Pierre Elliott Trudeau, né le à Outremont (Québec) et mort le à Montréal (Québec), est un homme d'État canadien, premier ministre du Canada du au , puis du au , sous la bannière du Parti libéralÀ ce titre, il bénéficie du titre honorifique de : « Le très honorable », The Right Honourable en anglais, désignation normale pour les premiers ministres canadiens dans la tradition des Royaumes du Commonwealth.. Par sa longévité politique et l'importance des changements qu'il a mis en œuvre, il est certainement la figure politique canadienne la plus importante de la seconde moitié du Mathieu Bock-Côté, « Justin Trudeau et le rêve canadien », Conflits, , oct.-décembre 2016, .. En tant que ministre de la Justice sous Lester B. Pearson, il fait adopter le Bill omnibus qui légalise le divorce et décriminalise l'avortement et l'homosexualité, considérant que .

Alors qu'il est premier ministre, le Canada établit des relations avec la Chine communiste en 1970, puis avec Cuba en 1976. C'est également sous son mandat que la peine de mort est abolie. Il est le principal artisan du rapatriement de la Constitution du Canada de 1982, événement qui suscite encore aujourd'hui la controverse surtout chez les nationalistes et les souverainistes québécois. Pierre Elliott Trudeau influence fortement la politique canadienne par diverses interventions. Son caractère flamboyant et intellectuelVoir par exemple Le prince () : Et () : sert à rehausser la visibilité du Canada sur la scène mondiale. Il est également un homme dont l'héritage est souvent critiqué : sur le plan économique, le déficit des finances publiques canadiennes se creuse pendant l'administration de Trudeau.

Au Québec, les nationalistes et les souverainistes lui reprochent son implication dans ses nombreuses attaques réussies au mouvement indépendantiste québécoisRapatriement de la Constitution canadienne, sur radio-canada.ca. tandis que son Programme énergétique national crée un fort ressentiment dans l'Ouest canadien.

Son fils Justin Trudeau exerce également la fonction de premier ministre du Canada de 2015 à 2025.

Biographie Jeunesse

Pierre Elliott Trudeau naît le à Outremont, sur l'île de Montréal, fils d’un entrepreneur canadien-français gestionnaire de stations-service, Charles-Émile Trudeau (1887–1935), et de Grace Elliott (1890–1973), née d'un père canadien-anglais et d'une mère canadienne-française. Il est baptisé Joseph Philippe Pierre Yves Elliott Trudeau le en l'église Saint-Viateur d'OutremontExtrait du registre des baptêmes (1919) de l'église Saint-Viateur d'Outremont : Baptême 46 - Joseph Philippe Pierre Yves Trudeau. Le vingt octobre mil neuf cent dix-neuf, nous, prêtre soussigné, avons baptisé Joseph Philippe Pierre Yves Elliott né le dix-huit, fils légitime de Joseph Charles Émile Trudeau, avocat qui a signé, et de Grace Elliott de cette paroisse. Le parrain a été Joseph Trudeau, rentier de Saint-Rémi qui a signé, et la marraine Malvina Cardinal qui a signé. Lecture faite. Signé : Malvina Cardinal ; E. Trudeau ; J. Chs. Trudeau ; J.A. Perrault, prêtre, C.S.V. : pour l'occasion, son parrain est son grand-père Joseph Trudeau, agriculteur rentier de Saint-Rémi, et sa marraine est sa grand-mère Malvina Cardinal.

Pierre Trudeau est le deuxième d’une famille de trois enfants. Sa sœur aînée est Suzette (1918–2008) et son frère cadet est Charles junior (1922–1994). Trudeau naît peu de temps après que son père eut fondé l’Automobile Owner’s Association : c'est dans les tensions financières et la crainte de voir l'entreprise sombrer dans la faillite qu’il vit les premières années de sa vie. Il fait ses études primaires à l’académie Querbes, puis va au collège Jean-de-Brébeuf pour ses études secondaires. Durant ces années, le réseau de stations-service Champlain de son père prospère jusqu’à ce qu’il le vende pour la somme de 1,4 million de dollars à l’Imperial Oil. À partir de ce moment, les Trudeau peuvent vivre dans un certain confort financier.

