en général en province, puis tient un important salon parisien sous la Restauration. Elle se consacre à l'écriture romanesque à partir de 1821, publiant avec réticence ses deux premiers romans, puis renonçant à la publication des œuvres suivantes.

Surtout connue pour son roman Ourika (1823), qui analyse les questions d’égalité raciale et sexuelle, elle est considérée de nos jours comme une précurseuseGuide de féminisation. du féminisme.. De surcroît antiraciste, elle était, de ces deux points de vue, en avance sur son temps..

Biographie Origines familiales Elle est la fille d'Armand de Kersaint, officier de marine de haut rang. Sa mère est originaire de la Martinique, territoire du royaume dont l'économie est fondée sur l'esclavage dans les plantations sucrières.

Période de la Révolution et de l'exil Claire a douze ans lorsque la Révolution française débute en 1789. Après que la République est proclamée en 1792, Armand de Kersaint, contre-amiral, se place dans le parti relativement modéré des Girondins, que la Convention nationale renverse en juin 1793. Comme beaucoup d'autres sympathisants de cette tendance, il est condamné à mort, puis guillotiné le .

La jeune fille part alors pour les États-Unis (pays neutre dans les guerres de la première coalition), séjourne à la Martinique, puis se rend à Londres, où elle épouse le Amédée-Bretagne-Malo de Durfort (duc de Duras à partir de 1800) qui fait partie de l'émigration contre-révolutionnaire. Ils ont deux filles, nées en Angleterre, Félicie en 1798 et Clara en 1799.

Période napoléonienne (1800-1815) : vie retirée à Ussé Rentrée en France en 1800, la duchesse de Duras reste à l’écart de Paris, où le pouvoir est détenu depuis novembre 1799 par Napoléon Bonaparte, Premier Consul puis empereur (1804). Elle séjourne le plus souvent dans son château d'Ussé (Indre-et-Loire).

Elle devient alors l'amie de Chateaubriand, qui l'appelle sa « chère sœur ».

Période de la Restauration (1815-1828) : le salon de Madame de Duras Sous la Restauration, à partir de 1815, elle tient le plus important salon parisien de son temps, accueillant toutes les opinions et protégeant « les arts et les artistes, les lettres et les auteurs », comme l'écrit le duc de Lévis dans son Journal.

Elle devient l’amie de Germaine de Staël (fille de Jacques Necker) et de Rosalie de Constant, cousine de Benjamin Constant.

Le mari de Claire de Duras est titulaire d’une des plus importantes charges de la Cour, celle de premier gentilhomme de la chambre.

Travaux d'écriture et problèmes de publication

Ourika (1823) Au mois de , Claire de Duras écrit Ourika, l’histoire d’une jeune fille noire élevée au sein de la meilleure société de la fin du mais qui, se rendant compte que sa couleur l’isole à jamais, en meurt de chagrin. Ce récit, tiré d’un fait authentique, suscite, avant même sa publication, un très grand engouement parmi ceux qui sont admis à lire ou à entendre lire ce bref roman.

En , la duchesse finit par se résoudre à l'impression privée de quelques exemplaires d’Ourika puis, sur la sollicitation du public cultivé, accepte la publication du roman le (chez Ladvocat). Le succès est immense.

Édouard (1825) En 1825, elle a accepté de publier un deuxième roman, Édouard.

L'affaire Olivier (1826) Au mois de , Henri de La Touche publie anonymement un roman qu'il a écrit, Olivier, en s'efforçant de le faire passer pour le troisième roman de Madame de Duras dont tout le monde attend la publication. Il est en effet de notoriété publique, qu’après avoir traité de l’exclusion raciale, puis des inégalités sociales, Madame de Duras abordera, dans un roman intitulé Olivier ou le Secret, la question de l’impuissance masculine ; c'est le roman de Duras qui inspirera à Stendhal son Armance.

