Joachim Peiper, né le à Berlin et officiellement mort le à Traves en France, est un officier supérieur de la division blindée SS Leibstandarte Adolf Hitler.
Obersturmbannführer lors de l'offensive des Ardennes en , il est condamné à mort pour crime de guerre par le tribunal militaire américain de Dachau en 1946, essentiellement pour le massacre de Baugnez, près de Malmedy, commis par le dont il avait le commandement. Sa peine est suspendue puis commuée en un emprisonnement de trente-cinq ans. Libéré en , il se retire en France en 1972 et trouve la mort en 1976 lors de l'incendie criminel de sa maison.
Premières années et entourage familial Joachim Peiper voit le jour au sein d'une famille bourgeoise originaire de Silésie comptant deux autres fils, Hans-Hasso et Horst.
Son père, Woldemar, suit une carrière d’officier dans l'armée impériale allemande. En 1904 il fait partie d’un corps expéditionnaire en Afrique d’où il revient avec la croix militaire, la malaria et plusieurs blessures qui entraînent une invalidité permanente. En 1909 il épouse Charlotte Marie Schwartz, issue de la classe moyenne berlinoise. Le couple s’installe à Berlin. Au début de la Première Guerre mondiale, il reprend du service en tant que capitaine et est affecté dans l'empire ottoman. En des problèmes cardiaques, conséquence de sa malaria, interrompent sa carrière militaire.
Lors des troubles qui suivent la fin de la guerre, Woldemar Peiper s’engage dans les corps francs et participe aux combats de Silésie. Pour Jens Westemeier, historien de formation et colonel de réserve de la Bundeswehr, il est clair que Woldemar Peiper est au moins un sympathisant du courant de la droite politique au sein de l’armée.
Le frère aîné de Joachim, Hans-Hasso, vraisemblablement homosexuel, commet une tentative de suicide qui le laisse dans un état végétatif ; il meurt officiellement de tuberculose dans un hôpital berlinois en , mais il n’est pas exclu qu’il ait été victime de la politique nazie d’eugénisme.
Jusqu'en 1933 Joachim Peiper suit une scolarité normale. En 1926, il rejoint son autre frère, Horst, dans le mouvement scout. C’est à cette époque qu’il développe le désir d’embrasser une carrière militaire.
Carrière dans la SS Adhésion au national socialisme Joachim Peiper fête son anniversaire le jour de la nomination d’Adolf Hitler au poste de Chancelier. Dès le printemps 1933 il rejoint la Hitlerjugend avec son frère Horst.
En il s’engage dans la SS, organisation de , en s’affiliant à la Reiter-SS. Bien plus tard, il justifie cette affiliation par son désir de faire carrière dans l’armée et les conseils prodigués par le général Walter von Reichenau, qui aurait fait valoir que cette affiliation était de nature à faciliter son incorporation dans une unité de cavalerie de l’armée régulière. Selon Jens Westemeier, cette version ne résiste pas à l’examen. En effet, à l’époque, la Reichswehr se voulait toujours apolitique et toute adhésion à une organisation politique constituait une barrière à une incorporation en son sein : il semblerait donc que cette adhésion à la SS fut le reflet d’un engagement politique personnel.
Le , il est membre de la SS avec le ; il appartient donc déjà à la SS avant que Hitler ne l’élève au rang d’organisation indépendante au sein du NSDAP en raison des services rendus, particulièrement lors de la nuit des Longs Couteaux.
En , à l’occasion du congrès du parti, il est promu au rang de Sturmmann. C’est vraisemblablement de cette époque que datent ses premiers contacts avec Heinrich Himmler, qui l’incite à poursuivre une carrière d’officier supérieur au sein de la SS ; dans un curriculum vitæ de 1935, il écrit . Quelques mois plus tard, il quitte le lycée avant même d’avoir terminé ses études secondaires. Dès , appartenant au personnel permanent, il est appointé de la SS puis envoyé à Jüterbog pour suivre les cours destinés à former les chefs de la division SS Adolf Hitler. Il semble qu’il doive aux interventions personnelles de Himmler et de Sepp Dietrich d’avoir pu intégrer ce cours qui avait débuté en . Au terme de cette formation, il est promu au grade d’Unterscharführer.
