Télesphore-Damien Bouchard, également appelé T.-D. BouchardEn parlant de lui-même, il avait pour habitude d'utiliser simplement le prénom Damien. (né le à Saint-Hyacinthe et mort le à Westmount), est un journaliste et un homme politique québécois.
Influent commentateur de la région de Saint-Hyacinthe, il a été directeur et propriétaire du Clairon de Saint-Hyacinthe de 1912 à 1959. Actif sur la scène politique québécoise de la première moitié du , il a été maire de Saint-Hyacinthe pendant 25 ans (1917-1930, 1932-1944) et ministre dans les gouvernements de Louis-Alexandre Taschereau et d'Adélard Godbout (1935-1936, 1939-1944).
Défenseur du pouvoir des municipalités, T.-D. Bouchard a joué un rôle important dans la mise en place de l'Union des municipalités de la province de Québec (UMQ). Il a également été le premier président d'Hydro-Québec et sénateur des Laurentides (1944-1962).
Très critique à l'égard de l'Église catholique, des nationalistes comme Henri Bourassa, Lionel Groulx et Maurice Duplessis, il a longtemps incarné l'aile rouge réformiste au sein du Parti libéral. Il a ainsi défendu des mesures comme l'instruction obligatoire et la nationalisation de l'hydroélectricité. Adversaire farouche du trafic d'influence et du favoritisme, y compris au sein de son propre parti, il prônait également un assainissement des mœurs politiques.
Biographie Enfance Troisième d'une famille de sept enfants, Télesphore-Damien Bouchard vient au monde dans un milieu de condition modeste.
Son père, Damien Bouchard, (1852-1911) était le fils d'une famille d'agriculteurs d'Acton Vale. Garçon de bureau pour le député Honoré Mercier dans les années 1860, il est ensuite devenu tailleur de cuir, puis contremaître de manufacture. Président de l'association locale des Chevaliers du travail, il était également décidé à améliorer son sort. En 1890, il achète le magasin d'alimentation et de spiritueux d'un ami. Intéressé par la politique, il devient organisateur du Parti libéral dans les quartiers ouvriers de Saint-Hyacinthe..
Sa mère, Julie Rivard, meurt alors qu'il n'a que cinq ans. Il est élevé par la seconde épouse de son père, Élisabeth Landry, qu'il considérera toute sa vie comme sa mère.
Fortement marqué par les sympathies libérales de ses parents, Bouchard grandit dans un milieu valorisant l'ascension sociale et la réussite individuelle, mais aussi très critique de l'Église catholique. Cette influence familiale sur ses prises de position lui vaudra toute sa vie d'être accusé d'anticléricalisme.
Études gauche|vignette|T.-D. Bouchard fait ses études au séminaire de Saint-Hyacinthe. Bouchard fait ses études primaires à l'Académie Girouard (dirigée par les Frères du Sacré-Cœur) et son cours classique au séminaire de Saint-Hyacinthe. Il termine son cours classique et s'inscrit, en , à la Faculté de droit à l'Université de Montréal. Il abandonne ses études au bout d'un anHarold Bérubé, Figures marquantes de notre histoire : Télesphore-Damien Bouchard, Fondation Lionel-Groulx, , . Consulté le 16 mai 2023..
Journalisme Bouchard s'oriente tôt vers le journalisme. Durant ses études au séminaire, il signe ses premiers articles dans le journal étudiant La Lyre, puis commence à collaborer comme correspondant local de La Patrie et de La Presse.
Au début du , la presse québécoise est encore très marquée par la rivalité partisane. Les journaux s'identifient tous à un certain parti politique et bénéficient de leur soutien moral et financier. Tout en offrant du contenu informatif, les journaux versent souvent dans la polémique, attaquent leurs adversaires avec virulence et défendent leur parti et ses positions avec autant de vigueur. À cette époque, la région maskoutaine compte trois journaux : Le Courrier de Saint-Hyacinthe (affilié au Parti conservateur), La Tribune (affilié au Parti libéral, modéré mais proche du clergé) et L'Union (qui deviendra plus tard Le Clairon, également affilié au Parti libéral, plus radical que La TribuneL'Union devient Le Clairon en 1912.).
