thumb|upright=1.5|Carte administrative de la Charente. thumb|upright=0.5|Armoiries du comté d'Angoulême. thumb|upright=0.5|Blason de la Saintonge. thumb|upright=0.5|Blason du département de la Charente.
La Charente est un département français créé en 1790 sur des critères géographiques (le bassin supérieur et moyen du fleuve Charente), mais aussi historiques car la partie centrale correspond à l'ancien diocèse puis comté de l'Angoumois. Ce territoire, au cours de la période historique avant la Révolution, n'a jamais connu d'unité, ni politique, ni religieuse, ni judiciaire. Son histoire a souvent été associée à celle de l'Aquitaine, mais le comté d'Angoumois, berceau royal, a souvent eu une histoire singulière et a joué un rôle non négligeable dans l'histoire de France.
Zone de plaine parcourue par un fleuve calme, la Charente est parsemée de nombreux sites qui attestent un peuplement dès le Paléolithique qui s'est continué sans interruption au Néolithique puis à l'âge du fer. Après une période gallo-romaine florissante, le haut Moyen Âge voit la poursuite de la christianisation et le bas Moyen Âge la construction d'églises romanes dans chaque village. Durant la guerre de Cent Ans la Charente sert un temps de frontière entre le domaine du roi d’Angleterre et celui du roi de France. Le territoire est ravagé plusieurs fois. Après une période de prospérité, en particulier sous François I, les guerres de religion puis l'exode des protestants paralysent l'économie qui doit attendre Napoléon III pour redevenir florissante avec le cognac et l'industrialisation (fonderies, papeteries) à Angoulême.
Ères du Mésozoïque et du Cénozoïque Le site paléontologique d'Angeac-Charente situé au bord de la Charente a livré des fossiles d'éléphants et de mammouths datés du Cénozoïque, et de dinosaures de l'ère du Mésozoïque, au Crétacé inférieur ; des ossements de dinosaures ont aussi été trouvés sur le site paléontologique de Champblanc aux mêmes époques.
Préhistoire
Paléolithique thumb|left|upright|L'abri sous roche de la Chaire-à-Calvin...
Le territoire correspondant actuellement à la Charente est peuplé au moins depuis le Paléolithique inférieur, bien représenté par de nombreux bifaces acheuléens trouvés dans les alluvions de la Charente. À au sud d'Angoulême, à Gardes-le-Pontaroux sur la rive droite du Voultron, le site de la Quina a livré les restes fossiles de 27 Néandertaliens, adultes et enfantsNéandertal en Poitou-Charentes, A. Debénath et J.F. Tournepiche, Association régionale des musées en Poitou-Charentes..
L'industrie lithique de la Quina a donné son nom à un faciès particulier du Moustérien, le « Charentien de type Quina » dit aussi « Charentien ».
Le Paléolithique supérieur est également présent à la Quina, où ont été trouvées des sagaies et des parures (en particulier des dents de loups et de renards percées). Il est bien représenté dans d'autres sites, en particulier au Roc de Sers ou dans la grotte du Placard à Vilhonneur, l'abri de la Chaire-à-Calvin à Mouthiers, grotte de Montgaudier, etc. À Vilhonneur, la grotte du Visage, découverte en 2005, a également livré des peintures qui sont en cours d'étude. Cette grotte ornée possède des œuvres du Paléolithique supérieur dont une main négative réalisée à la peinture noire, des ponctuations rouges et noires et une peinture au trait noir qui pourrait représenter un être humain. Elle a également livré les restes d'un jeune adulte âgé d’environ , donc un homme du type de Cro-Magnon, du GravettienArticle « Vilhonneur, une nouvelle grotte ornée de 25000 BP » sur le site hominides.com. Consulté le 21 février 2010..
Sur la rive gauche de la Tardoire, la grotte du Placard livre d'histoire, avec une occupation s'étalant du Paléolithique moyen au Solutréen (gravures pariétales de cervidés, chevaux, aurochs ; os et bois de rennes gravés, lampe de grès rose).
thumb|... et sa frise de chevaux
Le site de Roc-de-Sers, situé dans la vallée du Roc dans une des grottes de la falaise, a livré des industries aurignaciennes ainsi qu'une sépulture contenant trois squelettes et des frises sculptées de chevaux, bisons et bouquetins, attribuées au Solutréen.
