La grotte de Commarque est une grotte ornée préhistorique située au château de Commarque, sur le territoire de Sireuil, commune des Eyzies, dans le département de la Dordogne, région Nouvelle-Aquitaine.
Situation En Périgord noir, dans le sud-est du département de la Dordogne, la grotte de Commarque se trouve à (à vol d'oiseau) à l'est de Sireuil, dans la vallée de la Grande Beune ou Beune du Nord, en rive gauche (côté sud) du cours d'eau Couches « Cartes IGN classiques », « Limites administratives » et « Hydrographie » activées. Vous pouvez bouger la carte (cliquer et maintenir, bouger), zoomer (molette de souris ou échelle de l'écran), moduler la transparence, désactiver ou supprimer les couches (= cartes) avec leurs échelles d'intensité dans l'onglet de "sélection de couches" en haut à droite, et en ajouter depuis l'onglet "Cartes" en haut à gauche. Les distances et surfaces se mesurent avec les outils dans l'onglet "Accéder aux outils cartographiques" (petite clé à molette) sous l'onglet "sélection de couches".. Elle est au pied d'une falaise de calcaire coniacien. supérieur (C7b), surmonté de calcaire santonien (C7e)., falaise sur laquelle a été édifié le château de Commarque.
Plusieurs sites archéologiques voisins sont célèbres : Cap Blanc ( au nord-ouest), Laussel ( au nord) et l'abri de la Grèze à au nord-ouest, tous trois en rive droite de la Grande Beune ; puis Bernifal à peine plus loin à au sud-ouest, et vers l'ouest se trouvent les Combarelles (), Font de Gaume (), la Mouthe (), l'abri Pataud et l'abri de Cro-Magnon (), l'abri du Poisson (), la Laugerie Basse et la Laugerie Haute ()...
Toponymie Le nom du site s'orthographie « Comarque » ou « Commarque », cette graphie adoptée par la carte I.G.N.. La première mention écrite connue du lieu date de l'an 1116 sous la forme Hospitalis de Comarco, suivi par Comarchia en 1356 et Comarca en 1365.
Description thumb|Entrée secondaire de la grotte.
L'entrée de la grotte est de nos jours à environ d'altitude, à peine plus haut que la Grande Beune. Elle est située dans la partie la plus profonde du porche formé par le creusement du pied de la falaise. Devant elle se trouvent trois gros tas d'éboulis (terre, moellons et rochers mélangés) provenant de la falaise, qui bouchent l'accès à l'entrée en deux endroits..
Le porche d'entrée s'ouvre au nord..
La grotte a un développement d'environ , avec deux entrées et sur deux étages à l'intérieur.
Entrée secondaire
L'entrée secondaire, de nos jours close par de la maçonnerie., est un boyau étroit et sinueux, incluant une étroite chatière bouchée après 1915 ; ce boyau, que Delluc et al. (1981) appellent « galerie accessoire », débouche sur le côté Est de l'unique salle.. Il est large de à . Elle n'a livré aucun signe de fréquentation paléolithique.
Entrée principale
L'entrée principale débouche directement dans cette même salle. Son porche mesure de large pour de haut ; il est prolongé vers le haut par une diaclase qui rétrécit en montant.
Salle
La seule salle de la grotte mesure environ , pour une hauteur maximum d'environ .. Elle s'est creusée là où se trouvent trois diaclases perpendiculaires à la façade de la falaise. Son sol actuel est argileux et encombré de blocs de roche et de moellons.
En face du boyau secondaire venant de l'est, se trouvent deux petits diverticules. Le premier a une hauteur d'une dizaine de centimètres et est au niveau du sol. H. Breuil y a trouvé « des ossements cassés de Renne, de Cheval et de Grand Bœuf, et des silex magdaléniens. Cité dans . ». Le second diverticule est à environ de hauteur du sol actuel. Il se présente comme une lucarne de moins de de longueur qui relie la salle avec la branche nord-ouest de la galerie du fond (dite « galerie de droite », voir ci-dessous) au niveau du cheval . Cet orifice est impénétrable.
