thumb|Blason d'Uzès

L’histoire d'Uzès est particulièrement riche. La naissance de l'agglomération précède d'un siècle la construction de l'aqueduc qui amenait l'eau de la fontaine d'Eure jusqu'à la ville de Nîmes par une série d'aménagements et d'ouvrages monumentaux dont le pont du Gard. Les recherches archéologiques récentes ont révélé que des groupes humains occupaient le territoire d'Uzès durant la Préhistoire et la Protohistoire.

Préhistoire En 2019, des recherches archéologiques menées par une équipe de l'Inrap au nord-ouest de l'agglomération ont permis la découverte d'un cromlech (monument mégalithique circulaire) de dimensions exceptionnelles. La mise en place du monument remonte probablement au Néolithique final mais il a sans doute été fréquenté jusqu'au Bronze final. Reconnu sur une quarantaine de mètres correspondant à la surface fouillée, son développement se prolonge au-delà de l’emprise concernée par les travaux. 53 dalles de calcaire réparties sur un double alignement ont été mises au jour. L'alignement principal forme un arc de cercle dont le diamètre est estimé à près de 80 m...

Protohistoire Les groupes humains ont habité très tôt le site d'Uzès. Selon l'archéologue Jean Charmasson, tout a commencé dans la vallée, à proximité des sources de l'Eure, en raison de l'importance vitale de l'eau, qui y était abondante.

Les invasions celtiques du contraignent les Ligures autochtones à transporter leur habitat sur la hauteur qui offrait une excellente position défensive avec ses à-pics sur la vallée, et que l'on protège d'une muraille de pierres au nord et à l'ouest.

À cette raison stratégique s'ajoute une situation privilégiée lors de la pénétration hellénique dans cette région : cet emplacement est le nœud d'un réseau commercial, un centre de transit. Les habitants ont dû tirer de larges bénéfices en imposant des droits de péage aux Grecs dont les caravanes allaient quérir en Cévennes des minerais nécessaires à leurs industries ; l'agriculture et l'élevage leur permettaient également de vendre quelques marchandises locales et les premiers produits de petites industries (poteries et tissage).

L'accalmie consécutive aux invasions, aux et , semble avoir permis de revenir au site de la vallée. À la population, se sont mêlés des éléments celtes de la peuplade des Volques Arécomiques (répandue dans le territoire de l'actuel département du Gard et dont Nîmes est la capitale). Porteurs d'une civilisation propre, ils s'ouvrent néanmoins très largement à l'influence des colons grecs dont ils adoptent ou adaptent l'art, la religion, l'écriture.

Les guerres ensanglantent les deux premiers siècles av. J.-C. Des sépultures attestent la résistance des Volques à l'effort des légions romaines du consul Cnaeus Domitius Ahenobarbus pour s'emparer des voies commerciales, mais aussi aux Cimbres et autres envahisseurs venus du Nord par la vallée du Rhône.

Un chenet en terre cuite protohistorique conservé au musée municipal Georges Borias témoigne d'une occupation du second âge du fer à peine repérée lors de travaux anciens.

« Ucetia » gallo-romaine, ville résidentielle aristocratique sous Auguste Les Romains après la conquête de la Narbonnaise dominent sur tout le Languedoc. La culture celto-grecque assimile progressivement l'influence de Rome. C'est l'heure de la civilisation gallo-romaine. Simple « castrum » ou camp retranché, la ville va accéder au statut de civitas. Par les progrès des relations avec les Grecs de Marseille, par la romanisation, cette période est celle d'une très grande prospérité qui se traduit concrètement dans l'urbanisme. La monnaie se substitue au troc. La vaisselle d'argile rouge et noire, dont des fragments ont été retrouvés, atteste des relations commerciales avec la Campanie. Après 49 av. J.-C. et la prise de Marseille par César, l'influence phocéenne sur la région décroît.

Uzès se rattache dès lors à la Nîmes augustéenne. Son développement en ville résidentielle pour une aristocratie romanisée est favorisé par la « Pax Romana ». Fonctionnaires ou notables nîmois, vétérans des légions trouvent ici un agréable séjour, comme l'atteste l'épigraphie (stèles des Caton, des , des Pompéius).

On peut aisément imaginer, grâce à quelques découvertes faites dans le sol de la ville, la richesse du cadre urbain, avec ses temples (à Mars, à Auguste), ses demeures patriciennes luxueuses ornées de mosaïques, ses statues (à Jupiter, à Mercure).

En 2017, des fouilles archéologiques mettent au jour, sur le site de l'ancienne gendarmerie, un quartier antique remontant au avant notre ère. Des mosaïques polychromes dans un excellent état de conservation appartenant probablement à une riche Domus, sont ornés d'animaux (un hibou, un canard, un aigle et un faon), de motifs géométriques et d'une inscription gallo-grecque.Carbone 14, magazine de l'archéologie, France Culture, Vincent Charpentier, , ..

L'aqueduc de Nîmes et le pont du Gard thumb|Parcours de l’aqueduc romain d'Uzès à Nîmes.Les routes, comme à Rome, sont bordées à la sortie de la ville de riches nécropoles. Dans cette ère de prospérité et de confort, une réalisation universellement connue est liée au nom d'Uzès : le captage de l'Eure au pied de la ville et la construction de l'aqueduc de 50 km qui, par le pont du Gard, conduit l'eau potable jusqu'à Nîmes.

