En attendant le vote des bêtes sauvages est un roman en langue française de l'écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma, publié aux Éditions du Seuil le .
Le récit décrit l’ascension du maître-chasseur Koyaga, et son exercice du pouvoir comme Président de la République du Golfe. Redoutable guerrier, il est un autocrate brutal dont le pouvoir repose sur deux piliers majeurs : l’armée et la magie. Koyaga parvient à se maintenir au pouvoir plus de trente années durant, au rythme des faux complots ourdis par ses services. Ce sont autant de prétextes pour multiplier les purges politiques, ainsi que les célébrations à la gloire du despote.
En attendant le vote des bêtes sauvages est une fresque historique qui dépeint l’Afrique et ses potentats pendant la guerre froide. Koyaga et ses homologues dictateurs portent des noms fictifs, mais sont inspirés de dirigeants africains bien réels de la seconde moitié du .
Ahmadou Kourouma propose une lecture personnelle et nuancée des événements et des dynamiques en vigueur dans les États africains qui, après la dissolution de l’Empire colonial français, accèdent progressivement à l’indépendance, toute relative néanmoins à cause du néocolonialisme. L’auteur aborde de façon critique et ironique certaines traditions africaines, la colonisation, la tyrannie et la démesure des chefs d’États africains, ainsi que l’hypocrisie des Occidentaux ; « Sa démarche créatrice [consiste à] mettre les atouts de la fiction au service de la vérité historique, d’en faire une voie d’accès à la mémoire du présent, de traquer dans le merveilleux romanesque et l’invraisemblable du récit fictionnel la réalité du monde et des êtres »Sélom K. Gbanou, « En attendant le vote des bêtes sauvages ou le roman d’un « diseur de vérité » », Études françaises, volume 42, numéro 3, 2006, (lire en ligne)..
Résumé Le roman prend la forme d’un donsomana, chant des récits de chasse dans la culture malinké, qui s’étend sur six veillées.
Veillée I Tchao, le père de Koyaga est un champion de lutte parmi les hommes nus montagnards, un peuple que les colonisateurs ont abandonné aux curés, car ils ne sont pas encore colonisables. Il devient le premier homme nu à se joindre à l’armée française. Pendant la Première Guerre mondiale, il est blessé au front à Verdun et récompensé de plusieurs honneurs militaires. Lors de son retour auprès des montagnards, il conserve ses habits, car il ne peut afficher ses médailles en étant nu. En s’habillant, les Français croient que les hommes nus sont enfin colonisables. Les montagnards combattent les Français, mais finissent par perdre. Tchao est emprisonné, alors que son fils Koyaga a sept ans. Avec l’arrivée de la colonisation, Koyaga est envoyé à l’école, mais lors de la période de l’harmattan (saison de la chasse) Koyaga retourne toujours à la montagne. Ces périodes d’absence mènent à l’enlisement de Koyaga à l’école des enfants de troupe et il part combattre pour la France en Indochine. Pour ses exploits militaires, Koyaga est récompensé de médailles militaires et rentre chez lui comme rapatrié sanitaire. Nadjouma, la mère de Koyaga était aussi championne de lutte et épouse Tchao à travers le rituel du mariage-rapt. Lorsque Tchao est envoyé en prison, Nadjouma l’accompagne dans la ville et à la mort de son mari, se lie à un pharmacien qui provoque une crise chez Nadjouma en la demandant en mariage. Nadjouma est envoyée chez le marabout Bokano, qui la guérit et découvre qu’elle est née avec les dons de la divination. Il l’instruit dans l’art de la divination et la géomancie, avant qu’un de ses trésors, un aérolithe, ne désigne Nadjouma comme la nouvelle détentrice de la pierre. Au moment de lui donner l’aérolithe, Bokano annonce à Nadjouma que son fils Koyaga est de la race des maîtres, qui doivent savoir s’arrêter à temps, mais que malheureusement il ne saura s’arrêter et ira trop loin. Pour qu’il soit gratifié d’une longue vie, Bokano place Koyaga sous la protection de son Coran et Nadjouma place sous la protection de sa pierre aérolithe.
Veillée II Au retour de Koyaga dans la République du Golfe comme rapatrié sanitaire, l’armée française lui accorde un pécule pour son service en Indochine, il s’achète un fusil et retourne à son village natal. À Tchaotchi, lors de l’harmattan, il tue une panthère solitaire qui terrorisait les villageois. Après l’avoir tué, Koyaga tranche la queue de la panthère et l’enfonce dans sa bouche afin d’éteindre les puissants nyamas de la bête. Koyaga tue de cette façon d’autres monstres qui terrorisaient son village, avant de se réengager dans la guerre d’Algérie. Cependant, à son retour le pays vient d’accéder à l’indépendance et le nouveau président, Fricassa Santos, conserve les rentes militaires pour les fonds de l’État. En apprenant ceci, Koyaga s’attaque au directeur de cabinet et se fait arrêter par les autorités. Il est emprisonné dans la même cellule que son père, où, avant de s’échapper, décide d’assassiner le Président. Bokano et Nadjouma fabriquent des talismans pour lui permettre de réaliser la tâche. Après une longue nuit où le Président Fricassa Santos se métamorphose afin de se cacher de Koyaga et ses lycaons (son armée), Koyaga réussit à le tuer en l’atteignant d’une flèche empoisonnée. Après la mort de Fricassa Santos, le pouvoir est divisé en quatre par l’occident. Koyaga devient ministre de la Défense, le colonel Ledjo devient président du comité du salut public, Tima devient président de l’Assemblée et J-L Crunet est nommé président du gouvernement provisoire. Les quatre hommes se battent pour le pouvoir et des alliances se forment. Sous le prétexte de la réconciliation, Ledjo et Tima organisent une rencontre où ils assassinent Crunet et tentent de tuer Koyaga. Cependant, celui-ci survit et assassine et castre Ledjo et puis Tima. Afin de confirmer son ascension au pouvoir, le nouveau président Koyaga ne doit que partager une proclamation déclarant son pouvoir absolu à la radio nationale. C’est à la radio qu’il rencontre Maclédio, qui améliore la proclamation avant qu’elle ne soit diffusée et devient rapidement proche conseiller de Koyaga.
