August Hirt, né le à Mannheim et mort le à Schluchsee, est un anatomiste criminel nazi, de nationalité allemande et suisse. Enseignant aux universités de Heidelberg, Greifswald et Francfort, il finit professeur à la Reichsuniversität Straßburg (Université du Reich de Strasbourg). Hirt a effectué des expériences avec le gaz moutarde sur les détenus du camp de concentration de Natzweiler-Struthof et a joué un rôle dans l'assassinat de 86 déportés juifs du camp de concentration d'Auschwitz, transférés au camp de Natzweiler-Struthof pour y être gazés afin de constituer une collection de squelettes à l'Institut anatomique de Strasbourg. Il était SS-Sturmbannführer, membre de l’Ahnenerbe (Société pour la recherche et l'enseignement sur l'héritage ancestral).
Biographie
Éducation et parcours académique
August Erwin Teobald Hirt est le fils de Johannes Hirt, originaire de Schöfflisdorf (Suisse, canton de Zurich), homme d'affaires suisse à Mannheim, et de Charlotte Maria Katharina née Rastberger. En 1914, alors lycéen, il se porte volontaire pour participer à la Première Guerre mondiale du côté allemand. En , il est blessé d'une balle dans la mâchoire supérieure. On lui remet la Croix de fer et il retourne à Mannheim en 1917.
Il va ensuite étudier la médecine à l'Université de Heidelberg. En 1921, il prend la citoyenneté allemande. En 1922, il obtient son doctorat en médecine avec Der Grenzstrang des Sympathicus bei einigen Sauriern (La limite du système nerveux sympathique chez certains sauriens). Il travaille alors à l'Institut d'anatomie de l'Université de Heidelberg. En 1925, il reçoit l'habilitation à enseigner grâce à une thèse sur le trajet des fibres des nerfs rénaux. En 1930, il devient professeur associé à l'institutDas Jahr 1930 wird von Klee (Auschwitz, S. 356)...
August Hirt rejoint en la Ligue militante pour la culture allemande. Le , il adhère à la SS générale (SS-Nr. ), et est promu Hauptsturmführer (capitaine) le , mais il n'est membre du NSDAP qu'à partir du , période d'adhésion des universitaires du Reich (Mitgliedsnr. 4012784). À compter du , il est membre de l'état-major personnel du RuSHA., l'organisme chargé d'attester la « pureté » idéologique et raciale des membres de la SS. Il passe Sturmbannführer (commandant) en 1944.
À compter du , le Hirt est agrégé et directeur de l'Institut d'anatomie de l'Université de Greifswald ; le , il obtient le même poste à l'Université de Francfort. Au début de la Seconde Guerre mondiale, il est médecin-chef SS d'août 1939 jusqu'en avril 1941, période pendant laquelle il prend part à la bataille de France. Il devient ensuite directeur du nouvel Institut d'anatomie de la Reichsuniversität Straßburg (Université du Reich de Strasbourg)..
Période à la Reichsuniversität Straßburg Fin 1941, le professeur Hirt travaille sur un antidote au gaz de combat ypérite, connu sous le nom de gaz moutarde. Il connaît les douleurs causées par l’ypérite, y ayant été exposé, par une erreur de manipulation, à très faible dose fin 1941 : « C’est extrêmement douloureux ».. Cela ne l’empêche pas, en , de commencer à expérimenter sur l’homme au camp de concentration de Natzweiler-Struthof. Les doses qu’il utilise sont mortelles. Sur un premier groupe de quinze personnes, il teste son antidote sur dix d’entre elles, et laisse cinq « témoins » sans protection. Sept prisonniers meurent. Pour avoir un résultat statistiquement significatif, il recommence l’expérience sur dont près de quarante meurent selon les témoignages. On n’en sait pas plus sur ces expériences, tous les documents sur ses recherches furent brûlés avant la libération de Strasbourg.
Hirt est incontournable pour ceux qui veulent réaliser des expériences sur des prisonniers du camp du Struthof. Le , il organise une conférence devant ses confrères de la faculté de médecine de Strasbourg pour les inciter à rejoindre, comme lui, la SS et l’Ahnenerbe afin d’avoir accès à l’expérimentation humaine. Les professeurs Eugen Haagen et Otto Bickenbach, entre autres, profiteront de ces « facilités » offertes par Hirt et l’Ahnenerbe
L'Ahnenerbe est, sous le Troisième Reich, une société organisant, entre autres, des « expériences médicales » sur des prisonniers, parmi lesquels de nombreux Juifs, de certains camps de concentration dont celui de Natzwiller-Struthof en Alsace où officie August Hirt. Il pratique également des expériences sur des cadavres, collectionnant également les crânes humains.
