vignette|Nova totius Galliae descriptio, par Oronce Fine, première carte moderne de la France publiée en 1525La carte représentée est une réédition de 1538 de la carte publiée en 1525.. La cartographie de la France est l’ensemble des opérations de conception, d’élaboration, de dessin et d'édition de cartes du territoire de la France, qu’il s’agisse de cartes géographiques, géologiques ou thématiques, sous forme papier ou numérique.

Si quelques cartes de France, en tant que tentatives de représentation du territoire national, existent avant le , comme la table de Peutinger, Gallia, de Ptolémée, les portulans ou la carte de Bernardo Silvano (1511), la première carte dite moderne peut être attribuée à Oronce Fine (1525). Au , Nicolas Sanson (1600-1667) d’Abbeville est considéré comme le père de la cartographie française. Il ouvre la voie à de nouveaux cartographes que sont ses fils Nicolas II et Guillaume, ou son neveu Pierre Duval (1619-1683) ou Gilles Robert de Vaugondy (1688-1766) ou Melchior Tavernier ou Alexis Hubert Jaillot. Au , à côté des cartes des géographes apparaît la carte de Cassini, la première carte topographique et géométrique établie à l'échelle du royaume de France dans son ensemble. Le voit l’élaboration du cadastre et d’une nouvelle carte topographique de la France. Les cartes avec courbes de niveau apparaissent ainsi que les première cartes thématiques, mélangeant une représentation cartographique et des approches statistiques ou graphiques (Ménard, 1845), précurseurs des futures cartes sémiologiques (Bertin, 1967).

Le voit une accélération des techniques et de la qualité de la cartographie. La création de l'Institut national de l'information géographique et forestière (IGN) en 1940 constitue une date clé. À partir des années 1970 et du développement de l'informatique, la cartographie se transforme en géomatique. Au , les progrès sont encore plus fulgurants avec l'essor prodigieux d'Internet et la démocratisation des outils informatiques toujours plus puissants et l’apparition de nouveaux concepts numériques qui révolutionnent la cartographie : les globes virtuels, le Web 2.0 (interactif, collectif), le Geoweb, Google Maps, les médias sociaux (Facebook, Twitter, etc.), la géolocalisation, l'open-data, offrant aux usagers une cartographie de la France toujours plus immersive et accessible.

Sur le plan de la technique cartographique, la France présente du fait de sa géographie des spécificités : les référentiels géographiques et systèmes de projection sont différents entre les territoires métropolitains et ultra-marins.

Parmi les acteurs de la cartographie, peuvent être différenciés les organismes de régulation, les producteurs de données et les éditeurs de cartes papiers ou numériques. Les filières de formation géomatique, très récentes, se développent également.

Histoire Précurseurs des cartes modernes Table de Peutinger () La Table de Peutinger est l'unique carte ancienne représentant le réseau routier de l'Empire romain, dessinée sur parchemin à la fin du .. Elle est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO au titre de son inscription au Registre international Mémoire du monde en tant que patrimoine documentaire de l'Autriche, en 2007 .. La table est composée de onze parchemins conservés (le plus à l'ouest étant perdu), assemblés pour former une bande de sur .. Si le format ne permet pas une représentation réaliste des paysages, les distances, exprimées en milles romains, ou dans d'autres unités si elles étaient en cours dans une région, étaient relativement détaillées et permettaient de se faire une idée précise du temps pour aller d'un endroit à un autre. La Table comporte toutefois des erreurs de copistes, comme Grenoble qui est nommée Culabone alors que le nom classique antique de cette ville est Cularone (Cularo).

Portulans (-) Les Portulans, appelés plus exactement cartes nautiques, sont des documents élaborés par des marins et destinés à des marins. Les marins italiens de la fin du et du n'ont pas encore connaissance d'un quelconque système de coordonnées, système qui ne sera redécouvert qu'avec la récupération de la Géographie de Ptolémée, ces documents sont dépourvus de toute indication de latitude ou de longitude mais présentent des roses des vents d'où partent des rhumbs, lignes indiquant aux pilotes la route à suivre entre deux points donnés. Leur exactitude reste donc très approximative. La France de l'Italien Battista Agnese (1543) ou du Portugais Diogo Homem (1559) présente ainsi des tracés côtiers tellement sinueux et tellement éloignés de la réalité qu’ils en sont caricaturaux. Quand il se hasarde à sortir de la nomenclature purement littorale, le cartographe commet parfois des erreurs grotesques comme sur la carte de Conte Freducci de 1497 qui place la Normandie entre Loire et Garonne.

Gallia, de Ptolémée (150, redécouverte au ) Selon le géographe français Lucien Gallois, la source principale d'Oronce Fine pour l'élaboration de sa carte de 1525 est constituée des cartes et des tables cosmographiques établies par Ptolémée dans sa Géographie, un traité rédigé vers l'an 150. Ce document est une compilation des connaissances sur la géographie du monde à l’époque de l’Empire romain, ignoré par l'Occident médiéval jusqu’au . D’abord traduite en latin à Florence en 1409, cette Géographie se répand ensuite dans toute l’Europe occidentale d’abord sous forme manuscrite, puis grâce à l’imprimerie à partir de 1475. Conscients de certaines erreurs de Ptolémée, la plupart des éditeurs offrent à partir de 1482 une France plus ou moins modernisée à côté de la Gallia antiqua. Une des principales erreurs est l’extension excessive donnée à l'écoumène, de 180° d’est en ouest alors on ne compte guère que 130° de l'extrémité occidentale de Europe à l'extrémité orientale de l'Asie, contribuant à étirer exagérément la carte en longitude. vignette|Tabula Moderna Gallie de M. Waldseemüller, 1513 En particulier, Oronce Fine se servira notamment de la Geographiae de Strasbourg (et en particulier de sa Tabula Moderna Gallie) de 1513 de Martin Waldseemüller. Ce premier véritable atlas moderne, dont le rayonnement en Europe dans toute la première moitié du sera considérable., lui servira pour établir son document (et ce même si d’autres documents, comme la Gallia de Bernardo Silvano, seront considérés comme de meilleure facture a posteriori.).

