vignette|Le dessin nº5.La collection des plans et dessins du Moyen Âge de l’Œuvre Notre-Dame est un ensemble de dessins datant du au et représentant des grands monuments gothiques, en particulier la cathédrale de Strasbourg. Propriété de la Fondation de l'Œuvre Notre-Dame, qui l’a assemblée au Moyen Âge, cette collection a été placée en dépôt au musée de l'Œuvre Notre-Dame à la création de celui-ci et est exposée au public depuis 2015, avec toutefois des restrictions en raison de la grande fragilité des documents. Comptant une trentaine de pièces, l’ensemble strasbourgeois est la troisième plus grande collection de plans médiévaux en Europe, après celles de l’Académie des beaux-arts de Vienne et des archives d’Ulm.
Historique La collection a commencé à se constituer au Moyen Âge, au sein de l’Œuvre Notre-Dame, l’atelier de cathédrale de Strasbourg. L’institution, bien qu’employant les architectes de la cathédrale, n’était toutefois en temps normal pas propriétaire des plans que ceux-ci établissaient et qu’ils emmenaient avec eux lorsqu’ils quittaient le chantier. Les plans conservés sont donc probablement soit des commandes spéciales, soit ont été rachetés aux maîtres d’œuvre ou à leurs héritiers, transactions qui apparaissent parfois dans les livres de comptes.
L’ampleur exacte de la collection au n’est pas connue en détail, mais il est possible qu’elle ait compté à cette date plus de quatre cents plans et dessins. Toutefois, le déclin progressif de l’Œuvre Notre-Dame et ses difficultés financières à partir du conduisirent à la déliquescence progressive de la collection : certains dessins sont ainsi utilisés au pour relier des livres et d’autres sont vendus.
Les restes de la collection commencent à attirer l’attention des érudits au et l’architecte Georg Moller est le premier à publier l’un d’entre eux dans son ouvrage Denkmählern der deutschen Baukunst en 1821. D’autres dessins sont ensuite publiés par Christian Wilhelm Schmidt en 1851, dans Faksimile der Originalpläne Deutscher Kathedralen et Schneegans envisage d’en effectuer la publication complète, bien que ce projet ne soit pas mené à terme. Cet intérêt n’amène cependant pas toujours la collection à être traitée avec plus de soin, et certains dessins encore mentionnés à cette époque disparaissent alors entre les mains de collectionneurs privés, d’autres sont collés sur toile dans le but d’être exposés dans les bureaux de la Fondation, où ils sont présentés aux visiteurs de marque, comme Viollet-le-Duc.
À la création du musée de l'Œuvre Notre-Dame dans les années trente, la collection y est mise en dépôt et quelques dessins sont alors exposés dans la salle du gâble, sans être toutefois particulièrement mis en valeur. C’est en 1989, à l’occasion de l’exposition Les bâtisseurs des cathédrales, que l’importance patrimoniale de l’ensemble des dessins est révélée. Cet événement marque toutefois également la fin de leur présentation au public : particulièrement fragiles, ils ont alors déjà souffert de leur exposition prolongée à la lumière.
Conservée en réserve pendant vingt-cinq ans, la collection rejoint finalement en 2015, à l’occasion du millénaire de la cathédrale, une salle du musée spécialement conçue pour leur exposition où ils peuvent de nouveau être présentés au public, avec cependant des restrictions.
Conditions de conservation Situation antérieure à 2015 Au , les dessins sont marouflés et exposés dans des vitrines dans les bureaux de l’Œuvre Notre-Dame, puis, à la création du musée de l’Œuvre Notre-Dame ils sont présentés dans la salle du gâble. Celle-ci ne comporte que peu de fenêtres, mais l’éclairage est alors composé de tubes fluorescents et il n’y a pas de protections contre les rayons ultraviolets. Par ailleurs, la salle, qui est de grande taille, ne fait l’objet d’aucun contrôle du climat.
