droite|vignette|Biodiversité marine à l'Édiacarien. droite|vignette|Dickinsonia costata.
La faune de l'Édiacarien, autrefois appelée faune vendienne, est constituée d'organismes fossiles, majoritairement bilatériens, semblables à des feuilles, des plumes, des tubes, des méduses ou des coraux solitaires mous, datant de l'Édiacarien (), la dernière période géologique de l'ère néoprotérozoïque. Elle doit son nom aux collines Ediacara, situées à au nord d'Adélaïde en Australie. Les fossiles de ces organismes font partie des plus anciens organismes pluricellulaires complexes connusDes organismes multicellulaires simples comme les algues rouges apparurent il y a environ et des organismes multicellulaires macroscopiques, datant de 2,1 milliards d'années, ont été découverts au Gabon, le groupe fossile de Franceville : .. La faune de l'Édiacarien se développa lors d'un événement appelé explosion d'Avalon il y a .. après que la Terre fut sortie d'une longue période de glaciation lors du Cryogénien. Ces organismes ont été découverts dans 25 pays différents, montrant que cette faune avait une répartition mondiale.. Cette faune a disparu en grande partie simultanément avec l'apparition rapide — à l'échelle géologique — de la biodiversité au Cambrien, connue sous le nom d'explosion cambrienne. La plus grande partie des formes d'organisation animales (plans d'organisation) existant aujourd'hui sont apparues lors du Cambrien et non lors de l'Édiacarien. Il semble donc que cette faune particulière s'est éteinte, pour une raison encore inconnue, sans avoir de descendants. Néanmoins les cténophores, lignée actuelle des animaux considérée comme la plus basale et présentant un système nerveux unique et convergent, pourrait y trouver son origineThe ctenophore genome and the evolutionary origins of neural systems https://www.nature.com/articles/nature13400..
Les organismes de l'Édiacarien apparurent vers et s'épanouirent jusqu'à la veille du Cambrien il y a lorsque les caractéristiques de ces fossiles disparurent. Si les premiers fossiles de cette période ont été découverts dans les années 1860, il faudra attendre les années 1960 pour que l'on réalise qu'ils représentaient un écosystème florissant jusque-là inconnu. De rares fossiles du Cambrien moyen () pourraient représenter des survivants de cette faune, mais la majeure partie des communautés édiacariennes disparurent à la fin de l'Édiacarien. Il existe de nombreuses hypothèses pour expliquer cette disparition, dont un « biais de conservation » (ils ont peut-être évolué, mais leur descendance ne s'est pas conservée ou bien les couches respectives ont été ultérieurement arasées), un changement environnemental (par exemple climatique) ou encore la compétition avec d'autres formes de vie, ayant acquis la prédation, l'œil, la carapace minéralisée et la nage active.
Déterminer l'emplacement des organismes de l'Édiacarien dans l'arbre de la vie s'est révélé difficile ; il n'est pas même certain qu'il s'agit d'animaux et ils pourraient aussi être des lichens, des algues, des foraminifères, des champignons, des colonies microbiennes ou des intermédiaires entre les plantes et les animaux. La morphologie de certains taxons suggère un lien de parenté avec les éponges, les cténophores ou les cnidaires.. Kimberella pourrait être apparentée aux mollusques et d'autres organismes pourraient posséder une symétrie bilatérale même si cela est controversé. La plupart des macro-fossiles sont morphologiquement distincts des formes de vie ultérieures : ils ressemblent à des disques, des tubes ou des sacs molletonnés. Du fait des difficultés pour établir des relations entre ces organismes certains paléontologues ont suggéré qu'ils pourraient représenter une forme de vie éteinte ne ressemblant à aucun organisme vivant, une sorte d'« expérience manquée » de la vie multicellulaire.. Le paléontologue Adolf Seilacher a proposé un nouveau règne appelé Vendozoa pour regrouper ces organismes énigmatiques. Plus récemment beaucoup de ces animaux ont été regroupés dans les Petalonamae, un groupe présentant des affinités avec les cténophoresJennifer F. Hoyal Cuthill et Jian Han, Cambrian petalonamid Stromatoveris phylogenetically links Ediacaran biota to later animals, 2018. ..
Histoire
Les fossiles en forme de disque dAspidella furent les premiers fossiles de l'Édiacarien découverts en 1868. Leur découvreur, le géologue Alexander Murray, les utilisa pour corréler l'âge des roches sur Terre-Neuve.. Cependant, comme ils se trouvaient sous la « strate primordiale » du Cambrien où l'on pensait que les toutes premières formes de vie étaient apparues, il fallut attendre quatre années pour que quelqu'un ose avancer qu'il pourrait s'agir de fossiles. La proposition d'Elkanah Billings. fut rejetée par ses pairs du fait de la simplicité des formes qui selon eux étaient des structures formées par des échappements de gaz ou des concrétions inorganiques. Aucune autre structure similaire n'était alors connue et le débat tomba rapidement dans l'oubli. En 1933, Georg Gürich découvrit d'autres spécimens en Namibie. mais la conviction que la vie était apparue au Cambrien le mena à les assigner à la période cambrienne et aucun rapprochement avec Aspidella ne fut fait. En 1946 Reg Sprigg remarqua des « méduses » dans les collines Ediacara dans la chaîne australienne de Flinders. mais on considérait que ces roches dataient du début du Cambrien et si la découverte attira l'attention, celle-ci ne fut pas durable.
