De nombreuses recherches mettent en lumière les effets de la pornographie sur le cerveau, son influence sur les relations de couple, son rôle sur des symptômes de dépendance, sur les stratégies d'évitement émotionnel, le développement de la psychopathie et l'augmentation de la violence physique, sexuelle et verbale dans les relations intimes et dans la société. La dépression, l’anxiété, les troubles de stress post-traumatique, l’insomnie et l’impulsivité sont aussi associés à la consommation de pornographie.
Cette liste d'effets de la pornographie n'est pas exhaustive et varie selon les individus, la fréquence et le type de pornographie utilisé. Bien que l'influence de la pornographie sur la sexualité soit largement démontré par les études sociologiques, le degré d'influence et ces conséquences intimes sont différentes pour chaque personne et dans la plupart des cas étudiés, l'arrêt complet de la consommation pornographique permet de soulager en partie ou totalement les effets négatifs associés.
Méthodologie de la recherche La pornographie a de nombreuses formes différentes, mais comme la moitié des consommateurs se concentrent sur dix sites internet, c'est généralement la pornographie mainstream et les pornographies les plus violentes qui sont étudiées.
Dans le domaine de la recherche sur la pornographie, depuis les années 70, des défis se posent en raison de conflit d'intérêts et d'opinions. Le marché mondial de la pornographie représente plusieurs dizaines de milliards d'euros et mène régulièrement des campagnes de lobbying pour minimiser les effets de l'industrie ou retarder les dispositions légales, notamment pour limiter l'interdiction de pédopornographie. Les études pourraient donc souffrir de problèmes méthodologiques, de biais de confirmation et de conflits d'intérêts.
Concernant les utilisateurs de pornographie, la majorité des études se concentrent sur la consommation des adolescents, ou sur l'usage auto-déclaré problématique de pornographie. Les usagers déclarent généralement leur consommation comme problématique lorsqu'ils ne peuvent en contrôler la fréquence, que celle-ci leur cause une détresse sexuelle, une baisse d'estime de soi, de l'anxiété ou pose problème au sein du couple. Néanmoins, la différence entre usage problématique ou non problématique peut se révéler floue et non linéaire. Afin d'évaluer les effets de la pornographie, certaines études font toutefois la différence entre un usage modéré non problématique, un usage fréquent non problématique et un usage problématique. La sévérité des effets étudiés peut varier fortement selon ces trois profils. Selon les études le pourcentage d'usage problématique parmi les consommateurs peut aller de 3 à 17%.
Dans une méta-étude de 2013, menée par des chercheurs de l'université Middlesex en Angleterre, plus de ont été soumis à l'équipe pour examen : selon les chercheurs seulement 276 articles, soit 0,69%, étaient pertinents pour être utilisés dans la recherche scientifique en raison de la faible qualité de la recherche dans le domaine.
Études contrôlées Une étude contrôlée décrit la relation entre des comportements ou des conditions environnementales donnés et les effets sur la santé dans un laboratoire dans lequel des conditions autres que celles à l'étude sont effectivement maintenues constantes parmi les groupes de participants recevant divers niveaux de la ou des conditions expérimentales. Comme on considère que la seule différence fonctionnelle entre les groupes est le niveau des conditions expérimentales reçues, les chercheurs peuvent fortement déduire des relations de cause à effet à partir d'associations statistiquement significatives entre les conditions expérimentales et les conséquences sur la santé. Ainsi, si elles sont exécutées correctement, les études contrôlées ont des niveaux élevés de validité interne. Cependant, ces études souffrent souvent d'une validité externe discutable en raison des différences considérables entre les environnements du monde réel et le contexte expérimental, et la croyance qui en résulte que les résultats ne peuvent pas être généralisés au-delà de ce contexteMitchell, M. and Jolley, J. (2001). Research Design Explained (4th Ed) New York:Harcourt.
Études épidémiologiques Une étude épidémiologique décrit l'association entre des comportements ou des conditions environnementales donnés et la santé physique ou psychologique au moyen de l'observation de phénomènes du monde réel au moyen de données statistiques. Les études épidémiologiques ont généralement des niveaux élevés de validité externe, dans la mesure où elles décrivent avec précision les événements tels qu'ils se produisent en dehors d'un laboratoire, mais de faibles niveaux de validité interne, car ils n'établissent pas de relations de cause à effet solides entre les comportements ou les conditions sous étude et les conséquences sur la santé observéesMitchell, M. et Jolley, J. (2001). Research Design Explained () New York:Harcourt..
Effets biologiques Neurologie
La pornographie et les médias violents influencent la plasticité cérébrale et le fonctionnement neurologique de l'empathie par l'intermédiaire des neurones miroirs, qui s'activent non seulement lorsqu'un individu accomplit une action, mais aussi lorsqu'il observe quelqu'un d'autre la réaliser, permettant ainsi une simulation interne de l'expérience d'autrui. Dans le cadre de la pornographie, l'identification au récit violent active ces neurones comme si l'individu vivait lui-même la scène observée, ce qui peut entraîner une désensibilisation émotionnelle. L'activation des neurones miroirs dans les zones cérébrales liées à l'empathie, comme l'insula antérieure, diminue significativement, contribuant à une incapacité progressive à reconnaître la souffrance d'autrui et à normaliser les comportements agressifs. Cette désensibilisation, qui s'accompagne d'une moindre réactivité aux stimuli violents, favorise la banalisation des violences sexuelles et affaiblit la capacité d'intervention face à des situations réelles de détresse.