Pour l’exposition de 1989, les plans sont décollés des toiles, puis placés en réserve après celle-ci. Les plans ne sont alors plus exposés à la lumière, mais la salle où ils se trouvent ne dispose toujours pas de moyens de contrôler les variations d’humidité et de température. Durant cette période, ils restent dans les cadres qui ont été réalisés pour l’exposition : il s’agit de boîtes en tilleul et peuplier, avec une vitre en plexiglas et un tamponnage de matériaux hygroscopiques.
La nouvelle réserve Opérations préalables Les conditions de conservation de la collection n’étant pas satisfaisantes, un projet de construction d’une nouvelle réserve est lancé au début des années 2000. Celui-ci débute par une étude préalable en 2005 et la formation d’un conseil scientifique en 2007. En parallèle, la collection fait l’objet d’une étude scientifique à partir de 2006, pendant laquelle les dessins font l’objet d’observation à la loupe binoculaire, à l’infrarouge et par spectrométrie de fluorescence des rayons X via la sonde nucléaire PIXE de l’AGLAE. Certains font par ailleurs l’objet d’interventions en conservation curative, principalement du dépoussiérage et des consolidations, par exemple la pose de renforts sur les déchirures. Les études ayant montré que les salles existantes n’étaient pas adaptées à une gestion fine du climat, la décision est prise en 2014 d’aménager un nouvel espace dans les combles de la maison de l’Œuvre Notre-Dame et prenant la forme d’une réserve visitable.
Contrôle du climat Le contrôle du climat est assuré de manière passive et active. Le contrôle passif repose sur une succession d’enveloppes isolantes entre l’extérieur et les plans, qui permettent de lisser les variations de température et d’humidité au cours de la journée. La première enveloppe est constituée par la salle, dont les parois sont doublées par un frein-vapeur. Les deuxième et troisième enveloppes sont le mobilier, puis les boîtes, qui sont scellées pour rester étanches.
Le contrôle actif est composé d’une armoire climatique et d’un groupe froid installés dans une salle annexe. Ces équipements servent à réguler l’hygrométrie de la salle à environ 45%, en évitant les taux extrêmes, notamment un taux d’humidité inférieur à 35%, fréquent en hiver en l’absence de régulation. Ils maintiennent également la salle de conservation en surpression, ce qui permet de limiter l’entrée de polluants depuis l’extérieur. Les conditions climatiques sont mesurées en temps réel par un réseau de capteurs, une alarme se déclenchant dans le cas où les mesures sortiraient de la plage prévue.
Mobilier vignette|Salle de conservation et de présentation de la collection des plans et dessins au Musée de l’Œuvre Notre-Dame.|gauche Les grands dessins sont conservés dans un meuble central à tiroirs en contreplaqué de bouleau sur une structure métallique. Ces tiroirs forment des boîtes de présentation hermétiques dont la partie supérieure est une vitre en verre feuilleté. La surface supérieure du meuble permet d’y déposer les boîtes des plans sélectionnés pour l’exposition. Bien que le bois soit un bon matériau tampon, il présente toutefois l’inconvénient de dégager des composés nocifs pour les œuvres, mais aussi pour les personnes en milieu clos, comme du formaldéhyde ou de l’acétaldéhyde. Pour atténuer ce problème, le bois est recouvert d’un revêtement mélaminé et des périodes de plusieurs mois de dégazage des panneaux ont été imposées avant et après la mise en œuvre. Néanmoins, les mesures réalisées avant la mise en service montrent une concentration d’acide acétique proche de la limite acceptable, ce qui impose le maintien d’une surveillance constante de ce paramètre.
Outre le meuble central, deux meubles à plans en métal permettent de ranger les dessins de plus petit format et une table de consultation permet aux chercheurs de travailler. En dehors des temps de visite de la salle, le mobilier est couvert par une bâche ignifugée en fibre de verre pour améliorer la protection en cas d’incendie.