Le fond de cette salle, côté sud, forme un petit couloir ( en longueur, en largeur et en hauteur) qui mène à l'intersection avec la galerie du fond.
Les parties inférieures de ses parois portent des marques d'outil métallique indiquant l'emplacement d'aménagements. Les décorations paléolithiques de la salle ont été partiellement détruites par les occupations ultérieures. Sa plus belle pièce est la femme enceinte gravée sur une excroissance de roche (voir plus bas).
Galerie du fond et cheminée
Cette longue galerie étroite et sinueuse est orientée nord-ouest / sud-est. L'intersection avec la salle est marquée par une cheminée haute de . Au-delà de l'intersection, la galerie présente deux branches :
la branche nord-ouest, ou « galerie de droite », s'allonge sur environ . Elle est large de plus ou moins . Sa hauteur est de au début, puis s'élève à une dizaine de mètres de hauteur à mi-distance, là où se présente une autre cheminée. Au fond, le sol s'élève un peu et le plafond s'abaisse : il faut ramper pour avancer plus loin, jusqu'à une chatière terminale très étroite de de longueur. Elle contient la majorité des œuvres pariétales.
la branche sud-est, ou « galerie de gauche », a une longueur d'environ à peu près rectilignes et est très étroite avec seulement environ de largeur. Elle débute avec une hauteur de , qui s'élève à là où se présente une cheminée. Au fond, son sol est fait d'un éboulis sableux qui s'élève légèrement. Proche du fond, le plafond est teinté en rouge vif sur une épaisseur assez importante pour écarter l'hypothèse d'une coloration artificielle. Cette couleur est due soit à des sels de fer, parfois présents dans ce calcaire ; soit à une source de chaleur importante ; soit à des infiltrations provenant de la surface.
Cavité de l'étage supérieur
La cheminée de l'intersection mène à une petite cavité non ornée avec un développement de , et est marquée par une adduction d'eau en hiver et une coulée de stalagmite.
Niveau du sol
Le niveau du sol est de nos jours à peu près plan, avec une légère élévation à chaque extrémité de la galerie. Mais il a beaucoup varié au fil des millénaires. Au Magdalénien, il est de au-dessus du niveau actuel. Au Néolithique (il y a environ ), il est plus haut que le niveau actuel de à . Par contre au Moyen Âge il s'effondre à la suite d'un épisode très pluvieux et se retrouve plus bas de plusieurs mètres ; il s'est alors remblayé depuis cette époque, jusqu'au niveau actuel.
Ces variations de la hauteur du sol sont visibles par les vestiges d'un sol ancien argileux et parfois charbonneux sur les parois, les cicatrices sur la roche produites par l'élimination d'aspérités, le creusage des parois et l'abattage de blocs avec un outil métallique de de large pour élargir ou dégager le passage.
Approfondissement du porche
Depuis le Paléolithique, le porche sous lequel s'ouvre la grotte s'est approfondi car les alternances de gel et dégel ont délité le calcaire et fait tomber des plaques de roche ; que l'entrée actuelle de la grotte aurait pu ne pas exister en ces temps-là (elle aurait été dégagée par usure progressive de la roche) ; dans ce cas, il aurait alors fallu accéder à la grotte en passant par l'ouverture de la grotte proche à l'est, puis emprunter la chatière entre les deux cavités déjà mentionnée plus haut. Mais deux éléments vont à l'encontre de cette hypothèse : l'existence d'une diaclase à l'aplomb de l'entrée, qui a facilité le creusement naturel ; et la présence de vestiges osseux dont l'emplacement indique un passage d'accès à cet endroit.
Grotte fossile, lessivage
La grotte est peut-être une résurgence fossile. Le lessivage du remplissage des sols sur d'épaisseur semble être dû à l'eau apportée par les trois cheminées, ce qui n'a pas touché l'extrémité de chaque galerie ni la galerie accessoire.
Découvertes et recherches
La grotte est connue de longue date..
Les gravures sont découvertes le . par Henri Breuil accompagné de Pierre Paris qui a suggéré l'exploration, et des fils de ce dernier. Henri Breuil revient à Comarque en fin , puis le , le , le et le .
