La grotte des Scilles est un site préhistorique de Haute-Garonne. Elle fait partie des grottes de Lespugue, situées dans les gorges de la Save, sur la commune de Lespugue, en Pays Comminges Pyrénées, région Occitanie (Midi-Pyrénées), en France. Elle a été occupée principalement pendant le Magdalénien inférieur Aquitain (III) et l'Azilien. C'est aussi l'une des rares séquences stratigraphiques solutréennes connues (en 2003) dans le piémont pyrénéen. Elle a livré un « four (de type) polynésien », des pointes de sagaies de type Lussac-Angles, une lampe à huile, des aiguilles à chas…

Situation

Les grottes de Lespugue se trouvent dans le sud-ouest du département de Haute-Garonne, dans les gorges de la Save, que suit la route D9g, sur la rive droite de la Save, à Lespugue. La commune de Montmaurin occupe la rive gauche. Les grottes de Montmaurin se trouvent dans les gorges de la Seygouade, à quelque à l'ouest de Lespugue.

La grotte des Scilles est la plus au sud sur la route D9g dans la gorge : « cartes du contexte géologique régional simplifié et des sites archéologiques » sur Montmaurin et Lespugue., à environ en amont de la grotte des Rideaux et de la fin des gorges de la Save.

Description

De nos jours, la large ouverture de la grotte des Scilles est pratiquement au niveau de la route et à peine quelques mètres au-dessus du niveau de la Save.Pour voir l'entrée de la grotte des Scilles : : photo de l'entrée de la grotte des Scilles montrant le remblai et la cheminée d'accès à l'étage supérieur. .. Elle se présente comme une petite salle semi-circulaire large de vers l'entrée et profonde d'environ . Un petit diverticule la prolonge de au fond à droite. Vers l'entrée de la grotte, à de hauteur sur la gauche, s'ouvre une cheminée qui remonte au niveau supérieur jusqu'à une salle « dépourvue de sol » et dont le plafond montre une fissure que René de Saint-Périer dit communiquer avec le plateau surmontant les grottes..

L'extérieur de la grotte a été remblayé après les fouilles de René de Saint-Périer et le niveau du sol est de nos jours à peu près à la hauteur de la couche archéologique B. Ce remblai est peut-être dû à l'élargissement de la route qui passe de nos jours à moins de deux mètres du surplomb.

Occupation

René de Saint-Périer avait attribué l'occupation principale au Magdalénien ancien, Henri Breuil au Magdalénien III.Cité dans ., Jean Clottes au Magdalénien moyen pyrénéen. Cité dans .. Pétillon et al. la replacent au Magdalénien inférieur. (« Magdalénien inférieur Aquitain (III) », vers 14 800 ans AP), pendant le Tardiglaciaire.. Le Magdalénien inférieur est rare dans les Pyrénées.

L'Azilien est également cité..

Fouilles

La grotte des Scilles est connue localement par un petit nombre de gens. Les Saint-Périer la nomment d'après les Scilla liliohyacinthus, abondants près de son ouverture. Ils la fouillent en 1923-1924.. Aucune fouille n'a lieu après celles des Saint-Périer et jusqu'en 2010. En 2008 Pétillon et al. publient une étude approfondie du matériel des collections..

Stratigraphie

Le remplissage s'étend jusqu'à environ au-delà du surplomb, où il forme un talus d'environ d'épaisseur. Voir une coupe stratigraphique de la grotte dans . De bas en haut, Saint-Périer trouve deux couches principales, A et B, et des couches intermédiaires :

éboulis Cette couche de d'épaisseur, archéologiquement stérile, s'est établie à la suite d'un éboulement de la voûte.

couche de sable grossier De d'épaisseur, cette couche contient des éléments plus gros aux arêtes émoussées. D'après Saint-Périer, ce serait un dépôt de la Save.

couche B Couche noire de d'épaisseur ; Saint-Périer la décrit qui « s'insinuait dans toutes les anfractuosités de la roche » et s'étendait jusqu'à en avant du surplomb. Il semble que les Saint-Périer l'aient fouillée sur une surface de . Elle a livré la plupart des vestiges archéologiques trouvés dans la grotte. En 2010, publient une étude poussée de ce matériel de la couche B..