Publications posthumes Découragée par cette entreprise d’appropriation, Claire de Duras se refuse dès lors à toute publication de ses romans ultérieurs, qui vont rester enfermés dans des archives familiales jusqu’aux .

en 1971, Denise Virieux publie chez José Corti une version incomplète d’Olivier ou le Secret, d’après un brouillon manuscrit de ce roman.

en 2007, aux éditions Gallimard, coll. « Folio classique » (préface de Marc Fumaroli), Marie-Bénédicte Diethelm publie le roman complet et inédit d’Olivier ou le Secret conforme au manuscrit conservé dans les archives de la duchesse (Ourika, Édouard et Olivier ou le Secret, Gallimard, coll. « Folio classique », 2007).

en 2011 sont publiés deux autres romans de Claire de Duras aux Éditions Manucius : Mémoires de Sophie et Amélie et Pauline (éd. Marie-Bénédicte Diethelm).

en 2023 paraît une édition (par Marie-Bénédicte Diethelm) des Œuvres romanesques de Claire de Duras contenant Ourika, Édouard, Olivier ou le Secret, Le Moine du Saint-Bernard ainsi que deux ébauches : En Bretagne et Le Paria (Gallimard, coll. « Folio classique »). Le Moine du Saint-Bernard, En Bretagne et Le Paria étaient restés inédits jusque là . en 2024 est publié Aloys ou le Religieux du Mont-Saint-Bernard d'Astolphe de Custine (éd. Marie-Bénédicte Diethelm, Classiques Garnier). Ce roman, initialement publié en 1829, s'inspire étroitement du Moine du Saint-Bernard de Claire de Duras (1822).

Littérature Claire de Duras a traité de sujets complexes et controversés, avec principalement des personnages opprimés et marginalisés que leur race ou leur origine sociale empêche de connaître le bonheur. Elle a exploré beaucoup de principes fondamentaux de la Révolution française en évoquant les discussions intellectuelles des Lumières, en particulier l’égalité entre tous les hommes et les femmes. Tous ses sujets relèvent de la tragédie. Dans chacun de ses trois romans, l’accomplissement de la relation entre deux amoureux ne peut avoir lieu à la fois pour des motifs extérieurs (origine/état) et intérieurs (secret personnel/homosexualité ?).

Claire de Duras fut longtemps considérée comme auteur de petits romans sentimentaux sans importance, mais la critique récente a révélé que ses œuvres étaient autant de mines de théories postmodernes sur la question de l’identité. Il est probable qu'elle ait été mal lue à l'origine parce qu'elle était en avance sur son temps.

C’est le premier de ses romans, consacré à la destinée de la jeune fille noire Ourika, qui laissera la plus grande marque dans l’histoire de la littérature : la jeune Africaine est retirée de la vente sur le marché des esclaves par le gouverneur du Sénégal qui l’amène à Paris pour l’offrir à une amie. Ourika reçoit une bonne éducation mais se rend compte, à l’âge de quinze ans, du préjudice causé par la couleur de sa peau. Après le mariage de Charles, dont elle est amoureuse, avec une Française, elle se retire au couvent où elle mourra prématurément. On pense que ce roman est le premier dans la littérature française à étudier le problème des relations interraciales et, en particulier, de l’amour entre ceux qui appartiennent à différentes races ; c’est la raison pour laquelle, dans la deuxième moitié du , l’intérêt littéraire et scientifique pour ce roman s’est beaucoup accru.

Édouard est également l’histoire d’un amour rendu impossible par la condition sociale. Amoureux de la fille du maréchal d’Olonne qui l’a recueilli, Édouard doit s’éloigner et, après la mort de sa bien-aimée, se fait tuer au cours de la guerre d’indépendance américaine.

Apôtre de la tolérance, Claire de Duras a dénoncé l'étroitesse d'esprit d'une société minée par les préjugés où la race, la classe sociale et l’orientation sexuelle peuvent constituer autant d'obstacles. Remarquable également pour son temps est le roman Olivier ou le Secret, qui souleva de nombreuses polémiques et ne fut publié qu’en 2007 dans sa version complète d’après le manuscrit autographe, pour sa représentation, sous couvert d'impuissance sexuelle, de l’homosexualité d’un jeune homme.