À cette époque, Pierre est un enfant fragile et timide, n’ayant pas encore développé la confiance en soi et l'excentricité qui feront sa marque des années plus tard, lors de sa carrière politique. Son père sait comme il est difficile à l’époque de prospérer pour un Canadien français. Il entreprend donc de rendre son fils plus sûr de lui, l’incitant à pratiquer la gymnastique suédoise, la crosse, le hockey. Pierre s’habitue au caractère exubérant de son père.

En , Charles-Émile Trudeau meurt à d'une pneumonie. Pierre, alors âgé de , en est profondément bouleversé. Il adopte alors un comportement outrancier, insolent, provocant et imprévisible avec ses amis, sans doute pour masquer son désarroi. Avec sa famille, il reste l’adolescent poli et discret qu’il a toujours été. Comme pour se détacher de son père, il délaisse les activités populaires qu’il pratiquait plus jeune pour se lancer dans des cours de diction et des sports solitaires.

À la sortie du collège Jean-de-Brébeuf, il s’inscrit à la faculté de droit de l’Université de Montréal. Il trouve les cours ennuyeux et inutiles, ce qui lui fait dire que l’étude du droit au Québec dans les années 1940 ne mène qu’à . Il finit toutefois ses cours et entreprend de pratiquer le droit comme avocat stagiaire.

Départ du Canada

Mais son désintérêt pour la profession d'avocat conjugué au climat social déplaisant qui régnait à cette époque au Québec et la peur d'être conscrit au sein de l'armée canadienne (au moment de la crise de la conscription) l’amènent à quitter le Canada en . Alors âgé de , Trudeau décide de faire une maîtrise en économie politique à l’université Harvard au Massachusetts. Après la guerre, il est étudiant au sein du nouvel Institut d'études politiques de Paris, qui a remplacé l’École libre des sciences politiques de Paris. Un an après, il part en Angleterre étudier à la London School of Economics. Il y suit les cours du haut dirigeant du Parti travailliste anglais, Harold Laski, et devient grâce à ce professeur, adepte à cette époque des idées socialistes. Puis, ne trouvant toujours pas sa place dans la société, il entreprend un tour du monde.

Retour au Québec

Trudeau revient au Québec en 1949. Maurice Duplessis était alors premier ministre du Québec et la province s’industrialisait en dépendant des investissements américains. À son retour, une grève illégale éclate à Asbestos (les mineurs de l’amiante exigeaient de meilleures conditions de travail) et Trudeau décide d’accompagner le journaliste Gérard Pelletier, qui se rendait à Asbestos suivre les événements pour le compte du journal Le Devoir. Très rapidement, Pierre prend parti pour les manifestants par des discours virulents qui attirent l’attention du chef syndical Jean Marchand et lui valent aussi d’être brièvement détenu par la police locale. Puis, sa passion pour la politique le conduit à postuler pour un poste de cadre de la fonction publique fédérale à Ottawa : il obtient le poste, devenant ainsi attaché au conseil privé pendant un an (jusqu’en 1951).

Puis, il se joint à Cité libre, une revue attaquant Maurice Duplessis et le clergé catholique conservateur du Québec. L’auteur principal de cette revue était Gérard Pelletier, qui devient un des plus grands collaborateurs et amis de Trudeau, qui publie donc dans Cité Libre et dans le journal Le Devoir plusieurs articles suggérant des réformes sociales et une plus grande égalité. Puis, en 1956, Trudeau coordonne la publication du livre La grève de l’Amiante. Trois ans plus tard, il reçoit la médaille du président de l’Université de Western Ontario pour le meilleur essai savant de l’année : Some Obstacles to Democracy in Québec.

En , Maurice Duplessis meurt, et le , les libéraux provinciaux de Jean Lesage prennent le pouvoir. Trudeau devient alors professeur de droit constitutionnel à la Faculté de droit de l'Université de Montréal.

