Le , un Boeing 747 effectuant le vol , entre Londres et New York, explose après la détonation d'une bombe, tuant les et seize membres d'équipage, ainsi que onze personnes au sol lorsque des débris s'écrasent sur plusieurs rues résidentielles de Lockerbie, dans le Dumfries and Galloway, en Écosse. À l’issue d'une enquête conjointe de trois ans menée par la Dumfries and Galloway Constabulary et le Federal Bureau of Investigation (FBI) des États-Unis, des actes d'accusation pour meurtre sont émis en à l’encontre de deux agents présumés du renseignement libyen, Abdelbaset al-Megrahi, ancien chef de la sécurité de la compagnie Libyan Arab Airlines, ainsi que , ancien directeur de la station de la compagnie à l'aéroport de Malte.

Le procès de l'attentat de Lockerbie s’ouvre le , plus de onze ans après la destruction de l'avion. Le procès de trente-six semaines se tient devant la Haute Cour de justice, établie selon le droit écossais sur la base désaffectée de l'armée de l'air américaine de Soesterberg, autrement appelée , située près d’Utrecht, aux Pays-Bas.

À l’issue du procès en , est déclaré non coupable et acquitté, tandis qu’ est reconnu coupable de et condamné à la réclusion à perpétuité. Après un premier appel aboutissant à la confirmation de sa condamnation en 2002, l’affaire est renvoyée devant la Haute Cour de justice écossaise en 2007. Toutefois, en , avant la tenue de son second appel, il est libéré par le gouvernement écossais en raison d’un diagnostic de cancer de la prostate. Sa libération suscite une vive controverse au sein de la communauté internationale, ainsi qu'auprès de l’opinion publique américaine et britannique, en particulier en raison du pronostic vital de trois mois qui a justifié sa remise en liberté. Il meurt finalement en , deux ans et neuf mois après sa libération, seule personne à avoir été condamnée pour l'attentat.

Contexte

alt=Photo d'un avion de Pan Am au décollage vu de la gauche. Les roues avant ont quitté le sol tandis que le train d'atterrissage principal est toujours en contact avec la piste.|vignette|Le Boeing 747 de Pan Am, baptisé , ici photographié à l'aéroport international de Los Angeles en 1987. Le , le Boeing 747 effectuant le , entre Londres et New York, est victime d'un attentat terroriste et explose au-dessus du village de Lockerbie, en Écosse, après la détonation d'une bombe, tuant les et seize membres d'équipage... De larges sections de l'avion s'écrasent sur plusieurs rues résidentielles de Lockerbie, tuant onze personnes au sol.. Il s'agit de l'attaque terroriste la plus meurtrière de l'histoire du Royaume-Uni. . . alt=Photo couleur des débris montrant le poste de pilotage aux couleurs blanches et bleues écrasé sur le sol entouré de petits tas de ferraille.|vignette|Débris de la section avant du Boeing 747 , près du village de Lockerbie, en Écosse.À l’issue de l’enquête criminelle, les enquêteurs concluent que la bombe placée à bord de l’avion a été dissimulée dans une valise de marque Samsonite, placée à l’intérieur d’une radio-cassette Toshiba, entourée de plusieurs vêtements, et qu’elle provenait vraisemblablement de Malte. Le bagage aurait été enregistré à l’aéroport de Malte, puis automatiquement acheminé vers Francfort, Londres, puis New York grâce au système de bagages interligne. Ce système de transfert automatique entre compagnies aériennes permettait à un bagage qui aurait été insuffisamment contrôlé par les rayons X à son aéroport d'origine d’être acheminé sans inspection supplémentaire à travers plusieurs aéroports et compagnies... La trace des vêtements à Malte conduit les enquêteurs vers un magasin situé à Tas-Sliema et géré par . Il a ensuite identifié l’homme lui ayant acheté les vêtements, qui correspondaient avec certains des fragments retrouvés à Lockerbie.. De plus, un minuscule fragment de circuit imprimé retrouvé parmi les débris conduit les enquêteurs vers une entreprise suisse, Mebo, qui avait fourni des dispositifs de minuteur à la Libye.

