Koekelberg est l'une des 19 communes bilingues de la région de Bruxelles-Capitale en Belgique.

Commune de deuxième couronne de la région de Bruxelles-Capitale, elle est située sur un axe de pénétration de première importance qui mène de Bruxelles à Gand et à la mer du Nord. vignette|Le parc Élisabeth et la basilique du Sacré-Cœur.

Toponymie Lieu-dit situé entre Molenbeek-Saint-Jean, Berchem-Sainte-Agathe, Ganshoren et Jette, qui doit son nom à l'installation en cet endroit de la famille Coeckelberghe (voir ci-dessous)

Géographie Communes limitrophes

Histoire La seigneurie de Coeckelberghe

vignette|Theodore van Heil - Panorama de Bruxelles vu du château de Coeckelberghe (1692).

Connus dès le milieu du avec Bernier de Coeckelberghe, armé chevalier en 1144 lors de la guerre de Grimbergen, les Coeckelberghe apparaîtront durant la période qui suivra comme des fidèles sinon des proches du duc de Brabant, figurant en bonne place parmi les "bourgeois de Bruxelles"Paulo Charruadas, Territoire et famille. Les limites anciennes de Molenbeek et le lignage seigneurial des Koekelberg, in Atlas du sous-sol archéologique de la Région de Bruxelles. Vol. 17. (Molenbeek-Saint-Jean). Ministère de la Région Bruxelles-Capitale. Direction des Monuments et des Sites & Musées royaux d’Art et d’Histoire. Bruxelles, 2007.. Gérard de Coeckelberghe et Wautier de Coeckelberghe sont cités respectivement en 1220 et 1225.

Vers 1250, Gérard de Coeckelberghe va acquérir un domaine d’environ quatre-vingt-cinq hectares – cinquante-six bonniers de terres arables et six bonniers de bois – "situé aux confins de Berchem-Sainte-Agathe, de Molenbeek-Saint-Jean et de Laeken"Alphonse Wauters. Histoire des environs de Bruxelles ou description historique des localités qui formaient autrefois l’ammanie de cette ville. 3 vol. Éd. Culture et Civilisation. Bruxelles, 1855 (reprint 1971)..

Le territoire sur lequel la famille des Coeckelberghe va pouvoir, à partir de cet enracinement, asseoir sa juridiction va être érigée en seigneurie. Et quelques mois plus tard, en 1254, l’appellation du lieu-dit Coeckelberghe va apparaître – pour la première fois de source connue – dans un acte de cession. C’est cette seigneurie récemment constituée que le même Gérard de Coeckelberghe apportera à l’abbaye de Dieleghem à Jette, conformément aux usages féodaux. L’acte est passé en 1264 et mentionne que le tout est localisé à Koekelberg. L’abbaye apportera à son tour au fief de Gérard de Coeckelberghe ainsi placé sous sa protection un supplément de terres situées à Berchem-Sainte-Agathe.

La seigneurie de Coeckelberghe sera ainsi érigée en territoire – le patronyme devenant aussi toponyme – à partir du nom d’une famille bruxelloise en ascension dans la mouvance du duc de Brabant.

Au demeurant, le choix d’insertion des Coeckelberghe à cet emplacement ne manque pas d’arguments : le territoire est proche de Bruxelles dont on aperçoit les remparts et la porte de Flandre, il entre dans la ligne de défense externe de la ville, et il constitue une nouvelle entité administrative en bordure immédiate du périmètre molenbeekois alors indissociable de celui de Sainte-Catherine et soumis à l’autorité directe du duc de BrabantPaulo Charruadas. Molenbeek-Saint-Jean. Un village bruxellois au Moyen Âge. Coédition Notre Comté (Jette) et Centre interdisciplinaire de recherche sur l'histoire de Bruxelles (ULB). Bruxelles, 2004. 158 p..

