Francisco Franco Salgado-Araujo, connu familièrement sous le nom de Pacón (Ferrol, 1890 - Madrid, 1975), était un officier militaire espagnol, cousin au second degré du général Francisco Franco, chef de l'État espagnol de 1936 à 1975.

Orphelin de bonne heure, Pacón fut recueilli par les parents de Francisco Franco, auprès de qui il passa son enfance à Ferrol, puis aussi ses années de formation militaire à Tolède. Il s’engagea dans l’armée du Maroc en même temps que le futur Caudillo, et fut à ses côtés, comme aide de camp, à Madrid et à Saragosse, où son cousin avait été nommé directeur d’une nouvelle Académie militaire en 1927, ainsi que lors de la révolution asturienne de 1934, que le Caudillo fut chargé de réprimer par le gouvernement espagnol. Il aida à préparer le coup d’État de juillet 1936 et continua d’assister son cousin tout au long de la Guerre civile qui s’ensuivit.

Pendant la dictature franquiste, il mena une carrière dans l’armée tout en assumant la fonction de chef de la Maison militaire du Caudillo, jusqu’à sa retraite en 1956. Réputé être l’un des plus proches collaborateurs de l’entourage personnel de Franco, de qui il fut l’indéfectible confident, il laissa de ses conversations avec le général Franco, et avec d’autres militaires de haut rang, un précieux compte rendu publié à titre posthume dans deux écrits en 1976 et 1977, souvent sans complaisance envers son cousin et son entourage, en dépit de l’admiration qu’il lui vouait.

Biographie

Jeunes années et formation Francisco Pacón Franco Salgado-Araujo, né en 1890, fait partie d’une fratrie de . Il devint orphelin très tôt, puisque ses parents moururent jeunes, la mère en 1894, le père en 1901. La pension versée par l’État à la famille de Pacón après la mort de son père n’était que de par mois, c’est-à-dire le salaire d’un ouvrier des chantiers. Les parents de Francisco Franco Bahamonde se firent alors les tuteurs des orphelins, de sorte que les enfants Franco Salgado-Araujo étaient particulièrement proches de leurs cousins, les Franco Bahamonde, à telle enseigne que Pacón écrira que « Pilar [la mère de Francisco Franco] fut une seconde mère pour moi ». Pour différencier Francisco Franco Bahamonde (le futur Caudillo) d'avec son cousin Francisco Franco Salgado-Araujo, le premier nommé, plus jeune et de stature fluette, était désigné par Paquito, diminutif de Paco (hypocoristique de Francisco), et le second, plus grand et plus robuste, par l’augmentatif Pacón. L'un des frères, Miguel Franco Salgado-Araujo, sera tué au combat au Maroc en 1924.

Comme ses cousins, et conformément à la tradition familiale, Pacón se destinait à la carrière d’officier de marine, et se proposait de s’inscrire à l’Académie navale de Ferrol, mais alors même qu’il attendait sa convocation au concours d’entrée, au , survint l’annonce inopinée de la fermeture de cet établissement. En effet, après la défaite à Cuba, le commandement de la marine se retrouva avec un excédent d’officiers et limita aussitôt l’accès à l’académie ; en 1901, l’académie était restée fermée pendant un temps, puis avait rouvert ses portes en 1903, avant de les fermer de nouveau en 1907. À Pacón, comme à son cousin Paquito, pris de court lui aussi, l’Académie d’infanterie de Tolède tiendra lieu de substitut, tandis que Ramón, frère cadet de Franco, né en 1896, fera carrière dans l’aviation, après être passé lui aussi par l’Académie de Tolède. Aussi plusieurs jeunes hommes du Ferrol — Francisco Franco, Pacón, mais aussi Camilo Alonso Vega — qui se destinaient à la marine se retrouvèrent-ils un peu plus tard à l’Académie de Tolède, qui avait en 1905 réoccupé la presque totalité des locaux de l’Alcazar, après le très grave incendie de 1887.