Sur la commune de Mouthiers-sur-Boëme, l'abri sous roche de la Chaire-à-Calvin est orné d'une frise de chevaux en ronde-bosse attribuée au Magdalénien. Cette culture est également présente dans la grotte de Montgaudier, près de Montbron, qui a livré un bâton percé en bois de renne gravé de phoques.
Néolithique Époque de la sédentarisation, le Néolithique ancien ( et début du ) reste très mal connu.
Le Néolithique moyen (culture chasséenne, et début du ) se retrouve dans des camps fortifiés tel celui de Charmé, en cours de fouilles depuis 2013.
Ces camps fortifiés restent très nombreux au Néolithique récent (cultures des Matignons, puis de Peu-Richard en Charente saintongeaise et de Vienne-Charente à l'intérieur ; ). Les plus connus sont les camps des Matignons à Juillac-le-Coq, de Fontbelle à Segonzac, de Chenommet, etc. On y a retrouvé des haches polies, des faucilles, des lames dentées, des meules, de la céramique, des traces de vannerie, etc. ; l'élevage y tient une grande place avec des restes osseux qui proviennent surtout d'animaux domestiques (bœufs, porcs, moutons et/ou chèvres)José Gomez de Soto in . Les fossés de ces camps recevaient des sépultures.
Les dolmens sont édifiés au cours du et au début du , presque uniquement pendant le Néolithique moyen. Ces derniers sont très nombreux en Charente, isolés ou groupés, à l'origine enfouis sous des tumuli de pierre appelés cairns. Les plus anciens, dont quelques-uns subsistent dans la forêt de Boixe, sont des dolmens à chambre funéraire circulaire en pierres sèches avec couloir d'accès. Ensuite on trouve les dolmens à chambre funéraire quadrangulaire à couloir d'accès dits de type angoumoisin en Charente intérieure, ou, dans le Cognaçais, de type angevin avec une antichambre précédant la chambre funéraire. Citons ceux de Cognac (Séchebec), Saint-Brice, Saint-Fort-sur-le-Né, Saint-Germain-de-Confolens, Luxé, Chenon et Fontenille, etc.José Gomez de Soto in . Les fouilles des tumuli du dolmen A de la Boixe et des dolmens de la Motte de la Jacquille et de la Petite Perrotte à Fontenille ont donné d'importantes informations quant aux techniques de construction des monuments du
La connaissance des métaux débute à la fin de l'époque néolithique ; elle se répand progressivement dans l'ouest de la France au cours du Les premiers cuivres apparaissent avec la civilisation d'Artenac. Des groupes de la civilisation à céramique campaniforme existaient, on retrouve leurs sépultures mais peu d'habitats.
Âge du bronze
L'âge du bronze est représenté par de très nombreux dépôts d'objets de bronze : haches à Montdouzil près de Châteauneuf, à Montignac, à Chazelles, à Rancogne, surtout le très important dépôt de Vénat à Saint-Yrieix qui comporte épées, poignards, lances, bijoux, objets de toilette. La grotte funéraire des Duffaits à La Rochette et celles du Quéroy à Chazelles et des Perrats à Agris livrent de nombreux objets qui témoignent de relations longue distance en Europe, tels que l'ambre de la BaltiqueJosé Gomez de Soto in A. Coffyn, J. Gomez de Soto, J.-P. Mohen, Le dépôt de Vénat, Paris, 1981..
Âge du fer
Au second âge du fer (période des Gaulois, ou Celtes historiques), les Santons vivent en Charente saintongeaise et en Charente-Maritime. L'Angoumois est occupé par un peuple encore anonyme, qui dépendait peut-être d'un de ses voisins, les Pétrocores ou les Lémovices, plutôt que des Santons comme on l'a longtemps supposé. Les Santons font le commerce du sel qu'ils extraient sur des sites côtiers, aujourd'hui à l'intérieur des terres. Leur chef-lieu fut l'oppidum de Pons. Merpins, près de Cognac, était peut-être déjà un des entrepôts le long du fleuve.