La Ligue des droits de l'homme En 1963, Pierre Trudeau, Gérard Labrosse, J. Z. Léon Patenaude et Jacques Hébert fondent la Ligue des droits de l'homme, nommée par la suite la Ligue des droits et libertésLucie Laurin, Des luttes et des droits. Antécédents et histoire de la Ligue des droits de l’homme de 1936 à 1975, Montréal, Éditions du Méridien, 1985.

Saut en politique Très vite, Trudeau se lance dans la politique fédérale en se présentant comme candidat pour le Parti libéral du Canada dirigé par Lester B. Pearson. Aux élections de 1965, il est élu député de Mont-Royal au sein d'un gouvernement libéral minoritaire. Pearson le choisit alors pour être son secrétaire parlementaire.

En 1967, toujours sous Pearson, Trudeau devient ministre fédéral de la Justice. Du au de la même année, Pearson organise une conférence constitutionnelle des premiers ministres des provinces où Trudeau domine largement les débats, ce qui accroît sa popularité. En , Trudeau dépose un projet de loi légalisant l'avortement, le divorce et l'homosexualité. En conférence de presse, il prononce, pour justifier son point de vue, une citation qui restera célèbre :

Candidature à la direction du Parti libéral À la fin de 1967, Pearson annonce son départ de la vie politique. Trudeau pose sa candidature à la direction du Parti libéral. La course voit s'affronter 10 aspirants dont les principaux sont, outre Trudeau : Mitchell Sharp (ministre des Finances), Paul Hellyer (ministre des Transports), Paul Martin père (secrétaire d'État aux Affaires extérieures), Robert Winters (ministre de l'Industrie et du Commerce) et John Turner qui, à trente-huit ans, est le plus jeune des candidats.

La convention se déroule à Ottawa du 3 au . Le dernier jour, Trudeau remporte, difficilement (au contre Robert Winters), la course à la chefferie du Parti libéral du Canada. Il devient par le fait même le quinzième premier ministre du Canada, depuis 1867. Il est assermenté le .

Résultats électoraux Si on exclut un bref intermède de neuf mois pendant lequel le Canada est dirigé par un gouvernement minoritaire progressiste-conservateur mené par Joe Clark, Pierre Eliott Trudeau sera à la tête du gouvernement fédéral pendant , d' à . Seuls, Mackenzie King et John A. Macdonald ont exercé la fonction de premier ministre plus longtemps que Pierre Elliott Trudeau.

Moins de trois mois après être devenu chef de son parti, Trudeau remporte son premier combat électoral lors du scrutin du , qui voit l'élection d'un gouvernement libéral majoritaire : libéraux contre 72 pour le parti progressiste-conservateur de Robert Stanfield, 22 pour le Nouveau Parti démocratique dirigé par Tommy Douglas et 14 pour le Ralliement créditiste de Réal Caouette.

Les élections suivantes ont lieu le . Cette fois, les libéraux se retrouvent à la tête d'un gouvernement minoritaire, avec seulement contre 107 pour les députés du parti progressiste-conservateur. La balance du pouvoir appartient aux néo-démocrates, dont le chef est maintenant David Lewis.

À la suite d'un vote de défiance, de nouvelles élections sont déclenchées au début de l'été 1974. Au scrutin du , les libéraux font élire contre 95 progressistes-conservateurs, 16 néo-démocrates et 11 créditistes. Ils sont à nouveau majoritaires.

Au cours des années qui suivent, les autres partis fédéraux élisent de nouveaux chefs : Joe Clark au parti progressiste-conservateur, Ed Broadbent chez les néo-démocrates et Fabien Roy chez les créditistes. Lors des élections du , les libéraux perdent le pouvoir et c'est le parti progressiste-conservateur qui forme le gouvernement. Mais celui-ci est minoritaire ( conservateurs, 114 libéraux, 26 néo-démocrates, 6 créditistes) et ne reste en poste que pendant neuf mois. Les libéraux regagnent le parlement lors des élections du et disposent d'une majorité confortable : 147 libéraux, 103 progressistes-conservateurs et 32 néo-démocrates.

Le , Trudeau annonce son intention d'abandonner la vie politique. Il quitte ses fonctions quatre mois plus tard.

Trudeau et le souverainisme québécois