Premières années dans la SS À dater du , Peiper participe à la première session de cours de la nouvelle (école d'officiers SS) de Braunschweig, placée sous le commandement de Paul Hausser. Selon Peiper, l’objectif des est de former des officiers pour l’armée et non des officiers pour la SS ou le SD. Ces écoles dispensent une formation militaire et une substantielle formation idéologique. Elles contribuent à former les cadres des futures unités combattantes de la Waffen-SS mais aussi des camps de concentration nazis : fin 1938, 20 % des qui ont suivi la même session de cours que Peiper sont incorporés dans les unités de SS-Totenkopfverbände.
Après avoir prêté le serment SS d’allégeance à Hitler en , Peiper achève sa formation à la Junkerschule en . En février et mars de la même année, il suit un autre cours dans l’enceinte du camp de concentration de Dachau. Le camp, gardé par des hommes portant le même uniforme que Peiper et ses compagnons, est adjacent aux baraquements occupés par ceux-ci, de sorte qu’il est impossible d'en ignorer l'existence.
Le , à l'âge de , il est promu au grade d’Untersturmführer. Après un bref congé, il commence son service dans la division SS Adolf Hitler, sous le commandement de Sepp Dietrich, division aux activités de laquelle il participe jusqu'à la fin du mois de .
Aide de camp de Himmler
Le , Peiper est détaché à l’état-major du Reichsführer-SS Heinrich Himmler en tant qu’AdjutantDans ce contexte le mot allemand « Adjutant » correspond, en français, à la fonction d'aide de camp., un passage que Himmler estime nécessaire dans la carrière d'un officier prometteur. À cette époque, cet état-major est dirigé par Karl Wolff. Il s’agit d’un poste important : en tant qu’aide de camp, Peiper travaille dans l’antichambre de Himmler au siège de la SS, à la Prinz-Albrecht-Strasse. Reinhard Heydrich occupe un bureau à l’étage au-dessus et Rudolf Brandt travaille dans le même service. Bien qu’après la guerre, certains, dont Karl Wolff, s’efforcent de minimiser le rôle des aides de camp de Himmler, il semble que celui-ci est loin d’être négligeable : plus ils restent en service auprès de Himmler, plus leur influence s’accroît ; les procès de Karl Wolff et Werner Grothmann apportent après la guerre la preuve de leur implication dans l’extermination des Juifs d'Europe.
Affecté à l’état-major du SS-Reichsführer, Peiper se hisse dans les premiers cercles du pouvoir ; il devient un des favoris de Himmler qu’en retour il admire. Il n’est donc pas étonnant qu’il fasse partie de l’entourage du chef des SS lorsque ce dernier effectue une visite d’État en Italie.
Mariage et autres événements familiaux Peiper est promu au grade d’Obersturmführer le jour de son . C’est à ce moment qu’il fait la rencontre de Sigurd (Sigi) Hinrichsen, qui travaille comme secrétaire à l'état-major de Himmler. On connaît peu de choses sur les origines familiales de la jeune femme, mais ses deux frères sont membres de la SS ; l’aîné disparaît dans le naufrage du Bismarck. Sigurd est une amie proche d’une autre secrétaire de l’état-major, Hedwig Potthast, maîtresse de Himmler.
Le , Peiper épouse Sigurd Hinrichsen au cours d’une cérémonie conforme à la symbolique SS et le couple s’établit à Berlin. Après les premiers raids aériens sur la ville, Sigurd Peiper déménage à Rottach en Haute-Bavière, à proximité de la maison de campagne de Himmler et de plusieurs proches.
Au cours de cette période, le second frère de Peiper, Horst, rejoint lui aussi les rangs de la SS où il atteint le grade de Hauptsturmführer ; il participe à la campagne de France au sein de la division SS-Totenkopf avant d’être transféré en Pologne, où il meurt le dans un accident dont les causes sont inconnues. Selon des rumeurs, il aurait été forcé au suicide par des membres de son unité en raison de son homosexualité.
