Le laissez-faire (ou laisser faire) est un concept d'économie politique qui valorise la non-intervention de l'État dans le système économique. Le laissez-faire s'oppose originellement à la doctrine mercantiliste, et aujourd'hui, plus largement, à l'interventionnisme public. La doctrine du laissez-faire vise à enjoindre au pouvoir politique de laisser les agents économiques les plus libres possible.

Concept Origines de l'expression L'idée de laisser faire les forces en présence dans un marché est répandue dans les écrits économiques français d'inspiration libérale au . Cette idée est fondée sur une conception naturaliste de l'économie, selon laquelle ses forces actives se mettent en mouvement sans l'impulsion d'un pouvoir supérieur. On trouve ainsi chez Pierre de Boisguilbert en 1707 (dans la Dissertation) : .

L'expression naît véritablement selon Anne Robert Jacques Turgot lorsque Jean-Baptiste Colbert se vit répondre par le marchand Legendre « Laissez-nous faire », face à la question . La maxime apparaît chez le marquis d'Argenson, qui, se rendant compte des dégâts du mercantilisme sur les relations entre les pays, écrit en 1751 : . La phrase complète, « Laissez faire, laissez passer, le monde va de lui-même. », est attribuée à Vincent de Gournay en 1752.

Conceptualisation L'expression est largement reprise par les membres du mouvement physiocratique en ce qu'elle entre en adéquation avec la doctrine d'icelle, selon laquelle l’État ne doit .

Plusieurs courants de pensée économique qui se réclament du libéralisme économique adoptent la formule. Elle circule également au pour obtenir du pouvoir monarchique la disparition des obstacles à la création de nouvelles entreprises (suppression des privilèges exclusifs accordés à des compagnies monopolistiques, à des villes portuaires, à des corporations de manufacturiers), mais aussi levée des interdits faits aux nobles et au clergé régulier de s'adonner aux activités productrices marchandes.

Si l'expression n'est jamais utilisée par Adam Smith et David Ricardo, elle est présente en filigrane dans la métaphore de la main invisible (la satisfaction de l'intérêt individuel réalise l'intérêt collectif) qui est utilisée par Smith, dans un premier temps, dans sa Théorie des sentiments moraux.

Débats et critiques La doctrine du laisser faire fait l'objet de débats entre économistes. Ludwig von Mises corrige l'expression en écrivant que . John Maynard Keynes (1883-1946) se positionne radicalement contre le laisser faire dans un ouvrage intitulé The End of Laissez-faire, où il met en lumière le rôle majeur que la puissance publique doit endosser lors d'une crise économique afin d'éviter au pays de s'enfoncer dans un équilibre de sous-production et de chômage.

Maurice Allais, économiste français et prix de la Banque de Suède, critique le principe, qu'il appelle , et soutient qu'il est une perversion du véritable libéralisme économique. Il écrit notamment : .

Paul Krugman remarque que l'idée selon laquelle laisser les agents économiques assez libres pour qu'ils entreprennent et enrichissent le pays fait consensus au sein de la profession économique, mais que Smith ne conçoit pas suffisamment le rôle bénéfique d'une action régulatrice et redistributrice de l’État sur l'économie.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Turgot, Éloge de Vincent de Gournay, 1759 Gustave Schelle, Vincent de Gournay, Paris, Guillaumin, 1897, 300 p. Takumi Tsuda, Un économiste trahi, Vincent de Gournay, Tokyo 1983 Simone Meyssonnier, la Balance des hommes, 1990, Tokyo 1993 Claude Marquié, thèse sur : « L'industrie textile du » Colloque : Commerce, population et société autour de Vincent de Gournay, INED 12-2007 Nicolas Hagen, Laissez-faire, laissez-passer John Maynard Keynes, La Fin du laissez-faire, et autres textes sur le libéralisme, Petite Bibliothèque Payot, 2017

Articles connexes Libéralisme économique Histoire du libéralisme économique École de Chicago École de Manchester

Liens externes

Wu-Wei in Europe. A Study of Eurasian Economic Thought von Christian Gerlach, London School of Economics – März 2005

Catégorie:Courant d'inspiration libérale Catégorie:École de pensée économique Catégorie:Physiocratie