Le Corps de cavalerie Bridoux, dit Corps Bridoux, désigne le corps de cavalerie, rattaché à la armée du général Michel Joseph Maunoury, dont le général de division Marie Joseph Eugène Bridoux exerça le commandement à partir du jusqu'à sa mort, le .

Le , le général Bridoux, qui assurait jusque là le commandement de la division de cavalerie au sein du de cavalerie, est nommé à la tête de ce dernier, en remplacement de son chef, le général André Sordet. Le Corps de cavalerie Sordet s'était en effet vu reprocher d'avoir opéré un repli le jour précédent.

Son action, pendant ses dix jours de commandement, illustre la période charnière caractérisée, après la retraite sur Paris, par la reprise de l'offensive par les alliés. Ainsi participe-t-il d’abord à la nouvelle mission défensive de la armée, chargée de fixer les troupes ennemies sur l'Ourcq pendant que la armée et l'armée anglaise franchissent la Marne. Le corps de cavalerie Bridoux, agissant encore dans la composition qui était celle du corps de cavalerie Sordet, couvre alors l'aile gauche de la armée et mène de durs combats qui vont contribuer à retenir les allemands et faciliter la victoire de la Marne.

Puis, la retraite allemande étant engagée, il prend part à la poursuite de l'ennemi jusqu'à l'Aisne, avant de passer sur la rive ouest de l'Oise. Il s'y voit confier une mission de contournement qui va le conduire beaucoup plus au nord que ne le voudrait sans doute le général Maunoury, partisan d'un débordement autour du front de l’Aisne, mais conforme au souhait du général Joffre, acquis à l'idée d'une large action de débordement, très au-delà de ce même front.

Le corps Bridoux, réduit à deux divisions : la division du général Buisson et la division du général de Lallemand du Marais, complétées par une brigade issue de la division, va ainsi effectuer un épuisant périple de plus d’une centaine de kilomètres, qui va le conduire au-delà de Saint-Quentin, où le général Bridoux sera mortellement blessé dans une embuscade, devenant le premier général de division français ayant exercé un grand commandement à être tué à l'ennemi.

C’est cette stratégie qui se verra consacrer par la suite. Après la mort du général Bridoux, le rôle de la armée et du général Maunoury, réticent à mettre en œuvre un plan de contournement élargi, va être repensé, jusqu’à se trouver limité à la tenue du front de l’Aisne. De son côté, la nouvelle armée du général de Curières de Castelnau, dotée d’un corps de cavalerie unique réunissant désormais les divisions des et corps, aura la tâche de tenter un débordement plus ambitieux rééditant l’exploit du corps Bridoux, avant d’entamer la course à la mer.

La bataille de l'Ourcq Nommé, le au matin, pour reconquérir le terrain perdu, le général Bridoux donne aussitôt l'ordre à ses divisions de franchir l'Ourcq et de canonner tous les éléments possibles de l'armée allemande.

Parmi ses trois divisions, la division du général de Lastours mène une attaque au nord-est de Betz, mais elle va se heurter à d'importantes forces d'artillerie et d'infanterie, sans que la division du général Buisson, qui avait mission de l'appuyer, puisse intervenir. La division, qui doit déborder l'ennemi au nord, se voit confier une mission spéciale, que son chef, le général de Cornulier-Lucinière, juge lui-même « hardie », mais qui le conduira à réaliser, avec un raid de trois jours à l'intérieur des lignes ennemies, « un des plus beaux faits d'armes à l'actif de la cavalerie »V. aussi Général Pélecier, conférence du 23 février 1921, rapportée par le journal Le Temps du 24 février 1921, p. 2, Général Palat, La grande guerre sur le front occidental, tome VI pages 234 et 282 et AFGG, annexes 3 au t. 1 vol. 3, 1932, et . Dès le , la division va ainsi provoquer un effet de surprise de part et d'autre de l'Ourcq, suscitant une violente réaction de l'artillerie allemande.

Le général Maunoury doit se résoudre à tirer la conséquence de cette présence de nombreuses et puissantes forces ennemies, qui bouleverse ses plans, et renonce, le au soir, à la stratégie d'enveloppement par le nord jusque là assignée à la armée.

Certes, la retraite allemande a déjà commencé, provoquée par la armée du général Franchet d'Espèrey et le corps expéditionnaire britannique du maréchal French, qui, face à la brèche laissée entre les et armées allemandes, s'apprêtent désormais à franchir la Marne et à poursuivre l'ennemi. Mais, la armée, quant à elle, doit faire face à la forte flanc-garde ennemie constituée par l'aile droite de la armée allemande, massée sur l'Ourcq pour protéger la retraite de la armée et pourvue d'une puissante artillerie lourde. Ainsi le général Maunoury doit-il admettre que son armée, après avoir mis toutes ses forces en ligne pendant trois jours de combats ininterrompus, « ne peut espérer, à moins d'une faute lourde de l'ennemi, entamer cette flanc-garde, mais elle peut chercher à se maintenir devant elle, en se cramponnant fermement au terrain et en renforçant ses positions par des organisations de campagne, de manière à tenir bon, même si l'ennemi lançait des attaques contre elle ». Ce qui n'exclut d'ailleurs pas que, selon le vœu du général Joffre, la armée reprenne l'offensive et franchisse l'Ourcq lorsque l'armée anglaise aura elle-même franchi la Marne.

Dans le cadre des nouvelles instructions défensives du général Maunoury, le général Bridoux donne ordre au corps de cavalerie, le au matin, de continuer à couvrir la gauche de la armée. La division poursuivra sa mission ; la division se tiendra prête à agir ; et la division devra s'opposer à toute progression de l'ennemi vers l'ouest.

