Le grand prêtre Corésus se sacrifie pour sauver Callirhoé est une peinture à l'huile sur toile de Jean-Honoré Fragonard. Il la présenta comme tableau d'agrément et l'exposa à l'occasion du Salon de 1765. Achetée par la Direction des Bâtiments du roi, elle se trouve aujourd'hui au musée du Louvre.

Thème mythologique L'épisode est raconté par Pausanias au livre VII de la Description de la Grèce. Corésus, prêtre de Bacchus dans la ville de Calydon, nourrissait un amour non partagé pour Callirhoé. Pour venger son légat, le dieu frappa la ville de folie meurtrière et Callirhoé fut désignée comme victime sacrificielle pour apaiser la fureur divine. La composition montre le moment le plus dramatique : le sacrifice de Corésus pour sauver celle qu'il aime de l'augure injuste. Grâce à sa maîtrise de la représentation des passions de l'âme humaine, Fragonard restitue la tension émotionnelle qui se joue ici. « La jeune fille n'ayant trouvé auprès de personne aucune espérance de salut, s'adressa ensuite à ses parents, et comme elle fut également refusée de ce côté là, il ne lui restait plus qu'à subir son sort. Tous les préparatifs pour le sacrifice ordonné par l'oracle étant faits, on l'amena à l'autel comme victime. Alors Corésus, que regardait ce sacrifice, faisant céder la colère à l'amour, se frappa lui-même à la place de Callirhoé; et donna par cette action un exemple de l'amour le plus sincère qu'on ait jamais vu parmi les hommes. 5. Quant à Callirhoé, lorsqu'elle vit Corésus mort, ses sentiments changèrent tout-à-fait, et soit regret de sa mort, soit commisération de ce qu'il avait fait pour elle, elle se tua vers la fontaine qui est auprès du port de Calydon; c'est d'elle que cette fontaine a pris le nom de Callirhoé. »— Pausanias, Description de la Grèce, livre VII.

L'artiste fut probablement guidé dans son choix par Charles-Joseph Natoire, le directeur de l'Académie de France à Rome. L'épisode, rarement représenté en peinture, met en avant sa culture classique. L'histoire de Corésus et de Callirohé connaissait alors un regain d'intérêt grâce sa réinterprétation en opéra tragique par le cardinal André Destouches et Pierre-Charles Roy. Les attitudes très éloquentes, à la manière des acteurs, laissent supposer que Fragonard ait pu puiser son inspiration dans la version théâtrale, plus que dans le texte classique.

Histoire

Place dans la carrière de Fragonard vignette|Vue du tableau de Fragonard lors du Salon de 1765 (à droite) Fragonard gagna le prix de Rome en 1752 avec Jéroboam sacrifiant aux idoles (Paris, Ensba). Ainsi, après avoir complété sa formation théorique à l'École royale des élèves protégés, il se rendit en Italie. Exécutée à son retour en France, cette œuvre témoigne de sa compréhension de l'art des grands maîtres.

Les dimensions monumentales confèrent à cette toile le statut d'unicum dans la carrière de Fragonard. Il l'entreprit de sa propre initiative, puis la présenta comme tableau d'agrément en 1765. C'est-à-dire qu'il l'a soumis au jugement de ses collègues pour intégrer l'Académie royale de Peinture et de Sculpture. Au travers de ce tableau, Fragonard se présente comme un artiste accompli, maitrisant aussi bien la science de la composition et des couleurs, le traitement des sujets d'Histoire et les modèles tirés des maîtres anciens.

Présenté au Salon, événement annuel au cours duquel les artistes de l'Académie exposé leurs productions, Corésus et Callirhoé fut très apprécié par le public. Il l'accompagné d'un paysage, et de deux dessins représentant des vues de la villa d'Este à Tivoli prises lors de son voyage en Italie.  

Œuvres en rapport L'importance de cette œuvre dans le corpus de l'artiste explique les nombreuses versions existantes. Celles-ci sont aussi bien des études préparatoires, que des répétitions autographes ultérieures.

Fragonard, Corésus et Callirhoé, huile sur toile, Angers, musée des Beaux-Arts : esquisse qui témoigne des premières pensées de l'artiste pour traiter ce sujet. Fragonard, Le Sacrifice de Corésus, lavis brun et de bistre sur préparation à la pierre noire, New York, The Pierpont Morgan Library : répétition ultérieure qui servit au peintre pour adapter la composition à un format réduit. Fragonard, Corésus et Callirhoé, huile sur toile, Madrid, Academia San Fernando : probable répétition ultérieure dont le dessin de la Morgan Library est peut-être préparatoire. Jean-Claude Danzel d'après Fragonard, Corésus et Callirhoé, estampe, 1773, Paris, Bibliothèque Nationale de France. Fragonard ?, Corésus et Callirhoé, New York, collection privée. Ecole français du XVIIIe siècle, Corésus et Callirhoé, Quimper, musée des Beaux-Art.

Bibliographie

Explication des peintures, sculptures et autres ouvrages de Messieurs de l'Académie royale, dont l'exposition a été ordonnée suivant l'intention de Sa Majesté... dans le grand sallon du Louvre..., Paris, 1765 [Disponible en ligne : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58162831/f33.double ]. Rosenberg, Pierre (dir.), Fragonard, [cat. exp. Paris : Galeries nationales du Grand Palais, du au ; New York : The Metropolitan Museum of Art, du au ], Paris : Editions de la Réunion des musées nationaux, p. 210-216. Guillaume Faroult (dir.), Fragonard amoureux : galant et libertin, 2015, Paris : Flammarion. Guillaume Faroult, Christophe Leribault et Guilhem Scherf (dir), L'Antiquité rêvée : innovations et résistances au XVIIIe siècle, Paris, Gallimard et musée du Louvre, 2010, . Sahut, Marie-Catherine et Volle, Nathalie, Diderot et l'Art de Boucher à David. Les Salons : 1759-1781, [cat.exp. Hôtel de la Monnaie, du au ], Paris : Editions de la Réunion des Musées nationaux, 1984, p.204-212.

Références

Liens externes

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