Baraïta (judéo-araméen ברייתא barayata, « extérieur » ; pl. baraïtot) est un terme générique désignant une tradition orale juive non incorporée dans la Mishna. Il peut s'appliquer à un ensemble des « enseignements extérieurs » (et s'écrit avec une majuscule) ou à l'un de ces enseignements lui-même (et s'écrit avec une minuscule).Les baraïtot sont généralement énoncées par les Tannaïm (docteurs de la Mishna), mais certaines tirent leur origine des Amoraïm (docteurs du Talmud).
Baraïta et baraïtot
Dans le responsum que rédige Sherira Gaon à l'intention des Juifs de Kairouan qui l'ont interrogé sur le processus d'élaboration de la Mishna, le Gaon évoque longuement les traditions orales qui n'y ont pas été incluses.
Il existe d'une part des mishnayot (traditionslorsqu'il écrit הנך משנאות כולהו הויין בריתא (« toutes ces mishnayot sont devenues braïta »), Sherira utilise ce terme dans son sens général de « tradition orale répétée, » et non dans son sens restreint d'unité littéraire de la Mishna — cf. Iggeres Rav Sherira Gaon, p.30) éparses, nées du morcellement du savoir qui a lieu lors de la destruction du second Temple pendant trois générations. Alors que la science orale était, à l'époque du Temple, connue dans l'ensemble de ses domaines et dans le moindre de ses détailsCf. T.B. Soucca 28a., les écoles se multiplient, et chacun enseigne selon ce qu'il a entendu de son maître, mêlant les opinions de divers Sages dans une même sentence, occultant les opinions contradictoires, etc.Iggeres, p.30. L'étude de ces baraïtot est rapidement négligée (mais pas totalement oubliée) après la compilation de la Mishna par Rabbi (Juda Hanassi), qui établit clairement les traditions et opinions à suivre, en se basant sur l'enseignement de Rabbi Meïr, qui l'a lui-même reçu de Rabbi AkivaIggeres, p. 42..
D'autre part, des recueils de traditions avaient été entrepris, en dehors de la Mishna. Certains lui sont antérieurs, comme la Mekhilta, midrash (exégèse) halakhique du Livre de l'Exode attribué à l'académie de Rabbi Ishmaël, la Meguilat Taanit attribuée à Hananya ben Hizqiya ben GourionT.B. Chabbat 13b. qui indique les jours où il est interdit de jeûner, le Seder Olam Rabba, traité de chronologie biblique et juive, attribué à Rabbi Yosse ben HalaftaT.B. Yevamot 82b ; Niddah 46b., etc. D'autres, comme le Sifra et les Sifrei (qui regroupent des lois tirées par midrash halakhique du Lévitique et des Nombres, respectivement), et la Tossefta, qui se veut complémentaire à la Mishna, sont contemporains de son élaborationIggeres, p.39 ; cf. T.B. Sanhédrin 86a.. Tous ces traités sont également appelés Baraïtot, n'ayant pas été inclus dans la Mishna, mais ils semblent avoir eu un statut différent des autres baraïtotIggeres, p.42: והויין כגון בריתא (« elles [les baraïtot] devinrent comme la Baraïta. ») Selon N. Rabinowich, le mot « comme » pourrait indiquer que les baraïtot acquirent le statut de la Tossefta, du Sifra et des Sifrei..
L'étude du Sifra, des Sifrei et de la Tossefta s'est imposée dans les maisons d'étudeIggeres, p.58 ; cf. T.B. Chevouot 41a., où des traditions propres à chaque maison, dont certaines étaient plus anciennes que la Mishna, étaient enseignées outre celles-ciIggeres, p.55 ; cf. T.B. Berakhot 14a, Yoma 24a, Baba Batra 52b (& commentaire de Rashbam sur ce folio, note sur bekiddouchin), et T.J. Horayot 3:5..
Selon Jastrow et Ginzberg, les baraïtot pourraient avoir été dénommées ainsi par référence aux sefarim ha-ḥiṣonim (« livres extérieurs »), désignant les apocryphes bibliquesCf. Mishna Sanhédrin 10:1, et auraient ce statut d'« apocryphes » par rapport à la Mishna « canonique. » Alternativement, elles pourraient avoir été appelées ainsi parce qu'elles n'étaient pas dispensées dans les grandes académies de Galilée et de Babylonie, mais dans les écoles satellites à ces académies, appelées bara dans le TalmudJastrow & Ginzberg, Baraita, in Jewish Encyclopedia..
Autorité de la Baraïta Les Baraïtot les plus populaires étaient celles de Rabbi Hiyya et de Rabbi Ochaya, auxquelles semblent avoir également contribué Bar Kappara, mais d'autres élèves de Juda Hanassi, comme Rabbi Levi, semblent avoir composé les leurs.
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Sifra Lévitique Treize principes de Rabbi Ishmaël Tossefta
Liens externes What is a Beraita?, askmoses.com
Bibliographie Iggeres Rav Sherira Gaon, traduite et annotée par le Rav N.D. Rabinowich, H. Vagshal Publishing Ltd., Jérusalem 1991 Moïse Maïmonide, introduction au Mishneh Torah Moïse Maïmonide, Tosefta et Baraïta (tiré de l'introduction de son commentaire à la Mishna) The Oral Tradition, Aryeh Kaplan
Catégorie:Littérature rabbinique