Procès (2000-2001) Mise en place

En , lors de l’inculpation des deux suspects, la Libye refuse leur extradition, mais propose la tenue d'un procès à Malte, une offre rejetée par le Royaume-Uni et les États-Unis.. En , le président Nelson Mandela propose que le procès se tienne en Afrique du Sud, pays neutre, mais le Premier ministre britannique John Major rejette l’offre.. Trois ans plus tard, renouvelle sa proposition auprès de son successeur, Tony Blair, lors d'une visite à Londres en , puis à nouveau lors du sommet des chefs de gouvernement du Commonwealth à Édimbourg en octobre de la même année.

La solution de compromis retenue est la tenue du procès aux Pays-Bas, sous juridiction écossaise. Une Haute Cour de justice écossaise est établie à , une ancienne base de l’armée de l’air américaine près d’Utrecht, aménagée pour accueillir également une prison de haute sécurité.. En vertu d’un accord bilatéral entre le Royaume-Uni et les Pays-Bas, le site est placé, pendant toute la durée du procès et des éventuels appels, sous l’autorité exclusive de la Cour écossaise.. Bien que le droit néerlandais s’applique toujours en théorie, les autorités locales ne peuvent y accéder, sauf en cas d’urgence, et la Cour peut adopter des règlements dérogeant à la loi néerlandaise, notamment pour sanctionner les outrages à la Cour..

Accusations Le procès de l'attentat de Lockerbie s’ouvre le , plus de onze ans et quatre mois après la destruction de l'avion.... En acceptant de livrer les deux accusés à la police écossaise, la Libye pose plusieurs conditions : la levée des sanctions de l’ONU, l’autorisation d’ouvrir un consulat à Édimbourg pour représenter les intérêts des accusés malgré l’absence de relations diplomatiques avec le Royaume-Uni, ainsi que la tenue du procès devant trois juges écossais sans jury. Abdelbaset al-Megrahi et arrivent aux Pays-Bas le , plus d’un an avant le début du procès..

Les deux accusés rejettent l’ensemble des charges retenues contre eux, mais ne prennent pas la parole durant le procès... Les trois chefs d’accusation principaux comprennent le meurtre, le complot en vue de commettre un meurtre, ainsi que la violation de la loi britannique de 1982 sur la sécurité aérienne, qui sanctionne les actes de violence menaçant la sécurité des aéronefs, des aérodromes et des installations de navigation aérienne.. L’accusation repose principalement sur trois éléments : d’abord, que le minuteur de la bombe provient d’un lot vendu par l’entreprise suisse Mebo à la Libye ; ensuite, qu', ancien employé de Libyan Arab Airlines à Malte et agent double de la Central Intelligence Agency (CIA), affirme avoir vu la bombe être construite ou chargée dans l’avion à Malte.. ; enfin, que les vêtements retrouvés dans la valise contenant la bombe ont été achetés à Malte par .

Le procès est dirigé par trois juges principaux : le président de la Cour, , assisté de et de ...

Témoignages

Edwin Bollier

, cofondateur de l’entreprise suisse Mebo, fabricant du minuteur , témoigne avoir vendu des dispositifs similaires à la police et au service de renseignement est-allemand, la Stasi, et reconnaît entretenir des liens avec plusieurs agences de renseignement, notamment l’armée libyenne... Lors du procès, il affirme qu’un l’a contacté à Zurich quelques jours après l’attentat, lui ordonnant d’écrire une lettre à la CIA accusant directement Mouammar Kadhafi. reconnaît avoir rédigé cette lettre, qu'il a remise à l'ambassade des États-Unis en Autriche, à Vienne, en . Il la qualifie de et affirme en avoir inventé le contenu sur ordre de cet homme, dans l’intention de . Le compte rendu officiel du procès commente ce témoignage en déclarant : .

