Louise Alexandra Desbordes Jouas, parfois Jonas, née le à Angers et morte le à Créteil, est une artiste peintre française, peintre de genre, de paysages et de fleurs, d’inspiration symboliste.
Biographie Louise Desbordes nait à Angers le , rue Saint-Aubin, de François-Lucien Desbordes et de Joséphine-Louise Bouter. Son père, musicien, tient pendant de nombreuses années les grandes orgues de la cathédrale d’Angers puis dirige l’orchestre du théâtre de Bordeaux, avant de s’installer à Paris où, tout en restant musicien, il sculpte des caricatures en terre-cuite qui se vendent sous les galeries du Palais-Royal.. Louise Desbordes est ainsi élevée dans un environnement familial favorable à l’épanouissement de ses dispositions artistiques. En 1906 Louise Desbordes épouse, en secondes noces, le peintre et graveur Charles Jouas, de son cadet.
On connaît grâce aux catalogues des salons auxquels elle participa dès 1876, ses différents lieux de résidence et de travail. En 1876, elle est domiciliée au rue de Maubeuge, puis à partir de 1877 au boulevard de Strasbourg (Paris), puis à partir de 1883 au rue Magellan. En 1886, elle est à Bordeaux au rue Sainte-Catherine et elle est inscrite au Salon de cette année-là sous le nom de Louise Desbordes-Grassian. En 1889, son adresse est de nouveau à Paris au bis de la rue des Beaux-Arts. Elle est domiciliée à partir de 1894, comme Charles Jouas, au 3 bis cour de Rohan à Paris , ce qui laisse supposer plusieurs années de vie commune avant leur mariage.
Louise Desbordes semble par ailleurs avoir été dotée d'une timidité et d'une nature discrète, si ce n'est dans l'exposition de ses œuvres, du moins dans celle de sa personne qu'elle ne cherchait visiblement pas à mettre en avant, ce qui a pu nuire à sa notoriété. Ainsi lorsque René Laruelle lui demandera sa photographie pour la faire figurer dans son "Mémorial des Femmes", elle lui répond dans une courte lettre manuscrite datée du :
Louise Desbordes meurt le dans sa propriété de Créteil surplombant les bords de Marne, au 17 rue du Sergent-Bobillot, au milieu de son jardin rempli de fleurs demi-sauvages.
Formation artistique Élève du Conservatoire impérial, dotée d’une voix de Contralto, elle s'oriente d'abord vers une carrière musicale à l'Opéra de Paris où elle est engagée en 1868 et crée le le rôle de « Dame Marthe » dans la reprise du Faust de Charles Gounod, elle est alors surnommée « La Belle Angevine ». Ayant mis un terme à sa carrière lyrique en 1872, elle se sent attirée par la peinture et devient l'élève du peintre belge, parisien d’adoption, Alfred Stevens, alors au faîte de sa gloire. Les circonstances exactes de leur rencontre ne nous sont pas connues, on peut penser que celle-ci a pu avoir lieu dans les coulisses de l'Opéra Le Peletier ou la chanteuse se produit et où le peintre a ses accès. En effet, Alfred Stevens manifeste dès 1860 une passion pour l'opéra. Il assiste dans la décennie 1860-1870 à toutes les grandes représentations parisiennes, comme le Tannhäuser de Richard Wagner ou la reprise du Faust de Gounod.
Louise Desbordes reçut probablement ses premières leçons de peinture avec Stevens dans les années 1872-1873, d'abord de manière informelle, puis à partir des années 1879-1880 dans les cours de peinture pour dames qu'il avait créés à Paris, d'abord dans un atelier boulevard Marguerite-de-Rochechouart, puis au 15 avenue Frochot.Dans la notice du Salon de 1876, où elle expose une première oeuvre Un envoi de Nice Melle Desbordes est présentée comme "élève de M.A Stevens", ce qui confirme la rencontre avec le peintre au début des années 1870 puisque l'exposition d'une œuvre au Salon supposait plusieurs années d'apprentissage auprès d'un maître.. A cette époque elle est domiciliée 59 Rue de Maubeuge à une encablure de la maison de Stevens 65 Rue des Martyrs.