Prenant part aux polémiques locales, Bouchard est recruté comme éditeur de La Tribune en 1899. Toutefois, son ton percutant et son radicalisme cadrent mal avec la volonté de modération de la direction. L'année suivante, il quitte La Tribune et passe à L'Union. En 1902, il en devient le directeur et le propriétaireHarold Bérubé, Figures marquantes de notre histoire : Télesphore-Damien Bouchard, Fondation Lionel-Groulx, , . Consulté le 16 mai 2023..
Politique
Débuts Par le truchement de ses activités de journaliste, Bouchard fait la rencontre de Jean-Baptiste Blanchet, député fédéral de Saint-Hyacinthe. Animant un groupe de sympathisants libéraux, Blanchet propose à Bouchard d'organiser des rencontres après la messe du dimanche aux locaux de L'Union. Ces rencontres permettent à Bouchard de se tisser un réseau appréciable d'alliés au sein du Parti libéral et de la communauté des gens d'affaires de sa régionHarold Bérubé, Figures marquantes de notre histoire : Télesphore-Damien Bouchard, Fondation Lionel-Groulx, , . Consulté le 16 mai 2023..
Avec ce groupe, en 1905, Bouchard fait la rencontre du premier ministre Wilfrid Laurier. Cette occasion resserre ses liens avec le Parti libéral et galvanise son animosité envers Henri Bourassa. Comme le résume l'historien Harold Bérubé, à la suite de la controverse de la guerre des Boers, qui fait en sorte que Bourassa quitte le gouvernement de Laurier, Bouchard considère le député rebelle comme un traître incarnant .
Tout en cherchant à défendre le Canada français par la défense du bilinguisme et par la collaboration avec la majorité canadienne-anglaise, Bouchard tient néanmoins à combattre l'influence de l'Église catholique au sein de la société. Par ces prises de position, il entre dans de vives polémiques avec ses confrères libéraux cherchant plutôt des compromis avec l'Église et avec des conservateurs et des nationalistes comme Jules-Paul Tardivel, Olivar Asselin et Harry Bernard, le rédacteur en chef du Courrier de Saint-HyacintheHarold Bérubé, Figures marquantes de notre histoire : Télesphore-Damien Bouchard, Fondation Lionel-Groulx, , . Consulté le 16 mai 2023..
Échevin En 1905, Bouchard se lance en politique municipale et se fait élire échevin (conseiller municipal) de Saint-Hyacinthe. À cette époque, le cumul de fonctions est permis en politique. Ainsi, tout en étant élu, Bouchard « demeure actif comme propriétaire et rédacteur en chef de L'Union et utilise son journal comme plateforme pour défendre ses positions et répondre aux attaques de ses adversaires. […] Il dénonce notamment les exemptions fiscales dont bénéficient les entreprises et les institutions religieusesHarold Bérubé, Figures marquantes de notre histoire : Télesphore-Damien Bouchard, Fondation Lionel-Groulx, , . Consulté le 17 mai 2023. ». Se familiarisant avec une multitude de dossiers, Bouchard est nommé président du comité des finances de la ville. En 1908, il quitte son poste d'échevin pour devenir greffier de la ville.
Député de Saint-Hyacinthe
En 1912, des élections sont déclenchées au Québec. Le Parti libéral de Lomer Gouin est à la recherche de nouveaux candidats. Connu pour sa verve et pour sa connaissance des enjeux locaux, Bouchard est aussitôt choisi comme candidat. Au scrutin du , il est élu député de Saint-Hyacinthe à 2 278 voix contre 2 188 pour son adversaire conservateur, Ernest GuimontAssemblée nationale du Québec, Les résultats électoraux depuis 1867, Saguenay à Saint-Jacques, 19 juin 2009. Consulté le 17 mai 2023.. Il entame alors une longue carrière de député, qui s'échelonnera jusqu'au milieu de années 1940.