Abdul Majid Giaka , témoin clé de l’accusation, rejoint les services de renseignement libyens (JSO) en 1984, avant d’être nommé en assistant du directeur de la station de Libyan Arab Airlines à l’aéroport de Malte. Il affirme que , le second accusé, dirigeait cette station entre 1985 et . En , il prend contact avec l’ambassade des États-Unis à Malte et se dit prêt à fournir des informations, exprimant le souhait de s’installer aux États-Unis tout en acceptant de rester en poste pour renseigner sur les activités terroristes. Des réunions mensuelles sont alors organisées avec des agents de la CIA. Toutefois, en 1990, cette collaboration cesse, la CIA estimant qu’il n’est pas un agent double fiable, et il retourne en Libye. En , il fuit de nouveau vers Malte, où il est récupéré par un navire de la marine américaine. Il est alors interrogé pendant environ trois semaines par des membres du ministère américain de la Justice, à qui il fournit divers renseignements. Il affirme notamment qu’en , il a vu les deux accusés manipuler une valise brune, arrivée par avion depuis Tripoli, puis transportée sans passer par les douanes de l’aéroport de Malte.

Au moment du procès, vit dans le cadre du programme fédéral des États-Unis pour la protection des témoins et devait recevoir jusqu’à quatre millions de dollars en récompense de son témoignage... La défense soutient qu’il était prêt à tout pour obtenir son transfert aux États-Unis, y compris à fournir des déclarations complaisantes aux agents du FBI et de la CIA chargés de l’enquête. À la suite de son témoignage devant la Cour en , le quotidien britannique The Guardian rapporte qu’ . Les juges décident finalement de ne pas prendre en compte son témoignage, déclarant : .

Tony Gauci

, le commerçant maltais, n’a jamais pu identifier formellement dans les dix-neuf déclarations qu’il a faites à la police avant le procès.. Lors de l’audience, on lui demande à cinq reprises s’il reconnaît quelqu’un dans la salle, sans qu’il ne donne de réponse claire. Ce n’est qu’après que le procureur désigne l'accusé du doigt que murmure qu’il ressemble à l'acheteur des vêtements. Par le passé, il a également affirmé qu', membre de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), au client. Par ailleurs, dans ses déclarations, décrivait cet homme comme mesurant plus d'un mètre quatre-vingt et âgé entre cinquante et soixante ans, alors qu' mesurait environ et n’avait que trente-six ans fin 1988.

Une autre question importante soulevée lors du procès concerne la date d’achat des vêtements. a affirmé que cet achat avait eu lieu . Il a été établi qu' se trouvait à Malte du 7 au . se souvenait également que le client avait acheté un parapluie, précisant qu’il ne pleuvait pas fortement ce jour-là, mais qu’il tombait une pluie légère. Toutefois, cette date demeure incertaine : il a d’abord affirmé que les illuminations de Noël à Malte n’étaient pas encore allumées au moment de l’achat, avant de se contredire en déclarant qu’elles l’étaient bel et bien. Or, il a été établi par la suite que ces illuminations ont été allumées le .. Malgré les efforts de la défense pour suggérer une autre date d'achat, à un moment où l’accusé n’était pas présent à Malte, les juges concluent : .

Cependant, la fiabilité de en tant que témoin a été largement remise en question. . Il a été interrogé à plus de dix reprises par les polices écossaise et maltaise, livrant des déclarations parfois contradictoires. Une source juridique a également indiqué qu’il existe des éléments suggérant que certaines questions posées lors des interrogatoires étaient orientées.. De plus, un rapport officiel, contenant des informations qui n’ont pas été communiquées à la défense lors du procès, révèle qu’il a vu une photo de l'accusé dans un magazine le , soit quatre jours avant de l’identifier formellement pour la première fois. Cette image, qui le présentait comme lié à l’attentat, aurait ainsi pu potentiellement influencer son jugement. . Il a par la suite identifié lors du procès avec la même photographie.