Ce n'est pas avant la découverte britannique de Charnia en 1957 que l'on commença à considérer que le Précambrien aurait pu abriter la vie. Ce fossile en forme de feuille fut découvert dans la forêt de Charnwood en Angleterre. et grâce à la carte géologique réalisée par la British Geological Survey, il était certain que ces fossiles se trouvaient dans des roches précambriennes. Le paléontologue Martin Glaessner fit finalement en 1959 le lien avec les découvertes antérieures.. et avec de nouvelles méthodes de datation et un regain d'intérêt pour ces recherches, d'autres spécimens furent découverts..
Tous les fossiles découverts jusqu'en 1967 l'avaient été dans du grès dont la granularité avait empêché la préservation des détails et rendait l'interprétation difficile. La découverte de formations de cendres volcaniques fossilifères à Terre-Neuve changea cela car la cendre fine avait permis la conservation de détails jusque-là invisibles...
Le manque de communication associé avec la difficulté de corréler des formations géologiques distinctes mena à une pléthore de noms différents pour le biotope. En 1960, le mot français d'« Édiacarien » d'après les collines d'Édiacara en Australie-Méridionale dont le nom était issu de l'aborigène Idiyakra signifiant "l'eau est présente" concurrença les termes de « Sinien » et de « Vendien ». pour désigner les roches de la dernière partie du Précambrien et ces noms furent appliqués aux formes de vie. En , l'Union internationale des sciences géologiques mit fin au débat en nommant formellement la dernière période du Néoprotérozoïque d'après la ville australienne. Réimpression, original (2004) disponible ici ..
Préservation thumb|right|Biofilm composé de cyanobactéries et d'algues sur le rivage de la Mer Blanche.
La grande majorité des fossiles sont formés à partir des squelettes solides des corps décomposés. Par conséquent, la préservation des corps mous et sans squelette de la faune de l'Édiacarien est surprenante. L'absence de créatures foreuses vivant dans les sédiments a certainement aidé car après l'apparition de ces organismes au Cambrien, les cadavres des formes de vie au corps mou étaient généralement détruits avant qu'ils puissent se fossiliser.
Biofilm
Les biofilms sont des zones sédimentaires stabilisées par la présence de colonies microbiennes qui sécrètent des fluides collants agglomérant les particules sédimentaires. Ils semblent se déplacer verticalement lorsqu'ils sont recouverts d'une fine couche de sédiments mais cela est une illusion causée par la croissance de la colonie : les individus eux-mêmes ne se déplacent pas. Si une couche de sédiment trop épaisse se dépose sur la colonie, celle-ci peut mourir en laissant derrière elle une trace fossile avec une forme et une texture en « peau d'éléphant » caractéristique.. thumb|Le fossile Charniodiscus est à peine discernable de la texture en "peau d'éléphant" sur ce moulage.
Les fossiles de l'Édiacarien sont presque toujours découverts dans des couches contenant ces biofilms. Si les biofilms étaient autrefois très répandus, l'apparition d'organismes brouteurs au Cambrien réduisit considérablement leur nombre. et ces communautés sont maintenant limitées à des niches écologiques inhospitalières où les prédateurs ne peuvent pas vivre assez longtemps pour les menacer. C'est par exemple le cas des stromatolithes du Havre Hamelin dans la Baie Shark en Australie-Occidentale où les niveaux de sel sont deux fois plus élevés que dans la mer alentour.
Fossilisation
La préservation de ces fossiles est particulièrement intéressante. En tant qu'organismes mous, ils n'auraient pas dû se fossiliser et à la différence des organismes mous ultérieurs comme ceux des schistes de Burgess (Cambrien) ou du calcaire de Solnhofen (Jurassique), la faune de l'Édiacarien ne se trouvait pas dans un environnement soumis à des conditions locales inhabituelles, il s'agit d'un phénomène global. Le processus en œuvre a dû être systématique et mondial et on pense que les fossiles auraient pu être préservés grâce à leur ensevelissement rapide par des cendres ou du sable.. Les couches de cendres offrent plus de détails et facilitent la datation des fossiles grâce à la datation radiométrique.. Des moulages de grande précision se sont aussi produits au sein d'argiles d'origine volcanique...
Cependant, il est plus courant de retrouver des fossiles de l'Édiacarien dans des couches de sable déposées par les tempêtes ou par des courants violents et appelés turbidites. Les organismes mous actuels ne se fossilisent presque jamais lors de tels événements mais la présence de biofilms microbiens a probablement aidé à leur préservation en stabilisant leur empreinte dans les sédiments..
La vitesse de cimentation des couches sédimentaires superposées par rapport à la vitesse de décomposition des organismes détermine si le bas ou le haut des organismes sera préservé. La plupart des fossiles en forme de disques se décomposent avant que les sédiments ne se soient solidifiés, la cendre ou le sable comble alors le vide laissant alors le moule du dessous de l'organisme. À l'inverse, les fossiles molletonnés tendent à se décomposer après la solidification des sédiments supérieurs, ainsi leur surface supérieure est préservée. Dans certains cas, la précipitation des bactéries en minéraux forme un « masque mortuaire » créant un moule de l'organisme..
Morphologie
Forme des fossiles de l'Édiacarien Le terme d'acritarche désigne un groupe de fossiles de taille cellulaire auxquels il n'est pas possible d'attribuer une affinité biologique avec certitude. Un potentiel embryonTateana inflata est un disque appartenant à un organisme inconnu de taille métrique.200pxMoule de Charnia, le premier organisme complexe du Précambrien reconnu en tant que tel. Il fut un temps rattaché au groupe des pennatules.200pxSpriggina, un possible précurseur des trilobites, aurait pu être l'un des prédateurs ayant mené à la disparition de la faune de l'Édiacarien. et à la diversification des animaux au Cambrien..200pxTrace fossile de la fin de l'Édiacarien.200pxEmpreintes fossiles laissées par Yorgia, un organisme brouteur. Le fossile lui-même se trouve à droite.200px