Quoique la promotion admise cette année-là à l’Académie de Tolède ait été assez importante — 382 garçons, dont le cousin Paquito —, un millier d’autres avaient été recalés, dont Pacón, pourtant l’aîné de deux ans de Paquito, qui ne devait entrer à l’Académie que l’année suivante. Du reste, Pacón avait auparavant déjà pris quelque retard sur son cousin dans ses études secondaires, les facultés intellectuelles de ce dernier étant sensiblement plus développées que les siennes. À l’Académie, les deux cousins retrouvaient, outre Camilo Alonso, plusieurs autres compagnons d’études et de jeux, et allaient faire connaissance avec de nouveaux camarades, scellant autant d’amitiés indéfectibles, que Pacón et Franco conserveront toute leur vie ; en effet, ces compagnons de l’enfance et de l’adolescence, qui avaient partagé les jeux, les études et les combats du futur Caudillo — à Ferrol, Alonso Vega, Pedro Nieto Antúnez, Juan Antonio Suanzes, soit les Galiciens, et à Tolède, Juan Yagüe et Esteban Infantes, soit les Tolédans —, qui tous entreront dans la carrière militaire, et qui pour certains l’accompagneront au Maroc et à Oviedo, sont aussi ceux que l’on retrouvera près de Franco pendant la Guerre civile et qui joueront les premiers rôles sous le dictature franquiste.

C’est donc en , un an après son cousin Francisco Franco, que Pacón commença sa formation militaire à l’Académie de Tolède, que dirigeait alors le colonel José Villalba RiquelmeBOE () et dont Pacón sortit en avec le grade d’enseigne. Il fut ensuite versé d’abord dans le Régiment d’infanterie de à Zamora, avant de d’accomplir deux années de garnison à Ferrol, où il renforça son amitié avec Franco et avec Alonso Vega.

Entre-temps, il ne cessa de solliciter, comme le faisaient de leur côté Franco et Camilo Alonso, une affectation au Maroc. En 1912, à la faveur d’une recrudescence des combats et d’une carence d’officiers subalternes dans le Protectorat, Franco, Pacón et Alonso Vega sollicitèrent à nouveau leur envoi au Maroc, faisant appuyer cette fois leur demande par toutes les recommandations possibles, y compris celle du père de Franco. Le colonel Villalba Riquelme, qui venait de prendre le commandement d’un régiment à Melilla, réclama et obtint leur affectation, après amendement du règlement qui l’interdisait jusqu’alors. En , les trois quittèrent donc Ferrol pour le Maroc, au titre de « surnuméraires » mis à la disposition du capitaine général du Protectorat, et débarquèrent à Melilla le 12 du même mois.

Carrière militaire au Maroc Pacón se vit ainsi entraîné dans un conflit où s’entremêlaient les intérêts de l’Espagne, de la France et du Royaume-Uni, principalement, et dans lequel l’Espagne s’engagea avec témérité, sous la pression, d’une part, d’une armée désireuse de se dédommager des défaites subies dans les colonies d’outremer, et d’autre part, d’une oligarchie financière ayant des intérêts, essentiellement miniers, dans le MaghrebFrancisco Bergasa, La guerra de los banqueros, sur RNE, 2010.. La question du Maroc avait été réglée le par la conférence internationale d’Algésiras, où, estime Andrée Bachoud, « les Espagnols, flattés d’être enfin associés à une négociation internationale après tant d’années d’isolement diplomatique, signent alors l’accord le plus négatif qui leur ait été proposé jusque-là, car il confirme leur autorité au Maroc sur le territoire le moins contrôlable qui soit : la chaîne du Rif, qui en constitue l’axe principal, aligne sur ses sommets coupés de cols impraticables ». La fréquence des combats et les très lourdes pertes espagnoles infligées par les Rifains insurgés rendaient nécessaires un renouvellement constant des cadres et la mise à contribution des jeunes officiers.