Vers 1873 Stevens peint l'un de ses plus célèbres tableau Un chant passionné, également connu sous le titre Une Prima Donna, ayant pour thème l'art lyrique, qui représente une élégante répétant un air d'opéra dans un intérieur bourgeoisAlfred Stevens, un chant passionné.. La thématique du tableau, la concordance de son exécution et de la rencontre du peintre avec l'ex-chanteuse lyrique, l'hommage que Stevens a pu vouloir rendre à cette nouvelle et charmante élève, et surtout la ressemblance troublante entre la jeune femme du tableau et l'un des seuls portraits que l'on connaisse de Louise Desbordes, exécuté par Charles Jouas, laisse à penser qu'elle a pu être le modèle et une source d'inspiration pour cette œuvreLes élèves de Stevens ont en effet inspiré plusieurs œuvres à leur maître, sans qu'elles y soient identifiables, hormis Sarah Bernhard pour qui cette représentation conférait une légitimité à son activité de peintre à côté de sa carrière de comédienne. Dans le tableau de 1888 Dans l'atelier le peintre rend visiblement hommage à ses élèves tout en témoignant de la fascination qu'il éprouve pour les femmes dans la diversité de leurs personnalités : l'artiste, la muse, la femme du monde..
L'école de peinture pour dames de Stevens a été décrite par l'écrivain belge Camille Lemonnier, dans l'ouvrage de 1906 qu'il consacre à son compatriote comme . Parmi la quinzaine d'élèves majoritairement belges et françaises qui fréquentent les cours de Stevens certaines se consacreront pleinement et professionnellement à la peinture telles que la portraitiste Clémence Roth (qui exposera un Portrait de Melle L.Desbordes au Salon national de 1883 et au Salon de Gand. la même année), Alix d'Anethan, Georgette Meunier, Marie Schwob, Camille Prévost-Roqueplan, ou Berthe Art. L'école est aussi fréquentée par des personnalités comme Sarah Bernhardt avec laquelle Louise Desbordes semble avoir été liée d’une grande amitié. Elle peindra d'ailleurs un portrait de l'actrice en costume de scène dans la pièce d'Octave Mirbeau « Les Mauvais Bergers » en 1898 et Sarah Bernhardt ornera son atelier de l'avenue de Villiers du Songe de l’eau qui sommeille tableau qui vaudra à Louise Desbordes une mention au Salon de 1881.
Au sein de l'école de Stevens, Louise Desbordes semble bénéficier d'un statut privilégié et en avoir été l'un des talents les plus remarqués. On ne peut d'ailleurs pas écarter la possibilité d'une idylle sentimentale entre le peintre et son élève comme ce fut le cas possiblement avec Sarah Berhnardt. Louise Desbordes est décrite comme une personnalité à la « nature fiévreuse » dotée d'un « splendide instinct de coloriste ». Stevens l'autorise d'ailleurs à peindre la gerbe d'iris de son tableau La bête à Bon Dieu conservé aux Musées royaux de Belgique à Bruxelles, et il peint son portrait.Alfred Stevens, La bête à Bon Dieu.. En Paul de Katow dans un article du journal Gil Blas consacré à Alfred Stevens, note que parmi les élèves de son atelier: .
