Mary Wollstonecraft (prononcé : Prononciation en anglais britannique retranscrite selon la norme API.), née le à Spitalfields, un quartier du Grand Londres, et morte le à Londres, est une maîtresse d'école, femme de lettres, philosophe et femme engagée britannique.
Au cours de sa brève carrière, elle écrit des romans, des traités, un récit de voyage, une histoire de la Révolution française et un livre pour enfants. Elle est surtout connue pour Défense des droits de la femme (A Vindication of the Rights of Woman) (1792), pamphlet contre la société patriarcale de son temps. Elle y avance l'idée que si les femmes paraissent inférieures aux hommes, c'est là une injustice non pas liée à la nature mais résultant du manque d'éducation appropriée auquel elles se trouvent soumises. Pour elle, hommes et femmes sans distinction méritent d'être traités en êtres rationnels, ce qui implique que l'ordre social soit fondé sur la raison.
Pour le grand public, la vie de Mary Wollstonecraft attire plus l'attention que son œuvre. En effet, ses relations sentimentales, souvent tumultueuses, n'ont que rarement été conformes aux conventions. Après deux aventures malheureuses, l'une avec Henry Fuseli et l'autre avec Gilbert Imlay (dont elle eut une fille, Fanny Imlay), elle épouse le philosophe William Godwin, l'un des pères du mouvement anarchiste. Elle meurt à l'âge de trente-huit ans, dix jours après la naissance de sa deuxième fille, laissant plusieurs manuscrits inachevés. Sa seconde fille, Mary Wollstonecraft Godwin, deviendra plus tard célèbre sous le nom de Mary Shelley pour avoir, entre autres, écrit Frankenstein.
Après la mort de son épouse, William Godwin publie Memoirs of the Author of A Vindication of the Rights of Woman (Souvenirs de l'auteur de Défense des droits de la femme). Ce livre révèle au public le style de vie peu orthodoxe de son épouse et, du même coup et sans malice, met à bas la réputation de l'auteur pour près d'un siècle. Toutefois, avec l'émergence du mouvement féministe au tournant du , la promotion de l'égalité des femmes et les critiques de la féminité conventionnelle, Mary Wollstonecraft prend de plus en plus d'importance. Aujourd'hui, elle apparaît comme l'une des pionnières de la philosophie féministe, et sa vie, tout comme son œuvre, sont désormais reconnues par les féministes.
Jeunesse et famille Mary Wollstonecraft naît le dans le quartier de Spitalfields à Londres. Bien que sa famille soit alors aisée, les spéculations hasardeuses de M. Wollstonecraft la conduisent au bord de la ruine et la maisonnée doit souvent déménager ; .. Le père se voit même obligé de contraindre sa fille à lui remettre les sommes dont elle devrait jouir à sa majorité. En outre, c'est un homme violent qui, sous l'emprise de la boisson, bat son épouse. Mary, très tôt, se poste souvent derrière la porte pour protéger sa mère ; ; ; .. Ce rôle protecteur, elle le joue aussi sa vie durant envers ses sœurs Everina et Eliza. Ainsi, lors d'un épisode fondateur survenu en 1784, elle parvient à convaincre Eliza, sans doute victime d'une dépression post-partum, de quitter mari et enfant. Elle organise sa fuite, passant outre aux conventions sociales, audace qui sera lourde de conséquences : Eliza, socialement ostracisée, se verra dans l'impossibilité de se remarier et connaîtra une vie de misère et de dur labeur ; ; ; ..
Deux amitiés, vécues à l'adolescence, marquent l'entrée de Mary dans le monde adulte. La première la lie à Jane Arden, de Beverley, compagne de lecture et d'étude. Les deux jeunes filles suivent alors les conférences de M. Arden, philosophe et scientifique autodidacte. Mary s'épanouit dans l'atmosphère intellectuelle de ce foyer et vit cette amitié si intensément qu'elle en devient possessive. À ce propos, elle écrit à Jane : « Je suis parvenue à une conception romantique de l'amitié […], je suis quelque peu singulière dans ma vision de l'amour et de l'amitié ; je dois avoir la première place ou aucune »Citation originale : « I have formed romantic notions of friendship […] I am a little singular in my thoughts of love and friendship; I must have the first place or none. »Cité dans .. Certaines de ses lettres à Jane révèlent son instabilité émotionnelle et l'état dépressif dont elle a souffert toute sa vie ; ; .. La seconde amitié, plus importante encore, concerne Fanny Blood, présentée par les Clare de Hoxton, pour elle une seconde famille. Fanny, dira Mary, lui ouvre l'esprit à des réalités auxquelles elle n'avait jusqu'alors prêté que peu d'attention ; ; ; ..
Mary Wollstonecraft quitte le domicile familial qu'elle ne supporte plus en 1778, pour devenir demoiselle de compagnie chez Sarah Dawson, veuve acariâtre résidant à Bath, avec qui la vie est difficile. Mary décrira cette expérience en 1787 dans Thoughts on the Education of Daughters (Pensées sur l'éducation des filles). En 1780, elle revient chez elle pour prendre soin de sa mère mourante ; .. Après le décès, plutôt que de reprendre son emploi, elle s'installe chez les Blood pour deux ans. Leur fréquentation, cependant, finit par lui faire prendre conscience qu'elle les a idéalisés et qu'elle ne partage pas leur vision conventionnelle de la condition féminine. Pour autant, elle restera toujours attachée à Fanny et à sa famille, dont elle soutiendra financièrement un fils à plusieurs reprises ; ..