En 1909, les Rifains attaquèrent les ouvriers qui construisaient la voie ferrée unissant Melilla aux mines de fer dont l’exploitation était imminente. L’Espagne envoya des renforts, mais elle contrôlait mal le terrain et manquait d’une base logistique. Ce fut l’origine du désastre de Barranco del Lobo de , qui avait si fortement impressionné les cadets de Tolède. La réaction militaire espagnole qui s'ensuivit avait permis d’étendre l’occupation de la zone côtière du cap de l’Eau jusqu'à la pointe Negri. Mais à partir de , le chef de la résistance rifaine El Mizzian reprit ses opérations de guérilla, causant de lourdes pertes à l’armée espagnole. En août, le président du Conseil José Canalejas prit prétexte d’une agression kabyle sur les bords du fleuve Kert pour donner mission à un corps de troupes d’élargir les frontières de la zone espagnole, nouvelle campagne contre laquelle la population espagnole protesta par l’insurrection de l’. Cependant, en , le sultan du Maroc accepta officiellement l’instauration d’un protectorat français sur tout le pays, et en novembre, Paris et Madrid scellèrent l’accord formel qui cédait à l’Espagne une certaine « zone d’influence » grande d’à peine 5 % du territoire, qui fut proclamée telle en , un an après l’arrivée de Pacón et de Franco en Afrique.

Là, Pacón s'intégra dans le cycle, ininterrompu depuis le début des opérations, des missions de reconnaissance et de protection des convois de ravitaillement, et de surveillance des postes isolés. Tous ces affrontements se situent dans le cadre limité d’une défense de territoire et de la nécessité de défendre quelques points stratégiques. Néanmoins, pour Pacón autant que pour Franco et leurs compagnons d’armes, tout cela prend des allures d’épopée, tout en constituant un très beau tremplin pour les militaires soucieux de faire carrière. Éloignés des conflits continentaux, Pacón et ses compagnons y trouvaient avec la même emphase une guerre à la mesure de leur vision du monde. En 1912, officier dans le régiment d’infanterie Mallorca, Pacón participa à la campagne de Melilla, notamment aux opérations de Tumiats et de Zarrora, obtenant par ses mérites de guerre la Croix de classe du Mérite militaire ainsi que la médaille de Melilla.

Fin 1917, Pacón fut destiné à la garnison d’Oviedo, en compagnie de Camilo Alonso Vega, par une sorte de transfert à l’arrière-garde faisant suite à leurs longues périodes de service dans le Protectorat et arriva ainsi dans la capitale asturienne un an après Franco. Ce dernier, n’ayant pu, au terme de sa période de convalescence après sa grave blessure de 1916, trouver de poste vacant pour un commandant chez les Réguliers indigènes, avait quitté le Maroc à la fin de .

En , monté au grade de capitaine, il fut destiné à la Légion étrangère. Blessé à la tête à Sidi-Hamet, puis à la jambe gauche dans le fortin de Sebt, il se vit décerner la médaille de Souffrances pour la patrie (medalla de Sufrimientos por la Patria). Il se distingua encore dans les nombreux combats auxquels il fut amené à prendre part, ce dont il fut récompensé par une promotion pour mérites de guerre au grade de commandant le .

Dictature de Primo de Rivera et Deuxième République Aux côtés d’autres anciens compagnons d’Afrique, tels que Millán-Astray, Varela, Orgaz et Mola, Pacón fit partie, à titre d’assistant personnel, de l’état-major de Franco pendant les deux ans que celui-ci passa à Madrid, de 1926 à 1927, amorce de la longue période où Pacón resta à ce poste, lequel devait acquérir une importance croissante au fil du temps.

En , Franco fut chargé par Primo de Rivera de diriger la commission qui devait mettre en chantier un nouvel établissement d’enseignement militaire, tâche à laquelle Franco se voua corps et âme en suivant de près les travaux de construction, et à laquelle fut associé également Pacón à partir de , en tant qu’aide de camp, puis aussi comme professeur de tactique et armement ; Alonso Vega contribua également au projet. À l’avènement de la république en 1931 et l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement de gauche, l’Académie de Saragosse fut supprimée par le nouveau ministre de la Guerre Manuel Azaña et Franco connut une période d’ostracisme. Celle-ci prit fin en , quand Franco retrouva du service comme préfet militaire de La Corogne, où il choisit derechef pour aide de camp son cousin Pacón.