Expositions et réception Louise Desbordes exposera ses œuvres avec une grande régularité pendant près de cinquante ans de 1876 à 1926, à Paris aux Salon de peinture et de sculpture puis de la Société des artistes français, où elle obtient une mention honorable en 1881.Année où Edouard Manet obtient une médaille de 2nde classe et Eugène Boudin une médaille de classe. et une médaille en 1886, à l'Exposition nationale de 1883, à l’Exposition universelle de Paris de 1889(où elle obtient une nouvelle mention honorable), puis de la Société nationale des beaux-arts à partir de 1890, ainsi que dans différentes expositions collectives à Paris, en Province et à l’étranger, comme celles de la Société des femmes artistes qui se tient annuellement à partir de 1893 à la galerie Georges Petit, rue de Sèze, de l’Union des femmes peintres et sculpteurs qui organisera une rétrospective après sa disparition, ou encore du Cercle des femmes peintres de Bruxelles en 1888 et 1890.. Louise Desbordes fait également partie du groupement féminin « Les Quelques » qui expose à partir de 1908 à la Galerie des artistes modernes, rue Caumartin, et compte parmi ses membres les sculptrices Jane Poupelet et Marie Cazin ainsi que les peintres Louise Galtier-Boissière, ou Clémentine-Hélène Dufau..
Son travail fut remarqué dès 1879 par Joris-Karl Huysmans, qui lui consacrera plusieurs commentaires élogieux dans ses chroniques d'art réunies dans le recueil L'Art moderne. Mais Huysmans ne fut que l'une des nombreuses personnalités du monde littéraire et artistique qui soutiendront avec ferveur l’œuvre de Louise Desbordes, et qui formèrent un véritable "clan" comme l'écrivain Pierre Loti, les critiques Lucien Descaves, Albert Wolff, Paul Mantz, Arsène Houssaye, Hector Pessard, le galeriste Georges Petit, qui lui commandera la décoration d'un plafond pour son hôtel particulier, ou encore le peintre Charles-François Daubigny qui lui proposera d'échanger une de ses toiles contre un de ses portraits.
Un de ses tableaux, sous le titre de Wild Roses, sera vendu à New York le lors de la dispersion au Chickering Hall de la collection de The American Art Association. Dans la notice du catalogue de vente, Louise Desbordes est mentionnée parmi les artistes les plus prometteurs de cette Nouvelle École d'Art qui se fait présente en Europe. Dans ce groupe d'artistes, dont les œuvres ont été réunies par cette association sous la férule de Siegfried Bing, on trouve notamment Berthe Morisot, Paul Signac, Odilon Redon ou encore Fritz Thaulow. Au cours de cette vente, le tableau de Louise Desbordes fut adjugé au prix de 105 dollars alors qu'un pastel de Berthe Morisot My gardener's daughter n'atteignait que 20 dollars et une huile sur toile de Paul Signac The quay at Clichy : sunshine partait pour 50 dollars.
Deux de ses tableaux L'Aquarium et La Nuit feront partie de la collection de la célèbre Thérèse Humbert et de son époux Frédéric Humbert, qui sera dispersée lors d'une vente aux enchères en après leur failliteDrouot le , un de ses tableaux sera vendu parmi des oeuvres de Rosa Bonheur, Eugène Boudin, Jean-Baptiste Camille Corot, Ernest Ange Duez, Henri Rousseau, Alfred Stevens ou encore Frits ThaulowGeorges Clairin possédait deux tableaux de Louise Desbordes dans sa collection particulière, Le Soir sur l'étang et Poissons, fleurs et asphodèles, qui furent dispersés sous les n°221 et 222 lors de la vente aux enchères publiques de son Atelier les 5 et à la Galerie Georges Petit à Paris.
Si les collectionneurs privés de son œuvre furent nombreux, en revanche elle est très peu échantillonnée dans les collections publiques. Deux tableaux de compositions florales intitulés Fleurs, sont conservés au Musée des Beaux-Arts d'Angers. Une œuvre d'inspiration symboliste Ophélie, présentée pour la première fois au salon de la Société nationale des beaux- arts en 1894, est conservée au Musée Baron Martin à Gray (Haute-Saône) où elle est entrée dans les collections en 1903. La dernière exposition qui lui a été consacrée, où un petit groupe de ses œuvres ont été exposées, fut celle organisée à Paris par l'Union des Femmes Peintres et Sculpteurs après son décès. Depuis, ses toiles, notamment celles inspiration symboliste, sont restées largement à l’abri des regards dans des collections privées et n'ont fait l'objet que de quelques rares ventes publiques.
De l'école de Stevens au symbolisme