Veillée III Description du parcours de Maclédio, ministre de l’Intérieur et de l’orientation nationale de la République du Golfe. Né avec un noro funeste (le noro détermine et explique la prédestination de chaque personne) Maclédio est condamné à quitter son village avant l’âge de huit ans à la recherche de son «homme de destin», qui lui permettra de neutraliser son noro et d’annihiler sa damnation. La quête de Maclédio pour son homme de destin lui fera quitter la République du Golfe, il ira au Cameroun, au Sahara et passera plusieurs années en France, avant d’offrir ses services au dictateur de la République des Monts. Il devient responsable de l’idéologie de la radio avant d’être accusé de complot contre le dictateur. Après plusieurs années d’emprisonnement, il se fait libérer par le Président Fricassa Santos, et retourne à la République du Golfe et devient célèbre animateur de la radio nationale. La rencontre entre Maclédio et Koyaga se fait dans les heures qui suivent immédiatement sa montée au pouvoir. Lors de cette rencontre, Maclédio réalise que Koyaga est son homme de destin.
Veillée IV Après l’assassinat de J-L Crunet, de Ledjo et de Tima, l’ascension au pouvoir de Koyaga est presque complète. Avant de pouvoir poser un acte de chef d’État, il doit procéder à un voyage initiatique et rencontrer les plus prestigieux chefs d’État de l’Afrique. Koyaga commence son voyage par la République des Ébènes où «le dictateur au totem caïman» lui apprend l’importance de ne pas séparer la caisse d’État de sa caisse personnelle, de ne pas instituer une distinction entre vérité et mensonge et de ne pas faire confiance à ses proches. Le voyage de Koyaga se poursuit au Pays aux Deux Fleuves, où «le dictateur au totem hyène» défend la prison comme la principale institution d’un gouvernement à Parti unique. Le prochain arrêt de Koyaga est à la République du Grand Fleuve, où «l’homme au totem léopard» vit en permanence sur son bateau. Selon lui, l’authenticité d’un vrai chef africain engendre la présence d’une ambiance de fête permanente. Le dernier arrêt de Koyaga est au pays des Djebels et du Sable, où il existe traditionnellement une lutte perpétuelle entre le roi et son peuple. Afin de distraire son peuple, «l’homme au totem chacal» instaure une guerre sans fin au nord du pays. Tout juste avant le départ de Koyaga, il l’informe de la préparation d’un complot contre lui, et recommande qu’il évite l’aéroport de la capitale de la République du Golfe.
Veillée V Koyaga sera la cible de trois complots en moins de trois ans. À son retour du voyage initiatique, une mitraillette devait prendre l’avion en enfilade lors de son atterrissage. Le tireur d’élite responsable de cette tâche était saoul et drogué et ne réussit pas à tirer un seul coup de feu. Koyaga et Maclédio en sortent indemnes. Une investigation révèle que le complot était organisé par des communistes. Lors du second complot contre le dictateur, l’avion dans lequel Koyaga voyageait s’écrase en pleine forêt. On ne retrouve pas le corps de «l’homme au totem faucon» parmi les morts. Soupçonné d’avoir été expulsé de l’avion, plusieurs journées de recherches passent sans que l’on retrouve le corps du dictateur. C’est parce qu’il est vivant, à peine blessé, aux côtés de sa mère. De nouveau, Koyaga détermine que les communistes sont responsables de l’attaque. La chance du dictateur ne peut être expliquée autrement que par la protection de sa mère sorcière et de son aérolithe ainsi que grâce au marabout Bokano et son Coran. Un autre complot communiste ne réussit pas à tuer Koyaga. Un matin lors de la levée du drapeau un soldat à moins de dix mètres du dictateur tire et rate sa cible. Après tant d’attentats contre sa personne, Koyaga établit plusieurs précautions : un vaste réseau de renseignement s’étend dans tous les coins de la République, les membres de la garde présidentielle viennent tous de son clan, les enfants de Koyaga sont préparés au métier des armes ou se marient à des officiers. Malgré ceci, un quatrième complot, organisé par son gendre et son beau-frère échoue. Comme dans les autres attentats échoués, le désespoir pousse les comploteurs à s’émasculer et ensuite à se suicider.
Veillée VI