Cartes locales médiévales Une autre catégorie de carte est à mentionner pour la période médiévale : les cartes locales ou régionales. Il s’agit de cartes terrestres qui ne sont ni des cartes du monde, ni des portulans ni les cartes redécouvertes de Ptolémée. Elles sont relativement peu nombreuses mais de caractère très varié. La première carte de ce type recensée en France et conservée jusqu’à nos jours date, selon P.D. Harvey, de 1357. Elle a été établie dans le cadre d’un différend surgi sur la nation de l’université à laquelle appartenait un étudiant de Mont-Sainte-Gertrude et présente le point de vue d’une partie sur la frontière coutumière entre les deux. Il se compose de lignes marquant la Meuse (Meuse) et de quelques noms de lieuxP. D. A. Harvey , « 20 . Local and Regional Cartography in Medieval Europe », 1987, page 484-485,in ..

Mais c’est surtout au que ces cartes locales se développent en France. François de Dainville, géographe français (1909-1971), en a fait un recensement. Il s'agit notamment de plans de villes - l'un, aujourd'hui perdu, est le plan d'Avignon commandé en 1491, un autre, conservé, est un plan de Rodez établi en 1495. Il s'agit d'un dessin à l'encre, qui donne des élévations complètes des façades de rue tout au long de la ville, montrant des détails architecturaux, avec de nombreux noms et autres notes. Ces cartes peuvent couvrir de vastes étendues, comme la carte du milieu du du comté de Gapençais (Drôme, Basses Alpes, Hautes-Alpes), qui couvre une superficie d’une quarantaine de milles carrés. D’autres couvrent de petites surfaces, comme quelques pâturages à Tillenay (Côte-d'Or) en 1467, ou les marais de Scamandre en Camargue (Bouches-du-Rhône) en 1479P. D. A. Harvey , « 20 . Local and Regional Cartography in Medieval Europe », 1987, page 487,in ..

Carte d'Oronce Fine (1525), plus ancienne carte « moderne » de la France vignette|Nova totius Galliae descriptio, par Oronce Fine, en 1538. Oronce Fine est l’auteur de la première carte « moderne » de France (dénommée Nova totius Galliae descriptio) dressée et publiée en France même, qui connut cinq éditions entre 1525 et 1557. Par certains traits, celle-ci se rattache aux cartes issues de la Géographie de Ptolémée (projection trapézoïdale, divisions en climats), mais le cartographe français en améliore nettement les contours. En géographe mathématicien, Oronce Fine était préoccupé par le calcul des longitudes et latitudes et il mit au point à cet effet un « méthoroscope géographique », astrolabe modifié par l'adjonction d’une boussole. Dans sa Cosmographia (1530), il donne les coordonnées de cent vingt-quatre villes françaises, tantôt empruntées à Ptolémée, tantôt corrigées et complétées par ses propres observations. Par ailleurs, Fine fait cohabiter toponymes anciens et modernes « afin de satisfaire à ceulx qui se délectent à lire les anciennes histoires de la dicte Gaule ». Cette France-Gaule englobe d’ailleurs toute la rive gauche du Rhin ainsi que le Nord de l'Italie ; les Alpes, réduites à quelques taupinières, ne constituent en rien un obstacle aux ambitions italiennes des rois de France...

Guides routiers Les cartes routières n’existent pas encore, mais l’année 1553 marque une vraie révolution dans la connaissance des routes avec la parution de la guide des chemins de FranceLe substantif « guide » est alors du genre féminin. Ce guide, se distingue des autres documents de l’époque par la richesse de son contenu, la concision de son style et sa grande maniabilité. Il servira de modèle ultérieurement à de nombreux guides similaires. Un certain nombre d’itinéraires y sont décrits avec des descriptifs des régions ou de villes concernées..

Nicolas de Nicolay reçoit par deux fois (1567 et 1570) commission royale pour décrire « en général et en particulier» le royaume de France. Chargé de cartographier chaque région, il perfectionne son programme, y incluant la description de la situation, des limites, de l'origine des peuples, des fleuves, des forêts et leurs officiers… les paroisses avec le nombre des feux. Sont ainsi décrits le Berry, le Bourbonnais et le Lyonnais.

Écoles cartographiques

On assiste, du au , au rayonnement successif d'écoles cartographiques, dont le déplacement reproduit celui des grands pôles d'activité économique : les Portugais d'abord avec l'école de Sagres, puis les Allemands (jusqu'en 1540) en Bavière et sur les bords du Rhin. Ils sont eux-mêmes éclipsés par l'école flamande dont l'apogée, en 1580, coïncide avec la suprématie d'Anvers. L’école élisabéthaine triomphe à son tour, à Oxford, et l'école hollandaise à Leyde, p. 1005.

Gérard Mercator, géographe et navigateur (1512-1594), représente le monde connu (1569) sous la forme d'un ensemble de . Il utilise une projection originale (dite de Mercator) respectant les angles, encore employée pour toutes les cartes marines et pour certains planisphères d’atlas. En 1558, Mercator publie une carte d’Allemagne au 1 / 1200000. Abraham Ortelius (1527-1598), Flamand et disciple de Mercator, publie en 1570 le Theatrum orbis terrarum qui, avec comportant , peut être considéré comme le premier grand atlas universel. En 1595, un an après la mort de Mercator, parait l'atlas qui porte son nom.