Adélaïde Valentin, parfois seulement nommée colonelle Valentin, est une ouvrière communarde française. Elle est, durant le dernier mois de la Commune de Paris, colonelle de la légion des Fédérées.

Adélaïde Valentin participe en à la fondation de l'Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés, dont elle devient déléguée au Comité central provisoire. Présente au sein des clubs, en particulier celui de l'église Saint-Éloi du , elle dirige à partir du la légion des Fédérées, une organisation militaire exclusivement féminine au sein de laquelle elle participe à la chasse aux réfractaires.

Peu de traces de sa vie ont été conservées, à l'exception de ses prises de paroles virulentes dans les clubs, où elle exhorte les femmes à participer à la défense de la Commune, qui sont remarquées par ses contemporains . Sa vie postérieure à la Commune n'est pas connue.

Biographie

Très peu d'éléments de la vie d'Adélaïde Valentin sont connus, en particulier aucun en dehors de son parcours durant la Commune de Paris. Elle se présente comme ouvrière et est domiciliée cour des Petites-Écuries, dans le de Paris.

Engagement communard dans le L'entrée en guerre de la France contre l'Allemagne durant l'été 1870 voit la chute de , du Second Empire puis la proclamation de la Troisième République le . Le , en réaction à la capitulation de la France face à l'Allemagne et à la nouvelle Assemblée nationale à majorité monarchiste, la population parisienne et la Garde nationale se soulèvent. La Commune de Paris est proclamée le . La vie politique s'organise autour d'un Conseil élu et de réunions publiques dans des clubs , qui réunissent « citoyens » et « citoyennes » d'un même quartier ou aux opinions similaires..

Les premières mentions d'Adélaïde Valentin remontent au mois d'. Elle est une communarde active qui fréquente plusieurs clubs. Sa participation est attestée dans trois d'entre eux, le club du Comité de vigilance du à l'église Saint-Paul, le club des Prolétaires, établi à l'église Saint-Ambroise du , et le club Éloi, qui occupe l'église Saint-Éloi du . Au sein de ce dernier, la participation des femmes est importante ; élus de la Commune, de l'arrondissement et officiers de la Garde nationale s'y rendent aussi, ce qui en fait le centre de l'action révolutionnaire du .

À la fin du mois d', un « Comité de républicaines » est mis sur pied dans l'arrondissement, soutenu par le maire Jean Fenouillas (dit Philippe), afin de participer à l'organisation de l'assistance publique. L'historien britannique Martin Philip Johnson avance qu'Adélaïde Valentin a pu en être membre. Il se base sur l'accusation portée par une autre membre, Julie Magot, devant le conseil de guerre après la Commune. Elle accuse Valentin d'avoir aidé à expulser des religieuses d'une institution caritative locale, ce qui correspond justement aux types d'actions pratiquées par le Comité de républicaines.

Déléguée de l'Union des femmes Adélaïde Valentin participe à la fondation d'un mouvement féministe, l'Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés, dirigé par la révolutionnaire russe Élisabeth Dmitrieff. L'organisation, la plus importante des différents organismes indépendants du gouvernement de la Commune, est constituée de comités présents dans chaque arrondissement qui sont réunis au sein d'un Comité central.. Valentin est l'une des sept déléguées au Comité central provisoire lors de la fondation le ; Martin Philip Johnson émet l'hypothèse selon laquelle le Comité de républicaines serait une branche locale de l'Union des femmes.

vignette|Signatures de l'« Adresse des citoyennes à la commission exécutive de la Commune de Paris » publiée dans le Journal officiel. Le , elle figure en tête des huit signataires d'une adresse à la Commission exécutive du conseil de la Commune. publiée au Journal officiel puis dans Le Cri du peuple.. L'Union des femmes demande une assistance organisationnelle et déclare ses intentions : restructurer le travail féminin et prendre part activement à la défense de la ville. Le , avec Blanche Lefebvre et la citoyenne Girard, elle est signataire de l'avis de la troisième réunion publique organisée le à l'église Notre-Dame-de-la-Croix de Ménilmontant, où sont désignées des déléguées supplémentaires pour les comités d'arrondissement.. Adélaïde Valentin n'est pas membre du nouveau Comité central mis en place après la quatrième réunion publique, qui est composé des déléguées de chacune des branches de l'Union par arrondissement.