couche argileuse rouge De d'épaisseur, relativement homogène mais avec « quelques galets de quartzite altéré », elle contient aussi plusieurs poches de graviers à sa base. Comme ce type de quartzite est abondant sur le plateau sus-jacent, Saint-Périer pense que cette couche s'est déposée par ruissellement depuis le plateau via la fissure mentionnées plus haut, la salle supérieure et la cheminée. Cette argile rouge n'a livré aucun outillage ou fossile, mais un foyer particulier (voir dans la section suivante le « four polynésien »).

couche A Couche noire de d'épaisseur, présente sur toute la largeur de la grotte et jusqu'à en avant du surplomb.

terre végétale De d'épaisseur.

Fours enterrés, ou le « four polynésien » de Saint-Périer Saint-Périer trouve dans la « couche argileuse rouge » qui surmonte la couche B, une structure de combustion en creux qu'il décrit ainsi : « fosse mesurant de longueur sur de hauteur et de profondeur, creusée dans l'argile, limitée au-dessus et au-dessous par des pierres calcaires plates posées côte à côte. Au pourtour de cette cavité, l'argile était rubéfiée comme sous l'action d'un feu intense […]. La fosse contenait des fragments osseux [calcinés] […] d'animaux de la taille du cheval et du bœuf. Ces os étaient plongés dans une terre de foyer très noire mélangée de charbons et de cendres ; elle ne contenait aucun […] objet d'industrie ». Cité par Sophie Archambault de Beaune dans .. Saint-Périer donne à cette structure le nom de « four polynésien ».

Les premières comparaisons ethnologiques concernant des fours enterrés en contexte paléolithique semblent avoir été effectuées à propos des structures découvertes à la grotte des Fées (Prignac-et-Marcamps, Gironde) et à la grotte des Scilles..

Mobilier Matériel lithique

Le silex des outils est principalement du silex tertiaire, sourcé localement dans les Petites Pyrénées ; . Cités dans .. Cité dans ., mais provenant aussi de sites plus éloignés : gisements d'Audignon (en Chalosse, Landes). . . Cités dans ., et du Périgord .

Quelques pièces sont en silex « grain de mil » de Saintonge. Cité dans ., en silex turonien (« fumélois ») du Haut-Agenais, en flysch de Montgaillard. Cité dans ., maastrichtien de Montsaunès et du Paillon.. Cité dans ..

Les autres silex, qui incluent une variété jaspée, sont de provenance indéterminée..

Pointes de sagaies et diffusion vers le sud

Les Scilles contenaient des pointes de sagaies de type Lussac-Angles, ce qui ajoute Lespugue à la courte liste des sites pyrénéens connus qui témoignent des relations entre le nord de l'Aquitaine et les régions méridionales, avec la diffusion de ces sagaies en direction du sud (Quercy, Pyrénées, région cantabrique). Dans les Pyrénées, ce sont Troubat (Hautes-Pyrénées), Marsoulas, Montconfort (Saint-Martory), Gourdan (Haute-Garonne), la Salle des Morts d'Enlène (Ariège), Montfort (Saint-Lizier, Ariège), Canecaude (Villardonnel, Aude).. Les couches correspondantes de Canecaude et d'Enlène sont datées respectivement à et , c'est-à-dire après le Magdalénien III ; mais Tito Bustillo aurait livré le même genre de sagaie ; , . Cités dans . dans une couche beaucoup plus ancienne ; à El Mirón, elles sont datées immédiatement après le Magdalénien archaïque-BadegoulienStraus et González Morales 2005. Cité dans ..

Les Scilles ont aussi livré des pointes de sagaies à biseau simple sans rainure ; et des pointes de sagaies à base conique..

