La théorie de l’inoculation psychologique., développée pour protéger les attitudes et les croyances existantes, montre comment renforcer la résistance à de futurs contre-arguments inacceptables ou à des attaques persuasives. L’inoculation consiste à expliquer les contre-arguments d’une opinion (la croyance) d’une personne et lui montrer en quoi le contre-argument est faux (la réfutation). Par exemple, après avoir démontré à un groupe que la Terre est ronde (la croyance), on commente le mythe de la Terre plate (contre-argument) et on indique comment la science a montré la quasi-sphéricité de la Terre (la réfutation). Les réfutations ou démentis présentés dans un message doivent soutenir correctement les attitudes et les croyances actuelles, mais être suffisamment intelligibles pour que le récepteur puisse les comprendre...

Depuis plusieurs décennies, les milieux académiques étudient la théorie de l’inoculation psychologique, la testent expérimentalement. On utilise les techniques d’inoculation psychologique, développées par les chercheurs, en formation ou pour influencer l’opinion publique, par exemple. Plusieurs articles scientifiques passent en revue son application en politique, dans les .., en marketing., en éducation. et dans les sur le réchauffement climatique. entre autres. John A. Banas et Stephen ont publié une méta-analyse., et Josh Compton un aperçu de la théorie. Le nom de la théorie « Inoculation psychologique » fut choisi par analogie avec l’inoculation en médecine.

Historique Lavage de cerveau en Corée du Nord C’est la guerre de Corée qui joua le rôle de catalyseur pour la formation de la théorie de McGuire. En effet, des soldats américains emprisonnés par la Corée du Nord renièrent leur pays et les valeurs associées : « capitalisme », « démocratie », etc. Ces croyances culturelles, qui semblaient aller de soi, n’avaient jamais été opposées à des contre-arguments, et leur préservation n'avait jamais été justifiée à ces soldats.

Le lavage de cerveau et la manipulation mentale des soldats furent perçus comme un échec des institutions à soutenir les valeurs américaines. Pour contrer cet échec, on décida de renforcer davantage ces croyances. McGuire proposa au contraire non pas de renforcer les croyances, mais de rendre les individus conscients de la vulnérabilité de leurs croyances et de les aider à se défendre en leur enseignant les contre-arguments et leurs réfutations. L’ajout de ces deux étapes à la formation correspondant aux deux mécanismes de l’inoculation : l’exposition à la menace par contre-argument et la réfutation..

Dans la continuité de ces travaux, McGuire réalisa une série d’expériences basées sur la comparaison entre une procédure de soutien, qui explique en quoi une croyance est bonne ou légitime, et une procédure d’inoculation. On testa avec succès l’hypothèse selon laquelle l’inoculation immunise davantage les individus qu'un soutien des croyances culturelles, des mèmes largement acceptés, mais jamais remis en cause.

Premiers pas À l’origine du concept d’inoculation se trouvent les travaux en 1953 de Carl Iver Hovland, Arthur A Lumsdaine et Fred D Sheffield. qui comparent la portée persuasive des « messages de soutien » qui défendent un seul point de vue sur un sujet, et les messages montrant le pour et le contre, une forme d’inoculation. Ils concluent à la supériorité de l’inoculation à produire de la résistance à la persuasion, comparée aux messages de soutien.

C’est William J. McGuire. qui formula le premier la théorie de l’inoculation psychologique qu’il nomma ainsi par rapprochement avec le monde médical. Selon lui, elle permet d’« immuniser » l’individu contre de futures attaques persuasives au même titre qu’un vaccin biologique le protège d’un virus.

Par souci d’éthique, lorsque McGuire crée cette théorie, il l’applique sur les clichés sociaux, rarement remis en question ou attaqués. Par exemple, les premières expériences portent sur l’importance de se brosser les dents.. Peu de gens réfutent que se brosser les dents soit une bonne habitude. Par conséquent, des contre-arguments au brossage des dents ne risquent pas de nuire aux sujets, au mieux si l’expérience fonctionne bien, elle renforcera le soutien au brossage.

Généralisation Par la suite, l’application de la théorie de l’inoculation s’est développée et répandue dans les domaines de la santé, de la politique, de l’éducation et de la commercialisation. Par exemple, on fit des expériences sur la prévention de la toxicomanie chez les jeunes.. Ultérieurement, les chercheurs ont étudié. les situations dans lesquelles les gens ont des attitudes préexistantes, comme le vote des partisans politiques ou contre la vaccination.. La théorie se répand aussi dans le monde francophone..

L’utilisation de la théorie de l’inoculation couvre non seulement les problèmes sociaux contemporains simples, mais aussi très controversés. En parallèle, la variété et le nombre d’études portant sur la théorie de l’inoculation aident à renforcer l’efficacité et l’utilité de la théorie. Il devient alors généralement accepté, que l’inoculation psychologique puisse être utilisée pour prédire ou renforcer les attitudes.

Description de l’inoculation psychologique

Composants Une stratégie d’immunisation, dans le cas d’un virus, consiste à inoculer une version réduite d’un virus pour stimuler les défenses immunitaires et les rendre plus à même de contrer par la suite une forme virale plus forte. Sur le plan psychologique, les individus évitent en général les informations contradictoires pour éviter la dissonance cognitive. Cette attitude les conduit à ne pas développer de résistance, ils vivent dans un monde « aseptisé », dénué d’idées extérieures remettant en question les leurs. Ainsi, baignant dans un environnement idéologique généralement homogène, l’individu sous-évalue la fragilité de ses croyances ainsi que la probabilité qu’elles se fassent réfuter.