Avant tout peut-être, il comprend terres cultivables et boisées sur le plateau, terres humides en vallée propres au maraîchage, à l’élevage et à l’exploitation des étangs avec brasseries et viviers. L’implantation le long d’un tronçon de la voie qui relie la Flandre et Bruxelles – la chaussée de Gand – ne manque pas d’attrait économique et stratégique, de même que celle qui relie l’abbaye de Dieleghem à la ville – la chaussée de Jette – dont l’existence intéresse directement le fief de Coeckelberghe et qui deviendra plus tard l’axe principal de son extension villageoiseDidier Sutter. Koekelberg. Au fil du temps… Au cœur des rues… Éd. Drukker. Paris, 2012. 624 p..

En 1264, le domaine seigneurial comprend un manoir et ses dépendances, sans qu’on puisse dire avec certitude si ce château de Coeckelberghe et la chapelle Sainte-Anne située à proximité ont été érigés par eux ou si des éléments de construction préexistaient à leur arrivée. Le château seigneurial, situé à l’emplacement de l’actuelle rue des Tisserands, disparaîtra lors des opérations d’urbanisation du début du . Édifié sur une île, l’étang qui l’entoure est alimenté par les eaux du Paruck. En dépit des digues qui protègent l’ensemble, on ne peut parler de douves véritablement protectrices. Mais on ne peut par contre manquer de situer cette structure défensive parmi toutes celles qui, semblablement conçues, formaient comme une ligne de défense permettant de contrôler l’accès nord-ouest à la capitaleVan Den Haute (Robert). Le Château de Koekelberg. Cercle d’histoire, d’archéologie et de folklore du Comté de Jette. 1980. 42 p.. Quant à la chapelle Sainte-Anne, située jusqu’à sa destruction en 1961 dans le bas de l’actuelle rue de l’Église Sainte-Anne, elle est signalée à différentes reprises dans des actes datés de 1321, 1370 et 1556 notamment. La chapellenie Sainte-Anne de Koekelberg comprend sept hectares de terres dont le revenu, cumulé avec le paiement des messes, des indulgences, des sacrements et des processions, assureront la subsistance du chapelainArthur Cosyn. Le faubourg de Koekelberg. Imprimerie F. Van Buggenhoudt. Bruxelles (1921). 7 p. Tiré à part du Bulletin du Touring club de Belgique. (26 octobre 1921).. Ces droits dont bénéficie le chapelain lui sont accordés par le seigneur de Koekelberg en sa qualité de collateurYves Cabuy, Stéphane Demeter. Atlas du sous-sol archéologique de la Région de Bruxelles. 11. Koekelberg. Ministère de la Région Bruxelles-Capitale. Musées royaux d’Art et d’Histoire. Gutenberg Éditions. Bruxelles, 1995. 46 p. + plans..

Anciennement dépendance de la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Molenbeek, alors liée au chapitre de Sainte-Gudule, la chapelle Sainte-Anne va relever très tôt de l'abbaye de Grimbergen et de celle de Dieleghem – c’est à cette dernière qu’est inféodée la seigneurie de Coeckelberghe – pour le paiement des dîmes et la nomination du chapelain. Les deux abbayes s’entendront pour transférer la chapellenie à la paroisse de Berchem-Sainte-Agathe qu’elles contrôlent et qui s’en trouvera agrandie d’autant.

La chapelle Sainte-Anne sert à l’intronisation des seigneurs de Koekelberg qui se succèdent au fil des générations. La chapelle castrale sert bien entendu aussi de lieu de culte pour les habitants de Koekelberg, pour qui l’église paroissiale en titre, située au bourg de Berchem-Sainte-Agathe, s’avère bien trop éloignée.

Après la longue lignée des Coeckelberghe, la seigneurie passera par alliance chez les Locquenghien, dont Jean de Locquenghien, bourgmestre puis amman de Bruxelles sera la figure principale. On lui doit le creusement du canal de Willebroeck et une rue de Bruxelles porte son nom. La seigneurie et les droits y afférents seront rachetés peu avant 1588 par François Van Zinnicq, un ancien apothicaire anobli et dont les armoiries inspireront celles de la commune.