Lampe à huile Découverte et tribulations

La lampe à huile en grès de la grotte des Scilles, cassée en deux morceaux, est trouvée par les Saint-Périer dans le niveau B en avant de la grotte, à environ du surplomb, en 1923 (pour la base de la lampe) et 1924 (pour la partie terminale). Elle est publiée par le comte en 1926. Disparue entre le décès de la comtesse (1978) et le transfert de la collection au musée d'Archéologie nationale (MAN) en 1980, elle réapparaît lors de la vente d'une collection privée rachetée par le MAN avec plusieurs autres pièces à la fin des années 1980. Citée dans plusieurs études des lampes paléolithiquesTravaux citant la lampe des Scilles : . Cité dans . . Cité dans . . Cité dans et dans ., elle a fait l'objet de trois brèves publicationsTrois publications par Sophie Archambault de Beaune mentionnent la lampe des Scilles : . À cette date la lampe est au MAN et n'est pas disponible pour étude ; Cette publication reprend la description de la lampe faite dans . . . Ces deux dernières publications sont citées dans . par Sophie Archambault de Beaune qui l'étudie plus en détail dans ..

Description

La lampe est presque complète : il ne lui manque que quelques menus éclats du bord, trop effrités pour être collectés. Elle est faite à partir d'un galet de grès rouge tendre à grain très fin légèrement micacé. Selon Saint-Périer, la pierre ressemble au grès rouge permien de la région de Brive en Corrèze ; mais cette provenance reste à confirmer..

Elle mesure de long sur dans sa plus grande largeur, pour une épaisseur maximum de à la naissance du manche et au niveau de la cuvette. Cette cuvette, profonde de et large de de diamètre, est très régulière et bordée d'une margelle bien plane. La lampe est entièrement façonnée ; des traces de piquetage sont visibles, notamment sur son revers et sur l'avers du manche. Elle a été entièrement polie pour la régulariser et les versants de la cuvette montrent des stries circulaires, peut-être dues à un abrasif intermédiaire (du sable ?). Le manche triangulaire est long de , il présente quelques traits profondément incisés, assez larges et à section en U, qui sont peut-être les traces d'un décor non figuratif ; Saint-Périer y voyait la figuration possible d'une main schématisée.

Elle a peut-être subi un nettoyage intensif pendant les années où elle a fait partie d'une collection privée, car les traces d'action du feu mentionnées par Saint-Périer comme très nettes ne sont plus très visibles ; elles se trouvaient dans la cuvette « jusqu'à un centimètre environ au-delà de la limite de la cupule ». Il en reste encore des traces charbonneuses dans la cuvette.

Sur les quelque lampes paléolithiques connues en 2010, seulement une trentaine sont munies d'un manche façonné bien individualisé. La typologie définie par Bastin et Chassaing (1940) donne deux types différents de lampes avec manche : celles à manche triangulaire (type la Mouthe) et celles à manche « en raquette » (type Lascaux). La moitié d'entre elles sont en grès et dix sont en calcaire..

Aiguilles à chas

Le niveau B Magdalénien III ou IV. de la grotte des Scilles a livré neuf aiguilles à chas dont deux complètes ; cet outil est également présent dans le niveau azilien de la grotte.

Conservation

Le matériel collecté est d'abord conservé au château des Saint-Périer, à Morigny (Essonne), jusqu'au décès de Suzanne de Saint-Périer († 1978), avant de rejoindre le musée d'Archéologie nationale au début des années 1980. Cité dans .. En 2008 ce musée possède 483 pièces provenant des Scilles.. Quelques objets sont conservés ailleurs : 15 pièces des Scilles sont au musée de Saint-Gaudens en 1993, en 2008 Pétillon et al. y comptent 4 pièces. Le musée de Montmaurin en possède 42 pièces en 1998 mais 33 en 2008.

Protection

La grotte des Scilles fait partie de l'« Ensemble des grottes et abris préhistoriques de la vallée de la Save », classé comme monument historique depuis le . Il s'agit des grottes situées sur la parcelle cadastrale A 49, pour les sites archéologiques , dans le bois de Saint-Martin. Le classement en monument historique n'inclut donc pas la grotte de Gouërris.

Voir aussi Articles connexes Grottes de Lespugue Grotte de Gouërris Abri des Harpons Grotte des Rideaux Abri Sous-les-Rideaux Grottes de Montmaurin Liste de grottes des Pyrénées françaises Liste des sites paléolithiques français

Bibliographie

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Notes et références Notes

Références

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