Maire de Saint-Hyacinthe En 1917, alors que la Première Guerre mondiale fait rage et que le Canada se déchire sur la question de la conscription, les alliés de Bouchard l'approchent pour lui proposer de se présenter à la mairie de Saint-Hyacinthe. Il accepte et se fait élire par acclamation. À titre de maire, il veille à uniformiser les pratiques fiscales de la ville, créer et embellir les espaces verts, fonder une station de radio municipale, organiser la tenue de concerts dans les quartiers ouvriers de la ville, fonder une clinique de lutte contre la tuberculose et améliorer les institutions de santé localesHarold Bérubé, Figures marquantes de notre histoire : Télesphore-Damien Bouchard, Fondation Lionel-Groulx, , . Consulté le 17 mai 2023..
Le contexte de la fin de la guerre bouleverse toutefois l'économie et la société québécoise. L'industrialisation, la densification des logements et le développement de la circulation automobile transforment les villes. Une plus grande planification des services est exigée partout, notamment en matière d'eau potable, d'électricité, de gaz naturel, de ligne téléphonique et de voies de circulation. C'est dans ce contexte que Bouchard participe à la fondation de l'Union des municipalités de la province de Québec (future UMQ) le . Possédant une fine connaissance des enjeux municipaux, jouissant d'un important réseau de collaborateurs politiques, Bouchard est choisi comme membre du premier conseil exécutif de cette nouvelle organisation..
Bouchard y jouera un rôle prépondérant, notamment en tant que secrétaire-trésorier, jusqu'aux années 1930.Harold Bérubé, Unité, autonomie, démocratie : Une histoire de l'Union des municipalités du Québec, Éditions du Boréal, 2019, p. 61-77..
Dissident libéral vignette|À l'époque, le réseau hydroélectrique du Québec est dominé par l'entreprise privée (comme Montreal, Light, Heat & Power). Tout en défendant la cause du monde municipale au Parlement de Québec, Bouchard défend aussi des idées qui lui tiennent à cœur. Il critique vivement la corruption et le favoritisme de ses collègues et l'emprise écrasante des grandes entreprises d'hydroélectricité. À cette époque, le réseau électrique québécois est dominé par un monopole privé, contrôlé par des financiers canadiens-anglais et des administrateurs qui sont également membres du gouvernement libéral. Cherchant à combattre leur influence pour préserver l'autonomie municipale et mettre fin à leurs pratiques abusives, notamment leurs tarifs très élevés, Bouchard réclame la municipalisation des entreprises hydroélectriquesHarold Bérubé, Figures marquantes de notre histoire : Télesphore-Damien Bouchard, Fondation Lionel-Groulx, , . Consulté le 19 mai 2023..
Dans le domaine social, Bouchard critique également l'état de l'instruction publique au Québec.Voyant l’éducation comme une clé essentielle pour émanciper les individus, il réclame que celle-ci soit non seulement obligatoire mais aussi débarrassée de tout contenu religieux. Cette position en particulier est vivement critiquée par les autorités religieuses (catholique et protestante), qui cherchent à conserver leur mainmise dans ce domaine, ainsi que par la plupart de ses collègues élus, qui refusent de voir l'État s'immiscer dans ce domaineHarold Bérubé, Figures marquantes de notre histoire : Télesphore-Damien Bouchard, Fondation Lionel-Groulx, , . Consulté le 19 mai 2023..
Par ces prises de position, Bouchard se découvre de nombreux adversaires, y compris au sein de son parti. Aux élections de 1919, le Parti libéral lui retire son soutien et appuie contre lui dans Saint-Hyacinthe un candidat libéral indépendant, Armand Boisseau. Bouchard est alors chassé de son siège de député mais prend sa revanche et se fait réélire aux élections de 1923..
Membre des gouvernements Taschereau et Godbout