Mary envisage de vivre une sorte d'utopie féminine avec Fanny ; les deux jeunes femmes projettent de louer des chambres et de s'apporter soutien et entraide tant émotionnellement que financièrement, rêve qui s'effondrera sous la dure réalité économique. Afin de gagner leur vie, Mary, ses sœurs et Fanny fondent alors une école dans la communauté dissidente de Newington Green. Fanny se retrouve bientôt fiancée et après son mariage, son époux, Hugh Skeys, l'emmène en Europe pour tenter de restaurer sa santé qui a toujours été précaire ; ; .. Malgré ce changement, l'état de Fanny continue de se détériorer et s'aggrave lors d'une grossesse. En 1785, Mary décide de la rejoindre pour prendre soin d'elle ; ; ; .. Ce départ conduit malheureusement l'école à la faillite.. Fanny meurt, au désespoir de Mary, qui fait de son amie le sujet de son premier roman, Mary: A Fiction, paru en 1788Voir , pour les éléments autobiographiques de Mary; ..
« La première d'un nouveau genre » thumb|upright=0.8|alt=Frontispice des Original Stories, avec l'institutrice levant les bras pour former une croix. Elle a une fillette de chaque côté, et chacune la contemple.|Frontispice de l'édition de 1791, Original Stories from Real Life (gravure de William Blake). Après la mort de Fanny Blood, les amis de Mary Wollstonecraft l'aident à obtenir une place de gouvernante en Irlande, auprès des filles d'une famille anglo-irlandaise, les Kingsborough. Travailler pour Lady Kingsborough s'avère difficile ; ; , mais les enfants ont trouvé un mentor qui sait leur ouvrir l'esprit ; Margaret King dira plus tard qu'elle « avait libéré son esprit de toutes les superstitions ». Quelques-unes des épreuves vécues par Mary au cours de cette année-là se retrouvent dans son seul livre pour enfants, Original Stories from Real Life (« Histoires vraies tirées de la vie réelle » (1788) ; et suivantes ; .
Frustrée par les limitations imposées aux femmes de bonne famille mais pauvres qui souhaitent travailler — embarras qu'elle dénonce avec éloquence dans le chapitre de Pensées sur l'éducation des filles intitulé « Situation malheureuse des personnes de sexe féminin, ayant reçu une bonne éducation et laissées sans fortune » — elle décide, après avoir passé une seule année comme gouvernante, de se lancer dans la carrière littéraire. C'est-là un choix radical, bien peu de femmes parvenant à vivre de leur plume. Elle écrit à sa sœur Everina, en 1787, qu'elle s'efforce de devenir « la première d'un nouveau genre », The Collected Letters ; . Elle déménage à Londres et, avec l'aide de Joseph Johnson, éditeur aux idées libérales, elle trouve un domicile où travailler et gagner sa vie ; ; ; . Elle apprend le français et l'allemand, et fait des traductions., en particulier des ouvrages De l'importance des opinions religieuses de Jacques Necker et Éléments de moralité, à l'usage des enfants de Christian Gotthilf Salzmann. Elle publie également des critiques littéraires, portant essentiellement sur des romans, pour le compte du périodique de Johnson, The Analytical Review.
L'univers intellectuel de Mary Wollstonecraft s'élargit grâce aux lectures alimentant ses critiques, et aussi au milieu dans lequel elle évolue : elle participe aux fameux dîners de Joseph Johnson et fréquente des lumières de l'esprit comme Thomas Paine, pamphlétaire radical, et le philosophe William Godwin. Lors de leur première rencontre, Godwin et Mary Wollstonecraft sont particulièrement déçus l'un de l'autre. Godwin était venu pour écouter Paine, mais Mary Wollstonecraft l'assaille toute la soirée, le contredisant sur pratiquement tous les sujets. Le Dr Johnson lui-même, cependant, devient beaucoup plus qu'un ami ; elle le décrit dans ses lettres comme un père et un frère ; ; ..
À Londres, Mary Wollstonecraft se lie avec l'artiste peintre Henry Fuseli, déjà marié. Elle est, écrit-elle, captivée par son génie, « la noblesse de son âme, cette vivacité de compréhension et cette aimable sympathieCitation originale : [...] the grandeur of his soul, that quickness of comprehension, and lovely sympathy »Cité par Janet Todd, . Elle propose d'entretenir une relation platonique avec Fuseli et sa femme, mais celle-ci est horrifiée et Fuseli met fin à cette liaison ; ; ; . Mary décide alors de se rendre en France pour échapper à son humiliation et participer aux événements révolutionnaires dont elle vient de faire l'apologie dans son (1792). Elle vient d'écrire en réponse à la critique conservatrice formulée par Burke sur la Révolution française dans ses Réflexions sur la Révolution de France (1790), ce qui l'a rendue célèbre du jour au lendemain. On la compare avec des esprits d'avant-garde comme le théologien et pamphlétaire Joseph Priestley ou encore Thomas Paine, dont les Droits des hommes (1791) se révèlent être la réponse à Burke qui recueille le plus d'écho ; ; .
La France et Gilbert Imlay thumb|left|upright=1.1|Journée du 10 août 1792, attaque du palais des Tuileries.