Présentation au public vignette|Salle d’interprétation. La salle de conservation des dessins a été conçue dès l’origine pour être une réserve visitable. La fragilité des dessins ne permet toutefois pas une ouverture permanente et les visites de cet espace sont donc strictement limitées. Afin de quand-même permettre de présenter au public la collection, son histoire et son importance pour l’histoire de la cathédrale et de l’architecture, une autre salle, appelée salle d’interprétation, a été aménagée en parallèle de la salle de conservation. Cette salle, qui est ouverte en permanence, présente des reproductions des dessins, à la fois matérielles et sous forme numérique, ainsi que d’autres dessins de la cathédrale conservés dans les autres collections européennes.
Œuvres appartenant à la collection Dessin A (D.22.995.0.10) vignette|Le dessin A’.|gauche Le dessin A, aussi appelé « projet A » est un grand dessin de de haut et de large représentant la façade de la cathédrale de Strasbourg. Le tracé met l’accent sur les formes architecturales en omettant les détails ornementaux les plus fins, comme les remplages aveugles des gâbles ou des arcatures des contreforts. Par ailleurs, par souci d’économie, seule la moitié sud de la façade a été représentée, la moitié nord devant être déduite par symétrie. Le verso comporte une esquisse incomplète d’un groupe de trois portails, qui pourraient être une esquisse préliminaire pour ceux de la cathédrale de Strasbourg. Roland Recht fait remarquer à ce propos qu’il n’est pas possible d’être certain de l’identification, du fait de différences assez importantes de proportions entre le dessins et le programme effectivement réalisé, mais que l’emplacement au verso du dessin A rend cette théorie assez solide.
Le dessin A a probablement été réalisé vers 1260. Böker considère que l’esquisse des portails sur le verso. aurait été réalisée juste avant celui de la façade au recto, ce qui en ferait le plus ancien dessin de la façade de la cathédrale de Strasbourg. Böker attribue ces dessins à maître Rudolf, cité comme dans un document du milieu du . Cette attribution n’a pourtant que peu été reprise dans les études postérieures, dont les auteurs font remarquer que le titre de a longtemps été donné aux administrateurs de l’Œuvre Notre-Dame et que maître Erwin est le premier architecte de la cathédrale clairement identifié comme tel. Ainsi, le catalogue partiel publié conjointement par le Musée et la Fondation de l’Œuvre Notre-Dame attribue ces dessins à une main anonyme.
Dessin A’ (D.22.995.0.11) Le dessin A’ étant très semblable au dessin A, il s’agit probablement d’une copie de celui-ci réalisée peu de temps après pour en détailler le programme ornemental. Il ne comporte en effet presque aucune trace de tracé préparatoire, ce qui tend à indiquer que son auteur avait sous les yeux un modèle lui permettant de réaliser ses traits directement à l’encre sans crainte de se tromper. Il se distingue par ailleurs du dessin A par le travail plus poussé sur l’ornementation des gâbles, des arcatures et des écoinçons de la rose. Du fait de sa proximité avec le dessin A, le dessin A’ pose les mêmes problèmes en matière d’attribution : l’attribution de Böker à un hypothétique maître Rudolf ne fait pas l’unanimité et n’a pas été reprise dans les travaux ultérieurs.
Dessin B (D.22.995.0.12) Le dessin B, ou projet B ou dessin nº3, est une représentation en élévation de la moitié nord du massif occidental, vu depuis l’ouest. Ce dessin de grande taille, avec de haut et de large, est composé de deux parties : la partie inférieure est attribuée à maître Erwin et a probablement été réalisée vers 1260 ou 1270 ; en revanche, la moitié supérieure, qui montre une flèche non réalisée couronnant le deuxième étage, est d’une réalisation moins soignée et probablement un ajout postérieur réalisé par un autre auteur.
Dessin D (D.22.995.0.13)