On retrouve encore dans la vallée, sous les ronces ou à l'air libre, des vestiges du célèbre ouvrage. Et les eaux de l'Eure alimentent aujourd'hui directement la ville d'Uzès. La racine UR de Ura, l'Eure, signifie « l'eau ». La source a été d'abord divinité. À celle-ci se sont substituées les nymphes romaines, honorées par un collège de prêtres et auxquelles un certain Sextus Pompeius surnommé Pandus a élevé un monument pour avoir, de leurs eaux, fait « tant jeune que vieux, un salutaire usage » (inscription conservée en remploi dans un mur dans la cour du DuchéJules Charles-Roux, Nîmes, Paris, Bloud et , 1908, p. 41 (en ligne).).

La christianisation L'implantation du christianisme à Uzès est sans doute, d'après les historiens, moins précoce que ne l'a laissé croire la crypte du qui avoisine le duché. C'est au , au cours de l'ère constantinienne, que s'est répandue ici la religion nouvelle. Les premiers diocèses calqués sur l'organisation impériale se sont progressivement substitués à elle : ils apparaissent comme un rempart opposé à la barbarie et aux troubles.

C'est donc au qu'est fondé l'évêché d'Uzès.

Les premiers évêques, de riches notables, jouent un rôle considérable dans les domaines tant spirituel que temporel : ils ont pour tâche d'évangéliser, d'organiser les communautés, de les protéger des premières déviations (qui, en Languedoc, sont florissantes), de participer à des conciles, de construire ou reconstruire des églises. Ils doivent être, selon la formule de l'empereur Valentin, les « défenseurs de la Cité », les protecteurs de la population, des négociateurs politiques et artisans de paix. Ainsi se présentent à Uzès aux les Constance, les Roricius d’Uzès.

Leurs noms sont tombés dans l'oubli. Mais certains d'entre eux, par leur personnalité, leur piété, ont suscité la vénération de leurs contemporains et même de la postérité. Tels saint Firmin et son neveu saint Ferréol, tous deux évêques du , dont les reliques attirèrent à Uzès de pieux pèlerinages et, si l'on en croit la légende, furent l'occasion de nombreux miracles.

Tous deux avaient été aussi des bâtisseurs. Le premier fit construire une grande basilique dédiée à saint Baudile, martyr nîmois, dans le faubourg qui prit le nom ensuite de Saint-Firmin. L'autre fonda une abbaye au roc Auriol, au sud de la ville, et fit édifier une église Saint-Pierre et Saint-Paul.

À la fin du , on ne comptait pas moins de cinq églises à Uzès.

Le haut Moyen Âge : migrations barbares et invasion musulmane Pour la période alto-médiévale les documents ou vestiges de cette époque sont plus rares ; nombre de peuples se succèdent : Vandales, Wisigoths, Francs, Sarrasins. Durant cette période, Uzès fait alors partie de la Septimanie ; elle appartient d'abord aux Wisigoths puis aux Francs (en 532, Théodobert, petit fils de Clovis, entre dans Uzès après avoir battu les Wisigoths dans la plaine de Saint Eugène à Pont-des-Charrettes lors de la bataille dite des plaines de Saint Eugène). Puis vint l'heure de la renaissance carolingienne. Et l'on peut dire que c'est de Charlemagne que date l'organisation seigneuriale de la cité. Un comes, que le mot comte traduit de façon ambiguë, est le représentant du pouvoir centralisé institué par l'empereur. Lors du partage de l'empire carolingien, Uzès et ses dépendances seront rattachées à la Bourgogne arlésienne dans la Francie médiane (843) puis à la suite du traité de Prüm (855), au royaume de Provence.

Le Moyen Âge L'intégration au royaume de France Uzès et ses territoires furent rattachés à la Francie occidentale de 870 à 880 puis de manière pérenne sous le règne de Raoul. L'Uzège formait alors un comté à part entière. Peut-être préalablement conquis ou peut-être après hommage rendu par le comte au roi, l'Uzège fut assurément rattachée au royaume de France à la suite de la rencontre entre Raoul et Rodolphe II de Bourgogne qui intervint en juin 935.

Les premiers seigneurs Nous connaissons les noms de premiers seigneurs : Elzéart, , . Celui-ci est célèbre parce qu'il fit élever en 1170 la grande tour carrée qui servait de donjon dans l'enceinte du château. D'où le nom encore utilisé de Tour Bermonde pour désigner la tour du Duché. C'est sous Charlemagne que les évêques sont habilités à battre monnaie. Ce privilège leur sera confirmé en 1156 puis en 1211. L'atelier de monnayage était sis en l'Hôtel de la Monnaie, dans la rue de ce nom, où une plaque de marbre commémore encore le fait. On a conservé trois pièces, deux en or, une en argent, dont l'une porte le nom de « sou de Charlemagne ».

Un autre nom brille d'un grand prestige dans le uzétien : celui de la princesse Dhuoda, épouse du duc de Septimanie, qui séjourna à Uzès sous la protection de l'évêque Éliphas et composa pour ses fils un remarquable traité d'éducation d'inspiration chrétienne : c'est le premier ouvrage écrit par une femme. Elle mourut en 843, après avoir composé sa propre épitaphe, dont le texte nous est connu. Sa sépulture pourrait bien être un jour découverte dans l'enceinte du château.

Le printemps médiéval thumb|left|Le château du Duché Avec le , s'ouvre, pour Uzès comme pour le Languedoc en général, une ère de prospérité et de grands changements. C'est alors que va se dessiner une physionomie de la ville qui variera peu jusqu'aux temps modernes.

L'essor économique et démographique entraîne richesse et constructions. Une classe aisée de bourgeois et de commerçants contribue au dynamisme de la cité. Les routes s'améliorent. Les premières fortifications de la ville sont construites en 1148 et ne cesseront d'être améliorées ou refaites. Si l'on a appelé le le « printemps européen », il est aussi, pourrait-on dire, le siècle du printemps uzétien.