Koekelberg, section de commune (1795-1841)

Le village de Koekelberg s’est peu à peu étoffé, tant à proximité du château et de la chaussée de Gand que le long de la chaussée de Jette. En 1686, on y compte huit brasseries, quatorze auberges et dix-huit boutiques de commerçants ou d’artisans. Le recensement industriel de 1764 mentionne deux manufactures, une fonderie de fer et une fabrique d’étoffes de laineHistoire & Patrimoine des Communes de Belgique. La Région de Bruxelles-Capitale. Dir. : Serge Jaumain. Éd. Racine-Dexia Banque. Bruxelles, 2008. 624 p.. Le Guide Fidèle, publié en 1761, indiquera que "plusieurs cabarets, dont les jardins et les cours sont embellis d’arbres et d’allées de charmilles très bien entretenues existent à Koekelberg", et "qu’on y voit tous les jours grand nombre de bourgeois qui s’y vont rafraîchir après leur promenade"Le Guide Fidèle, contenant la description de la ville de Bruxelles tant ancienne que moderne, celle de ses faubourgs et de ses huit chefs-mayeuries. Chez J. Moris, imprimeur-libraire à Bruxelles. 1761.. La "ville" n’est pas loin et Koekelberg compte plusieurs “maisons de campagne” et un pensionnat de renomRobert Van Den Haute. Les sœurs Brontë à Koekelberg. Histoire d’une maison de campagne, in Notre Comté. Asbl Comté de Jette. 1981. 13 p..

Le régime français instauré en 1795 va profondément changer le statut administratif du lieu en remodelant l’organisation en vigueur sous l’Ancien Régime. Apparaissent les départements, les cantons et les communes. L’entité administrative retenue comme territoire communal va correspondre à celui couvert alors par la paroisse de Berchem-Sainte-Agathe dont elle va reprendre les contours. Ainsi naîtra la commune de Berchem-Sainte-Agathe, englobant de ce fait Koekelberg. Mais les autorités françaises ne manqueront pas de constater le déséquilibre entre les deux entités constitutives de la nouvelle structure – Koekelberg compte trois fois plus d’habitants que le village rural de Berchem – et instaureront deux sections de commune : la section 1 désignée sous l’appellation de “Koekelberg”, et la section 2 correspondant à l’actuel territoire de Berchem-Sainte-AgatheArchives de la commune de Koekelberg..

Les forces vives de la commune se trouvent à Koekelberg. En 1827 le conseil communal sera invité par les responsables du district à ouvrir une école publique eu égard à l’importance (globale) de sa population. Le conseil refusera, expliquant que ses faibles moyens ne permettent pas de créer un tel établissement [au village de Berchem] qui “en tout état de cause ne serait pas fréquenté par les enfants de Koekelberg, de loin les plus nombreux, vu l’état des routes en hiver”Registre des délibérations du conseil communal de la commune de Berchem-Sainte-Agathe..

Et même si l’immigration ouvrière qui va envahir peu à peu son territoire en ce début de va considérablement changer la donne, c’est très logiquement que, passé 1830 et l’instauration de l’État belge, le retour à un découpage territorial logique va s’engager. En 1830, le bourgmestre est François De Neck. Il réside à Koekelberg, chaussée de Jette. Avec lui va s’accélérer le processus de retour à l’autonomie administrative de Koekelberg. En 1833, un terrain est acquis pour l’établissement d’un cimetière à Koekelberg – payé par ses habitants – en même temps que la chapelle Sainte-Anne est érigée en église succursale à défaut d’être paroissiale. Le curé habite sur place, rue de GanshorenJoseph De Mul. Le Vieux Koekelberg. Première partie, in Le Folklore Brabançon , septembre 1961, p. 356 à 392. Deuxième partie, in Le Folklore Brabançon n°155, septembre 1962, p. 234 à 248..

Lors de la préparation du budget communal de 1837 et concernant la section de Koekelberg, on signale qu’un cabaretier de la chaussée de Jette offre d’y fournir gratuitement un local pour l’installation de l’administration locale.