Pour McGuire, l’inoculation psychologique doit passer par l’exposition à des arguments en conflit avec son attitude pour stimuler ses « défenses psychologiques » et le motiver à répondre à une attaque persuasive.

L’inoculation psychologique se compose de deux procédures : une de soutien des idées et une d’inoculation psychologique qui utilise des contre-arguments montrant les menaces et expliquant leurs réfutations.

Du point de vue médical, une « procédure de soutien » consiste à prévenir une attaque virale en renforçant l’organisme par différents moyens (c.-à-d. vitamines, régime alimentaire équilibré, etc.). En psychologie, le soutien se traduit par l’apport d’arguments en accord avec l’attitude de l’individu, dans le but de le protéger d’une attaque persuasive.

L’opérationnalisation de l’inoculation psychologique L’opérationnalisation de l’inoculation psychologique, la prévention par réfutation, comporte trois phases : La procédure commence par une formation ou une séance d’information qui « (…) permet d’homogénéiser les connaissances des sujets et de les activer. ». En second, l’inoculation proprement dite expose les sujets à des arguments en désaccord avec les connaissances étudiées dans la phase antérieure, les contre-arguments. En troisième, la phase de réfutation, le sujet réfute lui-même les arguments négatifs présentés précédemment, on l’appelle la réfutation active. Le sujet peut aussi utiliser des contre-arguments qu’on lui propose, c’est la réfutation passive. En 1961, McGuire et Papageorgis démontrent qu’une inoculation passive, consistant à lire les différents arguments, offre une meilleure résistance à la persuasion qu’une inoculation active, où les participants doivent écrire eux-mêmes les arguments et leurs réfutations. En revanche, lors d’une attaque avec nouveaux arguments, une inoculation active incite davantage les sujets à s’opposer..

Souvent, pour vérifier l’efficacité de l’inoculation, le sujet répond à un questionnaire, afin de mesurer le niveau de sa résistance à la persuasion.

Résultats expérimentaux

Études comparatives Plusieurs tests en laboratoires et en société montrent l’efficacité de l’inoculation.

Dans une étude de D. A. Muller. en 2007, 364 étudiants de première année de physique ont suivi au hasard l’une de ces quatre types de formations sur les lois de Newton :

Exposition : une brève présentation ; Soutien : une formation complète ; Inoculation psychologique : formation complète et présentation d’idées fausses avec leur réfutation ; Inoculation psychologique active : formation précédente avec ajout d’une discussion.

Les chercheurs montrèrent que l’inoculation psychologue, active ou non, apporte les gains d’apprentissage les plus importants et significatifs. Les participants ayant de faibles connaissances antérieures en ont profité le plus.

Par exemple, lors des élections américaines de 1988, Pfau et Josh Compton montrent que l’inoculation contre les attaques politiques était supérieure à une réfutation publiée après une attaque...

Compton, Jackson et Dimmock ont passé en revue plusieurs études où l’inoculation psychologique est appliquée en santé. Il existe de nombreuses études sur l’inoculation des enfants et des adolescents pour prévenir la consommation de tabac, de drogues ou d’alcool.. Une grande partie des études montrent que les enfants inoculés avant l’âge de 12 ans résistent mieux à la pression des pairs lorsqu’ils deviennent adolescents ou jeunes adultes.

Effets de l’attitude initiale Grover a étudié l’efficacité d’une campagne antitabac sur les fumeurs et les non-fumeurs. Les données recueillies montrent que l’inoculation fonctionne différemment si le comportement existe (fumeur) ou pas (non-fumeur). L’attitude initiale joue un rôle majeur dans la capacité d’inoculer un individu..

Persistance de l’inoculation Une étude de Pfau et de ses collaborateurs examina le rôle et la persistance de l’inoculation pour dissuader les jeunes de fumer. Un groupe d’élèves du primaire dans le Dakota du Sud regarda une vidéo les prévenant des futures pressions pour inciter à commencer à fumer la cigarette. Au cours de la première année, on observa une augmentation de la résistance chez les personnes ayant une faible estime de soi.. À la fin de la deuxième année, tous les écoliers ont montré plus de résistance comportementale au tabagisme qu’auparavant.

Autre approche : l’inoculation active guidée avec débat C’est dans leur article sur la prévention de la violence juvénile publié en 2002 que Goutas, Girandola et Minary. proposèrent la notion « d’inoculation active guidée avec débat » qui ajoute un débat lors de la phase de réfutation. Dans le but de diminuer les comportements agressifs des préadolescents et de les immuniser contre les croyances dans la légitimité de la violence, ils utilisèrent la procédure d’inoculation active. Ainsi, la phase de réfutation active prit la forme d’un débat de 10 minutes sur la violence, où l’on conduisit les participants à donner des arguments en faveur (phase d’inoculation) et ensuite à les réfuter par eux-mêmes (phase de réfutation). Enfin, lors de la phase d’attaque, l’expérimentateur présentait des arguments favorables à l’utilisation de la violence.

Remarquons que les auteurs ne peuvent pas évaluer l’efficacité de la méthode d’inoculation active guidée parce qu’ils n’ont pas utilisé de groupe témoin. Néanmoins, cette nouvelle approche reste pertinente dans la mesure où elle permet d’interagir avec les jeunes participants durant la procédure, de la rendre plus interactive notamment lors de l’entrainement, et de fournir l’occasion aux élèves de demander des indications sur les contre-arguments ou le vocabulaire qu’ils ne comprennent pas.

Message normatif ou informatif et inoculation en deux séances