Colonelle de la légion des Fédérées

vignette|alt=Affiche de 1871 annonçant « aux gardes nationaux » la fondation de la légion des Femmes.|Proclamation de la dans le , signée par Jules Montels (issu des Murailles politiques françaises, 1874.).

Adélaïde Valentin devient au cours du mois de colonelle de la légion des Fédérées. Cette unité, exclusivement féminine, est fondée le par le colonel Jules Montels, sur l'ordre du maire du Philippe. La légion a pour mission d'organiser la chasse aux réfractaires de la Garde nationale, une activité déjà pratiquée par les femmes. Elle est armée et organisée militairement. Le nombre de ses membres oscille entre une vingtaine et une centaine selon les témoignages. La légion reçoit la participation des femmes du club Éloi. Adélaïde Valentin, faite colonelle, est choisie pour diriger la légion., aux côtés de la capitaine Louise Neckbecker (née Keinerknecht, passementière âgée de , ambulancière.) et de la porte-drapeau Marie Rogissart.

Dès le , les femmes marchent avec la (la Garde nationale du ), d'après le récit d'un membre du Conseil de la Commune, Benoît Malon : . Leurs défilés sont attestés par différents témoignages ; on témoigne, durant le procès de Louise Neckbecker, qu'elle fut vue durant le mois de mai, . Plusieurs hommes ont témoigné avoir été arrêtés par des gardes nationaux sur dénonciation des femmes de la légion. En effet, les femmes sont cantonnées à un rôle de démonstration : elles ne s'en prennent pas directement aux réfractaires et doivent faire appel aux hommes de la Garde nationale.

Il ne subsiste pas de traces directes des actions d'Adélaïde Valentin, mais différents témoignages concordent sur son rôle. Sont en revanche connues plusieurs de ses prises de parole aux clubs durant le mois de mai, dans lesquelles elle exhorte les femmes à rejoindre les rangs armés de la Commune, et qui sont remarquées pour leur virulence par les témoins. Les femmes de la légion sont très présentes au club Éloi, où elles organisent un total de neuf réunions.

Semaine sanglante et disparition Le dernier discours d'Adélaïde Valentin qui nous est parvenu s'est tenu au club des Prolétaires le , à la veille de l'entrée des forces loyalistes dans Paris, évènement qui marque le début de la Semaine sanglante et la chute de la Commune. D'après le procès-verbal de la réunion, Valentin engage les femmes à rejoindre la légion des Fédérées : elle appelle . Elle termine son discours martial en demandant et que . D'après l'historien Martin Philip Johnson, elle évoque les fleurs devant une statue de la Vierge Marie, mai étant le mois qui lui est dédié. Sa proposition est adoptée à l'unanimité. Un membre du club la remercie et l'invite à revenir, une reconnaissance peu habituelle que Martin Philip Johnson interprète comme une marque de considération de son statut de colonelle.

Après le , aucune trace ne subsiste d'Adélaïde Valentin. On ne sait pas ce qu'elle fit pendant la Semaine sanglante, on ignore tout de sa vie postérieure à la Commune, et même si elle a survécu à la répression .