Œuvres Publications de son vivant Ourika, 1823, réédition Éditions des femmes, Paris 1979. Édouard, 1825, réédition Mercure de France, Paris 1983.

Publications posthumes , , . . Olivier ou le Secret, Paris, José Corti, 1971. Marie-Bénédicte Diethelm (éd.), Ourika, Édouard, Olivier ou le Secret, Gallimard, « collection Folio classique », 2007, Préface de Marc Fumaroli. . Marie-Bénédicte Diethelm (éd), Œuvres romanesques, Paris, Folio, 2023 (Ourika, Édouard, Olivier, Le Moine du Saint-Bernard, En Bretagne et Le Paria).

Correspondance Alexandre de Humboldt, Lettres inédites à Claire de Duras (1814-1828), préface Marc Fumaroli, édition Marie-Bénédicte Diethelm, Éditions Manucius, 2016. Cet ouvrage a remporté le Prix Sévigné 2016 .

Notes et références Notes

Références

Bibliographie

Ouvrages et articles biographiques . Juliette Decreus, « Madame la Duchesse de Duras », dans Sainte-Beuve et la critique des auteurs féminins, Paris, Boivin, 1949. Gillian Gill, « Rosalie de Constant and Claire de Duras: An Epistolary Friendship », Swiss-French Studies/Études Romandes, , (2), . . Charles Augustin Sainte-Beuve, Portraits de femmes, Paris, Garnier frères 1881. Kari Weil, « Romantic Exile and the Melancholia of Identification », Differences: A Journal of Feminist Cultural Studies, Summer 1995, (2), . Renee Winegarten, « Woman and Politics: Madame de Duras », New Criterion, , (3), . Carolyn M. Fay, « “Quelle sorte de lien pouvons-nous donc établir entre nous ?”: The Epistolary Friendship of Claire de Duras and Rosalie de Constant », Women in French Studies, 1999, , . Anjali Prabhu, « Deux Nègres à Paris : La Voix de l’autre », RLA: Romance Languages Annual, 1995, , . .

Travaux d'ensemble sur son œuvre Chantal Bertrand-Jennings, « Condition féminine et impuissance sociale : les romans de la duchesse de Duras », Romantisme, 1989, (63), . Chantal Bertrand-Jennings, « D’un siècle l’autre : romans de Claire de Duras », Jaignes, Chasse au Snark, 2001 . Grant Crichfield, « Three Novels of Madame de Duras: Ourika, Edouard, and Olivier », Paris, Mouton, 1975. Marie-Bénédicte Diethelm, « Claire de Duras : grande dame et “femme auteur”», dans La Littérature en bas-bleus, Romancières sous la Restauration et la monarchie de Juillet (1815-1848), Andrea Del Lungo et Brigitte Louichon (dir.), Éditions Classiques Garnier, coll. "Masculin/féminin dans l'Europe moderne", 2010. Marie-Bénédicte Diethelm, « Madame de Duras épistolière : écrire et converser. (À propos de la correspondance Chateaubriand-Duras) »,  Société Chateaubriand, Bulletin, Année 2011. Marie-Bénédicte Diethelm, « À propos d'une ébauche romanesque de Claire de Duras, Le Paria », Le Magasin du XIXe siècle,  n° 1, José-Luis Diaz (resp.), François Kerlouégan (dir.) 2011. Marie-Bénédicte Diethelm, « Madame de Duras et Benjamin Constant : autour d’Adolphe »,  La Tradition des romans de femmes. XVIIIe-XIXe siècles, Catherine Mariette-Clot et Damien Zanone (dir.), Paris, Honoré Champion, coll. « Littérature et genre, n° 2 », 2012. Marie-Bénédicte Diethelm, «Une archive inédite de Claire de Duras : le Journal de la conduite de mes chères filles depuis le 1er janvier 1809, Le Magasin du XIXe siècle,  n° 3, José-Luis Diaz (resp.), François Kerlouégan (dir.),  2013.