Dans les heures qui suivent, le général Maunoury, faisant suite à une instruction du général Joffre, esquisse toutefois une stratégie plus ambitieuse en ce qui concerne le corps de cavalerie. Il décide ainsi une « action de plus grande envergure », pour l'exécution de laquelle il dit d'ailleurs donner « dès maintenant toute latitude » au général Bridoux. En effet, reprenant les termes mêmes du général Joffre, il lui paraît « essentiel » que le corps Bridoux, plutôt que de rester groupé à la gauche de la armée, « découple hardiment ses divisions, ou même de forts détachements renforcés d'artillerie, pour agir sur les points sensibles des communications ennemies, particulièrement Soissons et Compiègne, opérant des destructions sur les voies ferrées, des coups de main sur les convois, etc. », sans exclure qu'un de ses éléments « opère par un large mouvement tournant contre la droite et les derrières de l'adversaire ».

Ce sont ces mouvements dont le général Bridoux, tout en menant sa mission de couverture de la gauche de la armée, va dès lors préparer l'exécution, puis assurer la réussite.

Dans l'immédiat, il doit toutefois faire face à une attaque allemande sur Rozières, à laquelle il oppose la division, ainsi qu’une brigade prélevée sur la division et laissée à sa disposition par le général Maunoury : la brigade de dragons du général Léorat. En début d'après-midi, le corps de cavalerie a enregistré une légère progression : la division tient le carrefour d'Ormoy-Villers et la division, précédée de la brigade Léorat, a atteint le plateau de Rozières, où elle sabre et rejette trois bataillons d'infanterie ennemie. Ni l'une, ni l'autre ne pourront cependant maintenir leurs positions, de nouvelles forces ennemies ayant débouché du nord, qui enrayent l'avance de la armée et opèrent une manœuvre de diversion vers Nanteuil-le-Haudouin. La division protège alors le repli que doit opérer le corps du général Boëlle et gagne le sud de Senlis, au terme d'une épuisante marche de nuit. De son côté, la division se porte à la gauche du corps pour en soutenir la division.

Le général Bridoux avait par ailleurs appelé à lui la division, mais, faute de liaison établie, celle-ci a poursuivi la mission spéciale pour laquelle elle avait été détachée. Elle a donc franchi l'Ourcq et, agissant sur les arrières de l'ennemi, canonné des réserves à l'est de La Ferté-Milon, détruit un convoi, retenu un détachement et menacé les lignes de communication partant de Soissons et de Compiègne, avant de s'écarter vers l'ouest, la route de retour vers Nanteuil-le-Haudouin étant désormais barrée.

À l'issue des deux journées des 8 et , le général Maunoury tient à remercier ses troupes pour leur vaillance, leur fermeté et leur endurance. De son côté, le général Joffre transmet les félicitations du Gouvernement et rend hommage aux « efforts surhumains » de la armée et à l'« immense avantage » qui en est résulté pour les opérations des armées alliées : « l'armée Maunoury a supporté, avec une énergie admirable, le puissant effort que les Allemands ont tenté contre elle pour dégager leur droite ». Le corps de cavalerie Bridoux aura eu, quant à lui, le mérite, outre les exploits de sa division, d'avoir réussi, avec ses et divisions, à « arrêter de front des forces cinq ou six fois supérieures appuyées par 200 canons », puis à « faire face aux renforts ennemis appelés de l'ouest à la bataille et qui déjà atteignaient sur leurs derrières Nanteuil-le-Haudouin et Rozières, pour les rejeter sur l'Oise »Voir aussi Lieutenant-colonel Rousset, Les grands chefs de l'armée française, page 156, faisant référence aux rudes combats livrés par le général Bridoux, le 8 septembre sur le plateau de Bargny et le 9 septembre sur le plateau de Rozières. Comparer Général Palat, La grande guerre sur le front occidental, t. 6 , pour qui, pendant les brillantes opérations de la division, les et divisions seraient restées sur le plateau de Bargny ..

La poursuite de l'armée allemande en retraite Le général Joffre ordonne une reprise de l'offensive pour le lendemain, : « la armée continuera, en appuyant sa droite à l'Ourcq, à gagner du terrain vers le nord pour rechercher l'enveloppement ; son action sera prolongée en avant par le corps de cavalerie Bridoux qui recherchera le flanc et les derrières de l'ennemi » et qui, « gagnant du terrain sur l'aile extérieure, cherchera constamment à inquiéter les lignes de communication et de retraite de l'ennemi ». le général Maunoury, quant à lui, s’il maintient la division dans sa mission de couverture du flanc gauche de la armée, réaffirme, en ce qui concerne le reste du corps de cavalerie, la directive émise l'avant-veille, en prescrivant aux et divisions de se tenir disponibles pour les « opérations de grande envergure » déjà prévues sur les lignes arrières de l'ennemi. Mais, cette « mission spéciale » ne semble encore se traduire que par l'envoi vers le nord de la division, répartie en brigades et chargée de tenter des coups de main. Cette dernière division, après une randonnée fructueuse sur les arrières de l'ennemi qui la conduit à rentrer dans la forêt de Compiègne, sera seule, au soir du , à avoir franchi l'Oise, cantonnant même à Saint-Just-en-Chaussée, au nord ouest de Compiègne. Le général Maunoury place en tout cas sous le commandement du général Bridoux la brigade provisoire de cavalerie légère du colonel Sauvage de Brantès, formée d'escadrons issus de la division provisoire du général de Cornulier-Lucinière désormais dissoute, qui vient de passer la Marne.