Iculisma ou Ecolisma (l'actuel Angoulême) était l'oppidum du peuple de l'Angoumois, dont le nom reste encore inconnu (cf. ci-dessous). La monnaie de l'Angoumois était largement d'origine lémovice. Des traces de l'occupation de l'oppidum d'Angoulême ont été trouvées lors des fouilles, en particulier celles du rempart du Midi. Son plateau a été occupé sans discontinuer jusqu'à nos jours, depuis le Louis Maurin in .José Gomez de Soto, Aux origines d'Iculisma/Angoulême. Avant la ville de la période romaine, un oppidum gaulois, Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente, 2014, p. 19-31..
De nombreux objets ont été retrouvés sur tout le territoire du département. Parmi les plus remarquables sont les parures de la tombe de la fin du des Planes à Saint-Yrieix (un torque, un bracelet, une paire d'anneaux de cheville et une fibule) et le casque d'Agris (près de La Rochefoucauld), du deuxième quart du , recouvert de plaques d'or et incrusté de corailJosé Gomez de Soto in . Exposé au musée d'Angoulême, il s'agit d'une des œuvres les plus remarquables de l’art celtique. Une tombe de guerrier du a été découverte à Puyréaux (armes exposées au musée de la Société archéologique et historique de la Charente à Angoulême).
La grotte des Perrats à Agris a livré des céramiques et nombreux autres objets et des stèles (musée d'Angoulême) ; d'autres stèles en forme d'obélisques épointés ont été trouvées à L'Isle-d'Espagnac et Roullet-Saint-EstèpheArchéologia n° 447, exposition Les Gaulois entre Loire et Dordogne.
De l'annexion romaine à la Renaissance Époque gallo-romaine Pour toute la période de l'indépendance gauloise, on ne sait à quel ensemble se rattache le territoire central de la Charente, autour d'Iculisma (Angoulême). Alors que l’ouest est peuplé par les Santons, l’est par les Lémovices et les Pétrocores, et le nord par les Pictons, le territoire d'Iculisma était probablement autonome, le peuple l’occupant étant client d’un des quatre ensembles voisins, le plus probablement des Pétrocores ou des LémovicesJosé Gomez de Soto, « Préhistoire et protohistoire », in Histoire du Poitou et des Pays charentais, p. 58.. On a longtemps supposé que ce peuple pouvait être les Agésinates, cité par Pline l'Ancien dans l'Histoire Naturelle, mais l'interprétation actuelle du texte de Pline renvoie les Agésinates plus au sud, vers la Garonne. De sorte qu'aujourd’hui encore, le nom de cette tribu celte de l'Angoumois reste inconnu, et on n'a aucune certitude sur le peuple voisin duquel elle était clienteLouis Maurin in .. Du fait de cette incertitude, par commodité et faute de mieux, certains spécialistes actuels appellent ce peuple ancien les Écolismiens, du nom dIculisma, premier nom connu d'Angoulême et à l'époque siège d'un oppidum, probable capitale de ce peuple anonymeCharente, Encyclopédie Bonneton, avec la collaboration de José Gomez de Soto, 2009, .
En 60 av. J.-C. les Helvètes qui sont sous la menace d'une invasion par les Germains, envisagent de migrer en Saintonge, peut-être (ou probablement ?) avec l'accord des Santons. César, qui mesure le double danger de ce déplacement de population et du renforcement des Santons, les envahit et les annexe en 58 av. J.-C., sans rencontrer de résistance. Lors du soulèvement de 52 av. J.-C., ils répondent à l'appel de Vercingétorix, auraient été selon César, mais arrivent trop tard. vignette|Théâtre gallo-romain des Bouchauds. La Charente romanisée est traversée par le « Chemin chaussé » ou « chemin des Romains » (voie d'Agrippa Lyon-Saintes), et par le « chemin Boisné » Périgueux-Saintes qui reprend une piste préromaine et à destination de Rome. Les voies nord-sud sont Périgueux-Poitiers par Chassenon ainsi que par le Quéroy, Montignac, Mansle, Rom, dit la « Chaussade », et, d'après la table de Peutinger, Chassenon-Mansle-Aulnay. Ces routes et le fleuve, navigable de la mer jusqu'à Angoulême, permettent un important commerce.