La campagne de Pologne et ses suites Le , l’Allemagne envahit la Pologne, ce qui marque le début de la Seconde Guerre mondiale. Conformément à ses fonctions, Peiper suit cette campagne dans l’entourage direct de Himmler, voyageant à bord du train de ce dernier, où se trouve également Joachim von Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères du Reich. Durant l'invasion, il est très proche de Himmler et rien de ce que ce dernier fait ou décide ne lui échappe. Ainsi, le , il est à Blomberg lorsqu’une vingtaine de Polonais sont fusillés en présence de Himmler.
Une fois la Pologne vaincue, il reste aux côtés de Himmler et, s'il ne participe pas à la prise de décision, il est parfaitement tenu au courant des décisions prises par Himmler et son entourage en ce qui concerne le sort à réserver à ce pays. Il continue à accompagner Himmler dans ses déplacements, participant notamment aux cérémonies commémoratives du à la Feldherrnhalle à Munich. Le , à Posen, il assiste en compagnie de Himmler au gazage des pensionnaires d’un établissement psychiatrique et aurait rédigé, selon Westemeier, un bref rapport sur l'événement, disparu par la suite. Trente ans plus tard, il fera sur ce gazage une déclaration froidement technocratique qui, d’une part, invalide une fois pour toutes la légende du et, d’autre part, est révélatrice de son état d’esprit.
La campagne de France
Le , comme lors de la campagne de Pologne, il accompagne Himmler qui suit l’avance des troupes SS lors de la bataille de France. À Hasselt, il obtient l'accord de Himmler pour se joindre à une unité combattante. Affecté comme chef d’escouade à la de la SS Leibstandarte Adolf Hitler, il reçoit son baptême du feu. Il a très rapidement l’occasion d’exercer le commandement de cette compagnie, à la tête de laquelle il est décoré la croix de fer et prômu au grade de Hauptsturmführer, grâce à la prise d'une batterie d'artillerie anglaise installée sur les collines de Wattenberg.
Toutefois, dès le , Peiper, en dépit de ces succès, est rappelé à son poste auprès de Himmler. La bataille de France lui a néanmoins permis de s’affirmer comme chef militaire.
Le , il accompagne Himmler au , la résidence de campagne de Hitler où les dirigeants du Reich s’interrogent sur la suite à donner à la guerre, la résistance du Royaume-Uni contrariant leurs plans.
Retour à l’état-major de Himmler À son retour au sein de l’état-major de Himmler, Peiper reprend ses fonctions. En , il accompagne son chef à Madrid où il doit rencontrer Franco. Après un passage à Metz, où Himmler informe sans détour les chefs de la division SS Adolf Hitler des massacres commis en Pologne, ils s’arrêtent à Dax où Himmler rencontre le commandant de la division SS Totenkopf, Theodor Eicke. C’est après le retour de ce voyage, le que Peiper est nommé au poste de premier aide de camp de Himmler.
thumb|left|Entrée d'Auschwitz avec l'inscription (« le travail rend libre »). Au début de l’année suivante, Himmler inspecte les camps de concentration nazis, accompagné de Peiper, alors son premier aide de camp. Le , ils visitent Ravensbrück, puis, le 21, Dachau. En , ils se rendent à Auschwitz, où Peiper rencontre une vieille connaissance, Rudolf Höß, commandant du camp. À ce moment, l’idée de la solution finale est en train de se former et il semble peu vraisemblable qu’en sa qualité de premier aide de camp de Himmler, Peiper n’en ait pas été informé. À l’appui de cette thèse, on peut rappeler qu’il fut démontré au cours d’un procès tenu au milieu des que Werner Grothmann, successeur de Peiper au poste de premier aide de camp de Himmler, n’avait rien ignoré des détails du génocide. L’adhésion de Peiper à ce projet criminel trouve peut-être un début d’explication dans une lettre de son épouse à Hedwig Potthast, la maîtresse de Himmler : . En l’occurrence, KH était un acronyme pour « » (le roi Heinrich), ce qui illustre le degré de familiarité de Sigurd Peiper avec le cercle des intimes de Himmler.