August Hirt a été marié et a eu une fille et un fils.
Collection de squelettes juifs
Le professeur Hirt est surtout connu pour avoir voulu compléter la collection de crânes de l'institut d'anatomie (dont il est le directeur depuis 1941) avec des crânes de commissaires « judéo-bolcheviques ». Il s'occupe en effet à l'époque de recherches sur la race. Comme, selon lui, la « race » juive est sur le point d'être anéantie, il cherche à réunir, tant qu'il est encore temps, une collection de crânes de commissaires bolcheviks juifs. Hirt envoie d'ailleurs son projet à Heinrich Himmler, un projet intitulé Conservation des crânes de commissaires judéo-bolcheviques aux fins de recherches scientifiques à la Reichsuniversität Strassburg. Hirt écrit notamment dans ce projet : . vignette|Camp de concentration de Natweiller-Struthof : plaque mémorielle portant les noms des 86 juifs gazés par August Hirt Dans le cadre de ses études raciales, le professeur Hirt conçoit le projet d’une collection de squelettes juifs et c'est pour cette raison qu'il présente son plan de recherches à Himmler. Ce dernier approuve ce projet et Hirt peut commencer ses « expériences médicales ». C'est à ce stade que 86 hommes et femmes sont « sélectionnés » en août 1943 au camp d'Auschwitz par son assistant, l'anthropologue SS Bruno Beger, avant d'être envoyés au camp de concentration de Natzweiler-Struthof, en Alsace. Divisés en quatre groupes, ils sont successivement gazés quelques jours après et leurs cadavres mis à sa disposition.
En septembre 1944, l’approche rapide des Alliés entraîne l'abandon du projet et Heinrich Himmler ordonne l'élimination de toute trace de cette collection compromettante. En vain, les restes de quatre-vingt-six cadavres sont découverts plus tard et inhumés le dans le cimetière municipal de Strasbourg-Robertsau avant d'être transférés en 1951, dans le cimetière juif de Strasbourg-Cronenbourg.
Pendant un bombardement de Strasbourg, le , sa femme et son fils sont tués. Après la libération de Strasbourg à la fin , il s’enfuit avec sa fille à Tübingen dans le Sud de l’Allemagne où il reste jusqu'à l'occupation du Wurtemberg par les Alliés, avant de se réfugier chez des paysans en Forêt-Noire.. Le , il se suicide d'un coup de feu à Schönenbach et est enterré au cimetière de Grafenhausen..
En Suisse on le recherche encore jusqu'à fin des années 1950 et à Metz un tribunal militaire français le condamne à mort par contumace le .
Le , des restes de ses victimes conservés dans un bocal et des éprouvettes et dont les chercheurs écartaient jusqu’ici l’existence, ont été découverts par le Raphael Toledano (médecin, membre du conseil scientifique du Centre européen du résistant déporté (CERD)-Musée du Struthof) avec l'aide du Jean-Sébastien Raul, dans le Musée de l’Institut de médecine légale de Strasbourg.
Notes et références
Annexes Bibliographie Ernst Klee : Auschwitz, die NS-Medizin und ihre Opfer. . Fischer, Francfort-sur-le-Main 1997, . . . Jean-Claude Pressac, L’Album du Struthof : étude du gazage au Struthof de 86 juifs destinés à la constitution d’une collection de squelettes, New York, The Beate Klarsfeld Foundation, 1985.
. Raphael Toledano, Henri Henrypierre: de Lièpvre à Nuremberg, itinéraire d'un témoin des crimes du Struthof, Annuaire de la Société d'histoire du Val de Lièpvre, 2013, , .
Documentaires , documentaire réalisé par Emmanuel Heyd et Raphael Toledano, durée 63 min. Production dora films sas - Alsace 20 - Télébocal - Cinaps TV, 2014 , documentaire réalisé par Sonia Rolley, Axel et Tancrède Ramonet, durée 55 min. Production Temps noir, France, 2013 « L'horrible histoire du seul camp de concentration nazi en France », documentaire : Histoires de guerre, épisode 46. Écriture : Julien Aubrée, Florian Henn et Patrick Godfard, durée 31 min. Publication Mamytwink, Société Dix Dix-Neuf Productions, mis en ligne le
Liens externes
: Cercle réunissant des soignants français et allemands qui honorent la mémoire des du August Hirt.
Patrick Wechsler, "La Faculté de Medecine de la „Reichsuniversität Straßburg“ (1941-1945) à l'heure nationale-socialiste"
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