H. Breuil, Louis Capitan et Denis Peyrony en font une première publication (1915), suivie d'une autre par Annette Laming-Emperaire (1962. Cité dans .), puis par A. et (1962.) et A. Leroi-Gourhan (1965).
Brigitte et Gilles Delluc étudient la grotte de 1977 à 1981 ; ils découvrent de nouvelles figures et effectuent des sondages et des prélèvements pour étudier le contexte archéologique. Ils publient le corpus complété en 1981.. Les vestiges osseux ont été étudiés par Thérèse Poulain, Cécile Mourer-Chauviré et Jean Chaline..
Les Delluc, accompagnés de Jean-Pierre Duhard, découvrent une nouvelle figure féminine en relief qu'ils publient en 1993. En 2013, Raux et Hubert de Commarque, propriétaire de la grotte, découvrent de nouvelles figures.
Stratigraphie Les sondages et prélèvements effectués en à plusieurs endroits dans la salle ont été singulièrement infructueux. Le sol a été remanié, lessivé, sujet à des fouilles sauvages. Ils ont livré des vestiges de l'occupation moyenâgeuse, mélangés à quelques vestiges préhistoriques, hors de tout contexte cohérent. On a pu constater que l'une des diaclases à l'origine de la formation de la grotte se poursuit sous le sol parallèlement à la paroi ; à son point le plus étroit, elle est large de . Son remplissage contient quatre niveaux de cette période moyenâgeuse..
Par contre, un sondage dans un endroit (nomenclature Delluc : G2) de la galerie de droite, d'accès très malaisé, a été bien préservé précisément grâce à la difficulté d'accès non seulement par les humains mais aussi par les éléments naturels (lessivages, fouilles d'animaux...). Cette « poche » a fonctionné comme un piège à remplissage et a livré des éléments magdaléniens homogènes : vestiges osseux abondants (plus de d'esquilles) et quelques vestiges lithiques. L'étude palynologique d'Arlette Leroi-Gourhan les a situés à une période très froide ; les datations par le carbone 14 effectuées sur une partie des os donnent ± 340 BP (par J. Evin) et BP ± 200 (par le laboratoire de Radiocarbone de l'université Claude Bernard, Lyon I à Villeurbanne). Ces dates correspondent à une période tout à la fin du Dryas I (froid) et au début de l'interstade de Bölling (période de réchauffement climatique relatif qui marque la fin de la glaciation de Würm). L'habitat date alors de la fin du Magdalénien III ou du début du Magdalénien IV.
Une autre « poche » de la galerie de droite, la poche C2., a capté des vestiges entraînés là lors d'un lessivage de la grotte, et les vestiges se sont mélangés : le prélèvement palynologique à ce niveau montre un mélange de pollens de diverses époques. La micro-faune de cette poche correspond à une faune de zone périglaciaire, de au Dryas II (pour la France)..
Vingt-huit fragments d'os provenant de la poche C2 sont ceux d'animaux de l'âge du bronze : un bœuf et deux sangliers. Ces fragments y sont vraisemblablement arrivés depuis la partie antérieure de cette poche, qui montre d'ailleurs des pollens d'époques très mélangées. Sa micro-faune correspond à un climat périglaciaire de la période allant de au Dryas II jusqu'à environ BP).
Occupation préhistorique
Paléolithique supérieur
Pendant l'occupation de la grotte au cours du Magdalénien III ou au début du Magdalénien IV, le paysage est une prairie avec de nombreuses variétés d'herbacées et très peu d'arbres. Il n'y a ni steppe ni marais..
Selon Delluc et al. (1981), « les graveurs ont connu une galerie étroite, où l'on progressait debout sauf aux extrémités, mais où l'on devait se courber un peu par endroits, notamment au fond de la salle d'entrée pour accéder à la bifurcation, dans la galerie de droite pour rejoindre le panneau du cheval n° 13 et peut-être aussi au niveau de l'orifice d'entrée lui-même. ».
La partie habitée au Magdalénien se trouve près de l'entrée.
thumb|280px|Le débord formant un porche est creusé à intervalles réguliers de mortaises de poutres pour un toit (médiéval).
Néolithique / âge du bronze