La zone cérébrale du striatum ventral participerait à l’anticipation et à la gratification liées aux contenus pornographiques, comme dans d'autres addictions comportementales, c'est l'anticipation du plaisir qui serait la plus gratifiante, ce qui pourrait expliquer la perte de contrôle chez certains consommateurs. D'autres études ont trouvé des marqueurs neurologiques de la dépendance chez les utilisateurs de pornographie sur internet.
D'après une étude allemande menée sur 64 hommes en bonne santé, le nombre d'heures passées à consommer de la pornographie est corrélée à une diminution de matière grise dans l'hémisphère cérébral droit et une baisse de la connectivité fonctionnelle entre le noyau caudé droit et le cortex préfrontal dorsolatéral gauche.
Comportement sexuel compulsif Les personnes avec une sexualité compulsive montrent une préférence conditionnée aux récompenses sexuelles et monétaires, et une préférence dysfonctionnelle pour la nouveauté sexuelle, possiblement médiée par l’habituation du système limbique (cingulum dorsal) aux images sexuelles répétées. Ces mécanismes sont reliés à l'utilisation d'internet qui offre une large gamme de stimuli nouveaux et potentiellement gratifiants.
Un étude de 2016 indique que le comportement sexuel compulsif partage avec les addictions aux substances des caractéristiques épidémiologiques, phénoménologiques, cliniques et biologiques, notamment des systèmes de neurotransmetteurs communs et des similitudes dans le craving et les biais attentionnels mises en évidence par l’imagerie. Les effets psychologiques de ces changements cérébraux sont décrits comme une désensibilisation à la récompense, une réponse anxieuse et un comportement impulsif. Toutefois, une étude précédente de 2015 avait précisé que les biomarqueurs spécifiques de la toxicomanie sont absents de cette addiction comportementale.
Chez les personnes présentant des comportements sexuels compulsifs, des différences neuronales ont été mises en évidence dans le traitement des indices sexuels, au sein de régions cérébrales déjà impliquées dans les études sur la réactivité aux indices liés aux drogues. La plus forte mobilisation du circuit limbique cortico-striatal après exposition à des indices sexuels suggère des mécanismes neuronaux sous-jacents à ces comportements, ainsi que de possibles cibles biologiques pour des interventions thérapeutiques.
Dérégulation hormonale Les comportements addictifs présentent des parallèles cliniques, génétiques, neurobiologiques et phénoménologiques avec les addictions aux substances. Les comportements sexuels compulsifs en lien avec la consommation pornographique, en particulier l’usage problématique de pornographie, influencent les systèmes neuroendocriniens. Les hommes ayant un usage problématique de la pornographie, réagissent par une augmentation plus marquée de l’ocytocine face à des stimuli sociaux neutres ou positifs, un taux élevé d’arginine-vasopressine et présentent des tendances empathiques diminuées. Ces trois phénomènes peuvent être reliés à une symptomatologie psychiatrique et à l'hypersexualité de la consommation problématique de pornographie.
En associant le plaisir à la violence et aux humiliations, la production hormonale liée à la peur et au danger se mélange avec celle du plaisir sexuel.
Effets psychologiques Addiction et compulsivité
La dépendance à la pornographie est une dépendance comportementale caractérisée par l'utilisation compulsive et répétée de matériel pornographique jusqu'à ce qu'elle entraîne de graves conséquences négatives sur le bien-être physique, mental, social et / ou financier.
Les internautes sont attirés par la pornographie en ligne en raison de l’anonymat, du coût abordable et de la facilité d’accès qu’elle procure. Dans de nombreux cas, cet usage peut mener à une addiction au cybersexe, les consommateurs de pornographie trouvent alors davantage d’excitation dans les contenus sexuellement explicites qu’ils choisissent eux-mêmes que dans les rapports sexuels. Les consommateurs de pornographie ayant un usage auto-déclaré problématique, font part de de plus grandes difficultés à réfréner des comportements masturbatoires compulsifs et des relations sexuelles extra-conjugales.
Le modèle d'étude Interaction of Person-Affect-Cognition-Execution (I-PACE) est utilisé dans plusieurs études consacrées aux attitudes addictives sur internet (jeux sur internet, paris, réseaux sociaux et pornographie), il permet de mettre en lumière les interactions entre facteurs prédisposants (neurobiologiques, psychologiques), modérateurs (stratégie d'adaptation, biais cognitifs) et médiateurs (réponses affectives et cognitives aux déclencheurs situationnels), et les processus de conditionnement qui renforcent les différentes associations.
Évitement émotionnel et dissociation Les personnes ayant une consommation auto-déclaré problématique de pornographie expliquent parfois que c'est un moyen d'éviter de ressentir certaines émotions, ce que les psychologues appellent "une stratégie d'évitement". Regarder de la pornographie en ligne pour éviter des émotions indésirables est lié à un visionnage plus fréquent et à plus de conséquences négatives auto-rapportées par les consommateurs.