Représentation Portrait hystérique et discours rapportés vignette|redresse|alt=Gravure représentant une église comble de femmes ; l'une d'entre elles prend la parole depuis la chaire.|Une séance du Club des femmes dans l'église Saint-Germain-l'Auxerrois, gravure de Frédéric Lix pour Le Monde illustré du . L'abbé Paul Fontoulieu, observateur anti-communard mais généralement fiable, dresse d'elle dans son ouvrage Les Églises de Paris sous la Commune un portrait hystérique. Il décrit une femme , et , le maire du . Il la cite à plusieurs reprises mais ne reprend que ses paroles virulentes, voire violentes, telles que : à la séance du du club Éloi. Martin Philip Johnson remarque que cette image contraste pourtant avec le seul autre discours connu d'elle, qui n'est pas rapporté par Fontoulieu mais par le procès-verbal de la séance. Le au club des Prolétaires, elle porte une attention envers la Sainte Vierge et les enfants les plus pauvres.

La citation du est corroborée par un témoin oculaire qui affirme, lors d'un conseil de guerre, avoir assisté à la déclaration d'une femme au club Éloi qui appelait les citoyennes à s'en prendre à leur mari s'ils refusaient de rejoindre l'armée, sans préciser toutefois l'identité de l'oratrice. Un autre témoin du club Éloi (citations extraites du procès de Pierre Budaille) : . Fontoulieu attribue des propos similaires à Valentin. Après la chute de la Commune, lorsque sa camarade Julie Magot tente de se disculper devant le conseil de guerre, elle accuse Valentin d'être une clubiste très violente et d'avoir menacé son propre époux, qui serait un employé de la mairie.

Paul Fontoulieu rapporte également qu' d'un sabre. Il cite la séance du club des Prolétaires du , où, brandissant son arme, elle aurait dénoncé les ecclésiastiques : Adélaïde Valentin n'est pas la seule femme à montrer son arme à la tribune pour intimider ou renforcer ses propos, Julie Magot en a été accusée et Louise Michel en témoigne dans ses Souvenirs en 1898 : .

Illustration de Bertall vignette|redresse=0.8|alt=Illustration représentant une femme, devant une barricade et un bâtiment en feu, tenant un drapeau rouge et une torche enflammée.|La Barricade par Bertall, 1871. Au sein de la série de portraits Les Communeux : Types, caractères, costumes, de l'illustrateur Bertall et publiée en 1871, figure une illustration intitulée La Colonelle, que le dictionnaire biographique Le Maitron rapproche de la « colonelle Valentin ». Une femme est représentée à mi-chemin entre les rôles de genre féminin et masculin. Elle est vêtue d'un costume d'officier (avec épaulettes et képi), d'un pantalon moulant, maintient ses cheveux enroulés et est armée d'un sabre. Elle se tient entre deux hommes et une femme en habits genrés qui sont esquissés à l'arrière-plan. Sa posture, à la fois masculine et féminine, fière, se distingue de celle d'une autre combattante dans une illustration intitulée La Barricade. L'historien Gay L. Gullickson souligne que si la communarde en action a une figure clairement féminine, elle a une apparence hirsute et rude, voire disgracieuse, proche de la caricature des « pétroleuses », et qu'elle est isolée.. On retrouve la posture masculine dans Club à l'église, avec une clubiste debout dans la chaire d'une église devant une assemblée armée. Ces mises en scènes illustrent le point de vue anti-communard. sur le chaos social qu'est censée être la Commune, en particulier sur les basses mœurs attribuées aux femmes révolutionnaires..

Annexes Articles connexes Femmes dans la Commune de Paris Clubs de la Commune de Paris la légion des Fédérées, sa porte-drapeau Marie Rogissart

Bibliographie Notices biographiques . .

Source primaire .

Ouvrages et articles généraux . . .

Liens externes

Notes et références Notes

Références

Catégorie:Communarde Catégorie:Militaire de la Commune de Paris Catégorie:Colonel Catégorie:12e arrondissement de Paris Catégorie:Date de naissance incertaine (XIXe siècle) Catégorie:Personnalité disparue au XIXe siècle Catégorie:Personnalité de la Garde nationale (France, 1870-1871)